‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 56 sur 110 · DES BONNES ŒUVRES ET DES AUMONES · texte numérisé non relu

DES BONNES ŒUVRES ET DES AUMONES

trône, et toutes te nations de la terre seront assemblces en sa présence. Il les séparera les uns avec les autres comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs , et il mettra les brebis k sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, voua que mon Père a l)énis, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné ù manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé ; j'ai été nu , et vous m'avez habillé; j'ai été malade, et vous m'avez assisté; j'ai été en prison, et vous m'êtes venus voir. Alors les justes lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger; ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire? Quand est-ce que nous vous avons vu sans logement, et que nous vous avons logé; ou sans habits, et que nous vous avons habillé? Et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous vous sommes venus visiter? Et le Roi leur répondra: Je vous dis en vérité que lorsque vous avez fait toutes ces choses aux moindres de mes frères, c'est à moi-même que vous les avez faites. 11 dira ensuite à ceux qui seront ù sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel que mon Père a préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu hm , et vous ne m'avez point donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire ; j'ai eu besoin de logement , et vous ne m'avez point logé ; j'ai été nu , et vous ne m'avez point vêtu; j'ai été malade et en prison, et vous ne m'avez point visité. Et les méchans lui diront aussi: Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim on soif, ou manquer de logement et d'habits , ou être malade et en prison , et que nous ne vous avons point assisté? Et il leur répondra : Je vous dis en vérité qu'autant de fois que vous avez manqué â rendre ces assistances aux moindres de ces petits, vous avez manqué â me les rendre à moi-même. Et alors ceux-ci iront dans les flammes éternelles, et les justes dans la vie éternelle ^ » Qu'est-ce que Jésus-Christ nous pouvait dire de plus puissant? Gomment nous pouvait-il exciter davantage aux

œuvres de miséricorde , qu'en déclarant que tout ce qu'on donne aux pauvres , c'est à luimême qu'on le donne , et que c'est l'offenser que de ne les point secourir, afin que si nou^ n'étions point touchés de compassion pour nos frères, nous le fussions au moins pour lui ; et si noua méprisions les souffrances d'un serviteur , nous pensassions à notre maître qui souffre en celui que nous méprisons? C'est pourquoi , mes Irès-chers frères, tous tant que nous sommes qui avons la crainte de Dieu, et qui foulant le monde aux pieds nous élevons vers le ciel , travaillons, par l'ardeur de notre foi et de notre zèle et par l'exercice continuel des bcmnes œuvrcSfà acquérir de nouveaux mérites. Revêtons ici-bas Jésus-Christ, afin qu'il nous revête un jour de l'immortalité. Nourrissons • le en ce monde, afin d^être assis en l'autre au bantfuet céleste avec Abraham, Isaac et Jacob. Semons beaucoup, afin de recueillir beaucoup. 'Llclions d'assurer notre salut tandis que nous le [louvons, suivant ce conseil de l'apôtre : «Pendant que nous en avons le temps , dit-il , faisons du bien à tous, mais principalement à ceux qui demeurent dans la maison de foi ^ Et ne nous lassons point de bien faire, car nous ferons la récolte en son temps 3. » Considérons, mes trèschers frères, ce «{uc les fidèles faisaient sous les apôtres, lorsque la vertu était encore florissante, lorsque la foi des nouveaux chrétiens était vive et embrasée d'une ardente charité. Us vendaient alors leurs maisons et leurs héritages, et en donnaient libéralement le prix aux a|;MMres pour le distribuer aux pauvres ; et par là ils s'acquéraient des demeures éternelles. Leurs bonnes œuvres étaient en aussi grand nombre que leur union était grande. Or comme nous le voyons dans les actes : «La multitude de ceux qui croyaient n'agissait que par une même âme et un même esprit. Personne ne considérait ce qu'il possédait comme lui appartenant, mais toutes choses étaient communes^. » C'est là véritablement devenir enfant de Dieu y c'est imiter sa justice; car tout ce qui est â Dieu est commun à tous les hommes, et nul n'est exclus de ses grâces et de ses bienfaits. Ainsi le jour éclaire également tout le monde, le soleil répand ses rayons partout ; la pluie arrose toutes les

* Galat., 0, 10. - - ^bid., v. 'JfJ, - » Acics, 4, d!^

SAINT CYPRIEN

terres, le vent souffle en tout pays, un même sommeil est pour tous , et tous voient la lumière de la lune et des étoiles. Celui donc qui, à l'exemple d'une si belle égalité, partage ses revenus avec ses frères, imite Dieu en quelque sorte. Quelle sera la gloire et la joie des personnes charitables, lorsque Notre-Seigneur, faisant la revue de son peuple, et récompensant selon ses promesses nos mérites et nos bonnes œuvres, nous donnera des biens célestes pour des biens terrestres, des choses étemelles pour des choses passagères, beaucoup pour peu ; lorsqu'il nous présentera à son Père , après nous avoir sanctifiés et rendus dignes de lui; lorsqu'il nous communiquera rimmortalité qu'il nous a acquise par son sang; lorsqu'il nous fera rentrer dans le paradis et nous ouvrira le royaume des cieux? Imprimons fortement ces choses dans notre âme; que la foi nous les fasse comprendre; que la charité nous les fasse aimer , et tâchons de les mériter par une suite continuelle d'actions libérales et généreuses. L'aumône , mes très*chers frères, est quelque chose d'excellent et de divin; c'est la consolation des fidèles, le gage de notre salut, le fondement de notre espérance, le

bouclier de notre foi , le remède de nos péchés; c'est une chose grande et aisée tout ensemble; c'est une couronne qu'on remporte dans le temps de la paix et qui est exempte des périls de la persécution; c'est un des plus grands dons de Dieu, nécessaire aux faibles, glorieux aux forts , et utile à tous les chrétiens pour obtenir les grâces du ciel , pour se rendre Jésus-Christ favorable au jour du jugement, et pour mettre Dieu même au nombre de nos débiteurs. Combattons â l'envi pour remporter cette palme; courons tous dans la carrière de la justice où nous avons Dieu et Jésus-Christ pour spectateurs; et puisque nous nous sommes déjà élevés au-dessus du monde , qu'aucun de ses faux biens ne soit capable de retarder notre course. Si le jour de la mort ou de la persécution nous trouve ainsi dégagés, prompts, et occupés à bien faire, Notrc-Seignenr ne manquera point de nous donner la récompense que nous méritons. Il mettra sur notre tête une couronne d une blancheur éclatante si nous triomphons dans la paix , et y en ajoutera une autre de couleur de pourpre si nous demeurons victorieux dans la persécution.

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