‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 59 sur 110 · DE L'ENVIE · texte numérisé non relu

DE L'ENVIE

11 y en a qui s'imaginent, mes très-chers frères, que c'est un léger péché d'envier le bien d'aulrui ; et parce qu'ils croient ce péché léger, ils le dédaignent et ne se mettent pas en peine de l'éviter. Cependant Notre- Seigneur nous commande d'être prudens et vigilans, de crainte que noire adversaire, qui veille toujours et nous dresse continuellement des embûches, ne se glisse adroitement dans notre cœur , et d'une étincelle n'allume un grand embrasement; de cçainte que, je le réi)ète, tandis que nous reposant iroj) sur la Iwnace nous ne nous tenons

' I au' , 12, 13. - « JbUi., ;,S, 7. - » JOid., 42, 2.

sur Boa% Mntiii-

pas sur nos gardes , iln^eidte tent

une tempête qui nous mette

naufrage. Il faut donc veiller

cbers frères, et employer tous

repousser les flèches que Ui

nous de tous côtés , selon cet avia salalaiic q*

l'apôtre saint Pierre nous donne dans su

épitrc : a Soyez sobres et veillée, car le

votre ennemi tourne autour de vous

lion rugi.-^^sant , et cherche qui il

rer ^ » 11 tourne autour de diacua de

comme un cu.ienii qui assiège une place pM

' riiiiip , -. • Apu- , 2J, a^ » I. Picm , «b

DE L'ENVIB.

allre les endhroiu les plus fiiMes et tàentrer par là. Il présente à nas yen des agréables pour détruire la dbastelé par . 11 tente no» oreilles par des miuiqiies oses , afin de relâcher notre courage et vigaeur. Il porte notre langue à des inet nos mains à commettre des meurtres^ i présente des gains iiynstes et des Yoîes » de nous enrichir pour nons perdre par r de Taisent. Il nous promet les honneurs erre pour nous ravir ceui du cieL U nous le foui biens pour nous arracher les rés; et lorsqu'à toit qu'il ne saurait sur* *e par ses artifices, il a recours aux meet il tâche de nous effrayer par la crainte rsécutions; toujours actif et inquiet pour ïtesserriteursdeDîeu, rusé dans bpaix, t dans la persécution. C'est pourquoi, èfr-cfaers frères, nous devons être ^learmés contre ses artifices et contre ses es , et toujours aussi prêts à lui résister st prêt k nous attaquer. Mais parce qu'il combat plus souvent par ses roses qu'à ouverte, et que les Messores (pi'il nous nt d'autant plus dangereuses qi^dles sont s, c'est prindpaleBent à celles-là qu'il rendre garde. Or de œnombre est Penvîe ilousie ; car si l'on considère bien ce vîee, connaîtra qu'il n'y en a point qu'un ^n doive plus soigneusement éviter, parce l'y en a guère de phis imperceptible ni Nis fasse plutôt périr sans que nous Faions. Et afin que cela paraisse plus évient , remontons à l'origine de l'envie et s quand et comment elle a commencé ; ions sera plus aisé de nous garantir d'n pernicieux lorsque nous en oonnaltrens la nce et la grandeiv. Cest cette nnlbciipassion qui dès le commencement d e fut cause que le diable se perdît et qn' i ; lliomme; car cet esprit ai^^llqae aup t si glorieux et a cbéri de Dieu , voyai : me crééàsott innge, en conçut une nu jalousie, et par là il tomba lui-même av» : e le faire tomber, il devint captif avai : ; le réduffe en captivité , et il ne le fit dede son inunortalité qu'après être déchu ^e de sa gloire. Combien grand est ce , mes très-chers frères , qui a pu précifange du haut du ciel , qui a renversé une

créature si noMe et ai eicdlente , qui a trompé celui qui trompe les autres l Cest de là que l'envie est venue sur la terre, qn^elle tue tous ceux qui se rendent en cela les imitateurs du diable, suivant cette parole de l'Écriture : « La mort est entrée dans le monde psr l'envie du diable , et ceux qui sont de son parti l'imitent ^ » C'est là la source de la baine que conçut autrefois un frère contre son frère , qui fut suivie d'un exécrable parricide , tandis que Caîn est animé de jalousie contre le juste Abel , taudis qu'un méchant homme possédé de cette passion forme un dessein crûniael contre un homme de bien. La fureur de l'envie le transporta de telle sorte qu'il ne put être arrêté ni par l'amour fraternel, ni par la crainte de Dieu , ni par Ténormité du crime,nipar la punition qu'il en devait attendre. Celui qui le premier avait montré le chemin de h justice est injustement meurtri ; celui qui ne savait ce que c'était que la haine en ressent hcmauté; et l'on massacre barbarement celui qui se laisse égorger comme un agneao.Cest Tenvie aussi qui fut cause de Tinimitié d'Ésaû contre Jacob, et ÉsaO ne persécuta son frère que parce qu'il était enrienx de la bénédiction qu'il avait reçue de son père. Les frères de Joseph de même ne le vendirent que par une envie qu'ils conçurent contre lui, à cause qu'il leur avait rapporté simplement quelques visions qui loi présageaient du bonheur. Qu'est-ce qui porta Saûl ù haïr si cruellement David, le plus doux et le meilleur de tous les hommes , à le persécuter , à le chercher tant de fnis pour le foire mourir , sinon une violente jalousie de ce qu'ayant tué Goliath le peuple lui donnait mille louanges? Et pour n^être pas obligé de rapporter en détail des exemples de tous ceux que l'envie a perdus , voyons acolement les maux qu'elle a causés à un peuple entier. N'est-ee pas eHe qui a été cawte de b perte des Juifs, pendant que remplis de jsdoosie contre Jésus-Christ, ils ne voulurent point ajouter foi à ce qu'il leur disait? car étant aveiqjléa de cette passion , ils tâchaient de décrier ses plus grands miracles, et n'avaieni point d'yeux pour voir les choses divines qu il opérait. Considérant donc toutes ces choses, mes très-chers frères, travaillons de tout notre pouvoir à défendre de cette peste des cœurs

» Sr«oc88e, 2, 24.

dévoués à Dieu. Profitons du malheur des autres, cl devenons sa^es à leurs dépens. Et que personne ne s'imagine que ce vice se renferme en des limites fort étroites, il s'étend extrêmement loin, et il n'est pas moins fécond que pernicieux. C'est la racine de tous les maux , la source de toute sorte de calamités, la pépinière des crimes, et la matière de tous les péchés. Delà naissent la haine et Tanimosité. De là vient Tavarice, lorsqu'on ne saurait souffrir qu'un autre soit plus riche que nous. De là l'ambition, tandis que pour s*é1cvcr plus haut que les autres on nn^prise la crainte de Dieu, on néglige lesenseignemens de Jésus-Christ, on ne prévoit point le jour du jugement , on est orgueilleux, cruel, perfide, impatient, colère, querelleur, sans qu'on se puisse jamais retenir depuis qu'on a une fois lâché la bride à cette passion. C'est l'envie qui est cause qu'on rompt le lien de la paix, qu*on viole In charité fraternelle, qu'on corrompt la vérité , qu'on déchire l'unité pour former des schismes et des hérésies, pendant qu'on se plaint de n'avoir pas été ordonné évèque, ou qu'on ne veut pas obéir à celui qui nous a été préféré ; c'est ce qui fait révolter un orgueilleux et le rend plutôt ennemi de la dignité que de ia personne. D'ailleurs , quelle pitié est-ce d'envier la vertu d autrui ou sa félicité , c'est-à-dire de haïr en lui ou ses propres mérites ou les grâces de Dieu, de faire son malheur du bonheur des autres, d'être tourmenté de leur prospérité , de s'affliger de leur gloire, et de nourrir sans cesse dans son cœur ces chagrins qui sont comme autant de bourreaux qui le déchirent? Quelle joie un homme de la sorte peut-il avoir au monde? Il soupire et se plaint continuellement , et la jalousie ne le laisse reposer ni nuit ni jour. Tous les autres crimes ont une fin et se terminent par l'accomplissement. Un adultère est content quand il a joui de la personne qu'il aime. Un voleur se tient en repos quand il a fiiit son vol. Un foussaire est satisfait lorsqu'il a commis une fausseté : mais l'envie ne s'arrête jamais, c'est un péché toujours subsistant , et plus celui à qui l'envie s^attacheest heureux,plus elle s'irrite et s'enflamme. Elle met les menaces dans la bouche , la colère dans les yeux, la pâleur sur le visage, fait grincer les dents et dire d(\s paroles (uilragru.sos, pousse les mains aiix i:ic'.:i (PvS et à la vluleucc. cl les armes par bcs I

SAINT CYPRIEN

propres forces; c'est poorquol le Saint-Esprit dit dans les psaumes : « Ne portez point envie à celui à qui tout succède heureusement <;■ et encore : « Le méchant observera le juste, et grincera les dents de rage contre lui: Mais le Seigneur se moquera de ses desseins , parre qu'il voit que le jour de sa raine approche 2. » Le bienheureux apôtre saint Paul désigne aussi les envieux quand il dît : «Ils ont sur leurs lèvres un venin d'aspic, leur touche est pleine d'injures et d'aigreur, Imrs pieds sont prompts pour répandre le sang ; ils ne-songent qu'à rendre les autres misérables , ne prennent jamais les voies de douceur , et n*ont point la crainte de Dieu devant les yeux'.» Les Uessarts qu'on reçoit dans le corps sont bien moiiis dangereuses que celles de Fenvie ; car coninie oo les voit , on en cherche aussitôt la guérisoo , la lieu que les autres étant secrites Ton oe se met pas même en peine d'y apporter remède. Qui que vous soyez qui êtes malin et envieux , foos avez beau chercher les moyens de nuire à celoi que vous haïssez , vous ne lui ferez jamais tut de mal que vous vous en fiaites. Celui que vous persécutez peut échapper de vous , mais vous ne vous sauriez fuir vous-même. Pkrloot oi vous êtes, votre adversaire est avec vous. Vo» portez toi^ours votre ennemi; le mal esteofenné au dedans; vos liens sont indisioliiUes; vous êtes esclave de la jalousie, et rien n*cst capable de vous tirer de cette senritnde; c'csl un wi opiniâtre que de persécuter un homme qae Dieu prend en sa protection; cTeat un malhcv sans remède de haïr un homme heureux. Cat pourquoi Notre-Seigneur voulant prtfsair ■ si grand mal et empêcher qn*il ne

personne dans les filets de la mort ,

ses disciples qui lui denundaient qui

plus grand d'entre eux :c Celui qui aeru lei

dre parmi vous tous sera grand ^.b Piv

réponse il a coupé pied à tonte jakmaie d

retranché tous les sujets. Il n^eat pi

un disciple de Jésus-Qirist d*être

ne pouvons plus disputer de filoira et tStntf^

entre nous , puisqu'on n*y arrive qœ pv A''

milité. Aussi l'apôtre saint Paul non

à fiiirc des œuvres de lumière apria

de la nuit où nous étions : c La nuit, dit-lyit

' I'.. 3 i. 7 — » /l,:if , 12. - » Rum. , 3, 13. ' l,Uf, -.'2, Mi.

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