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DE i;ORAISON l)OMIi>iLALK.
passait la nuit en prières, comUien ne devonsnous point veiller? Or Jésus-Christ ne priait pas pour soi (car qu'eût-il demandé pour lui, étant innocent), mais pour nos |)écliés, comme il le déclare lui-même quand il dit à saint Pierre: « Satan vous a demandé pour vous cribler comme on crible le blé ; mais j'ai prié pour vous afin que votre foi ne défîaille point ^ » Et quelque temps après priant son père pour tous : a Je ne prie pas seulement pour eux, dit-il, mais encore pour ceux que leur prédication fera croire en moi , afin qu'ils soient tous ensemble une même chose , ainsi, mon père , que vous êtes en moi et moi en vous , afin , dis-je, qu'ils soient aussi une même chose en nous. » II faut avouer que Notre-Seigneur a une grande bonté de ne se pas contenter de nous racheter par son sang , mais de vouloir encore prier pour nous. Mais considérez, je vous prie, ce qu'il demande: Que comme son père et lui ne sont qu'une même chose, nous demeurions aussi unis entre nous. Ce qui fait voir quel crime c'est que de rompre l'unité , puisque Notre-Seigneur a prié particulièrement pour cela. Il a voulu sauver son peuple par la paix, parce qu'il savait que la discorde n'a point d'entrée dans le royaume de Dieu. Or quand nous prions , mes très-chers frères, il faut bannir toutes les pensées charnelles et séculières , et ne songer uniquement qu'à ce que nous faisons. C'est pour cela que le prêtre avant de commencer l'oraison y prépare les fidèles par cette préface : « Élevez vos cœurs, D afin que le peuple répondant : a Nous les avons élevés au Seigneur,» cela le fasse souvenir qu'il ne doit penser à rien qu'à Dieu. Fermons à l'ennemi toutes les avenues de noire cœur, et qu'il ne soit ouvert que pour Dieu seul; car souvent il s'y glisse subtilement et nous (iétourne de Tatteniion que nous devons avoir à Dieu, si bien que nos paroles ne répondent pas à nos pensées, au lieu que ce n 'est pas de bouche , mais d'esprit qu'il le faut prier. Mais quelle négligence est-ce là de se laisser emporter pendant la prière à des pensées profanes et inutiles, comme si nous avions alors autre chose à penser qu'à ce que nous disons à Dieu ? Comment voulez-vous que Dieu vous entende, si vous ne vous entendez pas vous-même ? Ou
•Luc, 22, 31.
comment pouvez-vous prétendre qu'il se souvienne de vous , tandis que vous vous oubliez ainsi? Vous faites bien voir par là que vous n'avez pas grand soin de vous garder des surprises de Tennemi. Vous priez Dieu , mais vous offèasez sa majesté en le priant si négligemment. Vos yeux veillent, mais votre cœur dort, au lieu que le cœur d'un chrétien doit veiller lors même que ses yeux sont endormis, suivant cette parole que l'épouse dit au nom de TËglise dans le cantique des cantiques : «Je dors, mais mon cœur veille ^» Cest pourquoi Fapôtre nous avertit de persévérer dans la prière et d'y être vigilant , pour nous apprendre qu'il n'y a que ceux qui prient de la sorte qui obtiennent de Dieu ce qu'ils lui demandent ^, Or nos prières ne doivent pas être stériles et infructueuses, autrement elles demeurent sans effet ; cac comme , selon l'Évangile , tout arbre qui ne porte point de fruit doit être coupé et jeté au feu , de même Dieu n'écoute point nos paroles si elles ne sont accompagnées de bonnes œuvres. C'est ce qui I fait dire à l'Écriture : « La prière est bonne avec le jeûne et l'aumône ^ ; » car celui qui nous doit récompenser au dernier jour de nos bonnes enivres et de nos aumônes , écoute maintenant favorablement ceux qui accompagnent leurs prières de leurs bonnes œuvres. C'est ainsi que le centurion Corneille mérita d'être exaucé. «Il faisait beaucoup d'aumônes au peuple, dit l'Écriture, et priait toujours Dieu. Un jour donc qu'il était en oraison vers les trois heures après midi , un ange lui apparut pour lui rendre témoignage du mérite de ses boimes œuvres, et lui dit: Corrieille, vos prières et vos aumônes sont montées en la présence de Dieu , et il s'en est souvenu ^ » ;car les prières accompagnées du mérite des bonnes œuvres montent bientôt à Dieu. C'est ainsi que l'ange Raphaèl rendit un pareil témoignage à Tobie qui s'appliquait continuellement à la prière et à des bonnes œuvres de charité. « Il est glorieux , dit-il , de publier les œuvres de Dieu ; car lorsque vous priez avec Sara, j'ai présenté vos oraisons à Dieu. Rt parce que vous ensevelissiez charitablement les morts et n'avez point fait de difficulté de sortir de table et de quitter votre dîner |)Our en enterrer un , j'ai été envoyé pour vous tenter ; et Dieu
' Canl , 5. 2 - * tolow., 4, 1. - » Tob., 12, 3. « Arf., 10, 2.
SALNT CVIMIIKN.
m'envoie maintenant pour vous j^nérir avec Sara voire belle-fille; car je suis Raphaël Tun des sept bons anf^^cs qui sommes continuellement présens devant Dieu *. » Le Seigneur nous ensei{];ne encore la même chose par la bouche d'isaïe : « Rompez , dit-il , tous les nœuds de rinjustice ; abandonnez vos commerces criminels , laissez en repos les misérables et ne les opprimez plus , faites part du pain que vous man|];ez à ceux qui ont faim , et retirez les pauvres dans votre maison; vêtez ceux qui sont nus, et ne méprisez point ceux de votre nation ; et alors votre lumière brillera comme Taurore; vous serez bientôt superbement paré; votre justice marchera devant vous, et la splendeur (le Dieu vous environnera. Alors le Seifjneur vous exaucera quand vous l'invoquerez, et à peine aurez -vous ouvert la bouche qu'il dira : Me voici 2. » Voilà comme Dieu promet d'écouter et de secourir ceux qui déga^çent leur cœur de toute injustice, et qui font Taumônc ù ses serviteurs comme il Ta commandé. Et véritablement ceux qui font ce que Dieu leur ordonne , méritent bien que Dieu fasse ce qu'ils lui demandent. Le bienheureux apôtre saint Paul, ayant été assisté par les fidèles dans une nécessité pressante, appelle ces actions de charité des sacrifices : a Je suis comblé , dit-il , de vos biens, et j'ai reçu ce que vous m'avez envoyé parÉpaphrodile comme un excellent parfum et comme un sacrifice très-aj^réable à Dieu ^. » Car avoir pitié des pauvres, c est prêter à Dieu à intérêt, et donner aux plus petits, c'est donner à Dieu même et lui offrir un sacrifice spirituel d'encens et de parfums. Quant au temps de la prière, nous voyons que ces trois enfans deBabylone,que la fermeté de leur foi rendit victorieux dans leur captivité même, observaient avec Daniel l'heure de tierce, de sexte et de none , comme pour fif^urer le mystère de la Trinité qui devait être révélé dans les derniers temps. Car il y a trois heures depuis la première jusqu'à tierce , trois depuis tierce jusqu'à sexte , et trois depuis sexte jusqu'à none, si bien que chaque intervalle d'une de ces heures à l'autre marque la Trinité, et toutes les trois prises ensemble l'accomplissent. Cest ainsi que les adorateurs du vrai Dieu distinguaient autrefois le temps de leurs prières ,
• Tobie, 12. 7 et 12. - » I«îc, 58, G.— > Philip., 4, 18.
et l'on a vu clairement depuis que cela était une fi[ïure de ce qui devait arriver. Car ce fut i l'heure de tierce que le Saint-Espril descendit sur les disciples et les remplit de grâce comme Notre -Seigneur leur avait promise Ce fut à l'heure de sexte que saint Pierre étant monfé au haut de la maison oùil était^, Dieu lui appn{ de bouche et par une vision à admettre indiflï'remment tout le monde au baptême, pan^e qu'auparavant il faisait difficulté de le donnei' mn gentils . Et enfin Notre-Seigneur ayant été crucifié à l'heure de sexte 3, ce fut à l'heure de nm^c qu'il lava nos péchés dans son sang , et qu'il consomma sa victoire par sa mort pour nous racheter et nous vivifier. Mais maintenant, mes très-chers frères , les temps pour prier se sont multipliés avec les mystères; car il faut prier aussi le matin afin de célébrer la mémoire de la résurrection de Notre-Seigneur. Aussi voyonsnous que ce temps a été marqué par le Saint- Esprit dans les psaumes. « Vous êtes mon roi et mon Dieu , dit David ; car c'est à vous , Seigneur, que j'adresserai ma prière, et je vous ferai entendre ma voix dès le matin. Dès le matin je me présenterai devant vous et vous contemplerai ^. » Le Seigneur dit encore par un autre prophète : a Ils viendront vers moi de grand matin, disant : Allons, retournons au Seignciir notre Dieu ^ )> Nous sommes encore obligés de prier sur la fin du jour quand le soleil se couche. Car comme Jésus-Christ est le vrai jour et le vrai soleil , c'est alors que noua devons demander qu'il nous éclaire, c'est-à-dire qu*îl hâte son avènement pour nous donner la grâce de la lumière éternelle. Or que Jésua-GhrisL soU le jour , le Saint-Esprit le déclare dans les psaumes quand il dit : ttl^ pierre que les archîledes ont rejelée a été faite la principale pierre de l'angle. Elle a été ainsi placée par le Seigneur, et nous le voyons avec étonnement. C'est hii qui est le jour qu'a fait le Seigneur; roarcboof « et nous réjouissons en lui ^. » Et qa^îl soit m soleil, le prophète Malacbie le témoigne pv ces paroles : a Le soleil de justice se lèvera pour vous qui craignez la majesté du Seigneur, H vous trouverez votre guérison sous set ailes '• * Puis donc que, selon l'Écriture, Jésus-Gbrist cit
> Acr., 1,15. — «/Wrf., 10.9.— «Liic.JS.U * Psaume 5, 2. — » Aiée, 6, !. — • Psaume 117,21.
^ Malach., 4, 2.
DE LA PATIENCR
le vrai jour et le vrai soleil , et que les chrétiens sont dans Jésiis<]hrist, il n'y a point d'heure an jour où nous ne devions prier Dieu. Et quand la nuit vient elle ne nous en doit point empêcher, parce que la nuit même est lumineuse pour les enfàns de lumière. Car quand pourrait être sans lumière celui qui porte la lumière dans son c(£ur ? ou quand est-ce qu'il ne fait pas jour et soleil pour celui de qui Jésus*Ghrist est le soleil et le jour? Ainsi puisque nous sommes toujours en Jésus-Christ, c'est-à-dire dans la lumière, nous ne devons pas même durant la nuit cesser de prier. Cest ainsi qu'Anne , cette sainte veuve , veillait et priait sans relâche pour attirer sur elle les grâces de Dieu , comme l'Évangile le témoigne : «Elle ne sortait point du temple, dit l'évangéliste , servant Dieu nuit et jour par ses jeûnes et par ses prières ^» C'est aux gentils, qui n'ont pas encore été éclairés de cette lumière, et aux JuifB qui l'ont perdue et qui marchent
dans les ténUireSy k voir ce qu'ils ont à fiûre. Mais pour nous , mes très «-diers frères , qui sommes toujours dans la lumière du Seigneur , et qui savons ce que nous avons commencé d'ètra par la grâce que nous avons reçue ^ ne mettons point de difûrence entre la nuit et le jour. Croyons toiyours marcher dans la lumière; que les ténèbres d'où nous sommes sortis ne nous fassent plus d*obstacle ; que la nuit ne fasse point de tort à nos prières et ne serve point de prétexte à notre paresse. Ayant été spirituellement renouvelés et régénérés par la miséricorde de Dieu , anticipons dès ici-bas Télat où nous serons un jour. Et comme dans le paradis il n'y aura plus qu'un jour qui ne sera suivi d'aucune nuit, veillons dès à présent durant la nuit comme durant le jour. Là nous prierons Dieu et le remercierons sans cesse; ne cessons donc point ici de le prier et de le remercier.
DE LA PATIENCE
Ayant dessein de parler de la patience et d'en montrer les avantages, par ot^ puis-je commencer plus à propos « mes Irès-chers frères, que parce que je vois que vous avez besoin de patience pour m'écouter , si bien que vous n'en sauriez même bulr -parler sans en avoir? Car nous ne pouvons profiter de ce qu'on nous dit, si nous ne l'écoutons patiemment. Aussi de tous les moyens que notre religion nous fournit pour acquérir les biens qui nous sont promis, je n'en vois point de meilleur ni de plus utile que la patience. Les philosophes font profession de cette vertu aussi bien que nous; mais leur patience est aussi husse que leur sagesse. Car comment ceux-là pourraient-ils être sages ou patiens qui ne connaissent ni la sagesse ni la patience de Dieu ? C'est ce qui lui fait dire de ceux qui se croient sages dans le monde : a Je détruirai la sagesse des sages , et anéanti-
rai la prudence des prudens^» Le bienheureux apôtre saint Paul, rempli du Saint- Esprit et envoyé pour appeler les gentils, témoigne la même chose , quand il dit : « Prenez garde que personne ne vous trompe par la philosophie et par de vaines subtilités qui ne sont appuyées que sur les traditions des hommes, et sur les principes d'une science mondaine, et non sur la doctrine de Jésus-Christ; car en lui habite toute la plénitude de la Divinité 2.» Et en un autre endroit : «Que personne ne s'y trompe. Si quelqu'un parmi vous pense être sage, qu'il devienne fou selon le monde, afin d'être sage. Car la sagesse du monde est une folie devant Dieu , puisqu'il est écrit : Je surprendrai les sages par leurs propres finesses^.» Et ailleurs : « Le Seigneur sait que les pensées des sages sont folles *. » S'ils n'ont donc point
' Isaie, 29, 14. — > ColoM^ 8. - > Je»,^ 13. * PMiime03;11.
SAINT CYPRIEN
de véritable saf^cssc , ils n'ont point non plus de véritable patience. Car si pour Mre palient il faut 6lre liunible et doux , et que tant s'en faiit que les philosophes soient doux et humbles, que nous voyons au contraire qu'ils se complaisent en eux-mêmes, ce qui fait qu'ils déplaisent à Dieu , il est manifeste que la vraie patience ne se trouve point où rèfi;ne une liberté effrénée et une vanité sans mesure et sans retenue. Mais pour nous , mes très-chers frères , qui sommes philosophes non de paroles, mais d'actions, qui ne mettons pas la sagesse dans l'habit, mais dans les effets, qui aimons mieux être vertueux que de le paraître, qui ne disons pas de grandes choses , mais qui tâchons de les faire, pratiquons comme de véritables serviteurs de Dieu la patience que lui-même nous enseigne par son exemple. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. C'est du ciel qu'elle vient, qu'elle tire son éclat et sa gloire. Les hommes doivent aimer une vertu qui est aimée de Dieu. Ce qu'une si haute majesté chérit ne peut être que grand et recommnndable. Si Dieu est notre maître et notre père, imitons sa patience; puisque des serviteurs doivent obéir à leur maître, et qu'il ne faut pas que des enfans dégénèrent de la vertu de leur père. Or quelle patience n'a-t-il point, de souffrir que les hommes pour lui faire injure bâtissent des temples, dressent des statues, offrent des sacrifices impies , et de n'e pas laisser de faire lever son soleil sur les bons et sur les médians, et d'arroser également de ses pluies la terre des uns et des autres? C'est par un effet de cette même patience que nous voyons les saisons et les élémens servir indifféremment par son ordre aux coupables et aux innoccns, aux religieux et aux impies, aux reconnaissans et aux ingrats. C'est pour les uns et pour les autres que soufflent les vents, que coulent les fon laines, que croissent les blés, que mûrissent les raisins, que les arbres se couvrent de fruits, les forêts de feuilles , les prés de fleurs. On Tirrite tous les jours (lar de continuelles offenses, et il arrête sa colère , et attend en patience (|ue le temps qu'il a prescrit pour se venger arrive. l\ a la vengeance en main, mais il est si bon qu'il la diffère pour donner lieu aux hommes de se reconnaître et de se retirer de leurs crimes. C«ar ildit lui-même '.«J aime mieux cpie le pécheur se convertisse cl vive , que non
f pas qu'il meure ^» Et par .a nouche d'un jutit prophète: «Retournez au Seigneur votre Dieu, car il est bon et miséricordieux , plein de p.itience et de douceur, et il révoque quelquefois les arrêts de sa justice et suspend ses fléaux^.* Et le bienheureux apôtre saint Paul de même. rappelant le pécheur à la pénitence : aEst-ce, dit-il , que vous méprisez sa bonté, sa douceur et sa patience inflnie ? Ne savez-vous pas qu'il n'use de cette patience et de celte bou<é que pour vous convier à foire pénitence? Fa vous, par votre endurcissement et votre iropénllence, vous vous amassez des vengeances pour le jour de la vengeance et du juste jugement de Dieu qui rendra iï chacun selon ses œuvres ^. » Il appelle juste le jugement de Dieu , parce qu'il le diffère longtemps afln de donner moyen à l'homme de rentrer dans le chemin de la vie. Car il ne punit les pécheurs que lorsque leur pénitence ne leur peut plus être utile. Mais poar vous faire encore mieux comprendre, mes trèschers frères, que la patience est une vertu divine, et que quiconque la pratique imite Dieu , Nolit- Seigneur nous donnant dans rÉvangile des préceptes pour notre salut et des conseils de perfection : «Vous savez, dit-il , qu^il est écrit : Vous aimerez votre prochain et baîrez votre ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent , afin que vous soyiez enfans de voire père qui est aux cieux, qui fuit lever son soleil sur les bons et sur les méchans, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Car si vous n^aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains ne le fbut-îis pas aussi ? Et si vous ne .saluez que vos frères , que ferez-vous au delà des autres? Les païens ne le (ont-ils pas aussi ? Soyez donc parfaits comme Test votre père céleste^.» Par là il nous apprend que les enfans de Dieu qui eut reçu noe naissance céleste au baptême, sont parfaits lors(|u'il ont la patience de leur père, et lorsqu'ils font reluire dans leurs actions cette resscniblance divine qu'Adam avait perdue par sou pé" ché. Quelle gloire est-ce de devenir semUaUe à Dieu ! Quel bonheur de posséder une verta qu'il possède ! Et Notre-Seigneur Jésus-Christ,
» Ézéch., 28 , 32. — • Joei , 2. 15.
= noiii.,2, 4. — «Malib., 5,43.
DE LA PATIENCE
mes f rès-chers frères , n'a pas seulement enseîfçné la patience par ses paroles , mais par ses actions. Car comme il était descendu du ciel pour faire la volonté de son père ainsi qu'il le témoigne lui-même, parmi les autres vertus éclatantes par lesquelles il a donné des marques de sa divinité, il n'y en a point où il l'ait fait paraître davantage qu'en celle-là. Aussi toutes ses actions, à commencer dès son avènement au monde, portent l'empreinte du caractère aufpiste de la patience. Premièrement il se dépouille de la gloire qu il possédait dans le ciel et descend en terre , et lui qui est le fils de Dieu ne fait point de difficulté de se revêtir de la chair de riiommc , et de porter les péchés d'autrui quoiqu'il fût exempt de tout péché. Il quitte l'immortalité pour devenir mortel et mourir innocent pour sauver les coupables. Après , il veut bien être baptisé par un serviteur , et lui qui devait remettre les péchés par Teau ne dédaigne pas d'y entrer comme s'il eût eu dos péchés à remettre. Il jeune quarante jours ; et celui qui subvient à la faim des autres souffre la faim, afin que ceux qui étaient affamés de la parole et de la grâce de Dieu fussent rassasiés de ce pain céleste. 11 entre en lice avec le diable, et se contente de le vaincre par ses paroles sans lui faire d'autre mal. H n'a pas commandée ses disciples comme à ses serviteurs, mais il les a aimés comme ses frères. Il a même daigne laver les pieds à ses apôtres, afîn qu'en en usant ainsi envers ses inférieurs, nous apprissions comment nous en devons user envers nos égaux. Et nous ne nous étonnerons pas qu'il ait été si bon à l'égard de ses disciples obéissans, si nous considérons avec quelle patience il a souffert Judas jusqu'à la fin , comme quoi il a bien voulu manger avec cet ennemi domestique , ne le pas découvrir quoiqu'il le connût fort bien , et endurer même que ce traître le baisât. Mais de quelle patience n a-t-il point eu besoin pour supporter les Juifs ? Il n'a rien oublié pour vaincre leur incrédulité et leur ingratitude. Il leur n répondu doucement lorsqu'ils le contredisaient , souffert leur orgueil , cédé à leurs persécutions, et employé jusqu'aux dernières heures de sa vie pour tâcher de ramener ces mcuririers des prophètes, ces opiniâtres et ces rebelles. Avant même que d'en venir â Facte bungiaiit de sa pabsion , combien a>lil enduré
d'opprobres et d'ignominies? combien de crachats, lui qui un peu auparavant avait rendu la vue à un aveugle avec sa salive sacrée ? Celui au nom de qui ses serviteurs fouettent maintenant le diable et ses anges, a été fouetté par ses serviteurs. Il a été couronné d'épines , lui qui couronne les martyrs de fleurs immortelles. On l'a frappé au visage de branches de palme , lui qui donne des palmes véritables aux victorieux. Il a été dépouillé de ses habits, lui qui revêt les autres d'immortalité. On lui a présenté du fiel à manger , lui qui nous a donné une viande céleste. On l'a abreuvé de vinaigre, lui qui nous a procuré un breuvage salutaire. Le juste et l'innocent , ou plutôt la justice et Tinnocence même est mise au nombre des criminels. La vérité est opprimée par de faux témoignages. On juge celui qui doit juger le monde, et la parole éternelle de Dieu est menée au supplice sans proférer une seule parole. Les astres s'éclipsent à sa mort , les élémens se confondent , la terre tremble , la nuit ravit le jour, le soleil se cache pour n'être point obligé de voir le crime des Juifs, et lui ne dit mot ; il ne s'émeut point , il ne découvre point sa majesté, au moins au temps de sa passion. Il souffre constamment jusqu'à la fin, afin que sa patience soit parfaite et consommée. Et après tout cela , il reçoit encore ses meurtriers lorsqu'ils retournent â lui et se convertissent, et ne ferme l'entrée de son Église à personne. Et non-seulement il pardonne à ces adversaires , â ces blasphémateurs , à ces ennemis implacables de son nom , quand ils reconnaissent leur crime et en font pénitence ; mais il les récompense même et les admet au royaume du ciel. La patience peut-elle allerplus loinPCelui quiarépandu son sang^est vivifié parson sang. Et certes, il était bien besoin qu'il en eût beaucoup, puisque sans cela TËglise de Dieu n'aurait point saint Paul pour apôtre. Si donc, mes très-chers frères, nous sommes membresde Jésus-Christ, si nous en avons été revêtus au baptême, s'il est lui-même la voie qui nous mène au salut, marchons sur ses pas et suivons son exemple. «Celui, dit l'apôtre saint Jean, qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ, doit marcher comme il a marché lui-même 2. » Saint
* Le Juif.
« I. Jean , J , 0.
SAIÎSÏ CYPRIEN.
Pierre aussi sur qui Notre-Seigneur a eu la bonté de fonder TÊglise, dit dans son ÉpiCre : «Jésus-Christ a soufFert pour nous, vous laissant rexemple afin que vous marchiez sur ses pas ; car il n a point commis de péché , et jamais aucun mensonge n'est sorti de sa bouche. Lorsqu on lui disait des injures, il ne les a point repoussées par d'autres injures, et quand on le maltraitait, il n'a point usé de menaces; mais il s'est livré lui-même entre les mains d'un méchant juge ^ » Aussi nous voyons que les patriarches et les prophètes, et généralement tous les justes de Tancienne loi , qui étaient la figure de Jésus-Christ , n ont point eu de vertu plus en recommandation que la patience. C'est ainsi qu'Abel , le premier des martyrs , ne résista point à son frère parricide, mais se laissa égor* ger comme un doux agneau. C'est ainsi qu'Abraham, le père des fidèles, tenté sur le sujet de son fils, ne délibéra point, mais obéit à Dieu avec une soumission entière. Isaac de même, qui était la figure de Jésus-Christ victime , souffrit patiemment que son père l'immolât. Jacob, chassé par son frère, quitta doucement le pays, et témoigna encore davantage sa douleur lorsqu*étant de retour il l'apaisa par ses présens» Joseph, vendu par ses frères, non-seulement leur pardonna cette injure, mais leur donna même libéralement le blé dont ils avaient besoin. Moïse , méprisé et presque lapidé par un peuple ingrat et infidèle , ne laissa pas de prier ])ieu pour eux. Mais quelle a été la patience de David de qui Jésus-Christ a pris naissance selon la chair ! combien grande, admirable et chrétienne, d'avoir eu si souvent en son pouvoir Saul qui le persécutait et le voulait faire mourir, et néanmoins de l'avoir épargné; et non-seulement de ne s*6tre point vengé de son ennemi , mais d'avoir même vengé sa mort ! Enfin, tant de prophètes tués et tant de martyrs massacrés ont-ils acquis des couronnes autrement que par la patience ? Car les douleurs et la mort ne sont couronnées que parce qu'on a eu la patience de les endurer. Mais, pour connaître encore mieux , mes très-chcrs frères , l'utilité et la nécessité de cette vertu, considérons l'arrêt prononcé contre Adam dès le commencement du monde pour avoir désobéi à Dieu et violé
I Pierre, 2. 21.
son commandement ; car cela nous apprendra combien nous devons avoir de patience ici-bas, puisque nous ne naissons que pour y être affligés et tourmentés : «Parce , dit-il , que vous avez écouté votre femme et mangé du fruit que je vous avais défendu, la terre sera maudite pour vous; vous vous nourrirez avec travai/ pendant tout le cours de votre vie de ce qu'elle vous donnera; elle vous produira des ronces et des épines, et vous mangerez Therbe des champs. Vous mangerez votre pain ^ la sueur de votre visage , jusqu'à ce que vous reloumlt^ en la terre d'où vous avez été pris; car vous êtes terre, et vous retournerez en terre ^t> Cet arrêt est pour tous les hommes et nous lie tous , tant que nous sommes ici-bas. H faut de nécessité que nous passions tous les jours de notre vie en douleur et en tristesse. 11 faut que nous mangions notre pain avec peine et avec travail. De là vient que chacun de nous fait son entrée en ce monde par les larmes ; et quoique dans un âge si tendre nous soyions encore ignorans de toutes choses, nous savons bien pourtant qu'il faut pleurer. Notre âme, par une prévoyance naturelle, déplore les misères quelle doit souffrir eu cette vie mortelle , et témoigne d^à par ses cris et ses gémissemens à quelle tempête elle sera exposée; car tant que nous sommes ici-bas, nous suons et pénons beaucoup, et le plus grand soulagement de nos travaux c'est la patience. Alais si elle est néces saire en ce monde à tous les hommes , elle nous Test bien davantage à nous qui avons à sou(^ nir les plus violens assauts du diable , qui avons à combattre tous les jours un vieux et expérimenté ennemi , qui, outre les difKrentes tenta* tions dont il nous attaque , sommes encore | obligés pendant la persécution d^abandonoer nos biens , de souffrir les rigueurs de la priaoo et la pesanteur des chaînes, d*endmtr les épées , les bêtes , les feux , les croix , et cufio toute sorte de tourmens; c'est aussi de quoi Notre- Seigneur nous avertit par ces paraki: a Je vous ai dit ceci afin que vous trouviez votre paix en moi. Vous aurez desafHîctions au monde; I mais prenez courage , j*ai vaincu le monde '. > Si donc ayant renoncé au diable et au monde nous en sommes davant^iîc persécutés, ^'"""
^ Genèse., 5, 17. — ' Jean., 16, 33.
DE L\ PATIENCE
bien nous devons -nous armer de patience, puisque avec elle il n'y a point de maux qui ne nous soient supportables ? C'est un avis salutaire de Notre-Seigneur et de notre maître : «Celuilà sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin';» et encore : «Si vous fjardez mes paroles , vous serez véritablement mes disciples; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ^. k 11 faut souffrir et persévérer, mes très-chers frères , afin de pouvoir parvenir à la vérité et à la liberté : car nous ne sommes chrétiens que par la foi et par Tespérance ; or il est besoin de patience pour recueillir les fruits de notre espérance et de notre foi , parce que c'est à la gloire du ciel et non h celle d'ici-bas que nous aspirons. « Nous sommes sauvés par Tespérancc, dit Tapùtre saint Paul; mais quand on voit ce qu'on avait espéré, ce n'est plus espérance , puisque personne n'espère voir ce qu'il voit déjà. Que si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore , c'est par la patience que nous l'attendons^.» La patience est donc nécessaire pour arriver à la perfection de notre état , et recevoir de la bonté de Dieu les biens que nous avons crus et espérés. Aussi le même apôtre avertit en un autre ctndroit les {jens de bien qui font de bonnes œuvres et s'amassent des trésors dans le ciel , d*ètre patiens , lorsqu'il dit : o Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux qui sont dans la maison de la foi "^ ; et ne nous lassons point d'en faire , car nous en recueillerons le fruit en son temps ^b II nous avertit de ne nous point lasser de bien faire par impatience , de peur que, détournés ou vaincus par les tentations, nous ne nous arrêtions au milieu de la carrière, et que ce que nous avons commencé ne soit perdu faute de rachever, suivant cette parole de l'Ecriture : « La justice du juste ne lui servira de rien du jour qu'il s'égarera ^ : )» et ailleurs; «Gardez bien ce que vous avez, de peur qu'un autre ne prenne voire couronne ' ; » qui est une exhortation pour nous à persévérer constamment et généreusement , afin de ne pas perdre la couronne que nous sommes tout près de remporter. Mais, mes très-chers frères, la patience ne conserve pas seulement les biens
«Mallh., 10,22. - * Cialalc», (», 10. — «Ézcch, 53,12 —
* Jean, 8, 31.
- JbUL, 2, a ^ Apoc., 3, 11.
Roin., 8^ 21.
que nous avons acquis , mais nous défend encore contre les maux ; car celui qui suit les mouvemens du Saint-Esprit et qui soupire après les choses célestes, résiste par sa vertu aux œuvres de la chair qui font la guerre A l'âme. Parcourons quelques-uns de ces vices , cela suffira pour nous faire comprendre les autres. L'adultère , la fraude , l'homicide sont des crimes mortels. Que la patience soit enracinée fortement en notre cœur, un corps qui est le temple de Dieu ne se souillera point par l'adultère; une âme innocente et dévouée à la justice ne sera point capable de fraude; et une main qui a eu l'honneur de porter l'eucharistie ne sera point trempée dans le sang. La charité est le lien qui unit les fidèles ensemble , le fondement de la paix, le ciment de Tunité , qui est plus grande que l'espérance et que la foi , qui surpasse toutes les bonnes omvres et. le martyre même, et qui demeurera toujours avec nous dans le ciel. Cependant 6tez-lui la patience , et vous la verrez tomber par terre. Otez-lui ce fondement sur lequel elle s'appuie , et elle demeurera sans force et sans vigueur. Aussi lorsque l'apôtre parle de la charité, il y joint la patience. «La charité, dit-il, est généreuse, la charité est douce , point jalouse , point orgueilleuse, point colère ni méfiante; elle aime tout , elle croit tout , elle espère tout , elle souffre tout ^D Par là il montre que la charité ne subsiste que parce qu'elle supporte toutes choses; et en un autre endroit : «Supporlezvous, dit-il, l'un Tautre avec charité , et travaillez à conserver l'union de l'esprit par le lien de la paix ^, d Ce qui fait voir que l'union et la paix ne peut être conservée parmi les chrétiens , s'ils ne sesupporlent réciproquement l'un l'autre, et si la patience n'intervient comme le lien de la concorde. D'ailleurs, comment pourrez-vous ne point jurer, ne point dire d'injures, ne point redemander ce qu'on vous emporte, tendre l'autre joue â celui qui vous a donné un soufflet, ne pas seulement pardonner septante fois sept fois à votre frère lorsqu'il vous a offensé , mais toutes les fois qu'il vous offense , aimer vos ennemis, et prier pour vos persécuteurs, si vous n'avez une patience à l'épreuve? Saint Etienne en avait une semblable , lorsque, lapidé cruellc-
M. Cor., 13,1 — »Éplic»e, 1,2.
SAINT CYIMIIKN.
menl par les Juifs, il ne demanda pas vengeanee |H)iir soi , mais pardon pour ses ennemis , et dit : « 8ei|T;neur, ne leur imputez point ce péché L » vTel devait être le premier martyr de Jésus- Christ, qui devançant par une mort glorieuse les autres martyrs , ne leur a pas seulement appris à imiter les souFFrances de leur maître , mais aussi sa patience c( sa douceur. Que diraijedc la colère, de la discorde, des inimitiés, de quoi un chrétien doit être exempt? Que la patience soit dans son cœur, toutes ces passions n'y auront point place ; ou si elles font effort pour y entrer, elles en sortiront bientôt comme d'une demeure où le Dieu de la paii prend plaisir à habiter. C'est pourquoi Tapotre nous donne celte instruction : «Prenez garde de ne point contrister rKsprit-Saint de Dieu par lequel vous avez éié marqué pour le jour de la rédemption. Que toute aigreur, tout em|)ortement, toute colère, toute crierie,loutmunnure soit banni de parmi vous; car si un chrétien a commencé de sortir de ces passions furieuses et turbulentes comme d'une mer orageuse, et est arrivé au port tranquille de Jésus-Christ, il doit absolument exclure de son cœur la colère et la discorde, puisqu'il ne lui est pas permis de rendre le mal pour le maP.»Iia patience est encore extrêmement nécessaire pour supporter les diverses et fâcheuses maladies qui nous affligent tous les jours; car le péché du premier homme nous ayant fait perdre la vigueur avec Tinimortalité, nous avons sans cesse à combattre contre la faiblesse de notre corps, et nous ne saurions soutenir ce combat que |>ar la patience. De plus, Dieu pour nous éprouver permet que plusieurs disip'àces nous arrivent , connue des pertes de biens ou d'amis, des fièvres , des plaies douloureuses. Or en tous ces accidens, ce qui met de la différence entre les méchans et les gens de bien, c'est que ceux-là se plaignent, blasphèment , et s'impatientent , au lieu que les autres les regardent comme une épreuve , suivant cette parole de l'Ecriture : « Soyez constant dans la douleur, et souffrez patiemment d'être huniilié ; car l'or et l'argent sont éprouvés dans le feu -K » C'est ainsi que Job fut éprouvé , et que sa patience réleva au comble de la gloire. Combien le diable lança-t-il de flèches contre lui ! Combien
« Atl-, 7, 6y. — * Kpbtsc , 4 , 30. — = talébiast., 3, 1.
employa-t-il de machines pour le renverser! Il lui ôte ses biens et ses enfans , et le frappe d'une plaie infecte et maligne qui lui couvre tout le corps ; et pour ne rien oublier qui lui pût faire de la peine, il arme sa femme contre lui , se servant en cela de ses anciennes ruses et de Tarliflce dont il usa dès le commencement du monde. Mais Job ne se laissa point abattre par tant de malheurs, et au milieu de foutes ces afflictions sa patience victorieuse ne laissa pas de bénir Dieu. Tobie de même, après tanl d'ouvrés éclatantes de misériconde, ayant perdu la vue , souffrit cette perte si patiemment qu'il mérita que Dieu lui fil des grâces extraordinaires.
Mais pour voir encore mieux , mes trèsrchers frères, les avantages de la patience, considérons-la, s'il vous plait, par opposition avec son contraire : car comme la patience est unegrice de Jésus-Christ, l'impatience est un viœ du diable; et comme celui en qui Jésus-Christ demeure est patient, celui au contraire, dootTeiprit est possédé de la malice du diable, est toujours impatient. Reprenons les choses dès le commencement. Le diable portant impatiemment de voir l'homme créé à Finiage de Dieu, se perdit par là le premier, et perdit Thomme ensuite. Adam, impatient de manger du firuît de vie contre la défense de Dieu , tomba dans /a mort , et fut privé de la grâce qu'il avait reçue. Cain ne tua son frère que parce qu^îl ne put souffrir que Dieu regarîdât favorablement ses sacriflces. Ésati perdit son droit d*atnesse pour n'avoir pu endurer la faim. N*e8t-ce pas l'impatience qui a été cause que le peuple juif ingrat des faveurs du ciel se retira premièremeol de Dieu, lorsque, ne pouvant souffrir que qui parlait avec lui tardât tant à revenir, Il demander des dieux profanes et appeler na veau d'or son guide et son conducteur? Et ce fut encore cette même impatience et rébdioa contre Dieu qui le porta à tuer ses prophètes, et à attacher son Seigneur à une croix. Cesl Timpatience qui fait aussi les hérétiques dans l'Église, et qui les pousse, à Texemple des JaiCs à violer la paix et la charité de Jésus-Christ , d à commet tre des actes de fureur et d'bostiliif- Et parce qu'il serait trop lonf; de parcoorir toutes choses en particulier, il suffira de dire que généralement tout ce que la patience cdifif. l'impatience te détruit. C'est pourquoi, dcs
DE LA PATIENCE
rrè$-€hers frères , conservons avec grand soin h patience qui nous fait demeurer en Jésus- Christ , afin que nous puissions arriver avec lui à Dieu. Cette divine vertu n'est pas resserrée dans des bornes étroites , elle s'étend bien loin , et est comme un grand fleuve qui arrose beaucoup de pays et se répand en plusieurs canaux. Aussi peut-on dire très-vérilablement que toutes nos bonnes enivres sont comme défectueuses sans elle, et que c'est elle qui les achève et les consomme. C'est la patience qui nous rend dignes de jouir de Dieu , qui calme la colère, qui arrête la langue, qui gouverne l'esprit, qui conserve la paix, qui entretient la discipline, qui rompt l'impétuosité des passions déshonnètes, réprime les emportemens de l'orgueil , éteint le feu des divisions, retient la puissance des riches dans les bornes légitimes, et console l'indigence des pauvres. Elle conserve la bienheureuse intégrité des vierges , la chasteté laborieuse des veuves, l'union sainte et indissoluble des personnes mariées. Elle fait qu'on est humble dans la prospérité, constant dans l'adversité , peu sensible aux injures et aux affronts. Elle nous apprend à pardonner bientôt à ceux qui nous offensent , et k demander longtemps pardon à ceux que nous offensons. Elle surmonte les tentations, souffre les persécutions, consomme les souflrances. C'est elle qui établit solidement les fbndemens de notre foi , qui élève bien haut l'édifice de notre espérance, qui nous fait marcher sur les traces de Jésus-Christ et garder inviolablement la qualité des enfans de Dieu. Mais parce que je sais , mes très-chers frères, qu'il y en a plusieurs qui , irrités de Fatrocité des injures qu'ils ont reçues, seraient bien aises d'en être promptement vengés sans attendre jusqu'au jour du jugement ; nous les exhortons à emin'asser avec nous la patience, et parmi les tempêtes de ce monde où nous sommes exposés aux insultes des Juifs, des païens et des hérétiques, d'attendre en repos le jour de la vengeance et de ne se point hâter mal à propos de la prendre eux-mêmes. Car il est écrit : «Attendez-moi, dit le Seigneur, jusqu'au jour de ma résurrection glorieuse; car j'ai résolu d'assembler les peuples et les rois, et de décharger ma colère sur eux ^ » Et dans TApo-
> Sopbon., 3 , 8.
calypse : « Ne scellez point les paroles de prophétie que contient ce livre; car le temps approche que ceux qui font du mal aux autres leur en feront encore davantage, que ceux qui sont souillés d'impureté le seront encore plus , que celui qui est juste deviendra plus juste, et que le saint acquerra une plus grande sainteté. Je m'en vais venir bientôt, et j'ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses oeuvres t. » Cest pour cela qu'on commande aux mart]rrs, qui crient et demandent qu'on les venge bientôt d'attendre encore, et d'avoir patience jusqu'à ce que le temps soit venu cl le nombre des martyrs accompli, a Comme Van^^c, dit rapôtre,cutouvert le cinquième sceau, je vis sous l'autel de Dieu lésâmes de ceux qui avaient été tués pour sa parole et pour la confession de son nom. Et ils se mirent à crier à haute voix : Seigneur, qui êtes saint et véritable, jusqu'à quand différerez- vous à nous faire justice, et à venger notre sang sur ceux qui habitent sur la terre? Alors on leur donna à chacun une robe blanche, et on leur dit de se tenir en repos encore un peu de temps, jusqu'à ce que le nombre des serviteurs de Dieu leurs frères qui devaient souffrir la mort comme eux fût accompli^, a Or quand Dieu fera la vengeance du sang innocent, le Saint-Esprit le déclare par le prophète Malachie, lorsqu'il dit : «Voici le jour du Seigneur qui vient allumé comme une fournaise ardente, et tous les étrangers et les méchans seront comme de la paille qu'il consumera, dit le Soigneur^.» Nous lisons la même chose dans les psaumes, où Dieu nous est réprcsenlê venant juger le monde avec éclat et majesté : « Dieu , dit le prophète, viendra visiblement; notre Dieu ne demeurera plus dans le silence : le feu brûlera tout devant sa face, et Ion entendra autour de lui une effroyable tempête : il appellera devant lui le ciel et la terre pour faire la séparation de son peuple. Assemblez-lui tous ses saints, tous ceux qui gardent son alliance et ses sacrifices: et les deux publieront sa justice, et que c'est lui qui est le véritable jugc^.nEt le prophète Isale : « Le Seigneur viendra comme un feu, et son char sera comme un tourbillon de vent, afin d'exercer ses vengeances : car ils seront jugés par le feu et frappés de Tépéc \ »
' Apoc., 22, 10, - * Fsauine 49, 3.
- « /bùl., (?, 9. - ' iMalacli., 4, 3.
— " Isaïe, G ), 15.
SAINT CYPRIEiN.
Et encore : «Le Seigneur et le Dieu des balailles s'avancera et terminera la guerre. Il commencera le choc , et criera d'une voix puissante à ses ennemis: Je me suis tu jusquici; mais me tairai-jc toujours^?» Qui est celui qui dit qu*il s est tu, et qu'il ne se taira pas toujours ? C'est celui qui a été mené comme une brebis à la boucherie^, et qui D*a point ouvert la bouche non plus qu un agneau qui demeure muet de- \ant celui qui le tond; c'est celui qui n'a point nic^, et dont la voix n'a point été entendue (huis les places publiques; qui n'a pohit résisté lorsqu'on le flagellait et le souffletait, ni tourné la lè(c lorsqu'on lui crachait au visage**. Enfin c'est celui (uii ne répondit rien aux accusations des prêtres et des anciens; jusqu'à étonner Pilalc par son silence. C'est lui qui s'élant tu au ten)j)s de sa passion, ne se taira pas au temps de la vengeance. C'est lui qui est notre Dieu , c'est-à-dire le Dieu de ceux qui croient, et non le Diea de tous, qui lorsqu'il paraîtra publiquement ne gardera plus le silence, mais se fera autant connaître par sa puissance qu'il était auparavant demeuré inconnu par son humilité. Aitcndous-le, mes très -chers frtres, lui qui doit être notre juge, et qui vengera avec lui son peuple et tous les juslcs depuis le comiàieiîcc-
ment du monde. Que celui qui court à la vengeance considère que celui qui vengera Ici autres n'est pas encore vengé lui-même. Diea le Père a commandé qu'on adorât son Fils; et l'apôtre dit dans la vue de ce commandement : a Dieu l'a élevé et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms, a6n qu'aa nom de Jésus tous fléchissent le geooa au del, sur la terre et dans les enfers^. » Et dans l'Apocalypse l'ange empêche saint Jean qui le vouhlt adorer, et lui dit : a Gardez -vous-ea bien : car je suis serviteur aussi bien que vous, et Van de vos frères; adorez le Seigneur Jésus ^.» Quelle est donc la patience du Seigneur Jésus, que lui qu'on adore dans le ciel ne soit pas encore vengé sur la terre? Pensons à sa patience, mes très-chers frères, lorsque nous soounes dus les persécutions et dans les souffiraiicei Rendons un hommage entier à soo avènement, et que des serviteurs ne soient pas si harpis que de se vouloir venger avant leur maître. Travaillons plutôt à conserver une patience invincible, afin que lorsque k jour de la colère et de la vengeance viendra, nous ne soyons pas punis avec Les pécheun, mais glorifiés avec ceui qui craigoeot Dieu.
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