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de les repousser par ces oraisons fameuses qu'il fit sous un titre éiranger avec une Ic^gèreté, un emportement et une extravagance incroyables, jamais sa tète n'aurait ensanglanté la tribune dont elle avait élé autrefois le principal ornement, et jamais on n'aurait vu la proscription du triumvirat qui fut si funeste à la république. Ce n est pas le propre d'un homme de bien ou d*im homme sage de vouloir s'exposer au danger d'une bataille, parce que Tévénement en est incertain, et que la victoire n'est pas en notre pouvoir. Le propre d'un homme de bien et d'un iioinmc sage est non de se défaire de son ennemi , ce qui ne se fait ni sans crime, ni sans danger, mais doter tous les sujets de contestation et d*inimitié, ce qui se fait avec justice et avec avantage. 11 faut donc considérer la patience comme une grande vertu. Dieu a mieux aimé permettre que l'homme de bien passât pour un lâche , que de permettre qu'il fût privé d'une vertu si nécessaire; car s'il ne souffrait jamais aucune injure, on ne pourrait reconnaître la force qu'il a de réprimer les mouvemens de la colère et de la vengeance. Que si , quand il en a souffert quelqu'une , il tâchait de la repousser, il serait vaincu ; au lieu que s'il la souffre , il est maître de soi-même et victorieux. Cette vertu, qui le rend maître de soi-même , s'appelle patience, et on peut dire qu'elle est toute seule contraire à toute sorte de vices. Elle apaise les troubles qui agitent l'âme, et la rend , en quelque sorte , à elle-même. Il n'est pas possible de dompter tellement la nature, que nous ne soyions jamais émus d'aucune passion; mais il en faut réprimer les mouvemens avant qu'ils aient fait beaucoup de mal. Dieu nous a défendu de laisser coucher le soleil sur notre colère. Gicéron a mis lui-même le pardon des injures au nombre des vertus, bien que cela soit fort contraire au précepte qu'il avait donné de les repousser. «Je l'espère, dit-il. César, parce I que vous n'oubliez rien que les injures. » Que si | un homme aussi éloigné non-seulement de la ! justice céleste et divine, mais de la justice > humaine et civile, oubliait les injures, ne les devons -nous pas plutôt oublier, nous qui tommes appelés â une profession émîncnte, et • qui prétendons à une vie éternelle.
XIX. Ix)rsque les stoïciens tâchent d'ôter à nK)mme les passions comme les inaladics qui
ruinent la santé de l'âme, les péri patéticiens s'y opposent, et soutiennent que la nature ne les lai a pas données sans une très-grande raison. Ils n'auraient pas tort en cela , s^ils savaient quellei sont les justes bornes des choses. Us disent que la colère est comme le foyer de la valeur, comie si pour se battre avec courage il fallait nécessairement être transporté de colère. II font Im voir par là qu'ils ne savent ni ce que c'est qv la vertu , ni pourquoi Dieu a donné la colère ï l'homme. Si elle a été donnée pour tuer des hommes, il n'y a rien de si cruel que riKmune, que Dieu a créé pour vivre dans rinnoceoce et dans la société , il n'y a rien de si sembbbk aux bêtes les plus farouches. Il y a trois pastiM qui l'engagent en toute sortedecrimes: bcoUrc, le désir et le plaisir. Cest pour cela que icspoHa ont feint qu'il y avait trois Furies qui agitaiot son âme. La colère demande la vengeinoe, le désir demande les richesses, et le plaisir douode la volupté. Dieu a mis â toutes ces dioweertauies bornes qu'elles ne peuvent passer suscominpic leur nature et sans devenir vicieuses. H est allé de les marquer. Le désir nous a été dooné posr acquérir les choses qui sont nécessaires à keosservation de notre vie ; le plaisir nous a été donsé pour la production des enfians, et la colère pov retenir dans le devoir ceux qui sont sous mut puissance, pour imprimer de la crainte m jeunes gens , et pour empêcher qu'ils neproMl une licence effrénée de se porter ft toutessorts de vices. S'il est juste , et même nécessaireite trer en colère contre ceux qui sont de nous, il est dangereux et impie d^ coni re nos égaux : cela est impie, parcequetaK le saurait faire sans violer niunianité;et edictf dangereux, parce que s'ils se défendent flU ou périr ou les perdre. Le comniandcnettt ft Dieu nous fait de ne nous point mettre cncÂc contre ceux qui nous offensent et qni noos dM des injures, montre clairement que celtepMii ne nous a été donnée que pour Tusage que fi marqué, qui est de ne point souffrir, psrw pernicieuse indulgence, les fautes de ceoifi sont au-dessous de nous, et de les corriger fli> cesse, de peur que leurs vicieuses habliudoBt se fortifient. Quelques philosophes ont étfah. par ignorance, les bornes de ces pa^isions, et ta antres Irs ont al)solument réjciées, tàea^ Vo:\ on puisse faire un fort bon usaf^. CTcstM
des grandes sources des injustices et des impiétés qui se commettent dans le monde. Quand on entre en colère contre ses égaux, on excite des contestations, des querelles et des guerres. Quand on désire amasser de grandes richesses, on use de tromperies, et on commet des brigandages et des meurtres. Quand on ne cherche ce plaisir que pour le plaisir, on est porté aux fornications, aux adultères et à d'autres abominations. Il faut contenir ces commandemens dans les bornes qui leur sont prescrites ; ce que ne peuvent faire ceux qui ne connaissent pas Dieu; mais ceux qui le font sont patiens, courageux et justes.
XX. Il ne me reste plus à parler que des plaisirs des sens. Aussi bien suis-je obligé de finir ce livre , qui n'est déjà que trop long. Tous les plaisirs étant vicieux et funestes , il les faut réprimer et les vaincre , ou , comme je Tai déjà dit , les renfermer dans les bornes qui leur sont prescrites. Les animaux ne sentent point d'autre plaisir que celui de la génération ; ils n'usent des sens que par nécessité; ils voient pour chercher ce qui leur est nécessaire pour la conservation de leur vie; ils écoutent pour se reconnaître et pour s'assembler ; ils flairent et ils goûtent pour choisir ce qui leur est propre à manger et pour rejeter ce qui ne l'est pas ; ils boivent et mangent jusqu'à ce que leur estomac soit rempli. Mais la providence de Texcellent ouvrier qui a créé l'homme, a répandu le plaisir indifféremment sur toutes ses actions, afin que la vertu le combatte continuellement, comme un ennemi domestique.
«On n'est excité aux adultères, ditCicéron dans le dialogue qui a pour titre V Ancien Caton, et aux autres débauches les plus infâmes, que par les aiguillons de la volupté. La nature ou quelque divinité ayant donné l'esprit à l'homme, comme le plus excellent de tous les présens , il n'y a rien qui lui soit si contraire que le plaisir. Quand le plaisir domine, la tempérance n'est plus d'aucun usage, et la vertu ne peut s'accorder avec la volupté. » Dieu a donné à l'homme la vertu pour réformer la volupté et pour la renfermer dans des bornes, de peur qu'elle ne le surprenne par ses attraits, qu'elle ne l'assujettisse à son empire et ne l'engage dans une mort éternelle.
Le plaisir des yeux a divers objets et se tire de la vue des choses qui sont à l'usage de l'homme, et qui sont parées des beautés de l'art ou de la nature. Les philosophes ont eu
raison de Tùter, et de soutenir que regarder le ciel est une occupation plus digne de l'homme que de regarder ce qu'il y a de plus rare et de plus excellent sous le ciel , et qu'il doit plutùt admirer la splendeur des astres qui y sont attachés que la variété des couleurs, et l'éclat de l'or et des pierreries qui brillent sur les tableaux et sur les plus riches ouvrages de la main des hommes. Mais après que ces philosophes nous ont exhortés avec assez d'éloquence à regarder le ciel , et à mépriser les spectacles que la terre nous peut présenter, ils s'y arrêtent eux-mêmes, et y prennent du plaisir. Pour nous, nous devons nous en abstenir absolument, parce qu'ils corrompent l'esprit et le portent au vice , et ne contribuent en rien à notre bonheur. Quiconque voit égorger un homme avec plaisir, souille sa conscience , bien que cet homme-là ait mérité la mort et qu1l y ait été condamné par les lois , et il est presque aussi coupable que s'il avait eu part aux homicides commis en secret. Ils appellent des jeux ces exercices où l'on répand le sang ! Ces hommes se sont telle* ment dépouillés des sentimens de Fhumanilé , qu'ils s'imaginent se jouer et se divertir lors* qu'ils massacrent d'autres hommes. Ils sont sans doute plus coupables que ceux dont ils se plaisent à voir répandre le sang. Je voudrais bien qu'on médit si ceux-là ont de la pitié et de la justice , qui non-seulement permettent que l'on tue des hommes qui implorent leur clémence, mais qui, non contens des blessures qu'ils leur ont vu recevoir et du sang qu'ils leur ont vu répandre , demandent avec faveur qu'on leur 6te la vie, et de peur que quelqu'un ne leur échappe en faisant semblant d'être mort, crient que l'on achève des misérables qui sont renversés par terre et percés de coups. Ils se fâchent quand les gladiateurs combattent trop longtemps sans se tuer; et, comme s'ils étaient altérés de sang , ils demandent qu'on en amène d'autres qui aient plus de vigueur. Celte coutume cruelle ôte tous les sentimens de l'humanité , et ceux qui l'ont une fois prise n'épargnent pas les innocens , et sont bien aises que l'on exerce indifféremment sur tout le monde les traitemens qu'ils ont vu faire aux coupables. Ceux qui veulent marcher dans le chemin de la justice doivent bien se garder de devenir complices de
ces mcurires publics. Quand Dieu nous a défendu (le tuer , il nous a aussi défendu nonseulement de voler, ce qui n'est pas non plus permis par les lois , mais aussi de faire beaucoup d'autres choses qui sont permises par les lois civiles. Il n'est pas permis â un homme de bien d'aller ii la guerre , jjarce qu'il ne connaît point d'autre fjuerre que celle que sa vertu fait conlinucllement au vice. Il ne lui est pas permis d'intenter une accusation capitale, parce qu'il n'y a point de différence entre celui qui tue par le fer et celui qui tue par la Ian(;ue , et qu'il est défendu de tuer de quelque manière que ce soit. Ainsi ladél^nsequeDieuaFaitede tuer ne souffre point d'exception. Que personne ne se persuade qu'il soit permisd'écraser des en fansqui viennent de naître ; c'est une liorrible impiété de leur ôtor la vie que Dieu leur a donnée. Cependant s'il se trouve des personnes qui , voulaut se souiller des crimes les plus atroces, envient à ces faibles et innocentes créatures la jouissance de la lumière que leur créateur leur avait aa-ordée , comment ccui qui u'éparf;aent pas leur propre sang épur];neraicnt-ils celui des autres ? L'énormité de leur crime est si manifeste, qu'il n'y a point de couleur par où on puisse la déguiser. Que dirons-nous de ccuiqui, par une fausse piété, exposent leurs enfans? Peuvent ils passer pour innocens, quand ils abandonnent aux dents des chiens leurs propres entrailles ? Et ne fontils pas mourir ces enfans d'un plus cruel genre de mort que s'ils les avaient étranglés? Qui doute que ce ne soit une impiété de priver ces innocenles créatures de l'effet de la compassion des personnes charitables ? Quand ils auraient le bonheur de tomber entre les mains de quelqu'un ((ui prit le soin de les élever, celui qui les a exposés, les a mis en danger ou d'être réduits en servitude , ou d'êlre prostitués dans les lieux de débauche. Qui est-ce qui ne sait pas les outrages que l'on peut faire , soit par méprise ou autrement, aux dcus seies, lorsqu'on les confond, et dont Œdipe est un exemple funeste ? Ceux qui déposent leurs enfans sont donc aussi coupables que ceux qui les tuent. Ces parricides prétendent trouver une excuse légitime dans leur pauvreté , qui ne leur a pas permisdenourrirun si grand nombred'enfans.
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vres, et réduit les riches à la pamTete.l^s quelqu'un se trouve eo effet si pauvre qa'il d'iîi pas de quoi nourrir des eoFaos, qu'il s'abstirant de la compagnie de sa ficmme plutôt que de détruire l'image de Dieu. Ainsi rbomicide élui défendu, de quelque manière qu'on le axametie, il n'est pas permis de le regarder, dt peur que la conscient» ne soit souillée pv li vue du sang que l'on ne répand que pour dooDO un cruel plaisir au peuple.
Je ne sais si la corruptïoa du théitre d'c^ point encore plus criminelle que celle det fjxctacles et des combats. La comédie ne reprôcnif le plus souvent que déjeunes filles corroopon et violéi'S, que des femmes qui font rinuur: et plus tes portes qui ont décrit ces dàordm ont d'élégance , plus leurs sentïnieiu eDlrent avant dans l'esprit, et plus leurs eTTeo^l'ltI^ chent A la mémoire. Les tragédies K CDoticDncnt autre chose que les parricidesetiiiûceftts des médians princes. Les mouTencn imfodi ques des bou^ng n'inspirent que UdânudK. Ils enseignent i commettre de vériuUa idaltires quand ils en représentent d'il Quelles impressions ces sales repréienlaiiniiK font-elles pas dans l'esprit des jeancs gt». quand ils voient que tout le monde j hbA sans pudeur ? Le plaisir, qui entre platÂtprki yeux que par les autres sens, s'allume dni kl cœur. Ils approuvent les infomies quandih ■ rient ; et les jeunes gens dont il ne fiai fi corrompre l'innocence, et les vieilltidi^l sont plus en Age de pécher, s>n retooiacria leurs maisons plus corrompus qu'Ut nlbiri venus au théâtre.
Il D'y a que de la l^e^reté, de linàUet* l'extravagance dans les jeux du cirqoe; lai|> laleurs entrent dans une fureur égilel It# tuosité avec laquelle les tenans oourertAi la carrière. Ceux qui semblaii.-iit ii'vire vcM que pour regarder , se ixmi rqjarder cus-mW par i'excts de leurs daœeurs et pur le (Krégl^ ment de leurs gestes. Il but donc éviter i^ lument tous les spectacles, de peur «int n'impriment les mouvemens inquiets des via) dans desùmes qui dtùvent être lranquille*<t paisibles, et que les altmits de la volupté it nous détournent du serrice de Diea et le k
n'est pasaupouvoirdeshommesd'avoirdu bien: | pratique des bonnes oeuvres. La jeux loal ** 1 Dieu donne tous les jours des richesses aux pau- , fétcs des faux dieux ; ils n'tml <té instiliib ^ I
pour honorer le jour de leur naissance, ou poar rendre la consécration de leurs temples pins célèbre. Les chasses et les présens ont été ordonnés au commencement en Tbooneur de Saturne, les Aux dieux du théâtre en l'honneur de Bacchus , et les jeux du ch«|Ue en Thonueur de Neptune. Ils ont été attribués par la suite du temps aux autres dieux , comme Sisinius Capiton le prouve fort au long dans les livres qu'il a laits des spectacles. Quiconque va à ces spectacles, qui sont des cérémonies de la superstition païenne, quitte le service de Dieu et ^'attache à celui des démons.
XXI. Le plaisir de Touîe procède de la douceur de la voix et du chant , et n'est pas moins vicieux que celui de la vue , dont je viens de parler. Qui ne prendra pour des hommes perdus de débaudie , ceux qui ont dans leur maison un équipage de théâtre? Il n'y a pas moins de dérèglement à avoir chez soi un théâtre et des aotenrs, que de les avoir en public et de les re- Ij^rder avec tout le peuple. J'ai assez parlé des spectacles ; il ne me reste plus qu'à donner des avis à ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, qui est de ne se pas laisser charmer par les plaisirs qui s'insinuent jusqu'au fond de l'âme.
11 est aisé de mépriser des sons que l'on ne peut écrire , et les concerts des iostrumens qui ne s'attachent pas fortement à Fesprit. Mais un poème composé avec art, surprend resprit par sa douceur , l'attire et Tenchante. Cest de là que procède le peu de créance que les savans ajoutent à nos mystères ; car étant accoutumés aux ornemens et aux figures de réioquence et de la poésie, Us méprisent les instructions solides, mais peu élégantes que leur donnent nos doctrines , et la simplicité du langage de l'Écriture. Ils ne cherchent que ce qui chatouille leurs sens , et ils ne se laissent persuader que par des discours agréables. Est-œ que Dieu , qui est l'auteur de l'esprit , de la lanfjue et de la parole , ne saurait parler en termes élégans ? Il a proposé la vérité sans ford et sans ornemens , afin que tout le monde la put connaître. Ceux qui aiment la vérité et qui ne veulent pas être trompés, doivoit rejeter les plaisirs qui corrompent Tâme de la même sorte que les ragoûts corrompent le corps , et doivait préférer icî) biens véritables aux faux, les clernek
aux temporels , les utiles aux agréables. Bien ne doit plaire à leurs yeux que oe qui se iâit avec piété et avec justice; rien ne doit plaire à leurs oreilles que ce qui peut nourrir rame. II faut bien se garder d*abuser d'un sens qui nous a été donné pour recevoir la doctrine du ciel. Si nous nous plaisons à entendre des airs et des chansons, entendons les louanges de Dieu, voilà le plaisir solide, parce qu*il est joint à la veNu. C'est un plaisir qui ne passe pas promptement comme ceux du corps, mais qui dure toiyours. Ceux qui ai cherchent d'autres , cherchent la DMMTt, parce que la mort est dans le plaisir, comme la vie est dans la vertu ; car quiconque voudra jouir des biens temporels et terrestres , sera privé des étemels et des célestes.
XXU. Je n'ai rien à dire des plaisirs du goAt et de l'odorat , qui sont les deux sens les plus grossiers , et qui ne se rapportent qu'au corps, si ce n'est qu'il serait honteux à un homme et à im iMHDme de bien d'être l'esclave de sa bouche et de son ventre , de se couvrir de parfums et de fleurs; ce que nul ne peut faire pour peu qu'il ait d'esprit, et pour peu qu'il lui reste dhe vertu. Quelqu'un demandera peut* être : pour quelle fin ces choses-là ont été mises au monde, s'il n'est pas permis d'en jouir. J'ai d^à dit que la vertu ne pourrait remporter au* cône victoire, si elle n'avait des ennemis â combattre. Les attraits de la volupté sont les armes de celui dont l'unique occupation est d'attaquer la vertu et d'exterminer l'innocence ; il enchante l'âme par ces charmes dont il sait que le poisoB est mortel. Il nous jette dans la mort par le plaisir, de la même sorte que Dieu nous attire à la vie par le travall.ll nous engage dans le véritable mal par de fiMix biens , de la même sorte que Ton parvient au véritable bien par de faux maux. Il Âutdonc éviter ces divertissemens comme des filets et comme des pièges, de peur qu'ilsnenons assujettissent àl'empiredela mort.
XXIH. Je dirai maintenant quelque chose de l'attouchement, qui est un plaisir qui se répand sur toutes les parties du eorps. Je ne crois pas devoir parier des habits ni des ornemens, mais seulement de la volupté, et faire voir combien elle est dangereuse et avec combien de soin on est obligé de la réprimer. Quand Dieu a créé les deux sexes , il leur a donné une incUnation par laquelle ils se rcdicrchenl Tun
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Tautre, et par laquelle ils se joignent ensemble avec un plaisir très-sensible. C'est par Taccomplissement de ce désir, si général et si ardent, que les espèces de tous les animaux se conservent. Il semble que ce désir est plus vif et plus impétueux dans les hommes que dans les bétes ; soit que Dieu ait voulu qu'il y eût sur la terre une plus grande multitude d'hommes que d'autres animaux, ou qu'il leur ait donné à eux seuls la vertu, afin qu'ils eussent la gloire de résister aux charmes de la volupté. Notre ennemi sait combien est grand le pouvoir de cette cupidité, que quelques-uns appellent une nécessité, et qu'ils détournent de son véritable objet, pour la porter vers un autre. Il inspire aux hommes de mauvais désirs, afin qu'au lieu de se contenter des plaisirs permis, ils en cherchent de défendus. Il met devant les yeux des beautés qui excitent les passions; il allume dans le cœur le feu de l'amour et l'excite jusqu'à ce qu'il ait réduit rhomme en cendre. Il a établi des lieux de prostitution, de peur que quelqu'un ne fût détourné de la débauche par l'appréhension des lois: il y expose de misérables femmes qui ont renoncé à la pudeur, et il fait son divertissement et son jeu des infamies qu'elles y souffrent. Ainsi il plonge dans le bourbier des âmes que Dieu a créées pour être saintes. Il les dépouille de la pudeur, de l'honnêteté. 11 a inventé les conjonctions abominables et contraires à la nature par lesquelles les mâles se corrompent réciproquement. De quel crime peut-on espérer que ceux-là se puissent abstenir, qui sacrifient à leur brutalité un âge pour lequel sa faiblesse et l'innocence ne leur devraient donner que de la compassion et du respect ? Il n'y a point de paroles qui égalent Ténormité de ce crime. Je ne saurais rien dire de ceux qui en sont coupables, sinon que ce sont des impies et des parricides, qui ne se contentant pas de jouir du sexe dont Dieu leur a accordé l'usage, outragent le leur propre par une brutalité sacrilôge. Cependant ces actions-là passent pour honnêtes parmi eux, ou n'y passent tout au plus que pour des fautes fort Itères. Que dirai-je de ceux qui s'abandonnent à une débauche, ou plutôt â une folie détestable? Il me fâche d'en parler. Mais que voyons-nous qu'il doive arriver à ceux qui ne rougissent pas de la pensée de se plonger dans ces abominations ? Il ne faut point avoir de |
honte de publier ce qu'ils n'ont point de honte de faire. Je parle de ceux dont rhomble impudicité et l'exécrable fureur n^épargnent pas la tète, cette partie la plus élevée et la plus sam du corps. Gomment pourraî-je témoigner assa d'indignation et assez d'horreur d'un crime si infâme et si détestable? Je n'ai point de paroles qui ne soient au-dessous de son énormité. Noos avons besoin d'une très-grande vertu pour Doas préserver d'un si funeste débordement. Quiconque ne peut arrêter l'impétuosité de celte furieuse passion, la doit renfermer dans les bornes d'un mariage légitime, afin que, sans devenir criminelle, elle jouisse du plaisir qu'elle recherche. Que peuvent dire les débauchés pour excuser leur dérèglement? Est-a qu*il n'y a rien que d'honnête dans le plaisir? On demeure d'accord qu'il est quelquefois permis; mais quand il est défendu, il but loi opposer la continence. Dieu n^a pas sentement défendu de jouir des personnes qui ont donné leur foi à un autre et qui sont engagées dans le mariage, mais aussi de celles qui n'étant point dans cet engagement, s'abandonnent à riopndicité publique. 11 nous enseigne que, quand deux corps sont joints ensemble, ils n'en fimt plus qu'un. Quiconque se plonge dans libone, se salit. Ceux qui se sont salis de la sorte pevvent se laver bientôt après. Mais ceux qni ont souillé leur conscience par rattouchement d'âne débauchée ne peuvent eflâcer cette soaiisR qu'en beaucoup de temps et par un grand nombre de bonnes oeuvres. Gbacun doit np|N' 1er souvent cette pensée dans son esprit : qne Dieu n'a établi la distinction des seses queponr la conservation de la nature, et que rnioi n'en est permise que pour la génératioo Ufitimedes enfans. Gomme il ne nous a pasdooni les yeux afin que nous prissions plaisir i regarder ce qu'il y a de beau et d>giéihie ici-bas, mais afin que nous vissioiis toot ce qu'il est nécessaire de voir pour Tusage et pov la commodité de la vie, il ne nous a pas doné les parties naturelles pour remplir les déan d'une insatiable brutalité, mais pour metlie des enfans au monde. C'est une loi ft laquelle 1 faut obéir avec une profonde souminsioiL Ttm ceux qui font profession de servir Dieu doivent se rendre maîtres de leurs passioiis; car ceux qui s'abandonnent au plaisir et qui
liNSTITUTlONS DIVINES. — LIVRE VI.
jettissent leur esprit aux sens, se condamnent à la mort, puisque c*est sur les sens et sur le corps que la mort exerce sa puissance. Chacun doit conserver avec un soin particulier la pudeur et la chasteté, et ne suivre pas seulement en cela les lois des hommes, mais s'élever audessus déciles en observant exactement celle de Dieu, Quand il aura fait une fois habitude de cette vertu, il aura honte des moindres désordres, et trouvera plus de satisfaction dans la privation des plaisirs, que les débauchés n'en trouvent dans la jouissance.
Ce ne sont pas là tous les devoirs de la chasteté : il y en a quelques autres. Dieu a renfermé la fidélité conjugale dans l'étendue du Ut nuptial. H ordonne que celui qui a une femme lui garde la foi qu'il lui a promise, sans pouvoir en avoir une autre, soit libre, soit esclave : la loi de Dieu n'est point semblable à celle des hommes. Si le droit romain ne déclare adultère que la femme qui connaît un autre homme que son mari, et qu'il exempte de ce crime un homme qui a plusieurs femmes outre la sienne, l'Évangile ne met point de distinction à cet égard entre l'homme et la femme, et tient coupable celui qui jouit d'une autre que de celle qu'il a épousée. C'est pour ce sujet que Dieu a voulu qu'au lieu que, parmi les animaux, les Femelles ne souffrent plus le mâle après qu'elles ont conçu, les fournies le souffrent toujours ; car peut-être que si les fommes refusaient à leurs maris ce qu'ils désirent, ils le chercheraient dans la compagnie d'une autre, et violeraient la fidélité du mariage.
Les fommes ne conserveraient pas ellesmèmes la gloire de la chasteté s'il n'était en leur pouvoir de la perdre. Quand une bète refuse de souffrir le mâle après qu'elle a une fois conçu, on ne dit pas que ce soit en elle une marque de continence; elle ne refuse de le souffrir que parce que si elle le souffrait, elle en sentirait de la douleur ou encourrait du danger. On ne mérite pas d'être loué pour n'avoir pas fait ce qu'on n'a pu faire. On loue la continence dans l'homme, parce qu'elle ne lui est pas naturelle, et qu'elle dépend de sa liberté. Le mari et la femme doivent la garder également, et le mari doit donner à la femme l'exemple de la fidélité qu il exige d'elle. S'il Texige sans la j',ardcr, il est injuste, et c'est de celte injustice
que sont venus les adultères, lorsque les fommes ont cessé d'être fidèles à des hommes qui nV vaient plus pour elles d'amour ni de tendresse. Les plus effrontées usent de cette excuse dans leurs débauches, etdisent qu'en manquant de fidélité à leurs maris, elles ne leur font point dlcjure, mais qu'elles repoussent celle qu'elles ont reçue. Quintilien a excellemment exprimé cette pensée : « Celui, dit-il, qui ne s'atetient pas de la femme d'un autre, ne gardera pas aisément la sienne. 11 ne verra pas le désordre de sa maison pendant qu'il fâchera de le porter dans celle de son voisin. Une fomme à qui ce malheur arrive se laisse aisément corrompre par l'exemple, et quand elle a manqué à la foi , elle croît avoir une excuse, de dire ou qu'elle a imité son mari, ou qu'elle s'est vengée de sa perfidie. »
Il faut prendre garde que notre incontinence ne soit l'occasion de celle d'un antre. U fout que le mari et la fomme se rendent réciproquement la fidélité qu'ils se doivent, et qu'ils portent également le même joug auquel ils se sont soumis. Traitons les autres de la même manière que nous voulons être traités, et ne faisons jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit.
Voilà les obligations que nous impose le précepte de la continence. Ajoutons -y néanmoins encore quelque chose pour ne pas le renfermer dans des bornes trop étroites. Les personnes mariées se doivent conduire de telle sorte, que jamais elles ne se tendent aucun piège. Quiconque épouse une femme qui a été répudiée par son mari commet un adultère , et quiconque répudie sa fomme et en épouse une autre, commet aussi un adultère, si ce n'est qu'elle l'ait commis la première. Dieu ne veut point que ceux qu'il a unis et qui ne font qu'un seul corps se séparent. U ne défend pas seulement l'adultère, il en défend la pensée et le regard accompagné d'un mauvais désir. La seule image du plaisir suffit pour rendre l'âme coupable: c'est l'àme qui commet le péché et qui en est souillée. Ce n'est pas être chaste que de conserver la pureté du corps et perdre celle de rame. Que personne ne s'imagine qu'il soit difficile de garder la continence et de résister à la volupté : c'est une ennemie que tout le monde est obligé de combattre et sur laquelle
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Tautre, et par laquelle ils se joi{][nent ensemble avec un plaisir très-sensible. C'est par raccomplissement de ce désir, si général et si ardent, que les espèces de tous les animaux se conservent. Il semble que ce désir est plus vif et plus impétueux dans les hommes que dans les bêtes ; soit que Dieu ait voulu qu'il y eût sur la terre une plus grande multitude d'hommes que d'autres animaux, ou qu'il leur ait donné à eux seuls la vertu, afin qu'ils eussent la gloire de résister aux charmes de la volupté. Notre ennemi sait combien est grand le pouvoir de cette cupidité, que quelques-uns appellent une nécessité, et qu'ils détournent de son véritable objet, pour la porter vers un autre. H inspire aux hommes de mauvais désirs, afin qu'au lieu de se contenter des plaisirs permis, ils en cherchent de défendus. 11 met devant les yeux des beautés qui excitent les passions; il allume dans le cœur le feu de l'amour et l'excite jusqu'à ce qu'il ait réduit Thomme en cendre. Il a établi des lieux de prostitution, de peur que quelqu'un ne fût détourné de la débauche par l'appréhension des lois: il y expose de misérables femmes qui ont renoncé à la pudeur, et il fait son divertissement et son jeu des infamies qu'elles y souffrent. Ainsi il plonge dans le bourbier des âmes que Dieu a créées pour être saintes. Il les dépouille de la pudeur, de l'honnêteté. Il a inventé les conjonctions abominables et contraires à la nature par lesquelles les mâles se corrompent réciproquement. De quel crime peut-on espérer que ceux-là se puissent abstenir, qui sacrifient à leur brutalité un âge pour lequel sa faiblesse et l'innocence ne leur devraient donner que de la compassion et du respect ? 11 n'y a point de paroles qui égalent Ténormité de ce crime. Je ne saurais rien dire de ceux qui en sont coupables, sinon que ce sont des impies et des parricides, qui ne se contentant pas de jouir du sexe dont Dieu leur a accordé l'usage, outragent le leur propre par une brutalité sacrilège. Cependant ces actious-là passent pour honnêtes parmi eux, ou n'y passent tout au plus que pour des fautes fort Itères. Que dirai-je de ceux qui s'abandonnent à une débauche, ou plutôt à une folie détestable? 11 me fâche d'en parler. Mais que voyons-nous qu'il doive arrivera ceux qui ne rougissent pas de la pensée de se plonger
honte de publier ce qu'ils n^ont point de honte de faire. Je parle de ceux dont l^orrible impodicité et l'exécrable fureur n'épargnent pas la tète, cette partie la plus élevée et la plus sacrée du corps. Gomment pourraî-je témoigner assfz d'indignation et assez d'horreur d'un crime si infâme et si détestable ? Je n*ai point de paroles qui ne soient au-dessous de son énormitè. Noos avons besoin d'une très-grande vertu pour nous préserver d'un si funeste débordement. Quiconque ne peut arrêter l'impétuosité de celte furieuse passion, la doit renfermer dans les bornes d'un mariage légitime, afin que, sacs devenir criminelle, elle jouisse du plaisir qu'elle recherche. Que peuvent dire les débauchés pour excuser leur dérèglement? Est<e qu*il n'y a rien que d'honnête dans le plaisir? On demeure d'accord qu'il est quelquefois per mis; mais quand il est défendu, il bat lai opposer la continence. Dieu n'a pas senkoieot défendu de jouir des personnes qu'ont donné leur foi à un autre et qui sont engagies dans le mariage, mais aussi de celles qui n'étant point dans cet engagement, s'abandonnent à rimpadicité publique. Il nous enseigne que,qBind deux corps sont joints ensemble, ils n'en kai plus qu'un. Quiconque se plonge dans lihMN, se salit. Ceux qui se sont salis de la sorte pevvent se laver bientôt après. Mais ceux qii oti souillé leur conscience par l'attoudiedDeBl dte débauchée ne peuvent effacer cette soaitaR qu'en beaucoup de temps et par on gnad nombre de bonnes oeuvres. Cbacun doit np|N' 1er souvent cette pensée dans son esprit : qne Dieu n'a établi la distinction des sexes qneponr la conservation de la nature, et que IW^ n'en est permise que pour la géoératioa Uf' time des enfans. Gomme il ne nous a pwdfff* les yeux afin que nous prissions plaisir i Rgarder ce qu'il y a de beau et d>grishk ici-bas, mais afin que nous vissions tout a qu'il est nécessaire de voir pour Tosage al psv la commodité de la vie, il ne nous a pas doni les parties naturelles pour ranpiir les àùn d'une insatiable brutalité, mais pour mellR des enfans au monde. C'est une loi ft i^^tt»» 1 faut obéir avec une profonde soamhsioo. Toai ceux qui font profession de servir Dieo doivent se rendre maîtres de leurs passioiis; car
daub CCS abominations ? 11 ne faut point avoir de | ceux qui s'abandonnent au phiair et qui
liNSTITUTlONS DIVINES. — LIVRE VI.
sent leur esprit aux sens, se eondamnent )ort, puisque c'est sur les sens et sur le que la mort exerce sa puissance. Chacun x>nserver avec un soin particulier la paet la chasteté, et ne suivre pas seulement la les lois des hommes, mais s'élever aus d'elles en observant exactement celle de Quand 11 aura fait une fois habitude de vertu, il aura honte des moindres désoret trouvera plus de satisfaction dans la lion des plaisirs, que les débauchés n'en ent dans la jouissance, ne sont pas là tous les devoirs de la cbasil y en a quelques autres. Dieu a renferfidélité conjugale dans Tétendue du lit al. 11 ordonne que celui qui a une femme irde la foi qu'il lui a promise, sans poum avoir une autre, soit libre, soit esclave : de Dieu n'est point semblable à celle des oe^. Si le droit romain ne déclare adultère 1 femme qui connaît un autre homme que nari, et qu'il exempte de ce crime un De qui a plusieurs femmes outre la sienne, agile ne met point de distinction à cet 1 entre l'homme et la femme, et tient coucelui qui jouit d'une autre que de celle a épousée. C'est pour ce sujet que Dieu a 1 qu'au lieu que, parmi les animaux, les fés ne souffrent plus le mâle après qu'elles onçu, les femmes le souffrent toujours ; )eut-ètre que si les femmes refusaient à maris ce qu'ils désirent, ils le chercliet dans la compagnie d'une autre, et violet la fidélité du mariage.
\ femmes ne conserveraient pas ellesïs la gloire de la chasteté s'il n'était en iouvoir de la perdre. Quand une bète rele souffrir le mâle après qu'elle a une fois I, on ne dit pas que ce soit en elle une ue de continence; elle ne refuse de le *ir que parce que si elle le souffrait, elle intirait de la douleur ou encourrait du ;r. On ne mérite pas d'être loué pour n'avàs fait ce qu'on n'a pu faire. On loue la lence dans l'homme, parce qu'elle ne lui est itureile, et qu'elle dépend de sa liberté. Le et la femme doivent la garder également, nari doit donner à la femme l'exemple de élite qu'il exige d'elle. S'il l'exige sans la ;r, il est injuste, et c'est de cette injustice
que sont venus les adultères, lorsque les femmes ont cessé d'être fidèles à des hommes qui n'avaient plus pour elles d'amour ni de tendresse. Les plus effrontées usent de cette excuse dans leurs déîMuches, et disent qu'en manquant de fidélité à leurs maris, elles ne leur font point d'ii^ure, mais qu'elles repoussent celle qu'elles ont reçue. Quintilien a excellemment exprimé cette pensée : « Celui, dit-il, qui ne s'atetient pas de la femme d'un autre, ne gardera pas aisément la sienne. Il ne verra pas le désordre de sa maison pendant qu'il tâchera de le porter dans celle de son voisin. Une femme à qui ce malheur arrive se laisse aisément corrompre par l'exemple, et quand elle a manqué à la foi , elle croit avoir une excuse, de dire ou qu'elle a imité son mari, ou qu'elle s'est vengée de sa perfidie. »
Il faut prendre garde que notre incontinence ne soit l'occasion de celle d'un antre. Il faut que le mari et la fomme se rendent réciproquement la fidélité qu'ils se doivent, et qu'ils portent également le même joug auquel ils se sont soumis. Traitons les autres de la même manière que nous voulons être traités, et ne liaisons jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit.
Voilà les obligations que nous impose le précepte de la continence. Ajoutons -y néanmoins encore quelque chose pour ne pas le renfermer dans des bornes trop étroites. Les personnes mariées se doivent conduire de telle sorte, que jamais elles ne se tendent aucun piège. Quiconque épouse ime femme qui a été répudiée par son mari commet un adultère , et quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet aussi un adultère, si ce n'est qu'elle l'ait commis la première. Dieu ne veut point que ceux qu'il a unis et qui ne font qu'un seul corps se séparent. Il ne défend pas seulement l'adultère, il en défend la pensée et le regard accompagné d'un mauvais désir. La seule image du plaisir suffit pour rendre Tàme coupable: c'est l'àme qui commet le péché et qui en est souillée. Ce n'est pas être chaste que de conserver la pureté du corps et perdre celle de rame. Que personne ne s'imagine qu'il soit difficile de garder la continence et de résister à la volupté : c'est une ennemie que tout le monde est obligé de combattre et sur laquelle
plusieurs remportent la victoire. Ce n'est pas que Dieu impose la nécessité de se priver absolument des plaisirs du corps ; ils sont permis dans le mariage, et Tusage en est nécessaire pour la multiplication des hommes. On sait combien les mouvemens de cette passion sont tîolens. Mais quiconque les pourra réprimer en aura une plus grande gloire, et remportera une récompense qui n'est due qu'à la plus éminente vertu. Dieu reconnaîtra pour son serviteur et pour son disciple celui qui aura eu le courage et la force de la pratiquer ; il le fera triompher de la terre, et Télèvcra au ciel. Je demeure d*accord que cela parait difficile; mais je parle aussi des personnes qui ont assez de générosité lK)ur fouler aux pieds les plaisirs terrestres et pour en chercher d'incorruptibles. La vertu consistant dans la connaissance de Dieu,pendant (fue Ton est privé de cette connaissance, les peuples paraissent pesans, au lieu qu'après cela ils deviennent fort légers. Ceux qui aspirent comme nous à la perfection , y doivent arriver au travers des plus fôcheuses difficultés.
XXIV. Que si néanmoins quelqu'un étant ou vaincu par la cupidité , ou charmé par le plaisir, ou aveuglé par l'erreur, ou contraint par la force, s'éloigne du chemin de la justice, il ne faut pas qu'il perde pour cela courage, ni qu'il h abandonne au désespoir; il peut rentrer dans le bon chemin, ou se délivrer de la tyrannie de ses passions , en concevant on regret sincère de ses fautes, en formant le dessein d'une conversion sérieuse, et en satisfaisant par de bonnes œuvres à la justice divine qu'il a offensée par ses crimes. Gicéron n'ayant pas cru que ce changement fût possible , en a parié en ces termes dans le troisième livre des Questions académiques : «Si ceux qui se sont écartés du chemin de la vérité y pouvaient rentrer en détestant leur erreur, ils se trouveraient fort heureux dans leur égarement. »
Ils le peuvent certainement: car si nous croyons que nos enfans ont changé de vie, nous voyons qu*ils témoignent du repentir de leurs fautes ; et si, au lieu que nous les avions chassés de notre présence et menacés de les priver de noln» succession, nous les recevons avec joie, et l(vs oînbr.jssons avec tendresse, pourquoi désesfirrrri<>ns-nons de la clémence de noire père?
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indulgent de tous les maltrai , qui promet de pardoimer à ceux qui se repentiront sérieusement de leurs fautes. Comme rinnocence ne sert de rien à celui qui Ta perdue par ses erimes, les crimes ne nuisent en rien à œlui qui ks t effacés par la pénitence. Quiconque en a oonçi les sentimens, reconnatt sa fïiute , et chiDge en quelque sorte d'esprit , comme il est marqué pir le terme grec qui est plusconveoable que le nôuv, et qui pourrait être rendu par celui de résipi^ cence ; car ceux qui renoncent aux désordres de leur vie passée et qui referaient leurs mœurs, retournent en quelque sorte à la sagesse d'où ils s'étaient éloignés. Quand les bêtes ont une fois échappé d'un péril, elles se tiennentsurhvs gardes plus qu'auparavant, et évitent avee pios d'adresse les filets où elles s^étaient laissé preedre. Ainsi ceux qui se repentent sérieusement de leurs péchés, veillent sur eux-mêmes avec une plus grande application pour nÏB pliii commettre de semblables. Il n^y s personne, pour vigilant qu'il puisse être , qui ne soît qudquefois surpris et qui ne Fasae qach|Be tatci Dieu, qui connaît notre faiblesse, a eu la boalé de nous accorder le remède de la péaiiSBce. CTest pourquoi ceux qui se sont égwA, doint revenir au bon chemin le plus Mt qu*il est possible. Je sais bien qu'il est aussi dllHcile éeie relever, qu'il est facile de tonriier. Il est dlBele de renoncer aux plaisirs dont on a ^loèlé h douceur : on s'en priverait avec moins die pdde, si l'on n'en avait jamais joui. Cens uiaumsiii qui auront le courage de se délivrer de cens tyrannie, obtiendront de IXeu le pardon. Qoe personne ne se flatte, dans rimpéniténoe, de l'espérance de l'impunité, sons préteiteqall ■*! point de complices, et que ses criitoes soM inconnus. Quand ils seraient inoomina aui
mes, ils ne le seraient pas à Died.
fini ses exhortations par une tnervteilisase tence : «Le Dieu, dit-il, au culte doqnd toite la suite de notre vie se rapporte eki qMlqie manière, est quelque chose de i^oa graÉriqm nous ne saurions penser; nooa deteos nom conduire de telle sorte quHI appitHive Mtre conduite.» Le secret de notre ckmarieMe ne nous servira de rien ; il n'y a point de secret pov lui. Un homme instruit des \'érifés de notre religion, aurait-il pu mieux parler qn*a parlé
î î h- f^lus doux de lous Icb pères, et \v plu,* | ce philosophe. qui n'en avait nulle cimnaissancr?
Il a exprimé la grandeur de Dieu, cpiand il a dit cpi'il est au-dessus de nos pensées. 11 a puisé dans la source de la vérité, quand il a reconnu que les hommes n'ont pas été mis en Tain sur la terre, comme les épicuriens le prétendaient, mais qu'ils y ont été mis pour servir Dieu et pour lui rendre un culte qui consiste en des actions de justice et de piété. Il aurait sans doute embrassé notre religion, si quelqu*un la lui avait enseignée, et il aurait quitté Zenon et Sotion pour suivre un docteur de la véritable sagesse : c Conduisons-nous , dit-il, de telle manière que Dieu approuve notre conduite. > Cette parole pourrait paraître divine si elle n'avait été précédée par Taveu de son ignorance. Le secret de notre conscience ne nous servira de rien : il n'y a point de secret pour Dieu ; il nV a nul moyen de nous d^iser. Nous pouvons dérober nos actions aui yeux des hommes en fermant les portes ; mais nous ne saurions cacher si bien notre cœur que Dieu n'en voie tous les mouvemens.
Le même Sénèque dit, dans les premiers livres du même ouvrage : «Que faites-vous? que méditez-vousP que prétendez-vous? Vous ne sauriez vous cacher ; votre garde vous suit partout. Vous pouvez être séparé d'un de vos amis par l'occasion d'un voyage, d'un autre par la mort, d'un autre par la maladie; mais celui-ci ne vous abandonne jamais : pourquoi choisissez-vous le lieu le plus retiré, et pourquoi en éloignez-vous tout le monde ?Étes-vous assez imprudent pour espérer de n'être point découvert? Que vous sert de n'avoir point de complice, puisque vous avez une conscience?»
Cicéron a parié de Dieu et de la conscience d'une manière aussi admirable que Sénèque. «Souvenons-nous, dit-il, que nous avons Dieu pour témoin, c'est-à-dire notre conscience, qui est la chose la plus excellente et la plus divine que Dieu nous ait donnée.» Faisant en un autre endroit le portrait d'un homme de bien, il dit : a Un homme tel que celui que je décris, ne fera ou ne pensera jamais rien qu'il ne puisse publier.»
Effaçons donc les taches de notre conscience, qui est exposée aux yeux de Dieu; et, comme dit le même auteur, songeons, à chaque action que nous faisons , que nous serons tenus d'en rendre compte , et que nous sommes exposés non
à la vue de tous les hommes, comme Cicéron a dit , mais ft la vue de Dieu. Il nous serait plus aisé de nous cacher de notre propre conscience que de nous cacher de lui : il faut donc que nous lui découvrions nos blessures, et que nous en fassions sortir tout le venin.Il n'y a que celui qui a redressé les boiteux , qui a rendu la vue aux aveugles , qui a guéri les lépreux et ressuscité les morts, qui les puisse réfbrmer ; il éteindra dans notre cœur Tardeur de la concupiscence , il en arrachera la racine de la volupté ; il y apaisera les mou vemens de la jalousie et de la colère. U faut avoir recours àcesremèdesavec d'autant plus d'empressement, que les maladies de l'âme sont plus dangereuses que celles du corps. Quand un homme aurait l'usage de tous ses sens, et qu'il jouirait d'une parfaite santé , il ne laisse pas d'être malade s'il est transporté de colère, s'il est enflé d'orgueil , s'il est consumé par le feu de l'amour, et qu'il soitesdave des autres passions. Au contraire, cdui qui ne porte point d'envie au bonheur d'autrui , qui n'admire point les richesses , qui ne regarde jamais une femme avec un nuiuvais désir pour elle, qui ne souhaite point le bien d'autrui, qui ne méprise personne, qui a dans le cœur la douceur, la modestie, la libéralité, l'amour de la paix , celui-là , dis-je, jouit d'une santé parfaite. Ceux qui observent religieusement ces préceptes sont véritables serviteurs de Dieu, et l'honorent par le sacrifice de leurs bonnes œuvres. Dieu ne nous demande point de victimes sensibles, il ne nous demande que la pureté de nos mœurs. Pour foire ce sacrifice, il ne faut ni herbes, ni gazon, ni entrailles de bêtes; il ne faut que les mouvemens du cœur. L'autel sur lequel on offre est au milieu du cœur même, et cet autel n'est point souillé de sang , parce que l'on ne met dessus que l'innocence, la patience, la douceur, la chasteté et labstinence. Voilà les cérémonies par lesquelles Dieu veut être adoré; voilà la loi excellente et divine qui commande constamment le bien, qui défend constamment le mal, et qui porte infailliblement à la justice et à la sainteté. Je n ai touché qu'une partie des commandemens qu'elle renferme ; ceux qui voudront savoir les autres pourront les puiser dans la source dont nous n'avons ici qu'un ruisseau.
XXV. Je dirai maintenant quelque chose des sacrifices, o L'ivoire, dit Platon, n'est pas un présent di{;nc de Dieu. Quoi donc! i>eront-cc des
tableaux ou des étoffes précieuses ? Ce qui se peut corrompre et ce qui peut être ravi n'est pas un présent de Dieu. » Platon, ayant fort bien reconnu qu'il ne faut rien offrir de mort à un Dieu vivant, comment n'a-t-il pas reconnu qu'il ne faut rien offrir de corporel à un Dieu incorporel? Sénëque en a beaucoup mieux jugé. Quand il a dit : aFi- {]^urez-vous un Dieu dont la bonté est égale à la grandeur, dont la douceur est infinie aussi bien que la majesté , qui est toujours présent , qui veut être honoré non parle sang des animaux (car quel plaisir pourrait-il prendre à les voir égorger?), mais par la pureté et par la sainteté de la conscience, n 11 ne lui faut point élever de temples d'une magnifique architecture , mais le consacrer dans soi-même. Quiconque sMmagine que Dieu prenne plaisir à recevoir de riches choses, des pierreries, ou qu'il estime des choses que les hommes sages méprisent, ne connaît pas Dieu. Quel sera donc le présent digne de lui , si ce n'est ce qu'il demande par la loi? On offre à Dieu des présens et des sacrifices. Ceux qui n'ont aucune connaissance de la manière dont il veut être adoré se persuadent qu'il ne lui faut point offrir d'autres présens que des ouvrages d'or et d'argent, des étoffes de soie et de pourpre, ni d'autres sacrifices que celui des victimes et des autres matières qui peuvent être brûlées sur Tautel. Mais Dieu étant incorruptible, il n'a besoin ni de ces dons, ni de ces sacrifices corruptibles. Ainsi il lui faut offrir des dons et des sacrifices qui n'aient rien ni de corruptible ni de corporel. Le présent qu'il lui faut offrir, c'est l'intégrité de la conscience; le sacrifice, c'est la louange. Dieu étant invisible, le culte qu'on lui rend le doit être aussi. 11 n'y a de véritable religion que celle qui consiste dans la vérité et dans la justice. 11 est aisé de comprendre de quelle manière Dieu csi honoré par la justice de l'homme. Si l'homme estjuste,ilaura l'immortalité pourla récompense de sa justice, et servira Dieu éternellement. Gicéron et des philosophes plus anciens que lui se sont doutés que l'homme n'a été mis dans le monde que pour y pratiquer la justice. Voici comment il en parle dans les livres des Lois : K Parmi les vérités qui sont enseignées par les Bavans, il n'y en a point de si excellente, ni de M glorieuse pour l'homme, que d'être né pour être juste. Nous ne devons donc offrir à Dieu <iuc ce qu'il veut recevoir do nous. Trismégisle
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reconnaît ces deux sortes de sacrifices, et skcorde parfaitement avec nous, ou avec les prophètes que nous suivons, tant pour les tenon que pour le sens, lorsqu^il parie de la justicf. a Adorez, dit-il, mon fils, et suivez cette parole: le service unique que Ton rend à Dieu est de s'abstenir du mal. » Dans le Discours parfait, après qu'Asclépius a demandé à son fils si m père avait pour agréable qu'on lui présentât de l'encens et d'autres parfums dans les sacrifices, fl s'écrie : a Mon cher Asclépius , on ne saurait ,saDs impiété, avoir de semblables pensées toncbaot ce bien souverain et unique. » Des présens de œue sorte ne lui conviennent point du tout; iiili plénitude de toutes ces choses, et n'en a aocon besoin. Rendons-lui de profondes actioos de grâces et une humble adoration : le sacritken efi antre chose que la bénédiction et la kwiDge Dieu étant une parole, c'est par la pavie qn lui faut offrir des sacrifices, oommeTrin^p^ l'a confessé. Le culte le plus parfait et le service le plus excellent que Dieu puisse recevoir, c'al la louange publiée par la bouche d*m hoane juste; il faut que cette louange-iâ, poortot agréable, soit accompagnéed'homilité, et de respect, de peur que celui qui la ne mettant sa confiance dans son inmocptetf dans sa vertu , n'en perde le mérite fttwmft gueil. S'il veut plaire à Dien et être cnaptè péché , il faut qu'il implore sans œase sa miriÀ' corde, qu'il nedemandeautrechoseqiielepBèi de ses fautes,quand même il n^en aoraitcaBait Que s'il désire quelque grâce, il n'a pasboâi de l'exprimer, puisque Dieu connaît aes dfan Quand il lui arrive du bien , qu'il en iCBOoe Dieu. Quand il lui arrive du mal , qnV TÊOtfi comme une peine due à ses péchés, et CMV un moyen de satîsfiiire à la divine jaatieeLQil ne cesse jamais ni de remercier Diea ai léfi auquel il lui arrive du mal, ni deatlUhhelli justice au temps auquel il loi ariife afin qu'il soit toiqonrs égal , ci qnli dans une assiette immobile et iomnJfe !■ croira pas être obligé à s'acquitter de en è* voirs-Ià que dans l'église; il s*en aoqaUvitf tous lieux , dans sa duunlire et dans aan K:! fera un temple de Bon cœur , parce qrï otla* même le temple de Dieu. En sériant leSd^tf souverain de l'univers et le pire coaaaBB et tous les hommes avec cette ?widqilé et ce dk»
il arrivera à la perfiectioii du cbriatianiame , et remplira tous ses devoirs.