‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 74 sur 110 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

DE l ORICIKE DE l'eRUEUR.

I. Quoique j'aie parfaitement , dans mon prcnner livre , fait voir que la rcliîçion des dieux est fausse , cl que ceux auxquels le consentenïcnt des hommes , fondé sur une persuasion ridicule , a attiré par toute la terre des cultes si variés et si dissemblables, n'étaient que des mortels qui , à la fin de leur vie, ont été contralnls de subir la loi générale de la mort ; cependant , afin qu'il ne reste aucun doute sur cette matière , je tâcherai de découvrir dans ce second livre la propre source de cette erreur , et d'expliquer les causes qui, ayant d'abord trompé les hommes , les ont portés à croire ù la pluralité des dieux , et ensuite, par des préjugés invétérés, les ont affermis dans les religions auxquelles ils s'étaient d'abord soumis , car j'en ai un extrême désir, Constantin , après avoir démontré jusqu'à lëvidence le néant de ces croyances et dévoilé la vanité impie des hommes , de manifester la majesté du seul vrai Dieu. Quelle mission plus utile et plus noble à remplir que celle de les retirer du mauvais chemin où ils sont engagés , de les faire rentrer en grâce avec eux-mêmes, et d'empêcher qu'à l'imitation de certains philosophes, ils ne conçoivent du mépris pour eux-mêmes et ne se considèrent commcdes êtres faibles, inutiles, nuls en un mot , et créés sans le moindre but P Car sitôt qu'ils sont persuadés que Dieu s'embarrasse fort peu de nous, et qu'ils ne seront que néant après leur mort, ils s'abandonnent entièrement à leurs passions; et comme ils croient que tout leur doit être permis , ils s'efforcent d'assouvir leur soif ardente des voluptés, ce qui est le plus grand chemin de la perdition; car ils ignorent réellement et ne connaissent point la raison qui est attribuée aux hommes ; et s'ils voulaient s'en servir , ils commenceraient à reconnaître l'existence du vrai Dieu , et n'auraient pour but dans toutes leurs actions que la justice et la verlu : rien ne les attacherait plus à tout ce qui est terrestre ; ils n'auraient plus aucune passion déréglée ; ils s'estimeraient même beaucoup plus qu'ils ne font, et reconnaîtraient toutes les prérogaiives de leur être , qui ne peut subsister

qu'en renonçant à l'erreur et en adorant le vrai Dieu. Effectivement, quand je pense à Fimiuensite de toutes choses, je ne puis m*empècber d'admirer la grandeur et la puissance du vrai Dieu, qui contient tout et qui gouverne tout; mais en même temps je ne puis assez m'étoniiPr que ce même Dieu, que rhomme devait perpétuellement connaître et adorer, soit la première chose qu'il ait commencé à négliger et à oublier; et qu'il ait été aveuglé au point de préférer de» hommes morts à un Dieu vivant ,des hommes qui sont terrestres et ensevelis dans la terre à celui qui est le créateur de cette même terre. Gepeodant les hommes ne doivent pas désespérer que Dieu ne leur pardonne cette impiété, si elle ue vient que par l'ignorance où ils étaient du vrai Dieu et faute de le connaître ; mais comme nous voyons bien des hommes , qui font profession d'adorer les faux dieux , et qui néanmoins conviennent et publient même qu'il n'y en a qu'un seul , quel pardon et quel grâce peuvent-îls espérer que Dieu fasse à leur impiété, ceux qui, ayant connaissance du vrai Dieu , ne connaissent point le culte qu'ils lui devraient rendre, ce qu'il n'est pres(iue pas permis â un homme d'ignorerPCar quand ils jurent, quand ils implorent la bonté divine , ou qu'ils lui rendent grâce de quelque chose , ce n'est point Jupiter ni les autres dieux à qui ils s'adressent, mais ils nomment Dieu. Eff^t singulier de la nature, qui leurarrache, pour ainsi dire, la vérité, et même malgré eux, quand ils sont dans l'accablement et le malheur , ce qu'ils ne font jamais néanmoins quand ils sont dans la prospérité. Et en effet , Dien n'est jamais tant oublié des hommes que lorsque l'homme jouit tranquillement des grâces et des biens qu'il lui envoie, ce qui néanmoiDS devrait lui en rappeler la mémoire et l'engager à une reconnaissance proportionnée. Mais quand au contraire l'homme se trouve dans l'adversité, c'est pour lors qu'il a reooon i Dieu. Si les horreurs de la guerre le menacent et le font trembler, si une maladie contagieuse désole son pays , si une grande sécheresse a desséché tous les fruits de la terre , si une tempéce survient , ou un orage ou une grêle, pour lors il a recours à Dieu ; il lui demande du seooon; il l'invoque pour qu'il lesoulage dans ses peines. Si quelqu'un est surpris en mer par une tempête, cl qu'il court risque de périr , il invoque aussi-

liSSTlTUTIO.NS DlVlMiS. - LIVRE II.

^tôt Dieu ; s'il se trouve dans quelque danger I pressant, il a aussitôt recours à Dieu; si un homme se voit très-affaibli par la lon{];ueur d'une .maladie et la violence des remèdes , il demande iavcc instance, en altestiinl le nom de Dieu, quon lui donne à manger, et il espère par cette supplication toucher les hommes de compassion. Ainsi donc, les hommes ne songent jamais à Dieu et n'ont recours à lui que lorsqu'ils sont dans Tadversité; et sitôt que le péril est passé , et qu'ils n'appréhendent plus rien , on les voit recourir avec joie aux temples des faux dieux. Ils leur font des libations , ils leur offrent des sacrifices , ils vont jusqu'à les couronner, et ne songent pas seulement à rendre les moindres actions de grâces au vrai Dieu qu'ils ont pourtant imploré dans leurs afflictions. Et de même que la luxure n'est produite que par la trop grande aisance et la jouissance des commodités de la vie, de même cette luxure et tous les autres vices ne produisent que l'oubli et l'impiété envers Dieu. Mais d'oA cela peut-il j)rovenir, si ce n'est qu'il y a quelque puissance perverse et mauvaise qui est ennemie déclarée de la vérité , qui s'applaudit des erreurs des hommes, qui n'est uniquement occupée qu'à répandre les ténèbres et à aveugler les hommes, de peur qu ils ne voient la lumière et de peur qu'ils n'élèvent les yeux au ciel, et ne fassent attention à leur nature et à leur origine , dont nous parlerons en son lieu? iMais pour le présent, nous nous attacherons seulement à combattre les erreurs des hommes. Gomme tous les animaux ont le corps et le regard tournés vers la terre, parce qu'ils n'ont pas été doués de la raison et de la sagesse, et les hommes au contraire portent le corps droit et la tète élevée toujours vers le ciel, on peut induire de là que la religion des faux dieux n'est pas un effet de la raison des hommes, puisque l'homme, qui doit être tout divin, est obligé de s'abaisser pour adorer des choses terrestres. Car Dieu, qui est notre seul et unique père, quand il forma l'homme et qu'il le rendit capable d'intelligence et de raison, il s'éleva, pour ainsi dire, hors de terre pour pouvoir contempler plus facilement son créateur. C'est ce qu'a dit fort ingénieusement un poëte :

cE( quand le rcslc «les animaux porte le corfis c( torcf^aril 8U1' la terre, il ^Dicu) a Uoaoé à l'hoiuiue uu \ins9 élevé.

Toulani qu*il oonlempltt le ciel et liiâl lU rceiemsiit let regardi ▼ers les astres.»

Cest ce qui a fait que les Grecs ont donné à Thomme le nom d'anlhrôpos, parce qu'il regarde en haut. Ainsi on peut dire que ceux qui n'ont point les yeux élevés vers le ciel , et qui ne pensent uniquement qu'aux choses terrestres , renoncent pour ainsi dire à la qualité d'homme et abdiquent leur état , à moins qu'ils ne se figurent que la structure droite et élevée de l'homme ne soit pas un attribut particulier que Dieu lui ait donné. Ce n'est pas en vain que Dieu a voulu que nous eussions toujours la tête élevée vers le ciel. De tous les animaux et de tous les oiseaux , il n'y en a presque point qui puisse voir le ciel ; mais celte faculté a été accordée à l'homme, afin qu'il puisse y chercher son Créateur et son mattre qui y fait son séjour; et, ne pouvant pas le voir face à face, le contempler au moins en esprit et l'adorer avec ardeur, c'est certainement ce que ne peut pas faire celui qui s'amuse à adorer de l'airain ou de la pierre, toutes choses terrestres; il est même déraisonnable de penser que la structure du corps de l'homme étant droite et élevée, bien qu'il ne soit que terrestre et temporel, son âme, qui est éternelle , soit humble et s'abaisse aux choses terrestres ; car la figure et la structure de l'homme signifient tout simplement que l'homme doit avoir toutes les pensées tournées du même côté et au même endroit que le visage, et que son esprit doit être aussi droit que son corps , de peur qu'il ne ressemble à tous les autres animaux sur lesquels il doit dominer. Mais nous voyons au contraire que les hommes, oubliant et leur prééminence et leur raison , détournent les yeux du ciel et ne les ont attachés qu'à la terre ; ils craignent même des dieux qui ne sont l'ouvrage que de leurs mains, comme si quelqu'un pouvait être plus grand que son créateur.

IL N'y a-t-il pas bien de la folie, et n'est-ce pas une erreur bien grande à l'homme, de former de ses mains des dieux qu'il doit craindre quand ils sont faits , ou de craindre lui - même ces mêmes dieux quand il les a formés ?« Mais ce ne sont pas, me dira-t-on , ces mêmes dieux qui ont été formés par l'homme que nous craignons, ce sont ceux à l'image et à la représentation desquels ils oui été faits cl auxquels ils oui été

LACTANCE

consacrés. « Ainsi donc , vous craâgnez ceui que nous croyons être dans le ciel ; et cela ne peut être autrement s'ils sont véritablement dieux. Pourquoi, dans cette pensée, n'élevez-vons pas toujours les yeux vers le ciel et faites-vous en secret des sacrifices à vos dieux quand vous voulez les invoquer? Pourquoi vous adressezvous à des murailles, à du bois, et surtout à des pierres , seuls objets que vous voyez dans vos temples, où vous croyez que vos dieux résident? Ces temples, ces autels , et enfin ces simulacres de vos dieux , sont-ce autre chose que des représentations de personnes mortes ou absentes? L'idée que les hommes ont em^en imaginant de faire et de fabriquer de pareils simulacres, n*a été que de perpétuer la mémoire de ceux qui sont morts ou de ceux dont ils ont été obligés de se séparer et qui sont absents. Dans l«)quelie de ces deux classes mettrons-nous donc vos dieux? Si nous les mettons danscclle des morts, quelqu'un peut-il être assez insensé pour les adorer? Si nous les mettons dans celle des absens, on ne doit point non plus les adorer, puisqu'ils ne voient point ce que vous faites et n'entendent point les vœux et les prières que vous leur adressez. Si , au contraire, ces dieux ne peuvent être absens d'aucun endroit , parce qu'étant dieux ils sont répandus dans toutes les parties du monde, qu'ils voient tout et qu'ils entendent tout , les simulacres que les hommes font pour les représenter sont fort inutiles puisqu'ils sont présens partout, et qu'il suffit de se pouvoir faire entendre par ceux qu*on invoque.Mais ils ne sont là présens que par rapporta leurs figures qui y sont,et comme autrefois les peuples croyaient que les âmes des morts erraient autour de leurs tombeaux et des restes de leurs corps. Cependant, après que leur dieu a exaucé leurs vœux et leurs prières, leur simulacre est inutile ; car je demande si quelqu'un contemplait souvent le portrait d'un homme qui serait dans un pays fort éloigné, dans l'idée de se consoler de son absence, cet Immmc seraitil bien sensé si son ami , étant revenu de ces pays lointains, et étant avec lui, il continuait de contempler toujours son portrait, et avait plus de plaisir à le regarder qu'à regarder son ami? Sans doute ccRi serait ridicule, car le portrait d'une personne ne peut faire plaisir à voir que quand elle est absente; mais sitôt quelle est

présente, il semble qu'il devient inutile. Or Dieu, dont Icsprît est toujours répandu partout ne peut être absent d'aucun endroit; par conséquent, il est inutile d'en avoir le sinnalacreoa la figure. «Mais il est à craindre, me dira-t-oo, que toute leur religion ne devienne vaine et inutile s'ils n'ont point un objet présent qui leur rappelle l'idée de celui qu'ils adorent; et c'est ce qui les a engagés à faire des simulacres et des représentations qui ressemblentàdesniort% parce qu'elles sont véritablement la représentation de gens qui sont morts , n'ayant plus aucune sensation, au lieu que le simulacre d'ua Dieu vivant et éternel doit être vivant et sensible. Si c'est la propre ressemblance qui leur a fait donner leurs noms , comment peut-on se figurer et croire que ces idoles ou simulacres ressemblent au dieu qu'ils représentent, pakqu'ils sont insensibles et ne sont capiiUes d'aucun mouvement ? Ainsi donc le simulacre du vni Dieu n'est point celui qui est fait par main d'homme avec une pierre, de l'airain ou quelque autre matière ; mais ce doit être l'homme luimême, parce qu'il a le don de sentir et de se mouvoir lui-même , et qu'il est capable de toute sorte d'actions. Mais ces adorateors des faux dieux ne font pas attention que , quand même ces idoles qu'ils adorent auraient du seatimeat et pourraient avoir quelque mouvement, on devrait bien plutôt adorer ceux qui les taraient faits et y auraient mis la dernière main, fraisque, sans leur travail , ce ne serait encore qu'une masse informe, une pierre brute, ou qudqoe autre matière qui n'aurait aucune figure. Aioii l'homme doit être regardé comme leur créatcor, car ils n'ont pris leur naissance, leur forme, kor figure , leur beauté et leur perfection que da travail et de l'adresse de leurs mains. Ainsi fl faut convenir que celui qui a fiait cette idole qoi devient si vénérable, doit être plus coosidéré qoe l'idole même qui ne serait rien sans Inl. Cependant personne ne considère ni ne craint cet habile ouvrier , et il craint et vénère lui-même son ouvrage, comme si la statue qui sort de la main de l'ouvrier avait plus de pouvoir et de crédit que l'ouvrier lui-même. Cest œ qui a si bien fait dire à Sénèque dans ses livres de morale : «Les simulacres des dieux sont révérés; on fléchit le genou devant eux, on les adore , on est en prières et en méditations des

jours rnliiTS devant ces fifçurcs, on lonroffic €C présente de rarj^ent, on leur immole des vîclimes; mais pour peu que ceux qui leur rendent un pareil cuite y veuilJcnl faire atlenlion, ils méprisent les ouvriers qui les ont bits. » Y at-il rien , je vous prie, de si opposé et de si contradictoire que d'adorer la statue et de mépriser Touvrier qui Ta faite, et de ne vouloir pas seulement admettre à la table celui qui a fait les dieux que nous adorons ? Quelle force et quelle puissance peuvent avoir ces dieux , puisque celui qui les a faits nena aucune, n*ayant pas pu lui-même leur communiquer seulement les facultés qu'il avait , qui étaient de voir, d'entendre, de parler, de se mouvoir. Peat-il donc y avoir quelqu'un d'assez insensé pour croire qu'il peut y avoir quelque chose de respectable dans le simulacre d un dieu , dans lequel on ne trouve tout au plus que l'ombre et la rcsscmbhnce d'un homme? Cependant personne ne fait ces réflexions, et tout le monde demeure dans son erreur et dans sa prévention, étant comme enivré de son erreur et de sa folie. Ainsi nous voyons que des hommes qui ont du sentiment adorent des dieux insensibles; que des hommes qui sont raisonnables en adorent qui n^onl aucune raison ; que des hommes qui vivent et qui respirent adorent des dieux sans vie,sans force et sans puissance ; et que des hommes qui tirent leur orifjine du ciel adorent des choses terrestres. Oh ! qu'avec raison nous devrions nous écrier avec Perse , de manière que tout le monde puisse nous entendre :

IHMirqooî let bommes rampent-ils lotijourt sur la terre, et pourquoi s*éloigiient-iU si fort du cici.

Mais élevons plutôt nos yeux vers le ciel , ce grand ouvrier et auteur de toutechose, doit nous y exciter et nous y porter. Il nous a donné un visat^f et un regard élevé, et vous le fixez seulement sur la terre; il vous a donné un esprit supérieur et capable de s'élever jusqu'aux choses divines, et vous ne pensez qu'à des choses abjectes et terreslres, comme si vous étiez fftché de n être pas nés comme les bêtes brutes. Un homme , qui est né pour le ciel , ne devrait point s'égaler et se comparera tout ce qui est terrestre et abject: et pourquoi, vous privant vous-mêmes de tous les biens et de tous les avantages célestes, vous allachoz-vous volontîiirementaux biens irrres- (res?l /homme vit malheureux sur la terre (juand |

il cherihe itri-Kis ce qu'il ne peu! trouver que dans le ciel; car tous les diriix que les hommes fout, de quelque manière qu'ils .soiiMit coîn|Kisé.s, sont-ils autre chose que de la terre ? Ainsi, pourquoi vous soumet tez-vnus à desehases purement terrestres? Pourquoi élevez-vous des choses terrestres au-dessus de vous? Car, quand vous vous soumettez h des choses terrestres, et que voua vous hunn'liez â ce point , vous vous condamnez vous-mêmes à la mort , et vous courez le grand chemin des enfers , parce qu'il n'y a rien audessous et plus abject que la terre , excepté la mort et les enfers; et si vous voulez les éviter, il faut mépriser tout ce qui est terrestre , et n'y point laisser assujettir votre corps, afin que vous soyez toujours en élat d'élever vos yeux et votre esprit vers celui dont vous tenez Têlre. Quand je dis qu'il faut mépriser tout ce qui es^. terrestre , je n'entends dire autre chose que de ne point adorer les faux dieux , parce qu'ils ne sont faits que de terre, tout œmmede ne point s'attacher aux richesses, de mépriser toutes les voluptés du corps, parce que les richesses et notre corps même, qui sert de prison à notiTdme, ne sont que des choses lei*restres. Adorez le vrai Dieu si vous voulez vivre : car il faut nécessairement que celui qui se consacre lui-même aussi bien que son âme à des morts, meure lui-même. 111. Mais que sert au [>euple et â des gens ignorans de les prêcher ainsi , puisque nous voyons des gens très-sîiges et très-savans qui, quoiqu'ils connaissent A merveille la fausseté de ces religions, néanmoins ne laissent pas de persister dans leur erreur et de continuer d'adorer des dieux qu'ils méprisent. Gicéron sentait fort bien que tous les dieux que les Romains adoraient dans leurs temples étaient de faux dieux ; car après avoir dit plusieurs choses qui tendaient à faire voir Tillusion de leur religion et <\ la détruire, il dit ensuite : «Il ne faut cependant pas disputer sur cette matière devant le peuple, de peur que de pareilles disputes ne ruinent totalement une religion qui deviendrait suspecte.» Que peut -on faire à un homme qui s'éipre vo* lontairement , et qui s'arrache les yeux pour que les autres deviennent aveugles? qui ne rend service ni aux autres , qu'il laisse dans l'erreur, ni A lui-même, qui suit les erreurs des antres, qui ne se sert point de ses luniftres et ne fait pas le bien qu il connaît, el qui sVnibanassc lui-

530 LA OTAN CE.

iiuMiie dans le filet d'oCi il (lovait relirer le peu-

pif ? Employez , ô Circroii , les Uilciis que vous avez reçus du ciel pour insï)irer queUpie senliiiieut de saf^esse à vosconciloyens, cVsi un sujet qui mériie que vous déployiez toute la force de votre éloquence. 11 ne finit pas appréhender que les paroles vous manquent quand vous défendrez ainsi une si honne cause , puisque vous en avez souvent trouvé une merveilleuse abondance pour défendre les plus mauvaises. Mais vous faites difficulté d'entre|)rcndre la défense de la vérité, parce que vous appréhendez d'èlre nus en prison comme Socratc; l'amour de la saf jesse devait vous donner dn mépris de la mort, et il valait mieux la souffrir pour avoir fait des discours utiles à tout le monde (pie pour avoir fait de violentes invectives. Quelque {gloire que vos Philippiqucs vous aient aequi^e, ce vous en aurait été une inconiparahlement plus (grande d'avoir détrompé les espriis. iMais (piand nous {tardonnerions à la crainte (pii vous empêche de déclarer la vérité, et qui est pourtant indi[>^ne d'un homme qui fait profession de letude de la ,sai;esse, pourquoi demeurez-vous attaché à la même superstition que le vuljyaire? Pourquoi adorez-vous des idoles que les mains des hommes ont faites avec de larf^ile ? Vous savez qu'il n'y a que de la vanité et de Timpiéié dans le culte qu'on leur rend , et vous le leur rendez connue les plus ifçnorans et les plus insensés. I)e quoi vous sert d'avoir connu la vérité , puisque vous n'avez le courar^e ni de la suivre ni de la défendre? Que si des hommes savans, et qui cmt eu assez de lumières pour découvrir Terreur, se plaisent néanmoins à la suivre, faut-il s'étonner que les if^norans s'y plaisent encore davantage? Ilsaiment naturellement les spectadesja pompe et la ma[;nificence , les fi{;ures et les orneniens, mais ils ne sauraient pénétrer dans la nature des choses, ni reconnaître qu'il ne faut rien adorer de ce (|ue Ton peut voir par les yeux du corps , parce que l'on ne peut rien voir de -la ,sorie qui ne soit corruptible et périssable. II ne faut pas s'étonner qu'ils ne voient pas Dieu, puisqu'ils ne voient pas même Thomme qu'ils croient voir. Ce que l'on voit de l'homme n'est qu'un v.ise (pij[ le renferme; il f.iul juj;er de lui, nnr! \-i\vh\ i\fj,\\vc do ce vase, mais par ses actions f'i :i.s lîiii'iirs. ('-.'lix qui a*iori'nt les i;ii»ir.s ne tj.A \[\:\: (!;.■ *...•.■[• •' iiv-n j a.î ilc> liuiniiu^,

\ parce qu'ils ne voient rien par les yeux de 1>^ prit, qui sont les véritables yeux de l'homme, et qui sont beaucoup plus subtils et plus perçao* que ceux du corps. Un poëte, qui était aussi excellent philosophe, reprend fortement la lichelé avec laquelle les hommes s*abaissent jusqu'à adorer des natures terrestres :

Il iry a rien , dit-il , qai abaisse si fini fe coarage ni «l'a le mulo si rampant , s'il est permis de parler ainsi , quo u 8U|iersli(ion et une trop forte apprébeasiOQ d^ la paistaoce du

dieux.

Quand il parlait de la sorte, il avait une autre pensée que celle que ses paroles eipriment. savoir, qu'il ne faut rendre aucun culte aux dieux parce qu'ils ne prennent aucun soin de mis affaires. 11 avoue franchement en un autre endroit que tous les devoirs de la reli^^ion sont entièrement inutiles, quand il déclare ouvertemefit

Que la piété ne consiste pas à tourner pluMeon Mi anlttir d'une pierre, à se prosterner contre terre , à s'approdicr dn aulcls , à lever les niains au ciel , A faire de lonsacs pritm cl à inuiioler des victimes.

Que si ces devoirs ne servent de rien, fautil qu'un esprit aussi élevé que celui de rhoiame s'abaisse à les rendre et qu'il rampe sur la terre, au lieu d'être toujours par la pensée dans le ciel? Ixs plus éclairés ont oomiialtu la reli^yion des païens parce qalls en avaient examiné la fausseté , mais ils n'ont pas établi la véritéde la nôtre, parcequ'ilsneles connaissaient pas. L'impuissance où ils ont été de découvrir la véritable irlijpon, a été cause quMIs n'en oot point du tout, et (|uils ont été plus criminels que ceux qui en ont une fausse; car, bien que ceux qui avaient des idoles se tronapent, pirce qu'ils prennent des choses terrestres et corruptibles pour les choses célestes et étemelles, ils sont pourtant excusables et même louables, en ce qu'ils ont dessein de s'acquitter du principal devoir de l'homme, bien qu'ils ne s^en aoquiiti'nt pas de la manière qu'ils le doivent. i#a relii^i^K! met la seule, ou au moins la principale differeiiC'' qu'il y ait entre les hommes et les animaux. Plus ceux dont je parle ont étésages et édairé». quand ils ont reconnu que la religion des païens est fausse , plus ils ont été insensés et avcufjr» quand ils se sont persuadés qu'il n^ en a po:iit de vêni.dii'. Ciuiinc il est plus ai.sé drjii;*. . de i*i* (pli i\v,.iiiii' ie.s autres cpif de re qui m ù- I iC|;.iiiK- i-.i li- i:.c:îi., iîsOiil vu le pi*êcîpH:e eu

let païens sont tombés et n'en ont pas vu un autre qui était à leurs pieds. Il y a de côté et d'autre une extrême folie, bien qu*il y ait aussi quelques traces de sagesse. Il est difficile de direquels sont les plus insensés, ou ceux qui admettent la fousse religion, ou ceux qui n'en admettent aucune. On peut pourtant pardonner, comme je Tai déjà dit, à ceux qui ne sont pas flairés, et qui font un aveu sincère de leur peu de science, mais on ne saurait pardonner à ceux qui, faisant profession d'être sages et habiles, tombent dans la dernière de toutes les extravagances. Je n'ai pas si peu d'équité que de prétendre qu'ils devaient deviner et trouver la vérité d'eux - mêmes. J'avoue que cela ne leur était pas possible. Mais il leur était possible de découvrir par la lumière de la raison qu'il y a une religion , de réfuter les fausses, et j'avoue franchement que la véritable ne leur était pas connue. U y a une objection qui fait une forte impression sur l'esprit de quelques-uns, c*est que s'il y avait une véritable religion, elle ne manquerait pas de paraître , et de dissiper par son édat toutes les autres. Que ceux dont je parle n'aient pu comprendre comment la véritable religion demeurait opprimée, c'est en effet un mystère impénétrable à l'esprit humain.Cest ici le principal point de notre sujet. Les ignorans prennent une fausse religion pour la véritable, parce qu'ils ne connaissent ni l'une ni Tautre. D'autres plus éclairés demeurent dans une fausse religion, parce qu'ils ne connaissent pas la véritable, et qu'ils ont peur de n'en avoir aucune, ou bien ils n'en ont aucune de peur d'en avoir une fausse; ce qui est la plus grande de toutes les erreurs, et qui fait mener à l'homme une vie semblable à celle des bêtes. Pour reconnaître la faussetéd'une religion, il ne faut qu'une sagesse humaine et ordinaire. L'homme ne saurait pourtant aller plus avant, et c'est pour cela que plusieurs philosophes ont nié absolument toutes les religions; mais pour découvrir la véritable ; il faut être éclairé d'une sagesse divine, que l'homme ne saurait avoirsi Dieu ne la lui donne. Voilà comment les philosophes ont découvert , par la lumière de la raison, la fausseté des religions païennes et n'ont pu découvrir la vérité delà nôtre. Cette parole deCicéron est connuede tout le monde : a Plût à Dieu qu'il me fût aussi aisé de connaître la vérité que de réfuter 1 erreur I)i Cette connaissance est au-dessus de la

nature ; mais Dieu nous l'accorde par sa grâce. Nous tâcherons de la communiquer aux autres dans les quatre derniers livres de cet ouvrage. Mais cependant continuons de réfuter la fausseté du paganisme.

IV. Que peuvent avoir de divin des images qui ont été faites par un homme de qui il dépendait, ou de ne les point iâire du tout, ou de les faire autrement qu'elles ne sont? Voilà pourquoi Priape parle ainsi dans Horace :

Je n*é(ai8 autrefois qu*aQ tronc de Rgnier, boii mntilé, lor8«pi*tin ourricr, incertain a^il ferait de moi une escabelle ou un Priape , aima mieux que je devinsse nn dieu. Je sois donc un dieu par cette raison, Tcffroi des voleurs et des oiseaux.

Qui ne sera pas en sûreté ayant un gardien si vigilant et si redoutable ? Les voleurs seront peutêtre assez timides pour appréhender la présence de Priape, bien que les oiseaux que l'on croit mis en fuite par sa faux , s'arrêtent souvent sur les images des dieux, font leur nid dans Tintérieur, et les souillent de leurs ordures. Horace s'est moqué comme un poète satirique de la vanité des hommes. Mais cependant ceux qui adorent les images agissent sérieusement. Un poète fort célèbre, et d'ailleurs fort sensé, Virgile s'est trompé comme le plus faible de tous les hommes, quand dans ces livres qu'il a corrigés avec tant de soin il a ordonné ce qui suit :

Priez Priape , afin qu'avec sa faux il chasse les oiseaux qui pourraient manger tos grains, et épouvante les voleurs qui pourraient tous flaire tort

Leshommes adorent donc des ouvrages périssables de la main des hommes, des ouvrages que Ton peut rompre et brûler. Us sont souvent brisés par la chute de la couverture des temples qui tombent en ruines; ils sont réduits en cendres par le feu, ou ils sont quelquefois enlevés par les voleurs, si ce n'est que la pesanteur de leur masse ou la vigilance des gardes les garantisse de cet outrage. Quelle folie de craindre des images pour lesquelles on craint , ou qu'elles ne soient brisées par la chute d'un bâtiment , ou consumées par le feu , ou enlevées par les voleurs ! Quelle extravagance d'attendre protection de ces images qui ne se sauraient sauver ellosmèines ! Quel désordre d'avoir recours à des figures que Ton outrage impunément, si ceux qui les adorent ne prennent le soin de les veuf;? r î Où se trouve donc la vérité de lu reli[jion? Klic

LA OTAN CE.

se trouve où la religion ne peut souffrir de violence, 011 rimpiété ne saurait commettre de sacrilège. Tout ce qui peut être ou vu ou touché est fragile, et partant ne saurait être Pobjet de notre culte. C'est donc en vain que Ton fait des dieux d*i voire, et qu'on les enrichit a?ec de l'or et des perles, comme s'ils pouvaient prendre quelque plaisir h ces orncmens. De quoi ces parures peuvent-elles servir à des images qui n'ont point de sentiment? Les honneurs que Ton rend aux dieux sont semblables aux devoirs que Ton rend aux morts. On embaume les corps et on leur met de riches habits, avant de les enfermer dans les tombeaux. On pare de même les dieux qui n'ont aucun sentiment de ce que Ton prétend figuré pour les honorer. Perse ne trouvait pas bon que Ton mit des vases d'or dans les temples, et il fait voir qu'il est inutile d'employer, dans Texercice de la religion, un métal qui est plus propre à exciter l'avaricequ'à entretenir la piété. Les présens qu'il veut que Ton offre à Dieu sont:

Un cxprit rempli des scntimens de l'équilé el de la justice, et un OBur brûlant de Pamour de rbonnéteté et de la Tcrtu.

Il n'y a rien de plus raisonnable que ce sentiment; mais ce qu'il ajoute est ridicule, quand il dit que Tor tient le même rang, dans les temples

Que les poupées que les filles donnent à Vénus , et que celte déesse méprise à cause de leur petitesse.

Une songeait pas que les figures et les images des dieux faites d'or et d'ivoire par la main des Praxitèle , d'Euphranor ou de Phidias, ne sont autre chose que de grandes poupées consacrées, non en jouant parde jeunes filles à qui ce divertissement serait pardonnable, mais sérieusement par des hommes avancés en âge. Sénèquc a raison de se moquer de la folie des vieillards, quand il dit : « Nous ne sommes pas deux fois enfans, comme on le dit communément, mais nous le sommes toujours. Toute la différence qu'il y a entre eux et nous, c'est que nous jouons plus grand jeu. » Quand les hommes ont paré les images, qui ne sont que de grandes poupées, ils leur offrent de l'encens, des parfums et des odeurs, et ils leur sacrifient de grasses victimes. Ces images ont une bouche, mais elle ne s'en peuvent servir pour manger. On leur présente des voiles et des habits dont elles n ont aucun besoin. On leur donne de lor et de l'argent, qu'elles ne pos.sèdenl non plus que reux qui ne l'ont pl::;> ^itiand ilb le leur ont donné.

Quand Denys , tyran de Sicile , eut remporté une victoire qui le rendait maître de la Grèce, ileat raison de mépriser et de dépouiller les dieux, et d'ajouter la raillerie au sacrilège. Il fit entever à Jupiter Olympien un manteau d'or, et loi en fit donner un de laine , en disant que le manteau d'or était trop pesant en été, et trop froid en hiver, au lieu que celui de laîne était plus propre en Tune et en l'autre des saisons. Il ôta la barbe d'or à Esculape , et dit qu'il était contre la bienséance qu'il eût une grande barbe, puisque Apollon son père n'en avait point. Il prit aussi des coupes et d'autres petits présens qui étaient aux mains des images, et dit que c^était les recevoir d'elles et non pas les leur 6ter, ajoutant qu'il y avait de Id folie ou même de rininratitude à ne pas recevoir des mains des dieux ce qu'ils nous offrent, puisque nous leur demandons tous les jours des grâces. Il en osa de k sorte, parce qu'il avait entre les mains la souveraine puissance, et que la victoire secondait ses entreprises. Le bonheur ne cessa point pour cela de le suivre. H vécut jusqu'à une extrême vieillesse, et laissa son royaume à son fils. Puisque les hommes n'étaient pas assez forts pour punir ces sacrilèges , les dieux ne devaient-ils pas en^ treprendre de le faire ? Si un homme de basse condition les avait commis, on auraireutout prêts, les fouets, le feu, les chevalets, les potences, et les autres instrumens de la colère et de la vengeance. Mais ceux qui punissent de la sorte les sacrilèges se défient du pouvoir de leurs dieux. Car s ils sont persuadés qu'ik ont quelque pouvoir, ils leur doivent laisser le soin de venger leurs propres ii^jures. Ils croient que c'est par leur permission ou par leur ordre, que les coupables sont découverts et arrêtés; quand ils les ont entre les mains, ils les châtient moins par colère, que par crainte d'être châtiés en Irar place. N'est-ce pas une extravagance insupportable , d'appréhender que les dieux, qui n*0Dl pu faire de mal à ceux qui les ont dépouillés, ne fassent souffrir h des innocens la peine de en sacrilèges? On dira peut-être quils ont quelque fois puni les coupables; s^ils les ont qudqurfois punis, ce n'a été que par hasard, puisqu'ils ne les ont pas toujours punis. Je ferai voir dansli suite do quelle manière cela est arrivé. Je drmande cependant pourquoi les dieux n ont \n^ 1 rpi iniô u!ic iusolcncc auik>i nii:oili*2}tc et aud

publique que celle avec laquelle Denys le Tyran les avait joués? Pourquoi ne chassaient-ils pas de leurs temples ce Fameux sacrilège, et pourquoi ne lui défendaient-ils pas de regarder leurs images et d'assister à leurs cérémonies? Pourquoi permettaient-ils qu'il eût une navigation heureuse , et qu'il dit , en raillant , selon sa coutume , ceux de sa suite qui appréhendaient le naufrage : e Vous voyez combien les dieux sont propices à ceux-mêmes qui violent la sainteté de leurs temples.!) G^est qu'il avait peutêtre appris de Plutonque les dieux ne sont rien. Que dirons-nous de Verres que Cicéron compare à Denys, à Phaiaris et aux autres tyrans? Quand il pilla la Sicile , n'enleva-t-il pas tous les ornemens des temples et toutes les images des dieux? Je n'ai pas assez de loisir pour m'arrêter à toutes les circonstances ; je n'en marquerai qu'une seule sur laquelle ce fameux accusateur déploya toute son éloquence , je parle de la profanation des mystères de Gérés de Gatane ou d'Enna : l'une était honorée avec un si profond respect qu'il n'était pas permis aux hommes d'entrer dans son temple; le culte de l'autre était si ancien que toutes les histoires font foi qu'elle inventa la première, dans le territoire d'Enna, où sa fille fut enlevée, l'art de semer les grains. Enfin, lorsque la tranquillité publique fut troublée par les séditions des Gracques, on trouva dans les livres des sibylles et on reconnut même par les prodiges qui parurent, qu'il fallait apaiser l'ancienne Gérés, et on envoya à cet effet des ambassadeurs à Enna. Gérés, soit que ce fût la plus mystérieuse, qu'il n'était pas permis aux hommes de voir, non pas même à dessein de lui rendre leurs respects, ou bien que ce Fût la plus ancienne, que le sénat et le peuple apaisèrent par des sacrifices, cette Gérés, dis-je, fut enlevée impunément de l'endroit le plus secret et le plus saint de son temple, par des voleurs auxquels Verres avait donné cet ordre. Quand le même orateur exprime la manière dont les habitans de Sicile l'avaient prié d'entreprendre leur défense, il témoigne «qu'ils n'avaient plus de dieux dont ils pussent implorer la protection, comme si Verres eût chassé les dieux du ciel, en ôtant leurs images des temples, p 11 paraît par lu que les dieux ne sont autre chose que la matière dont leurs images sont formées. Les Siciliens eurent raison d'avoir recours à vous, Gicc'ron, après avoir

reconnu pendant trois ans combien leurs dieux avaient peu de pouvoir. Ils auraient eu fort peu de sens s'ils les eussent priés de les défendre contre >'errés , eux qui n'avaient pu lui témoigner aucun ressentiment des outrages quMl leur avait faits. Mais Verres fut condamné pour ces sacrilèges. Ge ne furent donc pas les dieux qui le châtièrent ; ce fut Gicéron qui eut l'adrene de ruiner ou le pouvoir ou la faveur de ceux qui le protégeaient. On peut dire de plus que i'arrèt qui fut prononcé contre lui, fut moins une condamnation qu'une décharge. Les dieox lui accordèrent une aussi agréable tranquillité qu'ils avaient accordée h Denys le Tyran une navigation heureuse. Sa condamnation même, qui l'éloigna des emplois , le garantit des dangers qui en enlevèrent beaucoup d'autres durant la fureur des guerres civiles. Il demeura seul de« bout pendant que d'autres tombaient de tous côtés, lui qui semblait être tombé seul pendant que les autres étaient demeurés debout. Enfin il jouit longtemps des richesses immenses qui étaient le fruit de ses sacrilèges, et les posséda jusqu'à une extrême vieillesse, et jusqu'à ce qu'il Fut enlevé du monde par la proscription du mêmetriumvirat,par laquelle Gicéron, ce Fameux défenseur de la puissance outragée des dieux , Fut aussi enlevé. 11 eut le plaisir même d'apprendre, avant d'expirer, le genre cruel de mort qu'on avait Fait souffrir à son accusateur, comme si les dieux eussent pris soin que ce profanateur de la sainteté de leurs temples, eût en mourant la consolation de se voir vengé des déclamations de Gicéron.

V. Gombien est-il plus juste et plus raisonnable de renoncer au culte de toutes les choses insensibles, et de tourner les yeux du côté où est le palais et le trône du véritable Dieu, qui a affermi la terre sur des fondemens inébranlables, qui a attaché les astres au firmament, qui a donné la lumière au soleil, afin qu'elle Fût une image de la msyesté invisible , qui a répandu la mer autour de la terre , qui a donné aux fleuves un mouvement perfjétuel :

Qui a éleodu les campasnet , qui a élerré Ici montagnet , qui a abaissé les Tallées , et qui a refétu d'arbres les forêts.

G'est un principe dont il ne Faut point chercher le commencement , parce qu'il n'en a point et qu'on ne le saurait trouver. L'homme se doit conlenlor de savoir qu'il y a un Dieu, de

r,3ri

ibWcfi, il est certain aussi qu'ils if auraient l reçu d'autre clarlt^ que celle qu'ils réent. Mais Dieu leur a imprimé un mourut accompafjué d'une si merveilleuse diver-

que non-seulement il fait succéder tour ir le jour à la nuit, dont Tun est destiné avait et l'autre au repos, mais qu'il parta{;e ! le froid et le chaud entre les saisons, avec stesse qui est nécessaire pour produire les s et les (jprains et pour leur donner une juste irité. L'ignorance où les philosophes ont été 1 sagesse admirable avec laquelle la puise divine a réglé le cours des astres, les a es à croire que ces astres étaient comme les laux qui ont eux-mêmes le mouvement. 11 ) cependant personne qui ne reconnaisse Dieu a placé les astres dans le cieL et leur ligné la route qu'ils tiennent, de peur que id le soleil disparaît, la terre ne soit couî d'une très-grande obscurité. Voilà pour-

il a attaché au firmament une multitude si igieuse d^toiles, dont la lumière dissipe partie des ténèbres de la nuit. Ovide en a

plus sagement que ces hommes qui font tîssion de l'étude de la sagesse, quand, dans )etit livre où il décrit les phénomènes, il re que, quelque merveilleuse que soit ou la itude ou la diversité des astres , il n'y en a n que Dieu n'ait placé dans le ciel , et qu'il

destiné à répandre quelque lumière sur la î et à diriger une partie de l'obscurité de la

Que s'il n'est pas possihle que les étoiles it des dieux , il n'y a pas plus de raison d y re le soleil ou la lune, puisqu'ils diffèrent uitres astres, non par l'intelligence, mais par andeur; et si ce ne sont pas des dieux, encore is le ciel qui ne fait que les renfermer tous. I. On peut dire de la même sorte que si Tre que nous foulons aux pieds, que nous jons et que nous cultivons pour en tirer de

nous nourrir, n'est pas un Dieu , les plaines s montagnes ne sont pas des dieux : si Teau . les animaux se servent pour boire et pour ver n'est pas un dieu, les sources d'où elle [;, les fontaines, les rivières, les fleuves et la même qui se grossit de ces fleuves ne doit )asscr pour un dieu. Que si ni le ciel, ni la \ ni la mer, qui sont les principales parties londe, ne sont pas des dieux, le monde enu'i'st pas un dieu ^ bien que les stoïciens lui

aient attribue la vie, la sagesse et la divinité. Ils s'accordent néanmoins si peu en cela avec euxmêmes, qu'ils renversent ce qu'ils avaient dessein d'élever. Voici comment ils raisonnent : Il n'est pas possible que ce qui produit des êtres qui ont du sentiment, soit privé du sentiment; le monde produit l'homme qui a du sentiment; le monde en a donc aussi bien que l'homme. De plus, le tout dont une partie a du sentiment, a aussi du sentiment; le monde est un tout dont l'homme qui en est une partie, a du sentiment ; le mondeen adonc.Lesdeux premières propositions de chaque syllogisme sont véritables; savoir, que ce qui ])roduit un être qui a du sentiment doit avoir du sentiment,et qu'un tout dont une partiea du sentiment en a aussi. Mais les deuxsuivans ne le sont pas ; car le monde ne produit point l'hom'^ me, et l'homme n'est point une partie du monde. L'homme a été créé par le mêmeDieu que le monde, et il n'est point une partie du monde, comme un membre est une partie du corps.Le monde peut être sans l'homme , comme une maison ou une ville peut exister sans l'homme. Une maison est le lieu et la demeure d'un homme. Une ville est le lieu et la demeured'un peuple, et le mondeest le lieu et la demeure du genre humain. Autre chose est le lieu où demeure une personne, cl autre chose la personne qui demeure dans ce lieu. Mais pendant que ces philosophes s'efforcent de prouver la fausse opinion dont ils se sont laissé prévenir : a que le monde a du sentiment et quelque chose de divin , » ils ne prévoient pa.s les conséquences que Ton peut tirer contre eux de leurs principes. Si l'homme est une partie du monde, et si le monde a du sentiment parce que l'homme en a, il sera donc sujet à la mort parce que l'homme y est sujet, et ne sera pas seulement sujet à la mort, mais encore aux maladies cl aux autres infirmités humaines. On peut encore tirer celle conséquence contre eux : Si le monde est dieu, les parties qui le composent seront immortelles : l'homme sera immortel et partant Dieu, puisqu'il est une partie du monde, selon l'opinion de ces philosophes. Si l'homme est dieu parce qu'il est une partie du monde , les animaux , les oiseaux et les poissons seront aussi des dieux, parce qu'ils sont des parties du même monde et qu'ils ont du senlimenl. Cela est peut-être supportable, parce que les Egyptiens adorent ces animaux. Mais on

pourquoi demandez - vous ù un philosophe une r«ii.son qui détruira peut-être voire croyance? Si vous demandez une raison et que vous souhaitiez de la connaître pour la suivre, c'est que vous i ne croyez pas ce que les anciens vous ensei(picnt. Supposons que la raison vous fasse voir que la religion des dieux est fausse ; que ferez - vous en ce cas-là ? Suivrez-vous les anciens ou la raison? Si vous préférez la raison, et que vous teniez quil n'y a de bon chemin que celui qu'elle montre , vous renoncerez à Tautorité de vos ancêtres. Que si la piété vous porte au contraire à écouter leur voix, il faut que vous reconnaissi^ qu'ils avaient perdu le sens , quand ils ont suivi des reli(];ions contraires à la raison, et que vous n'êtes pas vous-même raisonnable quand vous aurez des dieux de la fausseté desquels vous êtes convaincu3. Néanmoins^ comme on nous oppose perpétuellement les anciens , examinons un peu quels sont ces anciens à Tautorité desquels il n'est pas permis de se soustraire. Quand Romulus eut résolu de fonder une ville , il assembla une troupe de pasteurs parmi lesquels il avait étéélevé ; mais parce qu'ils n'étaient pas en assez grand nombre pour la remplir, il en Ht un lieu d'asile, où tout ce qu'il y avait de scélérats à Tentour se rendirent en foule. Ce furent là les premiers habitans de la ville,parmi lesquels il en choisit cent des plus âgés qu'il appela pères et sénateurs, et sans l'avis desquels il ne voulait rien entreprendre. Properce parie de cette assemblée en ces termes:

Le lénat qui poitède maintenant une autorité si absolue et •i redoutable , ne Ait compote au oommencemeot que d'une Iroope de pjiysant fétus de peaux. Ils s'assemblaient ordinairement au son d'un cor , et n'araicnt point d'autre lieu de réunion qu'une prairie émaillée de fleurs.

Voilà les vénérables vieillards au jugement desquels les plus éclairés et les plus sages se doivent soumettre , et dont toute la postérité doit recevoir les arrêts comme des oracles infaillibles. Ce sont pourtant les mêmes auxquels Numa imposa des lois et auxquels il fit accroire que les mystères qu'il enseignait étaient véritables et qu'il les avait appris d'une déesse. Leur autorité doit être sans doute fort grande après leur mort, puisque leur mérite a été si considérable durant leur vie, qu'il ne s'en trouve personne qni n'ait refusé leur alliance.

VIII. Gliaain doit se f)er à soi-même dans la plus importante affaire de sa vie, et se servir de

SCS sens et de son esprit pour chercher la vérité, plutôt que de se laisser tromper en suivant les erreursdes autres. Dieu adonné à cliaquehonmie une portion de lumière et de sagesse par laquelle il peut apprendre ce qu'il ignore et examinerce qu'on lui propose. Ceux qui nous ont précédés dans l'ordre du temps, ne nous ont pas pour cela surpassés en prudence. Les hommes de tous les temps en ont leur part, et les anciens n'en ont pas été si avantageusement partagés qu'il n'en soit point resté pour ceux qui lesont suivis. Elle est incorruptibleet ina1térable,comme la lumière. Elle éclaire Tesprit, comme le soleil éclaire le corps. Tous les hommes cherchent naturellement la vérité. Ceux qui appi'ouvent le sentiment des anciens sans l'examiner, se privent eux-mêmes de l'avantage de leur raison et se laissent conduire comme des bètes. Cest le nom d'antiquité, d'anciens qui leur impose, et qui leur persuade que les pères ont été plus habiles que leurs descendans. Mais qui empêche que, suivant leur exemple, nous ne découvrions la vérité à ceux qui viendront après nous, comme ils ont enseigné Terreur à ceux qui sont venus après eus? U nous reste une question fort importante, et dont la décision dépend plutôt de la connaissance de l'histoire que de la sublimité de Fesprit. Je la proposera! un peu aulongpour ne laisser aucun doute sur le sujet que je traite. Plusieurs ont recours à des histoires écrites par de célèbres auteurs, et par lesquelles il semble être justifié que ceux que nous prétendons n'avoir point été des dieux, ont fait voir par des prodiges , par des songes , par des présages et par des oracles, qu'ils étaient véritablement des dieux. On raconte en effet divers miracles, et entre autres celui-ci : Anius Navius, grand augure, ayant averti Tarquin l'ancien de ne rien entreprendre sans avoir auparavant consulté le vol des oiseaux, ce prince se moquant de la superstition de cette cérémonie, lui ordonna de les consulter, pour savoir si ce qu'il avait dans l'esprit pouvait être exécuté. Navius lui ayant répondu qu'il le pouvait, Tarquin repartit : Pi*enez donc un rasoir et coupez celte roche. A l'heure même , Navius la coupa. Durant la guerre contre les Latins, on vit Castor et Pollux proche du lac de Suturne qui essuyaient la sueur de leurs cliovaux, la porte de leur maison qui était près d'une fontaine s'étant ouverte d'elle-même. On

LACTA.NCE.

dit que pendant la guerre de Macédoine ils pa- j rnreni sur des chevaux blancs ;\ Valienus qui | allait h Rome, et lui dirent que le roi Persée j avait été vaincu et pris ce jour-là ; ce que bientôt après on apprit par les lettres de Paul Emile, être véritable. Ce que Ton dit de fimage de la Fortune des Femmes est fort merveilleux : (ju'elle a très-souvent parle. Après la prise de Voies, un soldat qui avait élc chargé de faire porter à Rome Timage de Junon Monéta, lui ayant demandé en riant si elle consentait à ce transport, elle répondit qu'elle y consentait. On rapporte encore une action mémorable de Claudia pour preuve d'un miracle extraordinaire. Quand pour obéir aux oracles contenus dans les livres des sibylles on eut fait venir Timage de la mère des dieux, comme le vaisseau où elle était demeurait tellement immobile sur le Tibre , que, quelque machine dont on se servit, il était impossible de le remuer , Claudia , dont la vertu avait toujours été un peu suspecte à cause du trop grand soin qu'elle prenait de sa parure, se mit à genoux et pria la déesse qu'elle se laissât attirer avec sa ceinture , si elle avait conservé la pudicité ; et ainsi elle tira ù bord le vaisseau qui n'avait pu être ébranlé par tous les jeunes gens de la ville. Ce que Ton publie d'Esculape n'est pas moins merveilleux : qu'ayant été amené d'Épidaure à Rome, il la délivra de la maladie contagieuse dont elle avait été longtemps tourmentée. On peut aussi rapporter un grand nombre de sacrilèges dont les dieux ont puni Timpiélé par des châtimens exemplaires. Appius Claudius , censeur, ayant communiqué les mystères d'Hercule aux esclaves publics conire Tordre qu'il en avait rrru perdit l'usage de la vue , et la nation des Poiiiiens qui avait trahi ce secret fut éteinte en un an. Fulvius , censeur, ayant ôté le marbre dont le temple de Junon Lacinia était orné, pour en parer le temple qu'il avait élevé dans Rome en l'honneur de la Fortune Équestre , il perdit d'abord la raison, et ensuite sesdeux fils qui servaient dans les troupes d'illyrie, et mourut enfin consumé de chagrin et d'angoisses.Turullius, lieutenant d'Antoine , ayant fait couper dans nie de Cas un bois consacré à Esculape pour en faire des vaisseaux, fut vaincu eu ce lieu même |)ar l'ai mée de Jules César. On ajoute à ces exemples celui de Pyrrhus qui fit un triste naufrage après avoir pillé le trésor de Proserpine

de Ix)cres, et perdit toute sa flotte, h la ré^fr\e de l'argent qu'il avait enlevé à cette déesse. Gères deMilet rendit autrefoissa puissance fort redoutable par l'exemple de la sévérité dont elle usa contre des profanateurs sacrilèges. Alexandre, s'étant rendu maître de la ville, et quelques soldats ayant fait irruption dans son temple à dessein de le piller, ils furent consumés parson feu qui s'alluma à l'instant même.

On rapporte aussi quantité de songes qui sont autant de preuves du pouvoir des dieux. On dit que Jupiter apparut à Tiberius Attinius,homme du peuple, et qu'il lui commanda d'avertir les consuls et les sénateurs qu'un certain Antonius Maximus, qui avait mené la danse aux derniers jeux publics, lui avait déplu pour avoir fait punir un esclave dans le cirque, et qu'ils eussent à recommencer les jeux. Ayant négligéd'obéirà ce commandement, il perdit le jour même son ûh, et fut frappé d'une dangereuse maladie. JupilPT, lui ayant apparu une seconde fois et lui ayant demandé si sa désobéissance n'avait pas été assez rigoureusement châtiée , il se fit porter dans une chaire au sénat, où il n'eut pas plutôt exposé son ordre, qu'il fut si parfaitement guéri qu'il s'en retourna à pied chez lui. Le songe par le moyen duquel on dit qu'Auguste évita la mort n'est pas moins merveilleux. Ayant été attaqué d'une fâcheuse maladie, il résolut de ne se point trouveràla bataille; mais Minerve apparut à Artorius. son médecin, et l'avertit que sa maladie ne devait pas l'obliger à demeurer dans son camp. Brutus entra le même jour dans le camp et le pilla. Mais Auguste s'était ftit porter ison armée. Je pourrais rapporter qiuintité d'autres exemples semblables, si je n'appréhendais de m'éloigner trop de mon sujet et d'être enu)re d'une longueur ennuyeuse.

IX. Pour ne rien laisser d'obscur sans l'éclair cir, je ferai voir que les prodiges et les songes dont j'ai parlé n'étaient que des illusions dont le démon s'est servi pour tromper les borames et pour les éloigner de la vérité. Mais je reprendrai les choses de plus haut, afin queoenx qui ne sont pas instruits de cette matière puissent apprendre d'où procède le désordre, et reconnaître le principe de leur erreur et la cause de l'égarement général des hommes. Dieu ayant une sagesse infinie pour former ses desseins et une puissance égale à sa sagesse pour les eiéco*

tpv qvant f\e commencer le grand ouvrage de Tunivers, fit le bien el le mal. J*exp1iquerai ceci le plus clairement qu'il me sera possible, de peur qu on ne simagineque je veuille imiter les poètes qui revêtent de figures sensibles les choses les plus spirituelles. Gomme il n'y avait rien que lui, et qu'il était, comme il Test encore, Tunique principe de tous les biens, il produisit un esprit semblable à lui , un fils qui avait une puissance égale à la sienne. Je tâcherai d'expliquer dans le quatrième livrede cet ouvrage ce qui le porta à vouloir produire cet esprit. Il en produisit ensuite un autre qui ne conserva pas la sainteté de la nature divine et qui, ayant été corrompu par Tenvie comme par un poison, passa du bien au mal, et prit, par un effet de sa liberté, un nom contraire à celui qu'il avait reçu. Gela montre que Tenvie est la source de tous les péchés. Il porta envie à celui qui avait été produit avant'lui, et qui étant demeuré uni à son père, est toujours chéri de lui. Get esprit, qui de bon qu'il avait été créé est devenu méchant, est appelé diable par les Grecs et délateur par les Romains, parce qu'il défère à Dieu les crimes où il lait tomber les hommes. J'expliquerai, autant que mon peu de talent le pourra permettre, les rai** sons pour lesquelles Dieu, qui n'agit jamais qu'avec une parfaite justice, a voulu qu'il ait été tel qu'il est. Dieu ayant résolu de faire le monde, il commença à produire ce fils unique pareil à lui-même. Il lui commit le soin de tout ce grand ouvrage, et il rétablit comme conciliateur, et en même temps et conjointement avec lui comme principal inventeur de ce grand ouvrage qu'il projetait, afin qu'il pût l'orner et le perfectionner entièrement, parce qu'il est lui-même la perfection en tout ce qui est conception, raison et puissance. Nous en parlerons très-peu à présent, parce que nous rapporterons dans un autre endroit et sa vertu, et son nom, et ses autres attributs. Qu'on ne nous demande donc point de quelle manière il s'est servi pour Faire un ouvrage si grand et si merveilleux , car il a fait tout de rien. Il ne faut point ajouter foi à ce que les poètes avancent, qu'il y avait au commencement un chaos et une confusion étrange des élémens, et quequandDieu fit le monde, il ne fit rien autre chose que d'en 6ter la confusion et d'en mettre les parties en ordre. Mais il est aisé de leur répondre : qu'ils connaissent Fort peu

l'étendue de la puissance divine, quand ils se persuadent qu'elle a besoin d'une matière pour agir. Les philosophes ont soutenu la même erreur, et Gicéron l'a expliquée dans leslivresde la ^Va/ard des Dieuo), quand il dit : «Il n'est pas probable que la matière d'où toutes les choses ont été tirées soit un ouvrage de la Providence. Il y a plus d'apparence de croire qu'elle a toujours conservé et qu'elle conserve encore sa nature et sa force. La providence divine n'a point fait la matière. Elle s'est servie decelle qu'elle a trouvée, comme un artisan se sert du bois ou de la cire qu'il ne saurait faire. Que si Dieu n'a pas créé la matière, il n'a pas créé non plus la terre, l'eau, lair ni le feu.» Quel prodigieux amas d'erreurs en si peu de lignes ! (Test premièrement une chose étrange de voir que Gicéron , qui avait toujours soutenu la Providence dans ses au 1res ouvrages, et qui s'était fortement opposé â ceux qui avaient entrepris de la combattre. Tait tout d'un coup trahie et abandonnée. Si quelqu'un voulait contester la vérité de ce fait, il ne serait pas nécessaire d'employer beaucoup de raisons pour le convaincre. Il n'y aurait qu'à lire les propres paroles de Gicéron ; car on ne saurait jamais mieuxle réfuterque par lui-même. Mais quand on lui laisserait la liberté que les académiciens prétendent avoir de soutenir et de dire tout cequi leur plait, cela n'empêche pas que nous n'examinions ses sentimenset ses paroles.» Il n'est pas probable, dit-il, que Dieu ait fait la matière. ^Gomment le prouvez-vousPcar vous n'avez rien allégué qui fasse voir que cela n'est pas probable. Je dis au contraire que cela est probable , et je le dis avec raison, attendu que Dieu ne doit pas être réduit à la condition d'un artisan, qui n'a rien dans son ouvrage que la façon. Quel avantage aurait la puissance de Dieu sur la faiblesse de l'homme s'il avait besoin de quelque chose? il en aurait besoin, s'il ne pouvait rien faire sans qu'on lui eût fourni une matière. S'il attendait qu'on lui fournit cette matière , son pouvoirserait limité, et celui qui la lui fournirait serait en ce point plus puissant que lui. Quel nom donnerions-nous à celui qui serait plus puissant que Dieu et qui pourrait faire quelque chose de lui-même, au lieu que Dieu ne pourrait que travailler sur le sujet qu'il aurait reçu d'un autre? Que s'il est impossible qu'il y ait aucun être plus puissant que Dieu, puisqu'i/

LACTANCK.

(lit que pendant la guerre de MacMoine ils pa- i rurenl sur des chevaux blancs ;\ Valienus qui ; allait ii Rome, et lui dirent que le roi Persée i avait élc vaincu et pris ce jour-là ;ce que bienlùl après on apprit par les lettres de Paul Emile, cire véritable. Ce que Ton dit de l'image de la Fortune des Femmes est fort merveilleux : (|u\'lle a très-souvent parlé. Après la prise de Véics, un soldat qui avait élé chargé de faire porter à Rome Timage de Junon Monéta, lui ayant (Irniandéenriantsi elleconsentait à ce transport, elle répondit qu'elle y consentait. On rapporte encore une action mémorable de Claudia pour preuve d'un miracle extraordinaire. Quand pour obéir aux oracles contenus dans les livres des sibylles on eut fait venir Timagc de la mère des dieux, comme le vaisseau où elle était demeurait tellement immobile sur le Tibre , que, quelcpie machine dont on se servit, il était impossible de le remuer , Claudia, dont la vertu avait toujours été un peu suspecte à cause du trop grand soin qn elle prenait de sa parure, se mit à genoux et pria la déesse qu'elle se laissât attirer avec sa ceinture , si elle avait conservé la pudicité ; et ainsi elle tira à bord le vaisseau qui n avait pu être ébranlé par tous les jeunes gens de la ville. Ce que Ton publie d'EscuIape n est pas moins merveilleux : qu'ayant été amené d'Épidaure à Rome, il la délivra de la maladie œntagieuse dont elle avait été longtemps tourmentée. On peut aussi rapporter un grand nombre de sacrilèges dont les dieux ont puni l'impiéié par des châtimens exemplaires. Appius Claudius , censeur, ayant communiqué les mystères d'Hercule aux esclaves publics contre Tordre i\ul\ en avait rrru perdit Fusage delà vue , et la nation des Poiiiiens (|ui avait trahi ce secret fut éteinte en un an. Fulvius , censeur, ayant (Mé le marbre dont le temple de Junon Lacinia était orn6, pour en parer le temple qu il avait élevé dans Rome en l'honneur de la Fortune Équestre, il perdit d'abord la raison, et ensuite sesdeux fils qui servaient dans les troupes dillyrie, et mourut enfin consumé de chagrin et d'angoisses.Turullius, lieutenant d'Antoine , ayant fait couper dans nie de Cos un bois consacré à Esculape pour en faire des vaisseaux, fut vaincu eu ce lieu même par larmée de Jules César. On ajoute à ces exem|)les celui de Pyrrhus qui fit un triste naufrage après avoir pillé le trésor de Proserpine

de Ix)cres, et perdit toute sa flotte, à la ré^f^f de l'argent qu'il avait enlevé à cette déesse. Cerès deMilel rendit autrefoissa puissance fort redoutable par l'exemple de la sévérité doQtelk usa contre des profanateurs sacrilèges. Alexandre, s'étant rendu maître de la ville, et quelques soldats ayant fait irruption dans son temple i dessein de le piller, ils furent consumés parson feu qui s'alluma à l'instant même.

On rapporte aussi quantité de songesquîsont autant de preuves du pouvoir des dieux. On dit que Jupiter apparut à Tiberius Attinius,horome du peuple, et qu'il lui commanda d'avertir les consuls et les sénateurs qu'un certain Anionius Maximus, qui avait mené la danse aux derniers jeux publics, lui avait déplu pour avoir fait punir un esclave dans le cirque, et qu'ils eussent à recommencerles jeux.Ayant négligéd'obéir à ce commandement, il perdit le jour même son fik et fut frappé d'une dangereuse maladie. Jupiter, lui ayant apparu une seconde fois et lui vivai demandé si sa désobéissance n^avait pas été assez rigoureusement châtiée, il se fit porter dam une chaire au sénat, où il n'eut pas plutôt exposé son ordre, qu'il fut si parfaitement guéri qu'il s^en retourna à pied chez lui. Le songe r»ar le moyen duquel on dit qu'Auguste évita la mort n'est pas moins merveilleux. Ayant été attaqué d'une fâcheuse maladie, il résolut de ne se point trouver A la bataille; mais Minerve apparut à A^ torius. son médecin, et l'avertit que sa maladie ne devait pas l'obliger à demeurer dans son camp. Rrutus entra le même jour dans le camp et le pilla. Mais Auguste s'était fait porter à son armée. Je pourrais rapporter qiuintité d'autres exemples semblables, si je n^appréliendais de m'éloigner trop de mon sujet et d'être enu)rc d'une longueur ennuyeuse.

IX. Pour ne rien laisser d'obscur sans l'éclair cir, je ferai voir que les prodiges et les sonj;( s dont j'ai parlé n'étaient que des illusions dont le démon s'est servi pour tromper les liomroe<s et pour les éloigner de la vérité. Mais je reprendrai lescbosesde plus haut, afin que ceux qui ne sont pas instruits de cette matière puissent apprendre d'où procède le désordre, et reconnaître le principe de leur erreur et la cause de l'égarement général des hommes. Dieu ayant une sagesse infinie pour former ses desseins et une puissance égale à sa sagesse pour lea eiéco*

ipp qvant f\e commencer le grand ouvrage de Tunivers, fit le bien et le mal. J^eipliqaerai ceci le plus clairement qu'il me sera possible, de peur qu on ne s'imagine que je veuille imiter les poètes qui revêtent de figures sensibles les choses les plus spirituelles. Gomme il n*y avait rien que lui, et qu'il était, comme il Test encore, Tunique principe de tous les biens, il produisit un esprit semblable à lui, un fils qui avait une puissance égale ù la sienne. Je tâcherai d'expliquer dans le quatrième livrede cet ouvrage ce qui le porta à vouloir produire cet esprit. Il en produisit ensuite un autre qui ne conserva pas la sainteté de la nature divine et qui, ayant été corrompu par Fenvie comme par un poison, passa du bien au mal, et prit, par un effet de sa liberté, un nom contraire à celui qu'il avait reçu. Gela montre que Tenvie est la source de tous les péchés. Il porta envie à celui qui avait été produit avant lui, et qui étant demeuré uni à son père, est toujours chéri de lui. Gel esprit, qui de bon qu'il avait été créé est devenu méchant, est appelé diable par les Grecs et délateur par lesRomains, parce qu'il défère à Dieu les crimes où il lait tomber les hommes. J'expliquerai, autant que mon peu de talent le pourra permettre, les rai-* sons pour lesquelles Dieu, qui n'agit jamais qu'avec une parfaite justice, a voulu qu'il ait été tel qu'il est. Dieu ayant résolu de faire le monde, il commença à produire ce fils unique pareil à lui-même. Il lui commit le soin de tout ce grand ouvrage, et il l'établit comme conciliateur, et en même temps et conjointement avec lui comme principal inventeurdc ce grand ouvrage qu*il projetait, afin qu'il pût l'orner et le perfectionner entièrement, parce qu'il est lui-même la perfection en tout ce qui est conception, raison et puissance. Nous en parierons très-peu à présent, parce que nous rapporterons dans un autre endroit et sa vertu, et son nom, et ses autres attributs. Qu'on ne nous demande donc point de quelle manière il s'est servi pour Faire un ouvrage si grand et si merveilleux , car il a fait tout de rien. Il ne faut point ajouter foi à ce que les poètes avancent, qu'il y avait au commencement un chaos et une confusion étrange des élémens, et que quand Dieu fit le monde, il ne fit rien autre chose que d'en 6ter la confusion et d'en mettre les parties en ordre. Mais il est aisé de leur répondre : qu'ils connaissent fort peu

l'étendue de la puissance divine, quand ils se persuadent qu'elle a besoin d'une matière pour agir. Les philosophes ont soutenu la même erreur, et Gicéron Ta expliquée dans les livres de là Nature des Dieux, quand il dit : ail n'est pas probable que la matière d'où toutes les choses ont été tirées soit un ouvrage de la Providence. Il y a plus d'apparence de croire qu'elle a toujours conservé et qu'elle conserve encore sa nature et sa force. La providence divine n'a point fait la matière. Elle s'est servie dccelle qu'elle a trouvée, comme un artisan se sert du bois ou de la cire qu'il ne saurait faire. Que si Dieu n'a pas créé la matière, il n'a pas créé non plus la terre, l'eau, l'air ni le feu. d Quel prodigieux amas d'erreurs en si peu de lignes! Cest premièrement une chose étrange de voir que Gicéron , qui avait toujours soutenu la Providence dans ses autres ouvrages, et qui s'était fortement opposé â ceux qui avaient entrepris de la combattre. Fait tout d'un coup trahie et abandonnée. Si quelqu'un voulait contester la vérité de ce fait, il ne serait pas nécessaire d*employer beaucoup de raisons pour le convaincre. Il n'y aurait qu'à lire les propres paroles de Gicéron ; car on ne saurait jamais mieuxle réfuter que par lui-même. Mais quand on lui laisserait la liberté que les académiciens prétendent avoir de soutenir et de dire tout ce qui leur platt, cela n'empêche pas que nous n'examinions ses sentimens et ses paroles.» Il n'est pas probable, dit-il, que Dieu ait fait la matière. sGomment le prouvez-vousPcar vous n'avez rien allégué qui fasse voir que cela n'est pas probable. Je dis au contraire que cela est probable , et je le dis avec raison, attendu que Dieu ne doit pas être réduit à la condition d'un artisan, qui n'a rien dans son ouvrage que la façon. Quel avantage aurait la puissance de Dieu sur la faiblesse de l'homme s'il avait besoin de quelque chose? il en aurait besoin, s'il ne pouvait rien faire sans qu'on lui eût fourni une matière. S'il attendait qu'on lui fournit cette matière, son pouvoirserait limité, et celui qui la lui fournirait serait en ce point plus puissant que lui. Quel nom donnerions-nous à celui qui serait plus puissant que Dieu et qui pourrait faire quelque chose de lui-même, au lieu que Dieu ne pourrait que travailler sur le sujet qu'il aurait reçu d*un autre? Que s'il est impossible qu*il y ait aucun être plus puissant que Dieu, puisqu'i/

LACTANCR.

est infiniment parfait, il faut avouer que la matière n'est pas moins son ouvra^jc que les autres choses qui sont composées de matière. Rien n*a pu recevoir Tètre sans ra^j^rément de Dieu. Hien n*a pu être fait qu il ne Tait bien voulu faire. «Mais il est probable, dites-vous, que la matière dont toutes choses ont été tirées a toujours conservé sa force et sa nature, et qu'elle la conserve encore.» Quelle force et quelle nature peut-elle avoir si ellenera reçue, etdequi peut-elle Tavoir reçue que de Dieu ? Si elle a reçu la nature, elle est née : car c'est de là même que vient le mot nature. Gomment a-t-elle pu naître, si ce n'est que Dieu lait produite? Cette nature, d'où vous prétendez que toutes choses ont été tirées, ne les a pu produire, à moins qu'elle n'ait l'intelligence et la raison. Que si elle a l'intelligence et la raison , c'est-à-dire la sagesse pour former le dessein de ses ouvrages et le pouvoir de les achever, elle est Dieu. C'est pour cela que Sénèque, le plus subtil des stoïciens, a fort bien jugé que la nature n'est rien autre chose que Dieu même. «Pourquoi, dit-il, ne louerions-nous pas Dieu à qui la puissance est naturelle , puisqu'il ne l'a reçue d'aucun autre?Nous le louerons sans doute, parce qu'il tient de soi cette puissance qui lui est naturelle, et qu'il est lui-même la nature.» Quand vous attribuez à la nature le pouvoir de produire que vous ôtez à Dieu, vous vous engagez dans Terreur plus avant que vous n'y étiez, et vous ressemblez à ceux qui, pour payer de vieilles dettes, en Font de nouvelles. Dans le temps même que vous niez que Dieu ait fait le monde, vous confessez qu'il l'a fait. Sénèque fait après cela une comparaison fort ridicule. « Dieu , dit-il , a besoin d'un sujet sur lequel il travaille , comme un artisan a besoin de bois ou de cire, et Dieu ne crée non plus ce sujet que l'artisan ne crée la cire ni le bois. i>Au contraire, il n'en a pas besoin, et s'il en avait besoin son pouvoir en serait moindre. Un artisan ne fora jamais rien s'il n'a une matière comme du bois, et il ne saurait créer ce bois parce qu'il est faible. Dieu, au contraire, crée la matière sur laquelle il travaille, parce que sa puissance est infinie. L homme ne saurait travailler s'il n'a un sujet sur lequel il travaille, parce que la condition mortelle le rend faible, et que sa faiblesse met des bornes fort étroites à son ()ouvoir. Mais Dieu fait ce qu'il lui plaît sans avoir besoin de si^et,

parce que son éternité fait sa force, et que si force lui donne un pouvoir aussi infini que sa vie. Faut-il donc s'étonner que Dieu, ayant dessein de faire le monde, en ait premièrement préparé la matière, et qu'il Tait tirée du néant? Il fallait nécessairement qu'il en usât de la sorte, puisqu'il ne peut rien emprunter , et qu'il est le principe qui renferme et qui produit tous les biens. S'il y avait quelque chose avant lui , oa qui eût l'être indépendamment de lui , îl n'aurait plus le pouvoir, ni même le nom de Dieu «Mais la matière, dit-on, n'a jamais été Faite, et elle a cet avantage particulier, qui ne lui est commun qu'avec Dieu, qui, de cette matière, a fait le monde. Il faudrait pour cela admettre deux êtres qui, étant également éternels, seraient tellement contraires entre eux, que leur combat et leur guerre ne pourrait être terminée que par la défaite et par la ruine de l'un ou de Tautne. S'ils sont contraires, il faut qu'ils se combattent Tun l'autre. S'ils se combattent, l'un des deux remportera la victoire. Ainsi il est clair qu'il n*y a qu'un être étemel , et qui est oomme la source d'où sont sortis les autres. Il iaut donc ou qne Dieu soit sorti de la matière, ou que la matière soit sortie de Dieu, il est aisé de reconnaître lequel des deux est sorti de l'autre : Tnn a du sentiment, au lieu que Fautre n'en a poiar. Le pouvoir d'agir ne se trouve qu'où se trouve le sentiment, le mouvement, la pensée et l'intellilicence. On ne saurait rien entreprendre, rien commencer, rien achever que l'oa n'en ait fomé le dessein par la raison, que l'on n'en ait réiobi l'exécution par sa volonté, et qu'enfin on n'ait mis la main à l'œuvre. Or, ce qui n'a point de sentiment ne met point la main à l'œnvre, et ce qui n'a point de mouvement ne produit aacnne chose. Bien qu'il n'y ait point d'animal qui o'sit la raison, il n'y en a point qui puisse procorer aucune des choses qui n'ont point la raison. Enfla on ne saurait rien trouver , ni rien prendre dans un lieu qu'il n y soit auparavant Pcraonne ne doit douter de la vérité de ce que je dis, sov prétexte que Ton voit des animam qaf naisioit de la terre. Ce n'est pas la terre qui les prodot, c'est Tcsprit de Dieu, sans lequel rien nesepnh duit dans le monde. Dieu n'est donc pas sorti de la matière , parce que ce qui a da aentimenl ne saurait sortir de ce qui n'a point desentincnL Ce qui a de la raison ne saurait sortir de ce qa

n'a point de raison. Ce qui est. impossible ne saurait sortir de ce qui est possible. Ce qui est spirituel ne saurait sortir de ce qui est corporel. La matière est plutôt sortie de Dieu, car ce qui est solide, dur, et peu maniable, reçoit sa force du dehors. Ce qui reçoit sa force du dehors se peut dissoudre. Ce qui se peut dissoudre, finit. Ce qui finit a eu un commencement et un principe, c'est-à-dire un auteur qui a du sentiment, de la prévoyance, de la sagesse , et cet auteur là est Dieu. Gomme il a le sentiment, la raison, la prévoyance, la puissance et la sa|;esse, il peut i^ire des créatures animées et inanimées, et il sait de quelle manière il faut les f^ire. La matière ne peut avoir toujours été, parce que si elle avait toujours été, elle ne serait pas sujette au changement. Ce qui a toujours été ne cesse jamais d'être; et comme il n'a point eu de commencement, il n'a point aussi de fin. Il arrive même plus aisément que ce qui a eu un commencement n'ait point de fin , qu'il n'arrive que ce qui n'a point eu de commencement en ait une. Rien n^aurait pu être lait de la matière , si elle n'avait pas été ^ite elle-même , et si rien n'en avait pu être fait, elle ne serait pas matière; car la matière n'est que ce dont on fait quelque chose. Ce dont on fait quelque chose est changé et détruit par la main de l'ouvrier, et cesse d'être ce qu'il était pour commencer d'être ce qu'il n'était pas. Si la matière a cessé d'être ce qu'elle était auparavant, lorsque le monde a été fait d'elle, et si elle a eu une fin, elle avait donc eu un commencement. Ce qui est détruit a été autrefois élevé. Ce qui est délié a été autrefois lié. Ce qui finit a commencé. Si de ce que la matière est sujette au changement et de ce qu'elle cesse d'être ce qu'elle était auparavant, on conclut bien qu'elle a eu un commencement et un principe, quel peut être ce principe-là, si ce n'est Dieu même? Il n'y a que lui seul qui n'ait pas été fait. H peut tout anéantir, et ne peut être anéanti. Il sera toujours ce qu'il a toujours été. Il n'a point été engendré. Il n'a point reçu la naissance d'un autre. Son être étant indépendant, il est aussi immuable. Il subsiste par lui-même, et ainsi il est tel qu'il a voulu être, impassible, immuable, incorruptible, heureux, cl erncl. La conclusion par laquelle Gicéron a terminé son discours est encore plus absurde. «Si Dieu, dit-il, n'a pas fait la matière, il u a pas fait non plus la terre,

l'eau , l'air ni le feu. » Qu'il évite adroitement la difficulté! Il suppose la première proposition, commesi elle n'avait point besoin d'être prouvée, bien qu'elle soit moins certaine que celle qu'il prétend prouver par elle, a Si Dieu, dit-il, n'a |)a8 fait la matière, il n'a pas non plus fait le monde. » Il a mieux aimé tirer une fausse conclusion d'un faux principe, que d'en tirer une véritable d'un véritable. Au lieu de prouver ce qui est incertain par ce qui est certain, il a choisi ce qui est incertain pour combattre ce qui est certain. Car pour ne parler ni de Trismégiste, qui déclare que l'univers est I ouvrage de la divine providence, ni des sibylles dont les vers contiennent le même oracle, ni des prophètes que l'esprit de Dieu a animés pour publier la même vérité, presque tous les philosophes, les chefis des principales sectes, les pythagoriciens, les stoïciens et les péripatétidens en conviennent. Enfin on n'en avait jamais douté, ni dans les premiers temps, ni au siècle de Socrate et de Platon, jusqu'à ce qu'Ëpicure, qui n*est venu qu'après une longue suite d'années, ait eu la témérité, par undésir déréglé d avancer des nouveautés et de se faire chef de secte, de révoquer en doute ce qui avait presque jusque alors été évident et manifeste. N'ayant pu rien découvrir de nouveau, et n'ayant pas voulu paraître du même sentiment que les autres, il a entrepris d'ébranler ce qui était le plus solidement établi sur le témoignage de toute l'antiquité, en quoi il a excité l'indignation de toutes les sectes. II est donc certain que le monde est l'ouvrage de Dieu et non de la matière. Au lieu de se persuader que Dieu n'a pas fait le monde parce qu'il n'a pas fait la matière, il faut croire qu'il a fait la matière , parce qu'il a fait le monde. Il est plus croyable que Dieu a fait la matière parce qu il peut tout, qu'il n'est croyable qu'il n'a pas fait le monde, sous prétexte que rien ne se peut faire sans conseil, sans raison et sans esprit. Mais cette faute est moins particulière à Cicéron qu'à sa secte; car comme il avait entrepris de discourir sur la nature des dieux, l'ignorance de la vérité l'a engagé à soutenir qu'il n'y en avait aucun. Il pouvait nier l'existence des dieux, parce qu'en effet il n'y a point dedieux.Maisquand ilacnlreprisde combattre la providence d'un seul dieu, il s'est trouvé sans forces et sans preuves , et U est {ombi dans ua

LACÏANCE.

abîme d'où il ne saurait se retirer. Il s'y tient attaché. Lucilius qu il a introduit perd la parole. C'est ici la plus importante question ; c est le point d'où dépend le reste. Que Cotta se tire comme il pourra des embarras , et qu'il fasse voir qu'il y a toujours eu une matière indépendante de la divine providence; qu'il montre comment un corps solide et pesant a pu être sans avoir été créé, et comment il a pu être chanfyé de telle sorte qu'il ait cessé d'être ce qu'il était , pour devenir ce qu'il n'était pas : quand il aura prouvé tout cela, je demeurerai d^accord que le monde n'est pas rouvra{];e de la divine providence, et. ne laisserai pas de le tenir enveloppé dans un filet, d où il ne pourra s'échapper ; car il «era obligé d'avouer, mali^ré tous ses efforts, que le monde et la matière d'où il a été tiré existent par la force de la nature. Or je prétends que la nature n'est autre chose que Dieu même; car rien ne peut produire des ouvrages tout à fait admirables, s*il n'a la sagesse, la prévoyance et la puissance. Ainsi il est clair que Dieu a fait toutes choses, et qu'il n'y a rien qui ne tire de lui son origine. Quand Cicéron veut suivre les scntimcns d'Épicure et soutenir que Dieu n'a pas fait le monde, il demande s'il a des mains, et de quelle machine il s'est servi pour construire un si précieux édifice. 11 aurait peut-être vu de quelles machines Dieu s'est servi pour achever son ouvrage, s'il eût vécu en ce tempslà. Mais Dieu n'a pas jugé à propos de mettre l'homme dans le monde avant que le monde fût achevé , de peur qu'il ne le vît travailler à son ouvrage. Il ne pouvait même être mis dans le inonde avant qu'il fût achevé: car comment y aurait-il subsisté pendant que Dieu étendait le ciel, qu'il affermissait les fondemens de la terre, pendant que l'une était peut-être glacée par la rigueur du froid ou bouillante par 1 excès de la chaleur , avant que le soleil eût répandu sa lumière, que la terre eût produit des fruits et que les animaux fussent nés? Dieu ne devait donc créer l'homme qu'après avoir mis la dernière main au reste de ses ouvrages. Enfin, l'Écriture témoigne qu'il fut créé le dernier, et qu'il fut placé dans le monde comme dans un palais qui avait été bâti et préparé exprès pour le recevoir. Les portes en demeurent d'accord ; et après qu'Ovide a décrit la construction de Tuniversetla production des animaux, il ajoute:

a Comme il manquait encore à l'univers une créature pourvue d'un esprit éclairé et pénétrant , qui eût en elle-même quelque chose dr saint et de sacré, et qui fût capable de commander à celles qui avaient déjà été faites , riiorume fut produit. » II. n'est pas permis de pénétrer ce que Dieu a voulu nous tenir secret. Cicéron n'entreprenait pas aussi de le pénétrer à dessein de s'instruire, mais à dessein de réfuter l'opinion contraire à la sienne, et sous ce seul prétexte que personne ne s'est trouvé au commencement des choses. Est-ce une preuve que Dieu n'a pas fait le monde, dédire qu'il n'y a point d'homme qui l'ait vu travailler à cet ouvrage? Si vous aviez été élevé dans une maison bien bfttie rt bien parée, sans avoir vu travailler à la bâtir et à la parer , vous croiriez sans doute qu'elle n'aurait pas été bâtie par des hommes, et vous demanderiez de quels instrumens ils se seraient servis pour faire un si grand ouvrage, pour tailler et pour placer de si grosses pierres, pour élever de si hautes colonnes ; vous jugeriez sans doute que la construction d'un si superbe édifice serait au-dessus de la force des hommes, parce que vous ne sauriez pas que la force y contribue moins que l'adresse. Que si l'homme, bien qu'il n'ait aucun avantage qui aoit tellement parfait qu'il n'y manque quelque chose. ne laisse pas de faire par son indostrie des ouvrages qui semblent être an-dessus de sa nature. quelle raison y a-t-il de douter que Dieu , qui est souverainement parfait et qui a une sagesse et une puissance infinies, ait pu produire le monde? Ses ouvrages sont exposés à la vue. Mais la manière dont il les a faits est inoomprébensiblc. Ce qui est mortel ne peuft, comne dit Trismégiste, s'approcher de ce qui est ImmoHcl. c'est-à-dire il ne le peut comprôidre. Ce qii est périssable ne peut s'approcher de ce qui est éternel. Ce qui est corruptible ne pent s*appnh cher de ce qui est incorruptible. Une oréatare aussi terrestre que l'homme ne saurait péntotr parfaitement les choses célestes. Son corps est comme une prison qui le retient, et qui renpêche d'user de ses forces et de son e^ric. Qct ceux qui recherchent ce que Ton ne saura: trouver, reconnaissent comHien leur oocDpsiir>r. est vaine. Cest passer les homes de notre naiurc et ignorer jusqu'où se peuvent étendre nos connaissances. Quand Dieu a révélé la vérM â

hNSTlTUTlONS DIVINES. — LIVRE II.

riiommc , il lui a découvert tout ce qu*il avait iniéi^l de savoir pour son salut, et lui a caché ce qui n aurait servi qu'à entretenir une curiosité profane. Pourquoi donc cherchez-vous ce que vous ne sauriez trouver, et pourquoi voulezvous savoir ce dont la connaissance ne contribuerait en rien à vous rendre heureux? l/honniie sera assez savant, quand il saura qu*il y a un Dieu, et que ce Dieu a Fait toutes choses.

X. A présent que nous avons réfuté ceux qui ont du monde et de Dieu son auteur une opinion contraire A la vérité , retournons à cette œuvre divine de l'univers dont parlent les livres mystérieux de notre sainte religion. Dieu créa le ciel avant toutes choses, et il le suspendit dans la partie la plus élevée de l'univers pour y établir le trône de sa gloire. 11 a ensuite affermi la terre qui devait servir de demeure aux hommes et aux animaux. Il a répandu sur sa surface la mer et les fleuves. Il a n mpli le lieu de sa demeure de lumière , en y attachant le soleil, la lune et une infinité d'autres globes éclatans. 11 a placé les ténèbres sur la terre, car celte masse grossière et opaque n'a pas d'autre jour que celui qu elle reçoit du ciel ; elle est le lieu de la nuit, de la mort et du tombeau, comme la partie qui lui est opposée est le lieu de la lumière et de la vie. La terre est autant éloignée du ciel que le mal est éloigné du bien, que le vice est éloigné de la vertu. Il a divisé la terre en deux parties qui semblent contraires, l'orientale et Toccidentaie. L'orient a un rapport particulier avec Dieu, qui est le véritable principe de la lumière, le soleil spirituel et invisible qui nous éclaire et qui nous conduit à une vie immortelle. L'occident, au contraire , ressemble à cet esprit ténébreux qui nous dérobe la lumière et qui nous jette dans la mort du péché. Il a encore distingué sur la terre deux autres parties : le midi, qui approche plus de l'orient et qui est exposé aux ardeurs du soleil, et le septentrion qui approche de Toccident, et qui est couvert de neige et de glace. Le froid est contraire au chaud, comme les ténèbres sont contraires à la lumière. Le midi approche de l'orient, comme la chaleur approche de la lumière, et le septentrion approche de foccidcnt, comme le froid approche des ténèbres. Il a assigné à chaque partie une saison qui lui est propre, savoir : le printemps ù l'orient, rêic au midi, 1 autonme ù loccident . cl l'hiver au

septentrion. Le midi et le septentrion sont aussi des images de la vie et de la mort, parce que la vie consiste dans la chaleur qui procède du feu, comme la mort consiste dans le froid qui procède de l'eau. Ces saisons apportent une grande variété dans la longueur des jours et des nuits, dont la révolution continuelle suit les années et les autres mesures du temps. Le jour que l'orient répand appartient à Dieu, comme tout ce qu'il y a de bon et d'excellent lui appartient; la nuit, au contraire, que l'occident répand, appartient à l'esprit qui , comme nous l'avons dit, est contraire à Dieu. (]e souverain seigneur de l'univers a trouvé bon de tracer dans le jour et dans la nuit des figures de la religion et des superstitions; car comme le soleil, bien qu'il soit seul ainsi que son nom le porte, est le père du jour et remplit toutes les parties du monde de sa lumière et de sa chaleur. Dieu de la même manière, bien qu'il soit unique, a une majesté, une grandeur et une puissance infinies. La nuit, dont nous avons dit que l'intendance est donnée à l'esprit ennemi de Dieu , représente en quelque sorte par sa noirceur Taveuglement et l'erreur des superstitions païennes; car quelque grand que soit le nombre des astres qui brillent au milieu des ténèbres , ils n*en sauraient jamais dissiper l'obscurité, et ayant fort peu d'éclat ils n ont point du tout de chaleur. La chaleur et l'humidité sont deux principes que Dieu a établis pour la production et pour la conservation de tous les êtres. Gomme la force de Dieu consiste dans la chaleur et dans le feu, si l'excès de cette ardeur n'avait été en quelque sorte tempéré par l'humidité et par la fraîcheur de la matière, elle aurait entièrement consumé tout ce qui lui aurait été exposé, de sorte que rien n'aurait reçu la vie qu il ne l'eût aussitôt perdue. C'est pour cela que quelques philosophes et quelques poètes ont dit que le monde subsiste par l'accord et par la discorde qui se rencontrent entre les parties qui le composent. Heraclite a dit que toutes choses étaient nées du feu. Thaïes de Milet a dit qu'elles étaient nées de l'eau. Us ont tous les deux découvert quelque chose de la vérité, et se sont pourtant trompés tous les deux; car s'il n^y avait point eu d'autre principe que le feu, jamais Teau n'en serait sortie; et s'il n'y avait eu d'autre principe que Teau, jamais le feu n'aurail éié produit. La Ncrité vtl que le mélange

LACTA.NCE.

de CCS deux clémcns est la cause de toutes les productions. Ce n est pas que le feu puisse ôtrc mêlé avec Tean, parce que ce sont deux contraires dont Tun détruirait l'autre; mais la chaleur qui p^oc^de du feu et rhumidiléqui procède de Teau peuvent être mêlées, et Ovide a eu raison dVn parler de cette sorte. Quelle que soit la contrariété apparente entre la chaleur et Thumidité, et quelque combat qu'il y ait sans cesse entre Feau et le feu , il est vrai pourtant qu'il n'y a rien dans lunivers qui ne soit composé du mélange de ces qualités contraires. L'un de ces deux élémens est comme le màle et l'autre comme la femelle ; Tun agit et Tautre souffre. Les anciens se servaient du symbole du feu et de Teau dans la célébration de leurs mariages, parce que la chaleur de Tun et Thumidité de l'autre servent à former et à animer les corps des animaux. Tout animal étant composé de corps et d*Ame, Thumidité sert de matière h l'un et la chaleur h l'autre. Gela paraît principalement dans la formation des oiseaux; car bien que les œufs d'où ils sortent soient remplis d'une humeur épaisse, jamais cette humeur n'est animée qu'elle n*ait été auparavant rendue féconde par la chaleur. C'était autrefois une coutume de défendre l'usage de Teau et du feu aux coupables; car on était encore persuadé en ces premiers temps que, quelque crime qu'un homme eût commis, il ne fallait pas le punir de mort; mais en le privant de Teau et du feu sans lesquels on ne saurait presque conserver la vie, on faisait presque la même chose que si on la lui eùtôtée. Voilà comment ces deux élémens ont toujours paru si nécessaires, que l'on a cru que sans eux l'homme ne pouvait ni recevoir l'être ni le conserver; Tusage de Tun de ces élémens nous est commun avec les bêtes, et l'autre nous est propre. Nous nous servons seuls du fieu, qui étant descendu du ciel , et tendant vers le ciel par un mouvement perpétuel , nous avertit en quelque sorte de l'immortalité de notre âme. Les autres animaux, qui sont entièrement sujets à la mort, ne se servent que de l'eau, qui est un élément grossier et terrestre, dont la pesanteur tend toujours vers le bas, et marque le lieu du tombeau; les animaux qui sont privés de l'usage du feu ne regardent jamais le ciel et n'ont aucun sentiment de religion. Il n'y a que Dieu, qui est l'auteur de ces deux élémen.% qui sache de quelle

manière il en a allumé un, et de quelle manière il a répandu l'autre sur la terre.

XI. liorsque Dieu eut achevé le monde, fi commanda que les animaux de diverses formes et de diverses espèces, grands et petits, fussent faits. Ils furent faits deux de chaque espèce ft de différent sexe, et ils se sont tellement multipliés depuis qu'ils ont rempli la vaste étendue de l'air, de la mer et de la terre. Dieu leur permit de se nourrir des alimcns qui croissent sur la terre, afin qvCih puissent servir les uns à la nourriture de l'homme, les autres à son vêtement, les autres au travail et au labourage. Lorsqu'il eut ainsi rangé les parties de Tunivers dans cet ordre admirable qui en Fait la prindpale beauté, il se fit à lui-même un rQyaume éternel, en créant un nombre infini d*âmes aux* quelles il donna le privilège de rimmorlalilé. Il fit ensuite un portrait sensible et intëlîgeDt de lui-même, et le plus excellent que /'on puisse voir. Il forma le corps de Thomme du limcm, et c'est ce que le nom d'homme marque dans la langue latine. Platon a dit que la forme de l'homme ressemble à celle de Dieu , et celle pensée a assez de rapport à celle que la sibylle présente à l'esprit , quand elle dit que rhommc est une image de Dieu , mais une image animée et raisonnable. Bien que les poètes n'aient parlé que fort imparfaitement de la fimnalion de l'homme , ils n'ont pas laissé de dire qu'il a été f^ait de limon par Prométiiée. Ils ne se sont pas trompés dans le fond, ils ne se sont trompés que dans le nom de l'ouvrier: car ils n*avaient en aucune connaissance des livres sacrés qai expliquent clairement la vérité ; ils n'avaient rien In des prophètes dont les prédictions étaicDl cachées dans le secret de Dieu. Ik n*ont mfa dans leurs poèmes que ce qu'ils avaient appris de b fable , et l'ont mis corrompu par le mÂange des erreurs populaires sur lesqodles chacun anit enchéri à l'envi, comme il arrive ordiDaireflKflC quand on rapporte les fisiux bmitsqaiootéié une fois répandus. C'est sans doale dm inpcrtinence d'attribuer à l'bomme, comme ils oot fait, un ouvrage si excellent et si divin. QH*étiil4i besoin que Prométiiée prit du limon poor faire l'homme, puisqu'il le pouvait engendrer delà même façon qu'il avait été engendré par Japbrt son père? Le .supplice qu'il subit sur le moot Caucase ne fait que trop voir qu'il n*était paidn

nombre des dieux. Japhet son père, ni Titan son oncle, n ont jamais été honorés par personne de ce titre, il n a été attribué qu'à Saturne et à ses desccndans , en considération de la di{|;nité royale dont il avait joui. Il n'y a rien si aisé que de détruire cette vaine imagination des poètes touchant la formation de Thomme; tout le monde demeure d'accord que le déluge n'a été répandu sur la terre que pour la laver des crimes dont elle était toute salie; les philosophes, le^ poètes et les historiens conviennent de cette vérité avec les prophètes. Si Tunique fin du déluge a été d'arrêter le cours des crimes que le grand nombre des hommes avait rendus trop publics et trop communs, comment Promélliée a-t-il formé rhomme, puisque les poètes assurent que Deucalion, qui était son fils, fut seul préservé à cause de sa justice? la terre a-t-elle pu être si fort peuplée dans Tespace d'une seule génération ? Les poètes ont changé ces circonstances aussi bien que d*autres dont nous avons déjà parlé , parce qu'ils n'ont rien su de ce que les livres saints enseignent louchant le temps auquel le déluge inonda la terre, touchant la personne dont la vertu mérita d'être préservée de Tinondation, et touchant la manière dont elle fut préservée et le nombre de ceux qui furent aussi sauvés avec lui. Il est donc clair que ce qu'ils avancent, de la manière dont Prométhée forma l'homme, est contraire à la vérité ; ce n'est pas qu'ils l'aient tout à fait abolie , ils n'ont fait que l'obscurcir et l'envelopper. Prométhée inventa en effet le premier l'art de faire des figures et des images avec de la terre et du limon, et il vécut au temps de Jupiter, où on commença à élever des temples et où on inventa le culte des dieux. Voilà comment la vérité a été altérée par le mensonge, et comment on a attribué l'ouvrage de Dieu à un homme qui n'en avait fait que la figure; au reste il n'y a que Dieu qui ait formé de limon un homme vivant et véritable. Trismégiste reconnaît cette vérité, et non-seulement avoue que Dieu a fait l'homme à son image , mais tâche même d'expliquer le soin qu'il a pris de travailler à chaque partie, dont il n'y en a aucune qui ne soit aussi admirable pour son usage que pour sa beauté. Les stoïciens remarquent à peu près les mêmes choses lorsqu'ils parlent de la Providence, et Cicéron les a imités en plusieurs endroits de ses ouvrages; il n'a pourtant

touché que légèrement cette matière, quoiqu'elle soit fort abondante. Je ne la traiterai pas en ce lieu-ci, parce que je l'ai traitée fort au long dans un livre que j'ai adressé à Démétrianus,moii disciple. Je ne puis néanmoins admettre l'erreur où sont tombés quelques philosophes, qui ont soutenu que les hommes et les autres animaux étaient nés de la terre , sans qu'aucun ouvrier eût travaillé à les former ; c'est ce qu'il semble que Virgile ait voulu faire entendre , quand il a dit que la race des hommes est sortie de dessous les sillons de la terre. Ce sont principalement ceux qui nient la Providence qui ont été dans ce sentiment; car les stoïciens qui la reconnaissent, tiennent que Dieu a pris le soin de produire les animaux. Âristote a évité cette difficulté en soutenant que le monde est éternel, et que la nature humaine n'a point eu de commencement et n'aura point de fin; mais puisque nous voyons que chaque animal naît en un temps et meurt en un autre, il faut nécessairement que respccc entière soit sujette à la même loi, qu'elle ait autrefois commencé et qu'elle doive un jour finir. Il n'y a rien au monde qui ne soit renfermé dans l'espace du passé, du présent et de l'avenir; le passé est le temps de la naissance , le présent celui de la consistance, et l'avenir celui de la dissolution. Ces trois degrés se font remarquer dans le cours de la vie de tous les hommes. Nous commençons quand nous naissons, nous demeurons en un état de consistance durant toute notre vie , et nous finissons par la mort. C'est pour cela que les poêles ont inventé trois Parques,dont l'une commence la vie de l'homme, l'autre la continue, et la dernière la termine. Bien que l'on ne voie que le présent dans le cours de la vie humaine, on ne laisse pas de reconnailre par là même, et le passé qui est le temps de l'origine, et l'avenir qui est celui de. la mort. Car tout ce qui est a autrefois commencé, et parce qu'il a commencé, il finira. La nature ne peut être immortelle, puisqu'elle ne subsiste que dans les individu qui sont mortels. Gomme chaque individu meurt séparément, il peut arriver que tous les individus ou au moins un grand nombre d'entre eux soient enlevés , soit par la stérilité de la terre et par la disette des grains , ou par la corruption de lair et par une maladie contagieuse, ou par un embrasement général semblable à celui qui con*

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suma runiviers au temps de Phaëton, ou par une pluie telle que celle dont Deucalion eut seui le bonheur d'être préservé. Si ce fut par hasard que \e déluge inonda la terre, il pouvait par un hasard semblable enlever Phomme qui en échappa seul , mais cet homme fut sauvé seul par Tordre de la divine providence. Il est clair que la conservation et la ruine du genre hu« main dépendent uniquement de Dieu; si la nature entière peut finir parce que les individus qui la composent finissent, il est clair qu*elle a commencé, et ce commencement est une marque aussi naturelle et aussi nécessaire de sa fragilité que sa fin. Si tout ceci est véritable, Ârislote n'a pu soutenir comme il Ta fiiit que le monde a toujours été. Si Platon et Ëpicurc convainquent Aristote sur ce point , Ëpicure convaincra Ârislote et Platon , malgré toute leur éloquence sur ce qu'ils ont cru que le monde n'avait point de fin , car il faut nécessairement qu'il en ait une puisqu'il a eu un commencement. Je traiterai plus amplement ce sujet dans le dernier livre, mais maintenant je continuerai à traiter ce qui reste touchant la formation de l'homme.

Xll. Quelques-uns assurent que la révolution du ciel et des astres a amené une saison propre à jeter la semence de toutes sortes d'animaux, que la terre, l'ayant reçue et l'ayant conservée, a produit comme certains petits étuis dont Lucrèce a dessein de parler, quand il a dit que le sein de la terre semblait s'enfier et s'ajuster aux racines des plantes et des arbres. Lorsque ces étuis sont venus à une juste maturité et qu'ils se sont rompus, il en est sorti quantité de petits animaux. La terre a été trempée en môme temps d'une humeur semblable au lait , et qui leur a servi de nourriture. Gomment ont-ils pu éviter ou supporter le froid et le chaud? Gomment ont-ils pu naître pendant qu'ils étaient ou gelés par la glace ou brûlés par les ardeurs du soleil ? C'est, dit-on, qu'au commencement du monde , il n'y avait ni hiver ni été. G*était un printemps perpétuel et une température d'air toujours égale. Pourquoi ne jouissons- nous plus de cette agréable température? G'est qu'elle n était nécessaire, explique-t-on, qu'au commencement du monde pour favoriser la naissance des animaux, mais depuis qu'il sont venus à une juste grandeur et qu'ils ont eu la puisî^ance d'en jcndrcr leurs bcmb'ablcs, la terre

a cessé d'en produire, et les saisons ont été réglées comme nous les voyons. QuHl est aisé de détruire le mensonge! Premièrement, il ny a rien dans le monde qui ne se conserve en Pétat où il a été créé. Le soleil la lune et les astiïs avaient été créés avant ce temps-là. Ils avaient déjà un mouvement et un cours réglé par l'ordre de la divine providence. De plus, quand ce que prétendent ceux dont je parle serait vrai, ils retomberaient dans le mal qu'ils veulent éviter, et seraient contraints de reconnaître une providence. Il iallaît en effet qu il y eût une puissance intelligente qui, pour empêcher que la terre ne demeurât déserte, présidât à la naissance des animaux ; qui préparât la terre pour la rendre propre î les produire d'elle-même, et à leur donner cette variété si merveilleuse de formes et de figures qui te distinguent. Il fallait sans doute un soin tout particulier pour faire en sorte que les animauitortissent des étuis où ils étaient enfermés, et qu à ce moment- là même ils reçussent la vie et le sentiment. Que s'ils ne Font reçu que par hasard, n'est-ce aussi que par hasard que la terre a fait couler c^mme une espèce de lait pour les nourrir , et que lair est devenu doux et tempéré de peur de leur nuire ? Il est certain que cela n'est pas arrivé sans un soin particulier, etqQ*îl n'y a que Dieu ({ui Tait pu prendre. Biais examinons s*il est probable que l'homme ait pu nattre de la terre , comme l'on dit. Quioonqqs oonsidérera avec attention la peine qu'il faut prendre , et le temps qu'il faut mettre à élever des enfiins, reconnaîtra certainement qu'il aurait été impossible que des enfans nés de la terre eussent pu vivre sans que quelqu'un eût soin de les nourrir. Il aurait fallu qu'ils eussent été étendus sur la terre l'espace de plusieurs mois durant lesquels leurs neris étaient trop fiaiîMes pour les soutenir. Ils n'auraient en presque point de mouvement. Il n'y a personne qui ne juge fbit biea qu'il est impossible qu'un enfant demeure phsieurs mois dans la même posture où fl aurait été jeté au moment de sa naissance. Mais sH était demeuré en cet état, lesd^ections neae seraient-elles pas mêlées avec Iliumenrqne b terre aurait fait œuler pour le nourrir, et si elles s'f étaient mêlées, ne l'auraient-elles pas étouffié? H a donc fallu qu*il y ait eu quelqu'un qui ait eu ! le i^oiu dï'ieviT 1 homme ; car personne ne s'est

encore avisé de dire que les animaux ne sont pas nés faibles, mais qu'il sont nés capables de se nourrir. Cette manière dont on explique la naissance des animaux est donc ridicule, vaine, dépourvue d'apparence et de raison. En effet , dire que les animaux sont nés d'eux-mêmes, sans que la Providence ait pris aucun soin de les produire, c'est combattre ouvertement la raison; ainsi nier la Providence et combattre la raison sont la même chose. Il faut donc avoner que Dieu a fait Thomme comme il a fait toutes les autres créatures. Bien que Gicéron n'eut aucune connaissance des saintes Écritures, il n'a pas laissé de découvrir celte vérité et d'en parler de la même manière' que les prophètes avaient fait avant lui. Je rapporterai ici ses paroles. « Cet animal, dit-il, si subtil, si pénétrant, si éclairé, qui se souvient du passé, qui connaît le présent, qui prévoit l'avenir, qui agit par raison et par conseil , et à qui l'on a donné le nom d'homme, a été produit d'une manière toute particulière par le souverain Seigneur de l'univers. Il n'y a que lui parmi tous les animaux qui ait l'avantage de penser et de discourir. » Voilà comment Gicéron, tout éloigné qu'il était de la vérité, a eu pourtant assez de lumières pour reconnaître que Tbomme n'a pu être placé dans le monde que par uneffet delà divine toute-puissance. Si ces témoignages ne suffisent pas, produisonfr-en de plus forts. La sibylle déclare que l'homme est l'ouvrage de Dieu quand elle dit : Dieu, qui a seul tiré le monde du néant par un effet de sa puissance infinie, a pris aussi le soin de former le corps du premier homme et de lui inspirer l'Ame et la vie. Leslivres saints nous enseignent la même vérité. Dieu nous a donc rendu les véritables devoirs d'un père. Il a formé nos corps et répandu en eux la vie qui les anime. Ainsi, nous tenons de lui tout ceque nous sommes. S'il avait été à proposquenous connaissionsdequelle manière il a achevé cet ouvrage, il nous l'aurait enseigné comme il nous a enseigné ce qui nous était nécessaire pour nous retirer de Terreur et pour nous conduire à la vérité.

XIII. Dieu ayant fait l'homme à son image fit ensuite la femme à l'image de Thomme , afin qu'ils pussent mettre des enfans au monde et avoir une postérité qui se multipliât de telle sorte qu'elle remplit toute la terre. Pour faire l'homme, il se servit du feu et de Fcau, de ces

deux matières que nous avons dit être si con« contraires. Dès que le corps fut achevé, il l'anima par le soufRe de son esprit et par la communication de sa vie étemelle. Ainsi l'homme est un petit monde fbrmé par le mélange d'alimens contraires et compo^ d'âme et de corps, dont Tune ressemble au ciel et l'autre à la terre. L'âme qui nous fait vivre est descendue du ciel et nous est communiquée par l'effusion de l'esprit de Dieu , et le corps a été tiré de la terre et fbrmé de limon. Empédocle, que l'on ne tiît en quel rang on doit mettre, ou en celui des poètes, ou en celui des philosophes, parce qu'il a écrit sur les choses naturelles en vers grecs, commeVarron et I .ucrècc en on t écrit en vers latms , a admis quatre élémens, savoir : le feu , l'air , l'eau et la terre ; en quoi il a suivi Trismégiste qui avait dit avant lui que nos corps ne sont ni feu, ni air, ni terre, ni eau , mais un composé de toutes ces choses. Ge qui certainement est très-vrai ; car la chair a quelque chose de la terre, le sang a quelque chose de l'eau , les esprits ont quelque chose de l'air , et la char leur a quelque chose du feu. Le sang ne saurait pourtant être tout à fait séparé de notre corps comme l'eau peut l'être delà terre, ni la chaleur ne saurait être séparé des esprits vitaux comme le feu peut lêtre de l'air. Ainsi il ne se trouve proprement que deux élémens qui aient contribué à la formation de nos corps. L'homme est donc composé aussi bien que le monde de contraires, de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort. Dieu a voulu qu'il y eût entre ces contraires un combat perpétuel dans l'homme, afin que si l'âme qui est descendue du ciel remporte la victoire, elle soit immortelle et demeure toujours dans la r^ion de la lumière, et que si au contraire elle est vaincue , elle demeure dans les ténèbres et dans la mort. L'effet de cette mort n'est pas de détruire l'essence de Tâme et de la réduire au néant; ce n'est que de la châtier d'un châtiment qui n'aura point de fin. Nous appelons ce châtiment la seconde mort , qui est d'une éternelle durée aussi bien que l'âme. On définit la première mort de cette manière : la mort est la destruction de la nature des animaux , ou bien la mort est la séparation du corps et de Tânic. Voici comment ou déllnit la seconde: la mort est la souffrance d'une douleur clcnicllc, ou bien la mort est la condamna-

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lion de Tàme à un supplice éternel et égal à ses crimes. Les bètes ne sont pas sujettes à la seconde mort, parce que leurs âmes n'ont point été créées de Dieu, mais formées d'air et qu'elles finissent avec leurs corps. L'âme qui vient de Dieu et qui doit commander au corps tient la première place (tans rbomme,qui est une image et un abrégé du monde ; et le corps qui vient du démon tient la dernière place, et parce qu'il est terrestre il doit être soumis à Tâme, comme la terre Test au ciel : c'est en quelque sorte un vase où Tâme est renfermée comme une essence fort précieuse. Le devoir réciproque de ces deux parties, est que celle qui vient de Dieu et du ciel commande, et que celle qui vient du démon et de la terre obéisse. Cette vérité a été reconnue par Salluste lui-mème,tout vicieux qu'il était. Voici ce qu'il en dit : « Toute notre force consiste dans Tesprit et dans le corps , l'esprit doit commander et le corps obéir. » Cela est fort bien dit, mais il devait vivrecomme il a parlé. Cependant il s'est rendu Tesclave des plus sales voluptés et a démenti ses sentimens par le dérèglement de sa vie. Que si Tàme est un fou comme nous l'avons dit, elle doit tendre comme le fou vers le ciel et s'élever à l'immortalité. Mais comme le fou a besoin pour brûler et pour vivre d'une matière épaisse qui l'entretienne , ainsi l'âme pour vivre a besoin d'une nourriture qui est la justice. Quand Dieu eut fait l'homme de la manière que je l'ai décrit , il le plaça dans le paradis , c'està-dire dans un jardin très-agréable et très-fertile , assis en Orient et planté de toute espèce d^arbresdont les fruits devaient le nourrir et lui fournir une vie facile et sans autre soin que de servir Dieu. Dieu lui fit certains commandemens, à condition que s'il les gardait il obtiendrait l'immortalité , et que s'il les violait il deviendrait sujet à la mort. Le principal commande- !nent (]u'il lui fit, fut de ne point manger du fruit d'un arbre qu'il avait planté au milieu du paradis, et auquel il avait attaché la connaissance du bien et du mal. Alors le calomniateur, animé par la jalousie qui lui donnait Texcellence de l'ouvrage de Dieu, employa tout ce qu'il avait de ruses et d*arlifices pour tromper l'homme , et pour le priver de l'immortalité. 11 persuada |)remièrement à la femme de goûter du fruit défendu , et se servit ensuite de la fcnmic pour porter l'iiommc à violer le comman-

dement. Dès que l'homme sut le bien et le mal, il eut honte de sa nudité , et tâcha de se cacher et de se dérober à la vue de Dieu , ce qu'il n'avait jamais fait jusque alors. Dieu le oondamna à vivre de son travail, le chassa da paradis, entoura le paradis de feu de peur qa^il n*en appnh chat jusqu'à ce que Dieu juge la terre et jusqa à ce qu'après avoir détruit la mort il rétablisse ses serviteurs dans ce lieu des saintes délices, comme l'Écriture et la sibylle mène le témoigne quand elle assure que œui qui auront rendu à Dieu les honneurs et le culte qui lui sont dus , jouiront en récompaise d'une vie éte^ nelle dans un lieu diiicieux. Mais oonune œb n'arrivera qu'à la fin du monde, je n*en dois parler aussi qu'à la fin de mon ouvrage. Rvlcms maintenant de ce qui a précédé. LlMNome est mort comme Dieu l'avait ordonné , et oomiDf fa sibylle le déclare quand elle rapporte ta manière dont , après que l'homme eut été formé des mains de Dieu , il fot trompé par les roses da serpent, et tomba dans la mort , au lien d'arriver à la connaissance du bien et du mal. Ainsi la vie de l'homme devint limitée par le temps, quoique ce temps fût d'assez longoe durée , et qu'il s'étendtt jusqu'à mille ans. Ce Ait dimt l'Écriture fait mention est demn si poUic qoe Varron, en ayant entendu perler, Tonlut recho^ cher la raison pour laqudle oo a étenda josqn'à mille ans la vie des premiers tiommes, et dit qie parmi les Égyptiens les mois tiennent lien d'années. Mais son argument est éridenmientlui; car jamais personne n*a vécu plus de mille an& Or ceux qui en vivent seulement cent, ee qn n'est pas rare, vivent douze cents mois. lÛs parce que Varron ne savait ni Irsiqct pov lequel la vie des bonunes fut aceouiue, ni k temps auquel cela arriva, U l'n aceomtic loimême de la manière qui hû a para la plus jitdbable , sur ce qu'il savait que Foii poA nnt jusqu'à cent vingt ans qui nient qnateae cests mois.

XIV. Lorsque Dieu vit que la terre étaft Me couverte de crimes, Use résolut d*eUer miner k genre humain par le déluge ; et néamnaiBii potf le réparer, il choisit un homme qui dans k cor ruption générale avait conservé son inuftfTr*- 1 s'appelait Noé. Â Tâgede six cents ans il oooftnB' sit sur le commandement de Dieu une ardieoA I fut préservé avecsafemffle,sestroiaflbctsesiros

belles-filles de Feau du déluge qui avait couvert le sommet des plus hautes montagnes. Lorsque cette eau fut dissipée et que la surface de la terre eut commencé à paraître et à se sécher y Dieu , en haine des crimes qui avaient attiré cet épouvantable châtiment, et de peur que la trop longue durée de la vie humaine ne senlt qu^à en accroître la corruption, la raccourcit peu â peu, et la borna à Fespace de cent vingt ans. Ix)rsque Noé Fut sorti de Tarche, il cultiva la (erre et planta la vigne. Gela fait voir clairement la fausseté de Fopinion de ceux qui attribuent à Bacchus l'invention et la manière de fuîre le vin; car Noé a précédé de plusieurs siècles non-seulement Bacchus, mais Saturne et Uranus. Aux premières vendanges qu'il fit , il but jusqu'à perdre Fusage de la raison, et s'endormit sans se couvrir. Un de ses fils nommé Cham l'ayant vu en cet état, au lieu de couvrir sa nudité, alla en avertir ses frères. Ils prirent un manteau, entrèrent au lieu où leur père dormait, et le couvrirent en tenant toujours le visage et les yeux tournés d'un autre côté. Quand Noé sut ce qui lui était arrivé, il maudit Cham et le chassa. Cham s'enfuit au pays que l'on appelle aujourd'hui Arabie et que l'on appelait autrefois de son nom terre de Ghanaan , comme on appelait ses descendans Ghananéens. Ce furent les premiers peuples qui ne connurent point Dieu , parce que leur chef n'avait pas appris â le connaître et n'avait point été instruit par Noé son père , qui l'avait maudit et chassé. Cest d'eux que les peuples voisins son tdescendus. Les descendans de Noé son père furent depuis appelés Hébreux. Us furent dépositaires de la véritable religion. Lorsqu'ils se furent si fort multipliés que le pays où ils demeuraient ne pouvait plus les contenir, quantité de jeunes gens en allèrent chercher un autre, soit qu'ils eussent été envoyés par leurs parens ou qu'ils y eussent été contraints par la disette, et, s'étant répandus de côté et d'autre , ils peuplèrent les Iles. Alors étant comme séparés de la racine d'où ils avaient tiré le sentiment de la véritable piété, ils se firent d'autres mœurs chacun selon son caprice. Les Égyptiens commencèrent les premiers à regarder le ciel et les astres, et â les adorer. Mais parce qu'ils n'avalent point encore de maisons et qu'ils jouissaient d^un air fort pur , et qui n'était couvert d'aucun nuage, ils considérèrent

attentivement les astres et en observèrent le cours et les défaillances. Ils furent quelque temps après excités par des prodiges à adorer des animaux d'une figure monstrueuse. Ceux qui se dispersèrent en d'autres pays, admirèrent le ciel, le soleil et les élémens, les adorèrent et leur offrirent des sacrifices , bien qu'ils n'eussent fait encore ni temples ni images et qu'ils ne les aient inventés que dans la suite des temps, en llmnneur des plus puissans princes auxquels ils présentèrent de Tencens et immolèrent des victimes. Voilà comment ils s'éloignèrent de la connaissance du vrai Dieu et tombèrent dans l'aveuglement du paganisme. Ainsi ceux qui croient que l'idolâtrie est aussi ancienne que le monde et que notre religion est nouvelle sont dans un erreur manifeste.

XV. Dieu, ne voulant pas permettre que le démon, à qui dès le commencement il avait donné un grand pouvoir sur toute l'étendue de la terre, corrompit ou dissipât les hommes qui commençaient à se multiplier, envoya ses anges pour les garder, et leur recommanda sur toutes choses de ne rien perdre de la pureté de leur nature par le commerce qu'ils entretiendraient ici-bas. Il leur défendit de faire ce qu'il savait bien qu'ils foraient, et il le leur défendit afin que quand ils l'auraient fait , il ne leur restât aucune excuse. Le prince du monde qui a quaniilé de moyens de tromper, les engagea peu â peu dans le crime et les souilla par l'habitude criminelle qu'il leur fit contracter avec des femmes. Ges péchés leur ayant fiermé l'entrée du ciel , ils tombèrent sur la terre, et au lieu d'anges et d'envoyés de Dieu qu'ils avaient é(é , ils devinrent les ministres et les esclaves du démon; les enfans qui descendirent d'eux ne furent ni de la nature des anges ni de celle des hommes , mais d'une nature qui tient le milieu entre ces deux là. Aussi furent -ils exclus de Tenfcr comme leurs pères l'avaient été du ciel. Ainsi il y eut deux espèces de démons : savoir, les dé^ mons du ciel et ceux de la terre. Ces derniers sont des esprits impurs qui sont cause de tout le mal qui se commet et qui obéissent au diable comme à leur prince. G'est pour cela que Trismégiste l'appelle Démoniarque c'est-à-dire prince des démons. Les grammairiens enseignent que le nom de démon vient de daimôn^ qui signifie savant . et ils croient que les dé-

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mons sont des dieux. Us savent quelque chose de Tavenir, mais ils ne savent pas tout, car ils n'entrent pas au conseil de Dieu. C'est pour cela qu'ils ne font que des réponses ambiguës. Les poètes les ont connus et ont parlé d'eux. Voici ce qu'en dit Hésiode :

cLe« démons ont été créés par la volonté de Jupiter pour être les gardiens des hommes.»

Hésiode a parlé de la sorte parce que les démons avaient été chargés de garder les hommes , et parce qu'ils veulent que Ton Cfoie qu'ils les gardent , bien qu'au lieu de les garder ils les corrompent et se Fassent adorer par eux. Les philosophes ont parlé d'eux fort au long. Platon a tâché d'expliquer leur nature. Socrate disait que dès sa jeunesse il avait toujours eu auprès de lui un démon par le conseil duquel il s'était conduit dans les actions les plus importantes de sa vie. La puissance et les effets de la magie dépendent d'eux. Quand ils sont évoqués par les cérémonies de cet art , ils enchantent de telle sorte les hommes par leurs illusions, qu'ils ne voient plus ce qui est devant eux et qu'ils simaginent voir ce qui n'y est pas. Ces esprits impurs sont errans et vagabonds sur toute la terre, et n'ont rien qui les console de leur chute, que la malheureuse satisfaction de faire tomber les hommes dans le même précipice. Ost pour cela qu'ils usent de tant d'artifices et de tant de ruses ; qu'ils dressent tant de pièges et tant d'embûches. Il n'y a personne à qui ils ne s'attachent pour cet efî^et, ni de maison dont ils ne s'emparent sous le nom de génie, qui signifie en latin la même chose que démon. On les consacre dans les maisons, on répand chaque jour du vin devant eux , on les révère comme des esprits remplis de science , comme des dieux terrestres, comme des génies qui détournent et éloignent le mal de nous, bien qu'en effet ils l'attirent et le procurent. Gomme ce sont des êtres subtils et impalpables, ils s'insinuent dans les entrailles, y altèrent la santé , y excitent des maladies, troublent le repos par des songes affreux , ébranlent l'esprit par de forieux mouvemens, et épouvantent si fort les plus hardis qu'ils les contraignent d'implorer leur protection.

XVI. Ceux qui ne connaissent point la vérité ont peine à éviter ces tromperies; car ils croient

qu'ils n'aient aucun pouvttr,si ce n^est de nuire. Quelqu'un dira peut-être que, puisqu'ils ont le pouvoir de nuire, il faut les révérer de peur qu'ils ne nuisent ; mais ils ne nuisent qu à ceux qui les craignent, qu'à ceux qui ne sont pas défendus par la main toute-puissante de Dieu, et qui n'ont point de part au secret de la vérité. Mais ils craignent si fort les gens de bien et les serviteurs de Dieu, qu'aussitôt qu'ils entendent prononcer leur nom, ils sortent du corps qu'ils possédaient, étant quelquefois pressés et comme battus , non à coups de b&ion, mais par la voix de ces fidèles adorateurs du souverain mattre de l'univers. Us confessent qu'ils sont des démons, et déclarent les noms sous lesquels ils sont adorés dans les temples, et le déclarent à leur honte en présence de leurs adorateurs, parce qu'ils ne peuvent en imposer ni à Dieu, au nom duquel ils sont conjura ni aux personnes saintes qui les pressent et qui les toonnen» tent par la force de leur parole. Ils protestent quelquefois avep d'horribles hurlemeiu qu'ils sentent qu'on les bat et qn^on les brute, et qu'ils sont prêts à sortir des corps qu'ils pouèdent. Voilà le pouvoir que la ftri et h sainteté exercent sur ces esprits. A qui peuvent-ils donc nuire , si ce n'est à ceux qu'ils tiennent sous leur puissance? Trismégiste assure que ceux qui connaissent Dieu sont exempts des insultes des démons , et que de plus ils ne dépendent point de la destinée, a Toute la force, dit-il , et toute l'assurance de l'homme consistent dans la piété. Le démon ni la destinée ne peuvent rien sur les hommes pieux. Dieu les délivre de toute sorte de mal, et la piété est l'unique lHen.»ExpliquaDt en un autre lieu en quoi consiste la piété , il dit qu'elle consiste en la connaissance de Dieu. Asclépius , son disciple , a enseigné pins an long la même doctrine dans un discours dédié i on roi. Ils conviennent tous deux que les démoos sont les ennemis qui tourmentent 11ioninie,et Trismégiste dit que c'est pour cela qu'ils ont été appelés les mauvais anges. H parait par U qu'il n'a pas ignoré qu'ils tiraient du ciel leur origine, et qu'ils ne sont devenus tcftcabes que par leurs crimes.

XVll. L'astrologie judiciaire, les auqrices, les augures, les oracles , la nécromancie , la magic^ et tous les mauvais arts que les hommes ezcr-

qu'ils servent quand ils cessent de nuire, bien I cent, soit en particulier, soit

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des inventions des démons , et ces arts-là sont faux , comme la sibylle Erythrée le témoigne quand elle dit : que tout ce que les hommes dépourvus de sagesse cherchent par Texplication des songes, n'est quillusion et tromperie. Mais bien que ces moyens de parvenir à la connaissance de la vérité soient Faux , les démons qui les ont inventés abusent tellement de la crédulité des hommes , quMIs les leur Font recevoir comme véritables. Pour les détourner du culte du vrai Dieu , ils leur ont appris h Faire des images et des idoles, à eml)cllir les portraits des princes déFunts , et à les consacrer dans les temples , et ils ont pris eux-mêmes les noms de ces princes comme des marques pour attirer les adorations des peuples. Mais quand les magiciens Font les cérémonies exécrables de leur art , ils appellent les démons par leurs propres noms et non par les noms sous lesquels ils se font rendre un culte de religion. Ces esprits impurs et vagabonds mêlent la vérité avec le mensonge, pour tout oonFondre et pour répandre des erreurs. C'est dans ce dessein qu'ils ont feint un grand nombre de dieux , dont Jupiter est le roi. Cette fiction obscurcit la vérité : savoir que dans le ciel il y a un grand nombre d'anges et un seul Dieu qui est leur Seigneur, et elle la dérobe à la vue des hommes ! Dieu étant seul n'a pas besoin de nom pour se distinguer, comme je l'ai dit au commencement de cet ouvrage. Les anges , bien qu'ils soient immortels , ne veulent pas pourtant qu'on les appelle dieux. Ils mettent toute leur gloire dans leur devoir, et leur devoir consiste uniquement à obéir au souverain maître de l'univers. Nous disons que Dieu gouverne le monde à peu près comme un gouverneur administre sa province. Bien que le gouverneur Fasse beaucoup de choses par le ministère de ses officiers, il n'y a pourtant personne qui dise que ces derniers partagent avec lui l'honneur du gouvernement. Cependant ils agissent très-souvent contre ses ordres, sans qu'il le sache, et cette ignorance où il est, est une misérable dépendance de notre condition. Mais le souverain maître de Tunivers, qui sait tout et qui voit tout, possède seul avec son Fils la puissance du commandement, et les anges n'ont que l'obéissance en partage. Ils ne s attribuent aucun honneur, et toute leur grandeur consiste à être soumis à Dieu. Mais ceux qui

ont renoncé à son service et déclaré la guerre & la vérité tâchent d'usurper des honneurs divins, non par aucun désir qu'ils en aient, car quel désir en pourraient avoir des esprits qui se sont perdus par leurs crimes? ni à dessein de nuire à Dieu à qui nul ne peut nuire, mais à dessein de nuire aux hommes, en les détournant du culte de la msgesté éternelle , et en les privant de l'immortalité dont il se sont privés euxmêmes. C'est pour cela qu'ils mettent des voiles sur la vérité, et qu'ils charment les hommes de peur qu'ils ne reconnaissent leur père et leur Seigneur. Pour tromper plus aisément ils se cachent dans les temples aux heures auxquelles on oFfre des sacrifices ; ils y font de Faux miracles, par lesquels ils épouvantent les simples et leur Ibnt prendre des idoles pour des dieux. C'est ce qui a Fait croire qu'un augure avait coupé une roche avec un rasoir, que Junon avait déclaré qu'elle voulait être transportée de Veïes à Rome, que la Fortune des Femmes a averti du péril dont la ville était menacée, que Claudia a attiré à bord un vaisseau que toute la jeunesse n'avait pu ébranler, que Junon, ProserpinCi Cérès, se sont vengées des sacrilèges qui avaient été commis contre elles, qu'Hercule, se vengea aussi d'Appius comme Jupiter d'Altinius, et Minerve de César. Cest aussi ce qui a Fait croire que le dragon amené d'Épidaure avait délivré Rome de la maladie contagieuse. On peut dire qu'alors le Démoniarque, c'est-à-dire le prince des démons, Fut amené par les ambassadeurs sans aucun déguisement et sous sa propre et naturelle figure de serpent. Mais jamais ces démons ne trompent tant que quand ils rendent des oracles, dont ceux qui sont privés des lumières de notre religion ne découvrent pas les illusions et les impostures. Ils s'imaginent que ces oracles promettent les dignités et les royaumes, la victoire, les richesses, l'heureux succès des entreprises; ils se persuadent que ces oracles ont souvent averti des dangers .dont les Ëtats étaient menacés, et déclaré le moyen de les éviter en apaisant la colère des dieux par des sacrifices ; mais ce n'est que tromperie et illusion. Comme les démons connaissent Tordre que Dieu, dont ils ont été les ministres, a établi dans le monde, ils se mêlent à ses ouvraj;es pour lui ravir la gloire qui lui est due et pour se l'at* tribuer a eux-mêmes. Quand ils savent que ,

LACTANCE

selon la disposition de réiernelle providence , il doit arriver quelque avantaj^e ou ù une ville ou à un peuple, ils promettent ou en sonfje, ou par des prodigues , ou par des oracles, de le procurer, au cas qu'on leur élève des temples, qu'on leur offre des sacrifices , qu'on leur rende des honneurs. Quand ces honneurs leur ont été rendus , et que l'avantage qu'ils avaient promis est réalisé , le peuple conçoit pour eux une admiration et une révération qu'on ne saurait exprimer. On leur élève ensuite des temples, on consacre leurs images et on égorge en leur honneur une prodigieuse quantité de victimes. Mais ceux qui s'acquittent de ces devoirs sont eux-mêmes des victimes qui sacrifient la vie non de leurs corps, mais de leurs âmes. Quand les démons prévoient un danger extraordinaire qui est proche , ils protestent qu'ils sont en colère, bien qu'ils n'en donnent le plus souvent que de fort légères raisons , comme quand Junon prostesta qu'elle était en colère contre Varron parce qu'il avait placé un jeune garçon dans le temple de Jupiter pour y veiller et pour y servir de sentinelle. Ce fut pour cela que les Romains perdirent la bataille de Cannes qui enleva la fleur de leur armée et qui éteignit presque le nom de leur république. Si Junon était jalouse du jeune garçon dont j'ai parlé, fàllait-il que la fleur de l'armée romaine en portât la peine? Si les dieux n'ont soin que des chefîs, et s'ils négligent les soldats, pourquoi Varron , qui était coupable, échappa-t-il, et pourquoi Paulus, qui était innocent, fut il tué? Lorsque Annibal tailla en pièces deux armées romaines par son habileté et par sa valeur, la haine que Junon avait conçue contre les Romains ne fut point cause de cette défaite ; autrement elle aurait entrepris de défendre Garthage, où elle avait son char et ses armes, et de repousser les Romains, puisqu'elle avait OUI dire qu'il sortirait de Troie une nation qui abattrait un jour les forteresses de Garthage. Ce ne sont que des illusions par lesquelles les démons, cachés sous le nom de quelques personnes qui ne sont plus , tâchent de surprendre ceux qui sont encore. Quand le péril qui est proche peut être détourné, ils font croire qu'ils l'ont détourné après avoir été apaisés par des sacrifices. Quand il ne peut-être détourné, ils disent qu'ils ne l'ont pas voulu, en haine du mépris qu on a fait de leur puissance. !

Voilà comment ils se font respecter et craindre par des hommes qui ne les connaissent point. Voilà quels sont les artifices dont ils se sont senis pour ôter à presque tous les -peuples la connaissance d'un seul Dieu. Depuis qu'ils se sont perdus par leurs crimes, ils ne travaillent plus qu a perdre les autres. C'est pour cda qu'ils ont été assez cruels pour vouloir qu'on leur sacrifiât des victimes humaines, et qu'ils se sont repus avec tant de plaisir de leur sang et de leurs âmes.

XVIIl. Quelqu'un demandera peut-être pourquoi Dieu souffre ces désordres et pourquoi il permet que les hommes tombent en des erreurs si déplorables et si dangereuses ? Cest afiio qu'il y ait un combat entre le bien et le mal, entre la vertu et le vice, et qu'il y ait des gens de bien qu'il récompense et des coupables qu'il cbâlie. Je parlerai dans le dernier livre du jugement qu'il établira à la fin des siècles, et où il ji^gen les vivans et les morts. Il diffère cepcodut jd>qu'â ce que le temps arrive auquel il répaûlra sa colère avec une force dont on ne saurait voir l'image dans les livres des prophètes sans être saisi d'horreur et d'effroi. Mais jusque-là il permet aux hommes de s'^rer et de se montrer impies à son égard , et il ne Hit rien en cela de contraire à sa justice, à sa doooeor, eC â sa patience. Car quiconque a une vertu ptiA/te a aussi une patience paifaite. Quelqaes-imscnHen t que Dieu n'entre jamais en colère, parce qn*il est exempt des passions auxqndies rhoinme est siûet ; mais ce sentiment est contraire à la vérité et ruine entièrement la rdigioa. Je Texaminerai dans un ouvrage exprès on je traiterai fort au long de la colère de Dien. Quiconque aura suivi ces esprits impurs , et les aura révérés , ne jouira jamais du ciel ni de la lumière de Dieu , mais tombera dans les ténHires et dam les supplices qui sont préparés an prince et i l'auteur du péché. J'ai fait voir, si je ne me trompe , par trois raisons invindUes qa*il n*y a rien que de vain et de ridicule dans le coite qu'on rend aux dieux. La première est que les images que Ton adore re|M'ésentent des hommes qui ont vécu autrefois sur la terre. Or c*est une chose contraire à la bienséance et à la raîaoB que l'image de Dieu adore limage d*an homme, puisque celui qui rend l'adoration est plos élevé et plus puissant que celui à qui fl la rend. Da illeurs c'est un crime énorme d'abandonner

le culte de Dieu vivant, pour se soumettre à celui d'un cadavre et d*un tombeau qui ne sauraient donner la vie dont ils sont privés. Enfin il ne peut y avoir qu'un seul Dieu, de la souveraine puissance du quel toutes les créatures relèvent. La seconde raison est que les images , que les païens adorent par le dernier et par le plus déplorable de tous les aveuglemens, n'ont aucun sentiment puisqu'elles ne sont que de terre. Or il n'y a personne qui ait assez peu de lumière pour ne pas reconnaître que l'homme, à qui Dieu a donné une taille droite et élevée afin qu'il regarde le ciel d'où il est descendu et où il doit retourner, ne doit pas s'abaisser et se courber vers la terre qu'il foule aux pieds. La troisième raison est : queles esprits qui président aux religions païennes, ayant été condamnés par la bouche de Dieu et chassés de sa présence, sont errans et vagabonds sur la terre où, bien loin de procurer aucun avantage à ceux qui les adorent, ce qui n'appartient qu'à Dieu seul, ils les empoisonnent par des erreurs pernicieuses et les détournent de la fin à laquelle ils doivent tendre. Il ne fout donc pas adorer ces esprits qui sont condamnés par la bouche de Dieu , et ce serait un crime de s'abaisser au-dessous d'eux , puisqu'il est aisé de s'élever au-dessus en suivant la justice, et de les chasser par la force du nom de Dieu. Si ces raisons font voir la vanité des religions païennes, il est clair que ceux qui prient les morts , qui se courbent vers la terre, qui adorent des esprits impurs, s'éloignent de la raison, et qu'ils subiront le supplice dû à l'impiété par laquelle ils se sont soulevés contre le père commun du genre humain et se sont souillés par d'exécrables sacrifices.

XIX. Quiconque veut tâcher de se rendre digne du nom qu'il porte, et conserver l'excellence de sa nature, doit s'élever au-dessus de la terre , regarder fixement le ciel, et bien loin de cherclier sous les pieds un Dieu pour l'adorer, le chercher en haut , tout ce qui est au-dessous de l'homme étant sans doute moindre que riiomme. Or comme Dieu est plus grand que l'homme, il est aussi au-dessus de lui dans la plus haute et non pas dans la plus basse région du monde. C'est pourquoi il est certain qu'il n y a point de religion là où il y a des images et des idoles. La religion consiste dans

lestes. Les images ni les idoles n'ont rien de céleste , parce qu'elles ne sont que de terre , et par conséquent il n'y a point de religion dans les images. Tout homme qui aura un peu de pénétration reconnaîtra par le nom même d'image la vérité de ce que je dis ; car une image est quelque chose d'opposé à la vérité. Ce qui la représente et ce qui l'imite n'est pas elle. L'imitation et la représentation ne sont pas une chose sérieuse ; ce n'est qu'un divertissement et un jeu. Ainsi il n'y a point de religion dans les images, mais seulement une imitation , ou, s'il est permis de parler ainsi, une comédie de religion. Il faut donc préiïrer la vérité à toutes sortes de faussetés. 11 faut fouler la terre aux pieds pour s'élever au ciel , car quiconque abaissera vers la terre son àme, qui est descendue du ciel , tombera lui-même au lieu 6ù il l'aura abaissée. Cest pourquoi il faut toujours se souvenir de sa dignité et toujours tendre vers le lieu de son origine. Quiconque s'acquittera fidèlement de ce devoir aura la justice et la sagesse, et méritera le titre d'homme. Quand Dieu le verra non couché sur la terre comme les animaux, mais droit et élevé vers le ciel, tel qu'il l'a fait , il le reconnaîtra pour son enfant.

XX. J'ai achevé, je crois, une grande et difficile partie de l'œuvre que j'ai entreprise; et Dieu ayant daigné me suggérer mes paroles, j'ai réfuté assez fortement les erreurs invétérées. Mais maintenant ce qui me reste à faire sera sans doute encore fort difficile ; car j'ai à combattre la philosophie dont on m'oppose la doctrine et l'éloquence. Au lieu que l'on n'avait employé jusqu'ici que le suffrage de la multitude et le consentement des nations pour opprimer la vérité, on emploie mamtenant l'auto* rite des plus excellens hommes en toute sorte de sciences. Or il est certain que le jugement d'un petit nombre de savans doit être préféré à celui d'un grand nombre de personnes qui n'ont que l'ignorance en partage. Je ne désespère pas pourtant de convaincre, avec l'aide Dieu, les philosophes, et je ne puis m'imaginer qu1Is aient une opiniâtreté assez déraisonnable pour nier qu'ils voient la lumière lorsque je la leur aurai mise devant les yeux. S'ils cherchent smc^rement la vérité, comme ils en font profession, je leur ferai voir clairement qu'elle est trouvée

les choses de Dieu : les choses de Dieu sont ce- I et qu'elle ne pourrait l'être par la seule \m\é'

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