‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 88 sur 110 · DE LA VIE BIËRHEIIREUSE · texte numérisé non relu

DE LA VIE BIËRHEIIREUSE

I. Nous avons non-seulement posé les fondemens de notre ouvrage , comme dit un eicellent orateur , mais nous l'avons élevé presque jusqu^au comble. Il ne reste plus que la couverture et les omemens, sans lesquels il serait inutile et désagréable. Que servirait-il d*ètre délivré des (dusses religions et de connaître la véritable? Que servirait -il de surmonter les difficultés qui se rencontrent au service de Dieu , si Ton n'en recevait la récompense? Je parlerai dans ce livre-ci de la béatitude étemelle ^ qui est la récompense que Dieu propose à ceux qui renoncent aux douceurs des biens de la terre , pour suivre la vertu avec toutes ses amertumes. Je rapporterai les témoignages formels de l'Écriture et les raisons solides sur lesquelles cette promesse est fondée , et je forai voir clairement qu'il fiiut préforer l'avenir au présent , le ciel k la terre, et l'éternité au temps. Je commencerai par la création du monde , et je dirai en quel temps et pour quelles raisons Dieu s'y est occupé. Platon a paie de la structure de ce merveilleux ouvrage. Mais comme il ne savait rien des mystères que l'on n^apprend que de Dieu et des prophètes , il a dit qu'il avait toujours été ; ce qui n'est pas véritable. Tous les corps pesans et solides ont eu un commencement et auront une fin. Aristote ne pouvant comprendre comment un édifice d'une si vaste étendue pouvait périr, a dit qu'il avait toujours été , et qu'il serait toujours. II est certain qu'il n'y entendait rien ; car tout ce qui est, a eu un commencement et, rien ne peut être, s'il n'a commencé d'être. Nous voyons que la terre, l'eau et le fou se dissipent , s'écoulent et s'éteifjfnent : ce sont cependant les parties les plus solides de l'univers : il fout donc croire que le tout n'est pas d'une autre nature que ses parties. Tout ce qui est né peut mourir ; tout ce qui est visible et corporel peut se résoudre et se perdre, comme dit Platon.

Il n'y a eu parmi les philosophes qn'Épicure, qui , selon le témoignage de Démocrite, ait découvert la vérité, et qui ait dit que le monde a eu un commencement et qu'il aura une fin. Il n^a pourtant pu ni expliquer la manière, ni marquer le temps auquel un si grand ouvrage finira. Nous qui le savons , non par des conjectures , mais par la révélation que Dieu a eu la bonté de nous en foire, nous le déclarerons et remarque* rons, en même temps que les philosophes ont si imparfoitement découvert les traces de la vérité, qu'ils n'ont jamais pu la suivre. Je crois devoir avertir en cet endroit ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, que les esprits corrompus ne comprendront point ceci , parce qu'ils sont appesantis par les concupiscences terrestres, ou que s*ils le comprennent, ils feront semblant de ne le point comprendre , et souhaiteront qu'il ne soit pas véritable , parce qu'ils sont entraînés par le poids de leurs vices, qu'ils aiment leur maladie et qu'ils se détournent de la vertu dont l'amertume les dégoûte. Ceux qui brûlent d'avarice et du désir insatiable de s'enrichir, ne pouvant se résoudre ni à vendre, ni à donner le bien qu'ils aiment avec une excessive passion , pour vivre ensuite dans une grande modération , veulent que cette doctrine, qui est si contraire à leurs déréglemens, ne soit qu'une foble. Ceux qui sont piqués par l'aiguillon de la volupté, entrent en foreur, trouvant tout ce que nous disons incroyable. Les préceptes de la continence qui les privent des plaisirs auxquels ils se sont abandonnés, blessent leurs oreilles. Ceux qui sont enflés d'ambition et possédés du désir de la grandeur, ne songeant qu'aux moyens de parvenir aux honneurs et aux dignités, ne demeureront jamais d'accord jde la vérité d'une doctrine , qui ordonne de renoncer à la grandeur et ù la puissance pour vivre dans l'humilité et dans la bassesse ; et de quelque lumière qu'on éclaire leur esprit , jamais on ne les pourra porter à se réduire volontairement à un état où ils soient exposés .à recevoir les injures les plus atroces, sans pouvoir les repousser ni en tirer aucune vengeance. Toutes ces personnes*là fopment les yeux pour ne point voir la vérité, et ouvrent la bouche pour rire contre elle de toute leur force. Ceux qui ne sont pas si incurables, c'est-à-dire qui ne sont pas plongés si avant dans le bourbier de leurs vices,

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demeurent aisément d'aocord de ee que nous leur propcHoot et reconuinciit que cda est incontetUble. U n'y ■ que ceni qni Boot capablei de U vertu qui lui soient ftyoreblet. 'Âmt le monde n'en est-il pn capable? Pour Tètre, il hat avoir umtktt la puincté, et les incooimoditét qui m tout iniéparablea. Si le jHindpil emploi de U vertu aat de Hipporter le mal,eeuz qui «ont aoeoutumét lu bien sont inc^tables de U vertu. Cest pour eeta qne les pravres aant plus disposés à droire les Bulmei de notre ■«• liljioo que les ridies t ils ne trouvent pis dans leur conditira tant d'obetsdcs fe la foL Les antres sont nuo-seulement cmbarriMés dans la jouissauce des biens dn monde, nuUs ehargés de cfaatnes ; ils sont aocaUés du joug de la ooft* oupiict;flce, cette maîtresse ImpisrieiiBe qui ka «uacbe h la terre, et qui les eoipAdie de lever ks yeux au cid. Le diemin de la vertu ot A étroit que Ton n'y aanrait entrer avec beaucoup de bagage. U faut être presque no pour f être conduit, par la main de 1» jnstiee, jtnqn'à k porte du del. Ces riches snperties, anivis d^ grand train et d'un long équipage, mandtent dans le chemin de k mort, qui «it undicaUa fort large. Les lois que DÎea ODU a U^ sées et que noua tarions de pidtlkr, m sont pour eux que de l'aigrenr «t da pcrisoo, Us ne peuvent néanmoins les rejeter sans se déclarer ^memis de k Tertn et de k justice.

J'achèverai maîntiaiant ce qui resta 1 bwb ouvrage, et il n'y reste plus rien que de parier du jugement que DienétaUira mr k tarrs, lor»qu'il y sera revenu pour rendre h diacnn Mlasi ses (puvres , et pour y ordonner des peines et des récompenses. J'ai parié dana k quatrlèma livra de son premier avâwment ; je parieni dans celui-ci du second que les Jni ffinftssrnt et qu'ils espèrent en vain, purée qneeeaeeiMid avènement ne sera qne pour k eoaBoluioo de ceu qni aunwt été assemblés en Mm mm. Ceux qui ont été asseï impies po«r l'oatnger dana l'état de sa fiuhlesae, reconoaitnmt avec ftayenr ai puissance, et nibinmt, par on orteinérlt». blede la justice, leschUimensqoJik lisent dens les iMDpbètes saiM les entendre. Ha eenot coB< damnés an feu étemd pv k booche da aalni dont ib ont répandu k sang. Mak jt iitrai m ouvrage exprès pour déanvrir leurs aman et

LACTi^NCE.

leurs crim

AdMtd'ensrigMrli

' ité â 1.C1JX qui ri(3uuiLui.

, Dieu a ordonné que ce siècle injuste Agirail aprËs avoir duré un certain espace de tnnpi, et que le péché étant détruit et le bonbenr dn gens de bien assuré, il y aurait sous son r^ un siècle tranquille, heureux, et qui mériunit d'être appelé le siècle d'or , à plus jusie titn qne celui des portes, L'égarement des phîliia>i procède priacipalement de ce qu'ils tiw su de la création du monde, qol m le les plus rares sccrcls de ta divine tigcar. A; nt ealrepris de les pénétrer par lenn|in^ ] . lumières, bien que cela soit impossible, ili BB ont engagés en des erreurs et des toDtnions d'oili ils ne peuvent sortir, tli 011 revu quelques vérités; mais ils n'en an< pu t iver les preuves, qui ne dépcodent qucdcli Té rlacion. Si riiomme pouvait pénéinrleitn- ' ideDieu, il pourrait les imiter, l'an tua iqae la mèmectiose que l'autre Or,aiaHM i les peut imiter, revêtu qu'il est d'an corpt le el mortel , il ne les peut an fh» ftàh . Si nous considérons alleaiivemcntknaodi ss merveilles qu'il renrerme, noos rttomtis aisément combien ce vaste OBvfSgséB us de Dieu est au-dessus de toi» lesamiap mains des hommes. Or, la aagease de Din n t pas moins au-dessus de la ngflHl da imes, que ses ouvra);» sont aa-deNBi it 'S ouvrages. Conmii- [)ieu est partait, pas I I est immortel et incorruptible, sa llfeei aussi parfaite. Gomme il n'a rien qui M ■< c traire, il u'a rien aussi qni sent oo-doiMè Iw. Mais comme l'homme est sujet 6 phiHHi erfecdons, sa sagesse est sujette A l'enw et omme il y a plusieurs obstacles qni t*f^ it que sa vie ne soit étemHIe, Il yasHi <icurs défauts qui em|Htctietit que aa aigH* oit parfaite. Cette sagesse est eKlrtowal le quand elle veut s'élever d'elle-mènMk h { laissante de la vérité. L'Ame étant eaRraO } le corps comme dana une prison fbn<^ a e, n'a pas la lîtierlé de s'étendre ni dtt^ I ier la lumière : il n'y a que Dku qin anse ses oMvrafiet. L'humoie ne peut bH*v a connaissance de la vérité, ni par la fortrét esprit, ni par la subtilité de hea hImiih s, mais seulement par ralientioB qullpiilt X 9 lotsenlref

et par la docilité qu*il a pour recevoir sa doctrine. Gicéron , après avoir traduit un passage où Platon fait dire à Socrate que le temps était venu auquel il était prêt de sortir de la vie, au Heu que ceux devant qui il parlait, vivaient encore , ajoute : « Les dieux immortels savent lequel des deux est le plus avantageux; mais je suis persuadé que nul homme ne le sait, d Ainsi toutes les sectes ayant été inventées par des hommes sujets à l'erreur et établies sur un autre fondement que celui de la parole de Dieu qui est infaillible , elles ne peuvent être que très-éloignées de la vérité.

m. Puisque je parle ici des erreurs des philosophes, je puis marquer, comme en passant, celles où les stoïciens sont tombés touchant la nature. Ils la divisent en deux parties , dont Tune a la force d*agir , et Tautre est maniable et traitable; l'une a du sentiment, et l'autre n'en a point; mais elles ne peuvent être l'une sans l'autre. Gomment ce qui manie et ce qui forme , peut -il être la même chose que ce qui est manié et formé? Ne serait-ce pas une manifeste extravagance de dire que le potier et la terre ne sont qu'une même chose? C'est ce que font les stoïciens quand , sous le nom de nature , ils entendent deux choses aussi différentes, que le sont Dieu et le monde, l'ouvrier et l'ouvrage, et quand ils disent que l'un ne peut rien faire sans l'autre; comme si la nature était un mélange de Dieu et du monde. Quand je supposerais ici que Dieu est l'âme du monde, et que le monde est le corps de Dieu , il ne s'ensuivrait pas qu'ils seraient de même temps, et que Dieu n'aurait point fait le monde. Ils avouent eux-mêmes que Dieu l'a fait pour l'usage des hommes, et que quand le monde ne serait pas. Dieu ne laisserait pas que d'être, parce qu'il est un esprit éternel et qui n'est point attaché à un corps. Gomme ils n'en ont pu comprendre la grandeur, ils l'ont joint à son ouvrage, comme une âme à un corps ; et c'est pour cela que Virgile a dit que :

C'est comma un esprit répandu dans toutes les parties de TuniTcrs, qui les agite et les anime.

Comment cela s'accorde-t-il avec ce que les stoïciens disent : que Dieu a fait le monde, et qu'il le gouverne par sa providence? S'il afait le monde , il a été sans le monde. S'il le gouverne, il le gouverne non comme l'âme gouverne le corps, mais comme le maître gouverne sa maison , comme ^

le pilote gouverne son vais.seau, comme le coo ducteur d'un chariot gouverne ses chevaux , et sans être mêlés ni confondus avec leschosesqulls gouvernent. Si les parties de l'univers sont les membres de Dieu , elles feront un Dieu privé de sentiment et sujet à la mort, puisqu'elles sont elles-mêmes insensibles et mortelles.

Il est aisé de faire le dénombrement des tremblemens qui ont ébranlé la terre, des inondations qui ont abtmé les lies et les villes, des feux souterrains qui consument les montagnes , et des autres changemens qui surviennent dans la nature. Gela fait voir le peu de soin que Dieu aurait de conserver son corps , si l'opinion des stoïciens était véritable. Mais ce serait peu qu'il négligeât si fort de le conserver, s'il ne l'exposait aux injures que les hommes lui veulent faire. Les uns bâtissent dans la mer; les autres coupent les montagnes; les autres ouvrent la terre pour y chercher de l'or. Geux qui la labourent déchirent la peau de Dieu , ce qui ne se peut fïiire sans impiété. Dieu permet-il que son corps soit coupé de la sorte? Est-ce que cette âme céleste se retire au centre de la terre, et qu'elle en abandonne la surface pour ne point sentir de douleur? Si cela est impertinent et ridicule, ces philosophes ont eu aussi peu de sens que la terre même, puisqu'ils n'ont pas reconnu que l'esprit de Dieu est répandu de telle sorte dans toutes les parties du monde, qu'il ne laisse pas de demeurer incorruptible et immuable.

Gequ'ils ont appris de Platon est très-veritable: que Dieu a créé le monde et qu'il le gouverne par sa providence. Ge philosophe et les autres qui ont suivi son sentiment devaient expliquer la manière dont Dieu a créé le monde, la raison et la fin pour laquelle il l'a créé. Les stoïciens disent qu'il l'a créé pour l'usage des hommes ; mais Épicure déclare qu'il ne sait pour quelle fin les hommes mêmes ont été créés. «G'est une folie, dit-il , que d'avancer que les beautés de l'univers ont été produites en faveur de l'homme; car, quelle utilité les dieux peuvent-ils tirer de nous, pour se mettre en peine de faire quelque chose en notre considération!» Il semble que cela ait quelque sorte de fondement , car ces philosophes n'apportaient aucune raison pour laquelle Dieu a créé les hommes. C'est à nous, â qui Dieu a rcvélé ses secrets, de les expliquer, et non à ceux

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demenreot aisément d'aocord de ce que nous leur propoHuu et reeoDDeiMcnt qae cela eit incootectable. U n'y s que ceux qai sont c^iabla de la vertu qui lui «ùent fanmblet. Tout le DKWde n'en est'il pas capd)leP Pour Ytttt, il but annr wuffiert la pauvreté, etlea ineaaï< moditéi qui en «ont ina^wrablea. Si le prinelpat «nploi de la vertu ett dt soMHNrter 11 mal , cent qui tont aceoutamte au bien «mt ineapaUca dn la verUi. Ceit pour cela que lea pauvrei uni plug diapoaée k cnùre lea raaiimes de notre p»ugiiHi que lea richea : ila oe trouvent p» dana leur coDdition tant d'obatadea à la foi. Lee aulrea tont noo-aeulement emtwraaaéa dm la jouiaiaiice des bieni du mondet mais tharjéa de dialnes ; ila août aocaUés du iopg de la eoBoufHictace, cette maltrMM impéncoae qui Ici attache à la terre, et qui les raiptebs de Wev les yeux au cid. Le dwmin de la vertv eM d 4troit que Too n'y «aurait entrer avee bean- Goup de bagage. 11 ftut être prcaque nn poorjr être conduitfpar la nuinde la jugûee^ioaqu'à la porte du del. Gea ricbei superbes, soivis dte grand train et d'un kwg équipage , marohoBt dans le chemin da la nort , qui «st nndievilji fort large. Lea loi* que I^ doiib a kl»séei et que nous ttcbon* de piridier, M sont pour eux que de l'aigreur et du poison. Ils ne peuvent oéanmoini les rvfter aanf se déclarer enoemia de b TsrUi et de la justice.

J'achèverai maintenant ce qui reste I mos ouvrage, et il dY reite plus rico que de pnler du jugement que DieuétabUra m h terre, Ionqu'il y sera revenu pour rendre à ditcun Sdon ses couvres , et pour y ordonner des peinea et des récompenses. J'«i parié dans le quatrième livre de son premier avénemrat ; je parïeni dans celui-d du second que les Jni ronftisrnl et qu'ils espimnteQ vain, parce que ae second avénanent ne sera que pour ta antaoblkn de eenx qui aoront été asieod>Us en au Dona. Ceux qui (mt été assetimi»es pour l'oatr^Fcr dans l'état de sa Itiblesse, reconnaîtrait aree tnjtm m puissaoee, et subiront, par on ordre iséritable de la justice, les chfttimeDsqnJils lisent dan las propbttes sans les cntoidre. Ds aeiaat coupdamnés au fiea éterodpsr ta bondkedaadoi dont ils ont r^>uidu la sam. Mais je ferai on ouvrage aprts pour déoDUTrir leurs tnemy et

LACTANCE

leurs crlm

1 IntataMlpMrh

vérité a bcux qm l'iDuOran. '

11. Dieu a ordramé ijne ce aMcif fijustefliinii iTt» avoir duré on ccrtalii cqpace de temps, et que le péiM«t«Btdp(rri(c(;l|llMfa«rda gens de bien assuré, il y aurait sous son rtpt on «fe^le tranquille, heureux , et qui méritenii d'être appelé le siËcle d'or , à plus juste lilre que c^lui des poètes. L'égarement des pbiloia- )rfKËde principalement de ce qu'ils o'mit :u de la création du monde, qui raies plus rares secrels de lu divine sagtwr. A; entrepris de les pénétrer par leurs pro- I umiËres, bien que cela soit impossible, ili sa .t engagés en des erreurs el descMtni ns d'où ils ne peuvent sortir. Ils oot iW'u quelques vérités; mais ils n'en ont pu er les preuves, qui ne dépendent que dt li revi don. Si l'homme pouvait pénéln^rlesov- ' e Dieu , il pourrait Ici imiter . l'un étisi ne la même chose que l'autre. Ur, eoOBe U es peut imiter, revêtu qu'il est d'un cor|l tû et mortel , il ne les p«ut non pliu fiâtîinous considérons atienliveruenl le aandt merveilles qu'il renferme , nous rMaoudaisément combien ce vaste ouvrage dci de Dieu est au-dessus de tous les onvragH ains des hommes. Or, la sagesse de DÏiu pas muins au-dessus de la sagesse des no les, que ses ouvruRei sont au<d«siii de ouvrages. Comme Dieu eut parfait, pam qt ïst immortel et iucurruptible , sa HOtae «si parfuttc. Gomme il u'b ritn qui lui mi c lire, il n'a rien aussi qal soit au-deaiudt ajs comme i'homme est sujet è phHirm un Sections , sa sagesse eat mijetlc i l'ennir; n nme il y a plusieurs obstacles qui ra^ que sa vie ne soit éternelle, [| yaanti I urs défauts qui emptehent que «a sage» t parfaite. Celte sagf«»e est extréineMai a quand elle veut s'élever d'elle-mkM I b issance de la vérité. L'Ame étant enftnrft e corps comme dans une prison fàneb* n'a pas la liberté de s'étendre n) der^ I r la lumière : il o'y a que Dlru qu] ta»ses ouvrages. L'Iiomme ne peul arri*(r s mnaissance de la vérité, ni par la fortfée I 1 prit, ni par la .sutililiié dr ses niiHtow mais seulement pir l'atlenikm qu'il porU d II sent l'enseiptr,

et par la docilité qu'il a pour recevoir sa doctrine. Gicéron , après avoir traduit un passage où Platon f^it dire à Socrate que le temps était venu auquel il était prêt de sortir de la vie, au lieu que ceux devant qui il parlait, vivaient encore , ajoute : a Les dieux immortels savent lequel des deux est le plus avantageux: mais je suis persuadé que nul homme ne le sait, d Ainsi toutes les sectes ayant été inventées par des hommes sujets à l'erreur et établies sur un autre fondement que celui de la parole de Dieu qui est infaillible , elles ne peuvent être que très-éloijjnées de la vérité.

III. Puisque je parle ici des erreurs des philosophes, je puis marquer, comme en passant, celles où les stoïciens sont tombés touchant la nature. Ils la divisent en deux parties , dont l'une a la force d'agir , et Fautre est maniable et traitable; Tune a du sentiment, et l'autre n'en a point ; mais elles ne peuvent être l'une sans l'autre. Gomment ce qui manie et ce qui forme, peut -il être la même chose que ce qui est manié et formé? Ne serait-ce pas une manifeste extravagance de dire que le potier et la terre ne sont qu'une même chose? G*est ce que font les stoïciens quand , sous le nom de nature, ils entendent deux choses aussi différentes, que le sont Dieu et le monde, l'ouvrier et l'ouvrage, et quand ils disent que l'un ne peut rien Faire sans l'autre; comme si la nature était un mélange de Dieu et du monde. Quand je supposerais ici que Dieu est l'âme du monde, et que le monde est le corps de Dieu , il ne s'ensuivrait pas qu'ils seraient de même temps, et que Dieu n'aurait point fait le monde. Ils avouent eux-mêmes que Dieu l'a fait pour l'usage des hommes, et que quand le monde ne serait pas. Dieu ne laisserait pas que d'être, parce qu'il est un esprit éternel et qui n'est point attaché à un corps. Comme ils n'en ont pu comprendre la grandeur, ils l'ont joint à son ouvrage, comme une âme à un corps; et c'est pour cela que Virgile a dit que:

C'est comins un esprit répandu dans toutes les parties de TuniTcrs, qui les agite eC les anime.

Comment cela s'accorde-t-il avec ce que les stoïciens disent : que Dieu a fait le monde, et qu*il le gouverne par sa providence? S'il afait le monde, il a été sans le monde. S'il le gouverne , il le gouverne non comme l'âme gouverne le corps, mais comme le maître gouverne sa maison, comme

le pilote gouverne son vaisseau, comme le con ducteur d'un chariot gouverne ses chevaux , et sansêtre mêlés ni confondus avec leschosesqu'îb gouvernent. Si les parties de l'univers sont les membres de Dieu , elles feront un Dieu privé de sentiment et sujet à la mort , puisqu'elles sont elles-mêmes insensibles et mortelles.

Il est aisé de fiaire le dénombrement des tremblemens qui ont ébranlé la terre, des inondations qui ont abîmé les lies et les villes, des feux souterrains qui consument les montagnes , et des autres changemens qui surviennent dans la nature. Gela fait voir le peu de soin que Dieu aurait de conserver son corps , si l'opinion des stoïciens était véritable. Mais ce serait peu qu'il négligeât si fort de le conserver, s'il ne l'exposait aux injures que les hommes lui veulent faire. Les uns bâtissent dans la mer ; les autres coupent les montagnes; les autres ouvrent la terre pour y chercher de l'or. Ceux qui la labourent déchirent la peau de Dieu , ce qui ne se peut i^ire sans impiété. Dieu permet-il que son corps soit coupé de la sorte ? Est-ce que cette âme céleste se retire au centre de la terre, et qu'elle en abandonne la surface pour ne point sentir de douleur? Si cela est impertinent et ridicule, ces philosophes ont eu aussi peu de sens que la terre même, puisqu'ils n'ont pas reconnu que l'esprit de Dieu est répandu de telle sorte dans toutes les parties du monde, qu'il ne laisse pas de demeurer incorruptible et immuable.

Gequ'ils ont apprisde Platon est très-veritable: que Dieu a créé le monde et qu'il le gouverne par sa providence. Ce philosophe et les autres qui ont suivi son sentiment devaient expliquer la manière dont Dieu a créé le monde , la raison et la fin pour laquelle il l'a créé. Les stoïciens disent qu'il l'a créé pour l'usage des hommes; mais Épicure déclare qu'il ne sait pour quelle fin les hommes mêmes ont été créés. aG*est une folie, dit-il, que d'avancer que les beautés deTunivers ont été produites en faveur de l'homme; car, quelle utilité les dieux peuvent-ils tirer de nous, pour se mettre en peine de faire quelque chose en notre considération ! » 11 semble que cela ait quelque sorte de fondement , car ces philosophes n'apportaient aucune raison pour laquelle Dieu a créé les hommes. C'est A nous,ù qui Dieu a ' révélé ses secrets, de les cxpli(iuer, et non à ceux

LACTANCE

qui n'en avaient point de connaissance , bien f fait n'est point Touvrage de la raison. Oi qu'ils eussent reconnu, comme je l'ai déjà dit, monde est disposé et gouverné par la raison

qu

que Dieu avait créé le monde pour Tusage des hommes : n'ayant pas néanmoins reconnu lasuite de ces vérités, ils n'ont pu soutenir le principe. Platon, appréhendant d'attribuer à Dieu un ouvrage imparfait et de peu de durée, a dit qu'il était éternel. Pourquoi donc les hommes ne sontils pas aussi éternels? Les hommes pour lesquels le monde a été fait devant finir , pourquoi le monde ne doit-il pas finir? Est-il probable qu'il soit plus stable et plus durable que ceui à l'usage desquels il se rapporte?

Si Platon avait fait une sérieuse réfleiion sur ces conséquences , il aurait reconnu que le monde ayant eu un commencement, il doit aussi avoir une fin, et que rien de ce qui est visiblef et palpable n'est éternel

Ceux qui nient, au contraire , que le monde ait été fait pour l'usage des hommes , ne sauraient dire pour quelle fin il a été fait ; car s'ils assurent que Dieu ne Ta fait que pour soi-même, nous leur demanderons pour quelle fin il a créé l'homme. Pourquoi jouissons-nous du monde? Pourquoi appliquons-nous à notre profit ce qui n'a pas été préparé pour nous? Pour quelle fin les espèces différentes des animaux ont-elles été créées? Pourquoi est-ce que nous croissons, que nous cessons de croître, et que nous mourons? A quoi se rapporte la génération et la succession continuelle des hommes? Dieu a voulu nous voir et imprimer sur nous son image , comme sur une cire, pour prendre plaisir à la regarder : ce qui étant ainsi , il a aussi voulu avoir soin des animaux, et principalement de l'homme, auquel il les a assujettis. A Tégard de ceux qui soutiennent que le monde est de toute éternité, je ne propose point maintenant une difficulté qu'ils ne sauraient jamais résoudre, sinon que le monde n'a pu être de toute éternité sans avoir un principe; mais je dis que s'il avait été de toute éternité , ce serait un ouvrage où l'on ne pourrait remarquer aucune trace de raison ; car quel bien la raison aurait-elle pu avoir dans la construction d'un ouvrage qui n'aurait point eu de commencement ? Avant que de faire un ouvrage, il faut en concevoir le dessin, et on ne le saurait jamais achever que Ton n'en ait conçu Tidée. Ainsi l'irlée que la raison conçoit d'un ouvrage préc^de IVuMage mftmo; et parlant, ce qui n'a point été

ainsi il faut qu'il ait été fait , et qu'ayant ei commencement, il doive avoir une fin. Quec dont je parle nous disent donc , s'ils en sont g blés, ou la raison pour laquelle le monde a étéc ou celle pour laquelle il sera détruit. Épicure plutôt Démocrite, n'ayant pu comprendre c raison, a dit qu'il était né de lui-même pai concours et par un mélange fbrluit de semen et qu'il finirait et serait résolu par leurséparat Il a donc corrompu les bonnes idées qu'il a conçues, et a renversé la raison par l'ignora de la raison même. Il a réduit le monde, c qui se passe dans le monde, à la oonditiOD ( songe. Mais, puisque nous voyons qu'il n aucune de ses parties qui ne soit gouvernée la raison, que les mouvemens des cieux, ka des astres, la vicissitude des saisons, la fert des plaines, la beauté des montagpes et de rets , la source et le progrès des fontaines el rivières, la vaste étendue de la mer, la dira des vents, et tout le reste qui le oompoM dépend absolument , y a-t-il quelgu^iin a aveugle pour dire qu'un ouvrage où les trait la Providence sont si visiblement marqués été fait sans raison? Que s'il est certain quei ne se fasse ni se conserve sans raison , si ta gesse de Dieu paraît dans la disposition de ouvrages, sa puissance dans leur grandea faut que ceux qui ont osé douter de la iVi dence aient été des insensés et des stapidn n'auraient pas eu tort s'ils n'avaient nié q/ti eût point des dieux , à dessein de aoutcnr ^ n'y en a qu'un. Mais, comme ils ne Font niéi pour soutenir qu'il n'y en a point, quiconque doute qu'ils soient tombés dans la demièn toutes les extravagances y est lui-même ton IV. Nous avons parlé assez au long de hl vidence dans le premier livre. Que s^il y i une, comme il paraît si clairement ptrhba de ses ouvrages qu'il n'est pas pennii < douter, il faut nécessairement qu'elle ait | duit l'homme et le reste des animaux. ChcRli donc la raison pour laquelle le genre hnoii été créé , puisque ce que les stoïciens assoi est constant: «que c'a été pour son service le monde a été fait, b bien qu ils se trompem ce qu'ils disent qu'il a été Fait pour le scr humain , au lieu de dire qu^il a été fait poH

est

service de niomme; car soas ce nom singulier d'homme Ton comprend généralement tonte la nature. Mais parce que ces philosophes ne savent pas que Dieu n'a formé qu'an homme, ils s'imaginent qu'il en a formé plusieurs, qui sont nés de la terre comme des champignons. Hermès n*a pourtant pas ignoré que Dieu a formé Thomme , et qu'il l'a formé à son image. Mais retournons au sujet d'où je m'étais éloigné. Rien n'a clé fait pour soi-même, et rien n'a été fait qui n'ait quelque usage; car qui serait ou assez actif, ou assez imprudent, pour entreprendre de faire une chose dont on ne pourrait feire aucun profil? Quiconque élève une maison, ne Télève qu'à dessein qu'elle soit habitée. Quiconque construit un navire, le construit à dessein que Ton s'en puisse servir pour passer la mer. Quiconque fait un vaisseau , le fait pour y renfermer quelque chose. Ainsi l'on ne fait aucune chose en vain et sans la destiner à quelque usage. Le monde n'a donc point été créé pour soi-même, puisque étant insensible, il n'a besoin ni de la chaleur du soleil, ni de la lumière de la lune, ni du souffle des vents , ni du rafraîchissement de la pluie, ni des alimens que l'on tire des fruits. On ne peut pas même dire que le monde ait été fait pour Dieu, puisqu'il n'a pas plus besoin du monde,ni des espèces différentes qu'il renferme, qu'il n'en avait avant qu'il l'eût créé, et qu'il n'en tire aucun usage. Il est donc clair que le monde a été fait en faveur des animaux, puisqu'ils se servent de tous les biens qu'il renferme,et que s'ils ne les recevaient dans la saison, ils ne pourraient subsister. Il est clair d'ailleurs que tous les animaux ont été faits pour l'homme, qu'ils lui ont été donnés pour son usage et pour son service, et qu'aucun d'eux , soit qu'il soit sur la terre ou dans l'eau, ne peut comprendre comme lui la raison de la création du monde. Je vais être obligé de répondre en cet endroit à une difficulté qui nous est faite par les philosophes, et principalement par Gicéron. Voici à peu près la manière dont il raisonne. Dieu n'ayant créé le monde qu'en notre faveur , d'où vient qu'il a produit un si grand nombre d'insectes , de serpens et de vipères? D'où vient qu'il a répandu un si grand nombre de poisons sur la terre et sur la mer? Celte matière est fiort ample; mais je suis obligé de labréger , puisque je ne puis la toucher ici que comme en passant. L'homme

est composé de deux parties fort différentes et fort contraires, d'une âme et d'un corps, c'està-dire du cid et de la terre, de la lumière et des ténèbres, d'un esprit subtil , invisible et étemel, et d'une chair grossière, sensible et mortelle. Ainsi il y avait quelque sorte de nécessité de lui proposer et les biens qu'il devait poursuivre, et les maux qu'il devait éviter; car ce n'est que pour les discerner qu'il a reçu la raison et la sagesse. Les autres animaux, qui sont privés de cet avantage, ont reçu, comme en revanche des mains de la nature, et des habits pour se couvrir et des armes pour se défendre. L'homme n'a rien reçu de tous ces biens-là. Mais il a reçu la raison, qui est un bien plus excellent; il a été formé nu et sans armes, afin que la sagesse lui servit d'armes et de vêtemens. Que Gicéron apprenne donc : que la raison a été donnée à l'homme, afin qu'il pût prendre les poissons pour se nourrir, et qu'il pût éviter les piqûres des serpens et des vipères pour sauver sa vie. Ces biens et ces maux lui ont été proposés parce qu'il avait reçu la sagesse, dont le principal emploi est de les discerner. Il faut donc avouer que l'homme a une force et une puissance admirâble, puisque EKeu a créé en sa faveur le monde avec tout ce qu'il renferme , et qu'il l'a élevé au-dessus de toutes les créatures , parce qu'il est seul capable d'admirer la beauté et l'excellence de ses ouvrages. C'est pourquoi Asdépiade , mon cher ami , a eu raison d'écrire ce qui suit, dans le livre de la Providence , qu'il m'a fait l'honneur de me dédier : « Il y a sujet de se persuader que la Providence a placé l'homme immédiatement au-dessous d'elle , parce qu'il est seul capable de reconnaître ses œuvres ; car qui est-ce qui , en voyant le soleil , comprenne assez combien il répand de beautés et d'omemens? Qui est-ce qui , en voyant le ciel , l'admire autant qu'il mérite d'être admiré? Qui est-ce qui cultive la terre? qui navigue sur la mer? qui se sert du feu? Dieu n'a créé aucune de ces choses pour lui, puisqu'il n'en avait pas besoin. Mais il les a créées pour l'homme , afin qu'il en fit un bon usage. »

V. Rapportons maintenant la raison pourquoi Dieu a créé l'homme. Si les philosophes l'avaient connue, ou ils auraient soutenu les vérités qu'ils avaient découvertes, ou ils auraient évité de grandes erreurs où ils sont tombés. C'est ici le

LACTANCE

qui n'en avaient point de connaissance, bien f qu'ils eussent reconnu, comme je l'ai déjà dit, que Dieu avait créé le monde pour l'usage des hommes : n'ayant pas néanmoins reconnu lasuite de ces vérités, ils n'ont pu soutenir le principe. Platon, appréhendant d'attribuer à Dieu un ouvrage imparfait et de peu de durée, a dit qu'il était éternel. Pourquoi donc les hommes ne sontils pas aussi éternels? Les hommes pour lesquels le monde a été fait devant finir, pourquoi le monde ne doit-il pas finir? Est-il probable qu'il soit plus stable et plus durable que ceux à l'usa[;e desquels il se rapporte?

Si Platon avait fait une sérieuse réfleiion sur ces conséquences , il aurait reconnu que le monde ayant eu un commencement, il doit aussi avoir une fin, et que rien de ce qui est visiblef et palpable n'est éternel

Ceux qui nient, au contraire , que le monde ait été fait pour l'usage des hommes , ne sauraient dire pourquellefinil a été fait; car s'ils assurent que Dieu ne Ta fait que pour soi-même, nous leur demanderons pour quelle fin il a créé l'homme. Pourquoi jouissons-nous du monde? Pourquoi appliquons-nous à notre profit ce qui n'a pas été préparc pour nous? Pour quelle fin les espèces différentes des animaux ont-elles été créées? Pourquoi est-ce que nous croissons, que nous cessons de croître , et que nous mourons? A quoi se rapporte la génération et la succession continuelle des hommes? Dieu a voulu nous voir et imprimer sur nous son image , comme sur une cire, pour prendre plaisir à la regarder : ce qui étant ainsi , il a aussi voulu avoir soin des animaux, et principalement de l'homme, auquel il les a assujettis. A l'égard de ceux qui soutiennent que le monde est de toute éternité , je ne propose point maintenant une difficulté qu'ils ne sauraient jamais résoudre, sinon que le monde n'a pu être de toute éternité sans avoir un principe; mais je dis que s'il avait été de toute éternité , ce serait un ouvrage où l'on ne pourrait remarquer aucune trace de raison ; car quel bien la raison aurait-elle pu avoir dans la construction d'un ouvrage qui n'aurait point eu de commencement ? Avant que de faire un ouvrage, il faut en concevoir le dessin, et on ne le saurait jamais achever que Ton n'en ait conçu Tidce. Ainsi l'idée que la raison conçoit d'un ouvrage précfide l'cuvrage môme; et parlant, ce qui n'a point été

fait n'est point Touvrage de la raison. Or le monde est disposé et gouverné par la raison, et ainsi il faut qu'il ait été fait , et qu'ayant eu m commencement, il doive avoir une fin. Queceax dont je parle nous disent donc, sMls en sont capables, ou la raison pour laquelle le monde a étécréé, ou celle pour laquelle il sera détruit. Épicure, od plutôt Démocrite, n'ayant pu conaprendre cette raison, a dit qu'il était né de lui-même par im concours et par un mélange fbrluit de semences, et qu'il finirait et serait résolu parleur séparation. H a donc corrompu les bonnes idées qu'il avait conçues, et a renversé la raison par rignoraoce de la raison même. Il a réduit le monde, et ce qui se passe dans le monde , à la oondition d'un songe. Mais, puisque nous voyons qu'il n'y a aucune de ses parties qui ne aoît gouvernée par la raison, que les mouvemens des deux, le cours des astres, la vicissitude des saisons, la fertililé des plaines, la beauté des montaQpes et des forêts , la source et le progrès des fontaines et des rivières, la vaste étendue de la mer, la divenité des vents , et tout le reste qui le compose m dépend absolument , y a-t-il quelgu^un aiseK aveugle pour dire qu'un ouvrqge où les traits de la Providence sont si visiblement marqués, ait été fait sans raison? Que s'il est certain que rien ne se fasse ni se conserve sans raison , si Is sagesse de Dieu paraît dans la disposition de ses ouvrages, sa puissance dans leur grandear,il faut que ceux qui ont osé douter de la IVoridence aient été des insensés et des stnpidcs. Ds n'auraient pas eu tort s'ils n'avaient nîé qaH nt eût point des dieux , à dessein de soatenir qa*l n'y en a qu'un. Mais, comme ils ne l'ont nié qne pour soutenir qu'il n'y en a point, quiconque ne doute qu'ils soient tombés dans la dernière de toutes les extravagances y est lui-même ttMnbé. IV. Nous avons parlé assez au Imig de la Rrovidence dans le premier livre. Qne 8*il y en a une, comme il parait si clairement par la bonté de ses ouvrages qu'il n'est pas pennis d'en douter, il faut nécessairement qu'elle ait produit l'homme et le reste des animaux. GhcRhons donc la raison pour laquelle le genre humain a été créé , puisque ce que les stoïciens assurent est constant : a que c'a été pour son service qne le monde a été fait, b bien qulls se trompent en ce qu'ils disent qu'il a été Fait pour le service humain , au lieu de dire qu'il a été fait pour le

est

service de llioniiiie; car soas ce nom singalier d'homme l'on comprend généralement tonte la nature. Mais parce qne ces phHosopbes ne savent pas qne Dieu n'a formé qu'un homme , ils s'imaginent qui! en a ibrmé plusieurs , qui sont nés de la terre comme des champignons. Hermès n*a pourtant pas ignoré que Dieu a formé Thomme , et qu'il Ta formé à son image. Mais retournons au sujet d'où je m'étais éloigné. Rien n'a éié fait pour soi-même, et rien n'a été fait qui n'ait quelque usage; car qui serait ou assez actif, ou assez imprudent, pour entreprendre de faire une chose dont on ne pourrait feire aucun profil? Quiconque élève une maison, ne Pélève qu'à dessein qu'elle soit habitée. Quiconque construit un navire, le construit à dessein que Ton s'en puisse servir pour passer la mer. Quiconque fait un vaisseau , le fait pour y renfermer quelque chose. Ainsi Ton ne fait aucune chose en vain et sans la destiner à quelque usage. Le monde n'a donc point été créé pour soi-même, puisque étant insensible, il n'a besoin ni de la chaleur du soleil, ni de la lumière de la lune, ni du souffle des vents , ni du rafraîchissement de la pluie, ni des alimens que Ton tire des fruits. On ne peut pas même dire que le monde ait été fait pour Dieu, puisqu'il n'a pas plus besoin du monde, ni des espèces différentes qu'il renferme, qu'il n'enavait avant qu'il l'eût cr^, et qu'il n'en tire aucun usage. Il est donc clair que le monde a été fait en faveur des animaux, puisqu'ils se servent de tous les biens qu'il renfènne,et que s'ils ne. les recevaient dans la saison, ils ne pourraient subsister. Il est clair d'ailleurs que tous les animaux ont été faits pour l'homme, qu'ils lui ont été donnés pour son usage et pour son service, et qu'aucun d'eux , soit qu'il soit sur la terre ou dans l'eau, ne peut comprendre comme lui la raison de la création du monde. Je vais être obligé de répondre en cet endroit à une difficulté qui nous est faite par les philosophes, et principalement par Gicéron. Voici à peu près la manière dont il raisonne. Dieu n'ayant créé le monde qu'en notre faveur , d'où vient qu'il a produit un si grand nombre d'insectes, de serpens et de vipères? D'où vient qu'il a répandu un si grand nombre de poisons sur la terre et sur la mer? Celte matière est fort ample; mais je suis obligé de labrcger , puisque je ne puis

est composé de deux parties fort difKrentes et fort contraires, d'une âme et d'un corps, c*està-dire ducid et de la terre, de la lumière et des ténèbres, d'un esprit subtil , invisible et étemel, et d'une chair grossière, sensible et mortelle. Ainsi il y avait quelque sorte de nécessité de lui proposer et les biens qu'il devait poursuivre, et les maux qu'il devait éviter; car ce n'est que pour les discerner qu'il a reçu la raison et la sagesse. Les autres animaux, qui sont privés de cet avantage, ont reçu, comme en revanche des mains de la nature, et des habits pour se couvrir et des armes pour se défendre. L'homme n'a rien reçu de tous ces biens-là. Mais il a reçu la raison, qui est un bien plus excellent; il a été formé nu et sans armes, afin que la sagesse lui servit d'armes et de vêtemens. Que Gicéron apprenne donc : que la raison a été donnée à l'homme, afin qu'il pût prendre les poissons pour se nourrir, et qu'il pût éviter les piqûres des serpens et des vipères pour sauver sa vie. Ces biens et ces maux lui ont été proposés parce qu'il avait reçu la sagesse, dont le principal emploi est de les discerner. 11 faut donc avouer qne l'homme a une force et une puissance admirable, puisque Dieu a créé en sa faveur le monde avec tout ce qu'il renferme , et qu'il l'a élevé au-dessus de toutes les créatures , parce qu'il est seul capable d'admirer la beauté et l'excellence de ses ouvrages. C'est pourquoi Asdépiade, mon cher ami, a eu raison d'écrire ce qui suit, dans le livre de la Providence, qu'il m'a fait l'honneur de me dédier : « Il y a sujet de se persuader que la Providence a placé l'homme immédiatement au-dessous d'elle , parce qu'il est seul capable de reconnaître ses oeuvres ; car qui est-ce qui , en vo]rant le soleil , comprenne assez combien il répand de beautés et d'omemens? Qui est-ce qui, en voyant le ciel, l'admire autant qu'il mérite d'être admiré? Qui est-ce qui cultive la terre? qui navigue sur la mer? qui se sert du feu? Dieu n'a créé aucune de ces choses pour lui, puisqu'il n'en avait pas besoin. Mais il les a créées pour l'homme, afin qu'il en fit un bon usage. 9

V. Rapportons maintenant la raison pourquoi Dieu a créé l'homme. Si les philosophes l'avaient connue, ou ils auraient soutenu les vérités qu'ils avaient découvertes, ou ils auraient évité de

la toucher ici que comme en passant. L'honmie ' grandes erreurs où ils sont tombés. C'est ici le

pruKipe 1« ^m imporlapt, ^rtt le point d'o« les qatre» cK^dent, «t ot t'oa oc unnit maïuiner m»s t^é^arer ; c'nt ce qui e«t çiv« que le» masim» dés phUotophei ne «'■(gqrteitf point avec U T£rite , av l'Oi ep araiw^ 9« qaelqae «mniwwioe et i^m le ■syyttat A) la créqtHKi derbocnnie leur efu <l4rtTél4, jami* leurs swtiipciH et Ict prâivei dont i^ ■« *er<valeat pour tetippvyerp'anr^aititéraiTeqi^ par rAcadéiiHe.Si Diea D'i poiat ^ le nQwlc pour Mi-otoe, parce q«'U)i'«iipaib«ii4B, nuis pour ItuMonet q4 m lert de t^nt «• qnV reofenne, fl « bit llmnme pour aoi ; < Go quoi donc, dit Ëpioure , rfaamniê peirt41 to« «tÛe k Dieu,etqud|iwtifppinaMl,>V9irde|eQ(MPP* Il le criait afla qn'il j é«« «HT la laiTt we ar^ tore capable de rcamnaltn le pri» ùotmv^ vraies , l'iteodue de aa pr«videage, la grandtw de son pouviw, on esprit qol put l'admirer et lui donner les lotiaogesqa'il mérite; c'Mt'Mirei ta un mot, qui pût rboMW et loi nadrela culte qui lui est dû. Gctai-U iwd fc Wtmlê culte qui lui estd«,qtti oonnalt la mérita de aea ouvrages, qui le respecte eomme niataorde l'univers, et qui juge de aa najcaU par le f>n* deur du pouvoir qu'il a d^jtli^ en oamanai le desaeiR du moade et e»P«di«n«t. U aima raisonnemeat pent^tre prepoai en nuina de paroles, en diamt que Diea » fiùi le «Mde pdav rbomme et rtumaBe pour aoi, et que c'ait paat cela qu'il a a«ul la stUnre droite et la Ttage tDursiTcralecisI, aiMwe li Dtaa avait tapdn la main pour le retirar de la terra at pMr l'atM tireriaoi. «BleJc puiaqaeBloa,d(tt|lîsurttp'a besoin de rien daue la ooodile da'aon boahaw, de quoi lui sert le culte vu l'bemme lai rendP* U aioata eooore cette demanda iifiiDieaaal ft>rt connddré l'boaanw, qnll a(t UCB «aalii créer le ntondo an aa hvenr , lai inpirer la aagesse , lui donner te commandaiBent anr la reste de ses créatures, le dMrireomDM aoDflJa, poer quoi ra-t<ileréés^iet i laaodrt et A taatd'aotrea fkibleaiesP Pourquoi l'a-lnl expoat ) tant de misères^ail lien qu'étant étroltementuBlilai,!! devait être immortel commelut, et généieuiPi J'ai toMM cette matièn dana tes Ibrea pr«cédens. Mais pane qu'elle aenUe r^aider principalement cdni-ci oA je traite de la vie bsenhenreuse, je crois en devoir parier im peu plus amplemott, ponrespUqier qMllee M i

Kl'mpn^HMioadtliyav^a, laarff tftitwie vnmmitibénàtmm^qi'it itekdeaoDrpaUIMiefcli^rtaia,rtvrti

BQtra la Hea et la Ibalk ate da laar |naTartii,etdelat»aiBdil»]i iarleéitr MrdeatravaaieifMapdimdlMB- Ombi

«'aufiiient (w siifeMer diins le vldr , il i leindcleitmellrctlaafi un uorfi.s: cl [wur !t il leur a pr^panï un I leu où ellm piimnl rer. C'est pour cela qu'il a dispoK In ideTunivers arec un ordre dont latwjnlé de l'admiration; qu'il a plac^enhntla ég^n des éléroens et en bat le* pis ; qu'il a comme suspendu le dcl «t affàai ee de la terre. Il n'edt pas iiéceuairr d'à :i une louftue énuméralion , parce que )t i .assczexaclemenl,sijeni-n)e(rritnpe,dBil ; second. Il a plucé les ustro» dans h* dd, 1 mpéré leurs ruouvcinens et leur lumilrc nianiëre convenable auK brsaitu dta îs. Il a donné â la terre, qui Intr deoàl de demeure, la fCcondité pour prodidre ils et les herbes qui les nourrlssenL Unut aciievé le monde, tt forma l'boamedi •f c'est-à-dire qu'il renferma l'ame dam oa [errestrc, afin qu'éljiut composé dedcn si diPfêreDles et métue si coairsira, I table du bien el du mal. Comme la ' sa nature fertile, et qu'elle a la tant re des herbes el des Fruits , ainsi le i I té tiré de la (erre, a la |niiaain re de semblables; de sorte qu'à uivant la loi de sa naissani» qui le bic et moriel , il se corrompt et T il en substitue d'autres qui réparenll t conservent la nature par une mr lelle. Mais, puisque Dieu, dîra-t-on, monde eu faveur de l'bomme . pourqa4j ■•t -il donné un ci)r|» Nible et sujet à ~ tl llleluiadonné.premièremCDtftdc un grand nombre d'ftmes et d'en ;; ensuite, pour lui fournir : iraltre la vertu , et de nipporter c les travaux et des Fatigues par wlalJlé.

rhomme est composé d'un oorps terrestre et d'une âme céleste , il a aussi deux vies , une temporelle, qui est propre au corps, et une éternelle, qui est propre à l'âme. Nous recevons la première quand nous naissons ; mais nous ne parvenons à la seconde que par notre travail, {Mrce que, comme nous l'avons déjà dit, nous ne devons pas jouir sans peine de l'immortalité. La première vie est terrestre comme le corps, et a une fin comme lui; au lieu que la seconde est céleste comme l'âme , et n'a point de fin non plus qu'elle. Nous recevons la première sans en avoir aucune connaissance; au lieu que nous avons une entière connaissance de la seconde quand nous la recevons , parce qu'elle est la récompense de la vertu et non l'apanage de la nature, et que Dieu a voulu que nous la pussions mériter par celle que nous menons ici-bas. Il nous a accordé la vie présente, ou afin que nous perdions par nos péchés la vie véritable et éternelle, ou que nous Tobtenions par nos vertus. Le souverain bien ne se trouve point dans la vie du corps, parce que, comme elle a un commencement par un ordre immuable de Dieu, elle doit, par le même ordre, avoir une fin. Or il est certain que ce qui est sujet à avoir une fin ne peut renfermer le souverain bien. La vie spirituelle que nous pouvons acquérir, étant au contraire exempte de désirs et de tout mal, elle contient le souverain bien. La structure naturelle de notre corps semble fournir une preuve de cette vérité; car, au lieu que les autres animaux sont tournés vers la terre doù ils sont sortis, et qu'ils ne sont nullement capables de recevoir l'immortalité, qui vient du ciel , l'homme regarde le ciel et attend l'immortalité qui lui est promise, bien qu*il ne la puisse posséder que quand il platt à Dieu de la lui accorder. Si Dieu ne l'acQprdait , il n'y aurait point de différence entre les méchans et les gens de bien, puisque les uns et les autres seraient également immortels. L'immortalité n'est donc pas, comme je l'ai dit, un apanage de la nature, mais une récompense de la vertu. L'homme n'est pas droit dès le moment de sa naissance : il est d'abord courbé vers la terre comme les auimaux j terrestres , parce qu'il a un corps et une même | nature que la leur, et que la vie qu'il mène icibas ressemble fort â celle des bêtes. Mais il prend ensuite des forces et s'élève vers le ciel;

il délie sa langue et en apprend Fosage. Gela nous montre que l'homme, étant né mortel, devient immortel lorsqu'il commence à vivre de la vie de Dieu, c'est-à-dire à suivre la justice, qui consiste dans le culte de Dieu , dès que Dieu même l'attire à la vue du ciel et à la considération de soi-même. Gela arrive, lorsque Phomme étant lavé dans ce bain céleste, y laisse toutes les faiblesses de l'enfance et toutes les taches de sa vie passée, et y prenant l'accroissement d'une force toute divine, arrive à un âge parfait. Ainsi , quelque étroite que soit l'union du corps et de l'âme, ces deux parties qui nous composent ne laissent pas d'être dans un combat perpétuel , parce que Dieu nous a proposé la vertu pour récompense. Les biens de Tâmc sont les maux du corps, comme la foite des richesses, la privation des plaisirs, le mépris de la douleur et de la mort. Les biens du corps sont aussi les maux de l'âme, comme l'amour des richesses, les plaisirs et les divertissemens , qui corrompent l'esprit et le perdent. Voilà pourquoi il est absolument nécessaire qu'un homme qui a de la sagesse et de la vertu soit attaqué par les maux , afin qu'il les puisse surmonter par son courage, et que les méchans soient au contraire dans l'abondance des biens de la terre , tels que sont les plaisirs, les emplois et la puissance. Ces derniers mènent une vie toute charnelle, et étant plongés dans les voluptés, qui sont les ennemies de la vertu , ils ne peuvent arriver ù l'immortalité. La vie temporelle doit donc être sujette à la vie éternelle , de la même sorte que le oorps doit être sujet à l'âme. Quiconque aime la vie de l'âme méprise celle du corps, et nul n'arrivera jamais à la possession du souverain bien , qu'en se souciant fort peu de tous les autres. Celui, au contraire, qui aura préféré la vie du corps et qui se sera attaché à la terre par ses désirs, ne pourra jamais jouir de la vie céleste. Celui qui voudra être heureux pendant l'éternité, sera malheureux pendant le temps, et ne goûtera point la consolation que Dieu donne dans le ciel, qu'il n'ait essayé toutes sortes de fatigues et de peines sur la terre. Celui qui aura voulu être heureux dans le temps, sera malheureux dans l'éternité et sera condamné par un effet de la justice divine à un châtiment éternel , pour avoir préféré les biens de la terre à ceux du del. Dieu veut être adoré et bonoré

LACTANCE

comme un pire, afin ijiu la honunea eo rtwnorant acquièrent U ugcue et b vertu, par laquelle od parrîeat à l'immortalité. Gomme c'est une récompnue que loi senl peut domier, il n'r a aussi quecdm qui l'aim mivi et boDoré qui puisse y prétendre.

VI. J'abrtgeni maintepantlelong rdionnement que je Tiens de pnqioser, et le rédnirû en peu de paroles. Le monde a été créé, lAn qoe riuHnme j put naUre. LliaouDe est né ifla de pounKT ccmnaltre lecréateor dn monde, et son propre aotenr ; il le connaît afin de loi rendre le culte qni loi est dft; il Ini rend leenlte qui lui est dA, aSn d'obtenir l'immortalité en récompense; il obtient l'immortdïté en réconpenie des travaux qui sont attaebés an serriee de Dieu, afin de devenv semUable aux uges, et de servir son pire et sim aeignenr dans son rofaome. Voilà l'abrégé de tonte b rdigion et le mystère qui estcadiéft ceux qui. ayant attadié bnrs affectioDS aax biens de b terre, se loat plongés comme dans b boue des plaisirs àianels.

Examinons maintenant si le «die qoe ron rend aux dieux peut Mre ai^oyé de qodqne raiBon.5'iiyaplusiearsdieax,etsilesboBUBMne leurreadentdes bonnenrsqoe poorobtenird'eax des ricbesses, b victoire et d'antres semUdrtM avantages qui ne servent que durant b vie pt^ sente; si nous ne naissons pour auemw fin, et s'il n'y a point de providence qnt premie aucun serin de ncHis; si nons ne voions an nxmde que par basard , qne ponriMMis*mémei et pour notre plaisir ; si noos ne sommes rien qwès »>treinx-tiqu'ya-t-ildesi vain et de si Inutile que l'homme, et que b monde même, sa vaste étendue et sa merveilleuse stmctnre ne serviraient de rien?!^ nous ne sommes d'anémie cuh lidëration devant Dien , si U mort détroit tout noire être, si notre vb ne sert de rien, pouN quoi est-ce que toute b nature travaUb pour b conserverP Ponrqnoi est-ce que les venls agitent les nnée^, que les édsirs remplissent l'air, que les tonnenes grondent, que les pluies «rosent la tere, que b terre imdnit des flrrats et porte des animaux. Que s'il n'est pas pennto de dire ni de croire qoe le oHmde, qui est eomposé avec tant d'art et avec tant de sagesse, ait été créé pour rien, comment peut-«e soatenir on les extravagances des hwm itUgtou, M

1 en 'S qui révoquent ti

I II uc I uuiiic uc I diut: ? Car quelle raison

it-ils rendre du soin que les dieux pnn-

nentde fournir aux liommes à chaque saisoact r est nécessaire ? Est-ce afin qu'ils leur |)rè> t du blé et du vin , de l'encens et des vicii- Ces biens-là étant périssables , ne peuTU

p : à des essences immortelles, ni semrl

res dégagés de la matière. Maiii enfin,»

Il ui GoubaJtaient d'eu jouir, ils les poii>

n avoir sans les recevoir de la niaiu àa es. Soit donc que les Ames soient ou mv-

tell 3U immortelles, sur quelle raison pt-ut-Mn é le culte des dieux? Par qui lcmondei<

t É créé ? Pour quelle raison, en quel leiups, elle manière, et pour quelle fin les boiB- 9t-ils été faits ? Pourquoi est-ce qu'il» mitit et qu'ils meurent, et que , par une muxmoatinuelle, ils renouvellent et consrrmx sprit ? Quel avantage les dieux tircnt-ib oitc de l'homme que la mort réduira uojoor mtPQuellespromesses et quelles metom

peu nt-ils faire qui soient dignes ou des hoo»u des dieux? Que si les âmes survivcBt ■ qu'est-ceque les dieux veulent bired'ella, r quel dessein les réservent-ils? IVoùfies- :cs dieux eui-mëme-s? Quel estlearprtK

c Pourquoi sont-ils en si fp-and nombef

' ce que je viens de dire fuit voir dUn- . si je ne me trompe , que dès que l'os H- : du principe que j'ai établi, onabandMW ement la raison.

VU. Les philosophes n'ont point comprit k , pour n'avoir pu comprendre ces prtait ivec leurs suites et leurs dépcndaaees. fc

en [t vu quelques conséquences détacbén; ne les ayant pas réunies, ils n'ont poiw i de raisonnement parfait. Il est aisé dr ! voir qu'il n'y a presque point de véritéw le les philosophes ne se saïeut pans^âne prélendoQs pas renverser la phQaw-

p tar la méthode. Les académiciens ont xmé de suivre en réfutant , ou plulOI ea it , tout ce qu'on leur objecte. Mais nom

V Ds montrer qu'il n'y a Jamais eu de wdn 1 engagées dans l'erreur, ut dcpbîhMopbn i trompés par la vanité de letirs peotM.

< n'aient vu quelque chose de b vérité. I) 3r pourtant due les ohilosophi» s'étmt

gaocesinriiBtnr

grand désir de dispate, et ayant entrepris de soutenir opiniâtrement leurs erreurs, ont renversé les meilleurs maximes des autres , et ont laissé échapper la vérité d'oitre leurs mains. Que si quelqu*un avait ramassé les vérités qui sont répandues parmi les diverses sectes des philosophes, et qu'il en eût formé un corps de doctrine, il ne se trouverait pas éloigné de notre sentiment Mais c^est une entreprise que nul ne peut ftiire s'il n'est bien informé de la vérité , et il ne peut en être bien informé s'il ne l'a apprise de Dieu même; car à moins de cela , il ne sera jamais capable de la reconnaître et de la discerner de la fisiusseté. Que s'il la pouvait découvrir par hasard, il ne laisserait pas de raisonner solidement; et bien qu'il ne pût l'appuyer sur le témoignage de l'Écriture , il la proposerait assez évidemment pour la faire reconnaître. C'est pourquoi il me semble que l'erreur de ceux-là est tout à lait insupportable, qui, après avoir approuvé les maximes d'une secte , et s'être déclarés en sa fiiveur, condamnent toutes les autres comme Causses on inutiles, et se préparent à une dispute opiniâtre, bien qu'ils ne sachent, ni ce qu'ils doivent soutenir, ni ce qu'ils doivoit réfoter , et rejettent indifféremment tout ce qui est avancé par ceux qui ne sont pas de leur avis. La chaleur et l'opiniâtreté de leurs disputes a été cause qu'aucune secte n'a possédé entièremment la vérité , bien que chacun en ait découvert une partie. Platon a dit que Dieu avait créé le monde. Les prophètes ont assuré la même chose, et les sibylles l'ont confirmé par leurs vers. 11 faut donc que ceux-là se trompent, qui disent que toutes choses sont nées d'elles-mÀnes, ou par le concours de quantité de sonences fort petites et fort déliées; car il est impossible qu'un ouvrage d*une si prodigieuse grandeur et d*une si merveilleuse beauté, ait pu être produit autrement que par la puissance et par la sagesse d'un autre être parfait. La manière dont il se conserve et se gouverne est une preuve convaincante qu'il est l'ouvrage d'un être sublime, intelligent. Les stoidens soutiennent que le monde et ce qu'il contient, a été lait pour l'homme. L'Écriture nous enseigne la même vérité ; et ainsi Démocrite s'est trompé quand il a cm que les hommes étaient sortis au hasard de la terre comme des vers. Ce philosophe n'ayant pu pénétrer le

secret de la fbrmation de l'homme , l'a réduit comme au néant. Ariston a prétendu que les hmnmes étaient nés pour pratiquer la vertu. Les prophètes ont enseigné la même doctrine , et partant Aristippe a eu tort de les assujettir an plaisir comme des bêtes. Phérécide et Platon ont soutenu l'immortalité de Tâme, et c*est la croyance de tous les chrétiens, et partant Dicéarque et Démocrite sont tombés dans Terreur, quand ils ont dit qu'elle périssait avec le corps. Zenon le stoïcien a soutenu: qu'après cette vie il y a des lieux séparés pour recevoir les âmes des gens de bien et celles des méchants ; que les unes jouissent d'une parfaite tranquillité, au lieu que les autres sont tourmentées dans une région obscure et dans un bourbier plein d'horreur. Les prophètes nous ont fiait une description toute semblable des peines et des récompenses qui sont préparées par la justice divine aux sièdes à venir. Épicure s'est donc trompé quand il a cru que ce n'était qu'une fiction poétique, et qu'il s'est imaginé que les supplices qu'on attribue aux envers sont ceux que les mâchants souffrent sur la terre avant leur mort. 11 est donc clair qu'il n'y a point de vérité , ni de mystère dans notre religion, que les philosophes n'aient soutenus et qu'ils n'aient en quelque sorte touchés. Mais ils n'ont pu soutenir les vé> rites qu'ils avaient découvertes, parce qu'ils n'en avaient pas formé un corps, comme nous l'avons fait.

Vm. L'inunortalité est donc le souverain bien auquel nous sommes destinés dès notre commencement et dès notre naissance. C'est la fin où nous tendons et où nous arriverons par la vertu. 11 est bien juste d'en parler, puisque nous avons été assez heureux pour la découvrir. Quelque justes qu'aient été les argumens de Platon, ils n'avaient pas toute la solidité néces^ saire pour établir parfaitement la vérité, parce qu'il n'avait pas compris les raisons de ce mystère. 11 avait les sentimens qu'il faut avoir de l'immortalité de l'âme, mais il n'en pariait pas comme du souverain bien. Nous pouvons parier avec plus d'assurance, puisque nous avons, non des coi^ectures et des doutes, mais une connaissance que nous avons tirée de la doctrine de Dieu même. Quant à Platon, il a raisonné de cette sorte: «Tout ce qui a, dit-il, du sentiment et du mouvement par soi-même est immortel, car

LACT fCE.

ee ({tti n'A point de l^iilcipe da mA n'i point austi de fin, puisqu'il n'a garde d'ètn abandonné par soi-nitaie. » U aurait attribué par cette manitâ'e de r^tonner l'imnortaiité MU bètes, s'il ne tes en eût odoea, en ajcntaot qu'il D'y a que ramfe de rhomne qui aoit Mr» nelle. U explique cette propoailiDa, en remarquant la Bobtilitâ de les invcntioat, la pro>ip>titudedeseipeniéesjlateilitéde aetcuMq»' lions , le aoaTanir qU*cUe oonMTTfl ^ pané , la préYoraoee qu'die t poor l'AKniri et la dômiia* noce d'une moltitude preaqaa Incrotrablt d'arts et de ideiicesdcKtt les autres animaoi n'dnt pM la moindre tebitare;*Getleiiae,qo«t»44lt qqi est capable de tant de grudes dNefe», dcaocad sans (hMite du càdtpnlsqvel'ali BeaaBtit bvÉTtr s(Ki origine inr la tcne. Elle n'a ibn de tMteitret et tant ce qu'il y A de teirMIrt dans l'honnaa retourne à la terre d'flA il a été tM{ n lien qi« ce qu'il y a de anbtil et diS câeate retdame an cid, dès qu'il eat délivré dn corps od il «fall été renfermé flonme dans ode prtaa. «Voilà n« abr^ adUe de la doctrtae de Platiiâ , ^ flrt expliquée ftwt an Img dana sca onmgei. P|^ thagore avait été déiaqianTaat dam liritai aentiment,ana« Uniqàe Mérédda^ adn «akitt qui , selon te ténnigùffB d* Ckéran, a parti k {ffcmier de l'ionotriilé de l'âme. Mail Moa que ces philoiopbes aient éneUé en éb^KriDè^ ils n'ont remporté anom iiauligi dan oatti dispute sar Dicéarque, sur Démocrite et w^ £picnre,qniont«>ntaiBteaeBtiamt<»ntMre; et la matÂre est donenréc ai pe> édurée , qnc Clcéron,apitsaTi)imppMiétmitnMaapinioaB diii<6rentes, trône franchement qu'il ne sait laquelle il dint emtafaaaér : a 11 Ant, dit-il , avoir une honfère divine pour détnnrir liM|ueUfl de cesopiasanaestteïÂ'ilaide.aEt dans un entre endrait,ll écrit eeqii auitcàChicuÉie de a* opinons Jyast été aantauQ par - de fawai bomnea , on ne laurrit deviner ee qn'ïa ont dit de certain.* Nous n'avona pas besoin dt àabnT,nDnB, ïtinlDieuarévdélaTdrilé. >

IX. il y a des argamtns qui n'-ont étélttvoMéi BiparPlatonT ni par aucun autre ■tihilnnophn, qui nebjaaent pas de prouver hrtaoGdenett llmmertaRté de rime. Je ha renfeiMiui en peu de paroles, parce que jln bUe de rqpréMOter le Jora-dujogaDeHtoù lesactiMa de tooslnboai>

ni dn oorpa ont de ludMMÉâifr m diai : de douter de «m utiMaoBv pvnî MlB lerrdHes i ajproÉrfk^dafe ukfN» dsH k

se fait sentir , bien que leur substancr «M rceplible aux yeux, ^ious conDsiSMui» li X, l'odeur et le vent , quoique nous bc In ions voir. Et ce sont des exemitlr^quinDoi nouent à connaiire Dieu par dn cfTrU, que nous se le voyons point parleajim >rps. Qu'y a-t-il de si dair que la voii.dt I t que le vent, de si violent que l'odeut? ndaut nous n'apercevons aucun de en i. quand ils remplissent l'air ou qu'ils Inpnos sens. Ainsi nouKconnaisaonsl>ieii,iiaa es yeux, ni par aiiuun ^uirv sens corpord, p-At l'esprit ei pnr h considération de m i^'CH. Bien loin de mettrr au minibre dn Miphes ceux qui assurent qu'il n'y a aumo , à peine s'ils mérileiit que je les mellr m ire des hommes. Ils sont pIutAt xemtilitdci létes , puisque , ne découvrant rien pwlia t,ils(ToieDt qu'il n'y 3 rien queceqniloaeurs sens , cl que , parce qu'ils \-ateai is "sites aux f;ens de hieii et de» pmspèriUi nëcbans, ils se sont iiDaginé que tout ceqn t se Fait par hasard , cl que le monde, si d'être l\>uvrage d\ine sngt; proridine, qu'un eff^t de la nature, lia sml imM te dans les extravagances où leur pnuMr ■ment devait les jeter. Que ai Dirnctl^ irel, invisiMe et éternel, on ne peut ps fêrer que l'Ame ne survive point au corpiit ; eest invisible dès le momeniqu'cllecuiM ée, puisqu'il est certain qu'il y adesétm jbsistent et qui ont le seolitoeot de la ne qu'ils ne puissent ttre apo-çua par Ist Mais ii est difficile, dim-t-on , de emet> iu quelle manitre l'Aine conserve le icstf- , lorsqu'elle n'a plus les orgamu pv 06 In inces sensitives n^t^wveat leurs fbndiauL dirons-nous de Dieu;-* Kst-îl aÎ8« de tam- Ire la manière doul il subsiste sauavàt rps P Gomme ceux dont je parte sont pffsqu'ilyadesdieui,sicesdicux-.{àciiltcal et, ilesicertainqu'ilsn'oiitiNMiitdecapi nés subsistent de la inéfui- sorte lursqn'd» èparées,et cela est fixidésui-la remembtaïKf ïgarddclaraiMXin

«rgumettt assez fbrt , et dont Gicéron a eu connaissance , pour prouver l'immortalité de l'âme, qui est : qu'il n'y que Tliomme qui ait quelque idée judicieuse de la religion. Or, la religion nous étant propre et particulière, c'est sans doute une preuve que nous désirons et recherchons une nature excellente , à laquelle nous dcN-ons nous unir étroitement. Quelqu'un peut-il considérer la structure des autres animaux, que la providence éternelle n*a faits courbés vers la terre que pour montrer qu'ils n'ont aucun rapport au ciel , sans reconnaître que l'homme seul est un animal céleste et divin, dont la taille droite et le visage élevé vers le ciel semble mépriser la bassesse de la terre, chercher le lieu de son origine , et tendre vers le souverain bien, qui est son principe. Trismégiste a très-bien nommé Uù^kiSa l'action par laquelle l'homme tend à Dieu , qui est une action dont les autres animaux ne sont pas capables. La sagesse, qui est un bien qui n'a été accordé qu'à Thomme, n'étant autre chase que la connaissance de Dieu, il est clair que l'âme, au lieu de finir avec le corps, subsiste toujours, et que, sentant comme par un instinct naturel et le principe d'où elle est sortie et le lieu où elle doit retourner, elle aime et cherche Dieu , qui est éternel. Il y a encore une autre preuve fort considérable de Timmortnlité de Tâme , qui est que l'homme seul a Tusage du feu , qui est un élément céleste. • Toute la nature étant composée du feu et de ^ l'eau, qui sont deux élémcns contraires, dont ■f Tun est attribué à la terre et l'autre au ciel, les » autres animaux , comme grossiers et terrestres, ' se servent de l'eau, qui est l'élément de la terre; '* l'homme seul a l'usage du feu , qui est un élé- ■' ment léger, sublime et céleste. Ce qui est pesant : abaisse et entraîne vers la mort, au lieu que ce « qui est léger élève et porte à la vie, qui est en 1 haut. Gomme il n'y a point de feu sans lumière, i il n'y a point de vie sans lumière. Le feu est •^ donc l'élément de la lumière et de la vie, d'où :' il s'ensuit que l'homme, qui en a l'usage, est i d'une condition immortelle. On peut encore tirer i une autre preuve de l'immortalité de l'âme j de l'avantage que l'âme a seule de posséder la , vertu; car si Tâmc périssait avec le corps, la i vertu serait contraire à la nature , puisqu'elle 4 nous nuirait durant le cours de la vie présente. 3 La vie (jne nous menons sur la terre et qui nous

est commune avec les animaux, poursiùt le plaisir et fuit la douleur, dont le sentiment est incommode et donne quelquefois la mort. Que si la vertu nous prive de la jouissance des sens que nous recherchons naturellement, et qu'elle nous porte àsouffrir les maux pour lesquels nous avons de nous-mêmes de l'aversion , la vertu est un mal contraire à la nature, et il faut avouer que c'est une folie que de la poursuivre , puisqu'en la poursuivant on se prive des biens présens, et qu'on souffre les maux sans espérance d'aucun profit; car n'est-ce pas avoir perdu toute sorte de sentiment que de renoncer aux plus charmantes voluptés , pour vivre dans la bassesse, dans la pauvreté, dans le mépris et dans la honte, ou plutôt pour ne pas vivre, mais pour gémir, pour être tourmentés et pour mourir! N'est-ce pas être stupide et aveugle que de se jeter dans des maux dont on ne tire aucun bien qui puisse récompenser la perte de plaisir dont on se prive ! Que si la vertu n'est pas un mal , si elle agit honnêtement quand elle méprise les voluptés criminelles et infâmes, si elle fait paraître de la force quand, pour s'acquitter de son devoir, elle n'appréhende ni la douleur, ni la mort, il faut donc nécessairement qu'elle obtienne quelque bien plus considérable que ceux qu'elle rejette. Or quel bien peut-on espérer après la mort, si ce n'est l'éternité?

K. Parlons maintenant de ce qui est contraire à la vertu, pour en tirer de nouvelles preuves de l'immortaUlé de l'âme. Tous les vices sont sujets au temps, et ce n'est que pour le temps qu'ils s'élèvent. La vengeance apaise la colère; le dégoût qui suit la jouissance noodère ou éteint absolument le vice de la volupté ; l'ambition qui recherche les honneurs s'en lasse dès qu'elle les a possédés. Les autres vices s'arrêtent aux objets qui les avaient excités; et ainsi ils passent en un temps pour revenir dans un autre; au lieu que la vertu demeure ferme et immuable, sans abandonner jamais celui qui l'a une fois reçue, car dès que nous la perdons, les vices, qui sont ses ennemis, retournent : ainsi quand elle s'éloigne, et qu'elle se retire, c'est une preuve que nous ne l'avons jamais bien possédée. Quand elle est une fois solidement établie dans notre cœur, elle paraît dans toutes nos actions, et elle ne pourrait exterun'ner tous les vices si elle ne demeurait ferme dans le cœur dont elle s'est tout

à fait emparée. La fermeté et la œnstance de la vertu est une marque et un témoignage de celle de Tâme où elle est reçue. Le vice et la vertu étant contraires, tout ce qui leur arrive Test aussi. Les vices sont les mouvemens et l'agitation de Tâme; la vertu est sa paix et son repos. Les vices sont sujets au temps, et les plaisirs, qui sont leurs fruits, passent promptement aussi bien qu'eux. La vertu est stable, durable, et égale à elle-même. Le fruit que l'on tire des vices est propre au temps présent ; la récompense de la vertu est réservée à Tavenir; et comme respace de cette vie est la carrière où la vertu s'exerce, ce n'est point le lieu où elle reçoit la couronne; elle ne la reçoit que quand elle s'est acquittée de tous ses devoirs et quand elle a achevé tous ses travaux. Mais cela ne vient jamais avant la mort, parce que le principal devoir de la vertu est d'accepter la mort avec joie et de la subir avec constance. La vertu ne reçoit donc sa récompense qu'après cette vie. Bien que Gicéron ait témoigné quelques doutes sur cette matière dans ses Questions tusculanes, il n'a pas laissé de dire que nous ne jouissons du souverain bien qu'après la mort : « Il faut, dit-il, aller à la mort avec assurance lorsque cela est nécessaire, parce que l'on sait, ouqu'elle nous met en possession du souverain bien, ou qu'au moins elle exempte de toute sorte de mal. » La mort ne détruit donc pas l'homme entier, mais elle le met en état de jouir de la récompense de la vertu. <!( Quiconque, ajoute le même orateur, se sera rendu esclave de la volupté, sera comdamné à un supplice étemel. » Ce supplice-là dont il parle est le même que TËcriture appelle la seconde mort, qui est une mort qui n'a point de fin et qui est accompagnée de tourmens très-rigoureux. Gomme il y a deux vies, l'une du corps et l'autre de l'âme, il y a aussi deux morts, dont Tune n'est qu'un effet de la nature, et l'autre est le chàtimen t du passé. Gomme la vie que nous menons sur la terre est sujette au temps, et qu'elle a un terme, la mort qui la détruit en a un aussi. XI. La mort finira elle-même lorsque le temps i|ue Dieu lui a prescrit sera arrivé, et comme elle aura ses bornes de la même sorte que la vie qui l'a précédée, les âmes ressusciteront et prendront possession d'une vie qui n'aura jamais de fin. Gomme la vie de rame est étemelle et qu'elle jouit d'une récompense que nul lau-

LACTANCE

gage ne peut exprhner, la mort Test aut ses tourmens sont aussi infinis dans leur i que dans leur rigueur. Ainsi, ceux qui sont reux durant la vie que nous menons i terre, seront éternellement malheureux, qu'ils auront joui des biens qu'ib auront | rés, et ce sera le tort de ceux qui auroni prisé Dieu pour adorer des idoles. Gea contraire, qui auront été malheureux, pi et méprisés durant cette vie, qui aurontsoi des affronts et des vexations pour b justj d'autres peines qui sont inséparables i vertu, seront éternellement bientieureo:

après avoir soufFert des maux passagen posséderont les biens étemek; et œ se condition de ceux qui auront méprisé les < et les biens de la terre pour enibrasser i religion dont la récompense est étemelle, dirons-nous maintenant des ouvrages du ( et de l'esprit P ne prouvent-ils pas que l'âoi exempte de la mort? Le corps étant fragî mortel ne fait rien qui ne soit de même a tîon. «c 11 n'y a rien, dit Gicéron, de œ qui faitpar la main des hommes qui ne doive on finir, soit qu'il soit ruiné par la main des bon mêmes, ou consumé par la longueur des aon Moàs voyons au contraire que les ou vragesdi prit durent toujours. Ceux qui méprisa biens du monde ont laissé à la postérili monumens de leur esprit et de leur vertn e quis une réputation immortelle. PmiqiM ouvrages du corps sont siyets à la mort, | que le corps y est lui-même siget, on peo ger que l'âme en est exempte, parce qn ouvrages le sont. Les délices du corps i l'âme peuvent encore servir à prouver qœ est mortel et l'autre immortelle. Leoiv] désire rien que de temporel, de quoi bon quoi manger, de quoi se vêtir, du repo plaisir, bien qu'il ne puisse ni désirer ni p der aucune de ces choses que par les leooa les moyens de l'âme. L'âme désire au eaatï beaucoup de choses qui ne rq;ardent poil corps et qui ne luiapportentaucunpr€flt,ooi la réputation et la gloire; elle en diésired'ai qui sont contraires à l'intérêt du corps, en de s'abstenir de plaisirs, de souffrir la don et de s'exposer à la mort. Le pouvmr quel a d'agir sans le corps, au lien que le corps a aucun d'agir sans Tânie, est une pnsvc

la mort qui sépare i'àme du corps et ne la détruit point. On se sert encore d'un autre argument pour établir la même vérité, qui est : que tout ce qui est exposé aux yeux on à l'attouchement, est sujet à être détruit par la force, et partant qu'il ne peut être étemel,mais ce qui ne tombe ni sous l'attouchement ni sous les yeux et ce qui ne se fait sentir que par ses effets, est étemel, parce qu'il ne peut souffrir aucune violence étrangère. Le corps est donc sujet à la mort, puisqu'il est exposé à la vue et à l'attouchement, et l'âme est immortelle parce qu'elle n'y est point exposée. XU. Répondons maintenant aux argumens que proposent ceux qui soutiennent un sentiment contraire, et que Lucrèce a rapportés dans son troisième livre :

Ptiicque rame, dit-il , nati avec le oorpi , il faat Décesiaireuicnt qu'elle meure avec loi.

11 y a grande différence entre l'une et l'autre. Le corps est .solide,vi$ible et palpable; Tàme est subtile et imperceptible aux sens : le corps est formé de terre; l'âme n'a rien de la grossièreté ni de la pesanteur de la terre, comme Platon le reconnaît; car si elle ne tirait son origine du ciel, elle ne pourrait avoir autant de promptitude, d'adresse et de force qu'elle en a. Le corps est visible et palpable, sujet à la corruption et à la mort, parce qu'il est formé d'un élément pesant et corruptible. Mais i'àme est immortelle, parce qu'elle est subtile et imperceptible à l'attouchement; elle est hors des atteintes et de toute violence étrangère. Il est vrai que le corps et I'àme naissent ensemble, et que le corps, qui est fait de terre, est comme un vase qui reçoit I'àme. Lorsque ct^ deux parties souffrent la séparation à laquelle on a donné le nom de mort, chacune d'elles retourne à sa nature ; le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, et I'àme, qui a été créée par l'esprit de Dieu, demeure immortelle, parce que l'esprit de Dieu est éternel. Enfin, ce poéie ayant oublié ce qu'il avait avancé, de la doctrine qu'il avait entrepris de soutenir, ajoute ce qui suit : »

Ce qui a ^lé tiré de la terre retoume 1 la terre; ce qui est descendu du ciel remonte au ciel.

11 est certain que ce discours ne convient pas à une personne qui est persuadée que l'âme meurt avec le corps; mais Lucrèce a été vaincu par la force de la vérité, et il l'a laissé écha^)per de sa plume. La conclusion qu'il tire

de ce que l'âme nait avec le corps, c qu'elle meurt aussi avec lui, «est fausse et peut-être tournée contre lui-même. H est feux que le corps périsse lorsqu'il est séparé de l'âme ; il demeure entier plusieurs jours, et se conserve même très-longtemps quand il a été embaumé. S'ils mouraient ensemble, comme ils naissent ensemble, l'âme ne se retirerait pas et n'abaur donnerait pas le corps comme elle le fait, mais ils périraient tous deux au même moment, et le corps se dissoudrait avec la même vitsese avec laquelle l'âme disparaît ; ou dès que le corps serait dissous, l'âme se dissiperait de la même sorte qu'une liqueur se dissipe dès que le vase qui l'a contenue est rompu.Mais puisque le corps, qui est si fragile, ne se dissout pas aussitôt que l'âme en est séparée, et ne retoume pas à la terre d'où il est sorti, il faut conclure que l'âme, n'ayant rien de fragile, retoume au ciel comme au lieu de son origine et y vit éternellement.

L*accroissement , dit-il , que les sens prennent dans les en , ftins , la vif^Kur qu*ils ont dans les jeunes gens, et la diml I nution qu'ils souffkvnt dans les veillards, est une preuve I évidente que rime est mortelle.

Pour répondre à cette objection , je dirai d'abord qu'il y a de la différence entre l'esprit qui est la source de nos pensées, et Tâme qui est le principe de notre vie. Le sommeil qui assoupit l'esprit, n'assoupit pas l'âme. La folie qui ôte l'usage de la raison ne prive pas de la vie, et c'est pour cela que l'on appelle insensés ceux qu'elle attaque, et que Ton ne les appelle pas morts. Il est donc vraiqueresprit,oula force d'entendre et d^ concevoir, croît ou diminue selon les divers âges ; mais il n'est pas vrai que l'âme croisse ou diminue ; au contraire, elle est toujours au même état depuis le moment auquel elle a été créée , jusqu'à celui auquel elle est délivrée de la prison du corps, et auquel elle retoume au lieu de son origine Quoique cette âme ait été créée de Dieu , néanmoins parce qu'elle est enfermée dans le corps comme dans une obscure prison , elle n'a pas au commencement la science qui est quelque chose de divin , mais elle l'acquiert en écoutant et en apprenant, et bien loin de la perdre dans un âge avancé , elle Taugmente et la conserve, lors surtout qu'elle s'y est adonnée de bonne heure et qu'elle n'a pas mal employé les premières années de sa vie.

Ouand une extrême faiblesse vient affaiblir

à fait emparée. La fermeté et la œnstance de la vertu est une marque et un témoignage de celle de Tâme où elle est reçue. Le vice et la vertu étant contraires, tout ce qui leur arrive Test aussi. Les vices sont les mouvemens et Tagitation de Uâme; la vertu est sa paix et son repos. Les vices sont sujets au temps, et les plaisirs, qui sont leurs fruits, passent promptement aussi bien qu'eux. La vertu est stable, durable, et égale à elle-même. Le fruit que l'on tire des vices est propre au temps présent ; la récompense de la vertu est réservée à Tavenir; et comme l'espace de cette vie est la carrière où la vertu s'exerce, ce n'est point le lieu où elle reçoit la couronne; elle ne la reçoit que quand elle s'est acquittée de tous ses devoirs et quand elle a achevé tous ses travaux. Mais cela ne vient jamais avant la mort, parce que le principal devoir de la vertu est d'accepter la mort avec joie et de la subir avec constance. La vertu ne reçoit donc sa récompense qu'après cette vie. Bien que Gicéron ait témoigné quelques doutes sur cette matière dans ses Questions tusculanes, il n'a pas laissé de dire que nous ne jouissons du souverain bien qu'après la mort : « Il Faut, dit-il, aller à la mort avec assurance lorsque cela est nécessaire, parce que l'on sait, ou qu'elle nous met en possession du souverain bien, ou qu'au moins elle exempte de toute sorte de mal. » La mort ne détruit donc pas l'homme entier, mais elle le met en état de jouir delà récompense de la vertu. «(Quiconque, ajoute le même orateur, se sera rendu esclave de la volupté, sera comdamné à un supplice étemel. » Ce supplice-Iâ dont il parle est le même que l'Ëcriture appelle la seconde mort, qui est une mort qui n'a point de fin et qui est accompagnée de tourmens très-rigoureux. Gomme il y a deux vies, l'une du corps et l'autre deTâme, il y a aussi deux morts, dont Tune n*est qu'un effet de la nature, et l'autre est le châtiment du passé. Gomme la vie que nous menons sur la terre est sujette au temps, et qu'elle a un terme, la mort qui la détruit eu a un aussi. XI. La mort finira elle-même lorsque le temps i|ue Dieu lui a prescrit sera arrivé, et comme elle aura ses bornes de la même sorte que la vie qui Ta précédée, les âmes ressusciteront et prendront possession d'une vie qui n'aura jamais de fin. Gomme la vie de Tânie est étemelle et qu'elle jouit d'une rccompcusc que nul lau«

LACTANCE

gage ne peut exprimer, la naort Tesl am ses tourmens sont aussi infinis dans leur < que dans leur rigueur. Ainsi, ceux qui sont reux durant la vie que nous menons j terre, seront éteradlement malhenrenx, qu'ils auront joui des biens qu'ils auront | rés, et ce sera le tort de œux qui aoronl prisé Dieu pour adorer des idoles. Gea contraire, qui auront été malheureux, pi et méprisés durant cette vie, quiaurontsoi des affronts et des vexations pour la jusl d'autres peines qui sont inséparables < vertu, seront éternellement bienhenreo:

après avoir soufFert des oiaux passager posséderont les biens étemels ; et œ se condition de ceux qoi auront méprisé les i et les biens de la terre pour embrasser i religion dont la récompense est étemelle, dirons-nous maintenant des ouvrages du i et de l'esprit? ne prouvent-ils pas que Vàa exempte de la mort? Le corps étant fragi mortel ne fait rien qui ne soit de même o tion. «c II n'y a rien, dit Gicéron, de ce qui faitparla main des hommes qui nedoivean finir, soit qu'il soit ruiné par la main desboi mêmes, ou consumé par la longueur desann Moàs voyons au contraire que les onvragesd prit durent toujours. Geux qui méprise biens du monde ont laissé à la postériU monumens de leur esprit et de leur vcrta < quis une réputation immortelle. PdiiqD ouvrages du corps sont siyets à la mort, | que le corps y est lui-même stget, on pei ger que Tàme en est exempte, parce qi ouvrages le sont. Les délices du ooqn l'âme peuvent encore servir à prouver qoi est mortel et l'autre inunortelle. Leco^ désire rien que de temporel, de quoi boir quoi manger, de quoi se vêtir, du repu plaisir, bien qu'il ne puisse ni désirer ni p der aucune de ces choses que par les seooi les moyens de l'âme. L'âme déaire au coût beaucoup de choses qui ne rqpardcnt poii corps et qui ne lui apportent aucun praSt,a la réputation et la gloire; elle en désire d'si qui sont contraires â l'intérêt du corps» en de s'abstenir de plaisirs, de souffrir la dn et de s'exposer à la mort. Le pouvoir que i a d'agir sans le corps, au lieii que le corps a aucun d'agir sans l'âme, est une pixsvc

la mort qui sépare Tàme du corps et ne la détruit point. On se sert encore d'un autre argument pour établir la même vérité, qui est : que tout ce qui est exposé aux yeux ou à rattoochement, est sujet à être détruit par la force, et partant qu'il ne peut être étemel,mai9 ce qui ne tombe ni sous rattouchement ni sous les yeux et ce qui ne se fait sentir que par ses efPets, est étemel, parce qu'il ne peut souffrir aucune violence étrangère. Le corps est donc sujet à la mort, puisqu'il est exposé à la vue et à l'attouchement, et l'àme est immortelle parce qu'ellen'y est pointexposée. XII. Répondons maintenant aux argumens que proposent ceux qui soutiennent un sentiment contraire, et que Lucrèce a rapportés dans son troisième livre :

Puisque l'âme, dit-il , natt avec le ooqtt , il fiiat DéceMaireuicnt qu*elle meure avec lui.

11 y a grande différence entre l'une et l'autre. Le corpscst .solide,vi$ibIe et palpable; Tàme est subtile et imperceptible aux sens :1e corps est formé de terre; l'âme n'a rien de la grossièreté ni de la pesanteur de la terre, comme Platon le reconnaît; car 81 elle ne tirait son origine du ciel, elle ne pourrait avoir autant de promptitude, d'adresse et de force qu'elle en a. Le corps est visible et palpable, sujet à la corruption et à la mort, parce qu'il est formé d'un élément pesant et corruptible. Mais l'àme est immortelle, parce qu'elle est subtile et imperceptible à l'attouchement; elle est hors des atteintes et de toute violence étrangère. 11 est vrai que le corps et l'àme naissent ensemble, et que le corps, qui est fait de terre, est comme un vase qui reçoit l'àme. Lorsque CCS deux parties souffrent la séparation à laquelle on a donné le nom de mort, chacune d'elles retourne à sa nature ; le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, et l'àme, qui a été créée |)ar l'esprit de Dieu, demeure immortelle, parce que l'esprit de Dieu est éternel. Enfin, ce poète ayant oublié ce qu'il avait avancé, de la doctrine qu'il avait entrepris de soutenir, ajoute ce qui suit : »

Ce qui a ^lé tiré de la terre retourne 1 la terre; ce qui est desceodu du ciel remonte au ciel.

H est certain que ce discours ne convient pas à une personne qui est persuadée que l'âme meurt avec le corps; mais Lucrèce a été vaincu par la force de la vérité, et il Ta laissé écha^)per de sa plume. La conclusion quMl tire

de ce que l'àme naît avec le corps, c qu'elle meurt aussi avec lui,» est fausse et peut-être tournée contre lui-même. H est faux que le corps périsse lorsqu'il est séparé de l'àme ; il demeure entier plusieurs jours, et se conserve même très-longtemps quand il a été embaumé. S'ils mouraient ensemble, comme ils naissent ensemble, l'àme ne se retirerait pas et n'abandonnerait pas le corps comme elle le fait, mais ils périraient tous deux au même moment, et le corps se dissoudrait avec la même vitsese avec laquelle l'àme disparaît ; ou dès que le corps serait dissous, l'àme se dissiperait de la même sorte qu'une liqueur se dissipe dès que le vase qui l'a contenue est rompu.Mais puisque le corps, qui est si fragile, ne se dissout pas aussitôt que l'àme en est séparée, et ne retourne pas à la terre d'où il est sorti, il faut conclure que l'àme, n'ayant rien de fragile, retourne au ciel comme au lieu de son origine et y vit éternellement.

L*acaroissement , dit-il , que les sens prennent dans les en tant , la vif^Kur quils ont dans les jeunes gens, et la dinil I nution qu'ils souffk«nt dans les veillards, est une preuve \ évidente que rime est mortelle.

I Pour répondre à cette objection , je dirai d'abord qu'il y a de la différence entre l'esprit qui est la source de nos pensées, et l'àme qui est le principe de notre vie. Le sommeil qui assoupit l'esprit, n'assoupit pas l'àme. La folie qui ôte l'usage de la raison ne prive pas de la vie, et c'est pour cela que l'on appelle insensés ceux qu'elle attaque, et que Ton ne les appelle pas morts. Il est donc vraiqueresprit,oula force d'entendre et d^ concevoir, croît ou diminue selon les divers âges ; mais il n'est pas vrai que l'àme croisse ou diminue ; au contraire, elle est toujours au même état depuis le moment auquel elle a été créée , jusqu'à celui auquel elle est délivrée de la prison du corps, et auquel elle retourne au lieu de son origine Quoique cette âme ait été créée de Dieu, néanmoins parce qu'elle est enfermée dans le corps comme dans une obscure prison , elle n'a pas au commencement la science qui est quelque chose de divin , mais elle l'acquiert en écoutant et en apprenant, et bien loin de la perdre dans un âge avancé, elle Taugmente et la conserve, lors surtout qu elle s'y est adonnée de bonne heure et qu'elle n'a pas mal employé les premières années de sa vie.

(hiandunc extr^'mc faiblesse vient affaiblir

LACTANCE

les organes , que les yeux s'obscurcissent , que la langue s'appesantit, que les oreilles s'endurcissent, ce sont des défauts , non de Tâme, mais du corps. La mémoire , dit-on , diminue aussi dans la vieillesse. Faut-il s'en étonner? Quel sujet y a-t-il de trouver étrange que l'àme soit accablée sous les matériaux de la maison qui tombe en ruines , puisqu'elle ne peut devenir céleste et divine qu'en sortant de sa prison, où elle est retenue comme captive ? Mais elle est sujette à la douleur et à la tristesse , et elle perd la raison par l'excès du vin , ce qui fait voir qu'elle est fragile et mortelle. Gela fait plutôt voir qu'elle a besoin de sagesse et de vertu pour dissiper la tristesse qu'elle sent , quand elle voit ou qu'elle soutfrc quelque indignité, et pour surmonter par l'abstinence le plaisir de boire et de jouir des autres objets qui flattent les sens. Que si cette vertu lui manque, et qu'elle s'abandonne à la volupté, elle s'amollira par la jouissance des plaisirs, et deviendra sujette à la mort , parce que la vertu promet l'immortalité, au lieu que le plaisir cause la mort, comme nous l'avons déjà remarqué. La mort que souffre l'àme ne la détruit pas entièrement; elle ne fait que la tourmenter par un supplice étemel ; car l'àme étant sortie de Dieu , qui est éternel , elle ne peut être réduite au néant.

Mais rame, dit Lucrèce, participe anx maladies da corps; elle s'oublie en quelque sorte elle-même; elle languit, et puis elle reprend sa vigueur ordinaire.

C'est pour cela que la vertu est si nécessaire , parce qu'elle empêche l'àme de succomber sous la douleur qui accable le corps, et qu'elle ne s'oublie et ne se perde elle-même , comme l'esprit se perd quelquefois ; car comme l'esprit réside dans une certaine partie du corps, lorsque cette partie est blessée, l'esprit s'en retire et n'y retourne qu'après qu'elle a été guérie. Quand l'àme manque de vertu , elle participe aux maladies du corps, auquel elle est unie, et se ressent de ses faiblesses et des misères; mais dès qu'elle est séparée du corps, elle est exempte des défauts qu'il lui avait communiqués , et jouit de la vigueur qui lui est propre.

Comme Fœil , dit ce poëte , ne saurait voir quand il est arraché de sa place, ainsi Tàme ne saurait sentir quaml elle est séparée du corps; ce qui donne sujet de croire qu'elle nVn est (lu'une partie.

que l'on en tire véritable. Bien qae Tàme i dans le corps , elle n en est pas pour cela i partie, de même que les liqueurs ne sont une partie du vase où elles sont renfermées les bommes une partie de la maison où ib gent. Il emploie un argument beaucoup | faible que ceux dont je viens de parier, qa; il prétend prouver que l'àme est mortelle, pa qu'au lieu de se séparer tout d*un coup du coi elle ne s'en détache que peu à peu , en comni çant par les parties inférieures à mesure qu chaleur les abandonne. Quand quelqu'un me par le fer, son àme sort en un instant de i corps ; mais quand quelqu'un est consumé maladie, son àme ne sort que peu à peu, c mesure que le sang se dissipe et qui! est épu par l'ardeur de là fièvre, comme Thniie d'i lampe s'use par le feu. 11 ne faut pas s'imagii que Tàme perde le sentiment de la même sa que le corps le perd. Quand Tàme se retire, corps se corrompt. Mais quand le corps co menée à se corrompre, Tàme n*en souffre rii et elle emporte avec elle le sentiment. Elle peut cesser de vivre et de sentir quand elle séparée du corps, puisque c'était die qui faisait sentir et vivre. Quant à ce que Lna^ dit, que :

Si Pâme était immortelle oa ne TcrraU Januit en mourant, se plaignit de ta distohitioa ; mais mi ceux qui meurent se r^oalraienl de retroDvir la quitter leur corps, de la même aorte qne les jouissent de quitter leur peau.

fl

Je n'ai jamais vu personne qui, en UMNorant, plaignit de la dissolution de son corps. Ptat-è que Lucrèce avait vu quelque épicurien qui mourant discourait sur ce sqjet. ConuBCBl pe on savoir si une personne en moivuil acnt dissolution de son corps, ou si elle aeot iaiéi ration de son corps et de son àme, puiaqB'il i a personne qui , en ce moment-là , ne aoil rtd au silence? Pendant que Tcm conserve kien ment et lusage de la parole, la diaiolatiaa WLi pas encore faite; dès qu'elle est fiUte, on i plus de parole pour s'en plaindre. Peat-étrcq l'on dira que la dissolution ne se Aut poinl aa avant qu'elle arrive. Mais que répondn-t-oi ce qne Ton voit plusieurs personnes qui, hi loin de se plaindre en mourant de celte diif lution , témoignent par leurs gestes, ou déd La eomparaison n'est pas juste, ni l'induction j rcnt même de vive voix, qu'elles sont bien

de sortir de leur prison, ou du lieu de leur eiil, pour retourner dans leur patrie. Ainsi, c'est plutôt une séparation k laquelle Tâme survit, qu'une dissolution qui Tan^ntisse. Les autres argumens de ce poète épicurien sont contraires à l'opinion où a été Pythagore : que les Âmes sortent des corps consumés par la vieillesse et les maladies, pour se joindre à de nouveaux, et pour renaître tantôt dans un homme, tantôt dans une bète, et tantôt dans un oiseau, et que c'est par ce changement qu'elles se rendent en quelque sorte immortelles. Cette imagination ridicule, et plus digne du théâtre que de Técole, ne mérite pas d'être réfutée sérieusement, parce qu'il semblerait que celui qui entreprendrait de la réfuter aurait appréhendé qu'elle ne trouvât créance dans quelques esprits. Je me contenterai donc d'avoir détruit ce que Ton oppose à la vérité, sans me mettre en peine de détruire ce que l'on oppose k Terreur.

XUI. J'ai fait voir, si je ne me trompe , que Tàme n'est sujette à aucune dissolution. Il ne me reste plus rien à faire, si ce n'est de confirmer par autorité les raisons que j'en ai rapportées. Je n'emploierai point maintenant pour cet effet le témoignage des prophètes , dont tous les discours tendent à faire voir que l'homme est né pour servir Dieu, et pour mériter l!immortalité en le servant ; mais je produirai des auteurs que ceux qui rejettent la vérité n'oseraient récuser. Mercure Trismégiste , devinant la nature de l'iiomme , dit : a que Dieu le fit en partie mortel et en partie immortel, et qu'il le mit comme entre Tessence éternelle et immuable, et les essences sujettes au temps et au changement, afin qu'il pût tout voir et tout admirer.» IVlais parce que quelqu'un le mettra peut-être au nombre des philosophes, bien qu'il ail été mis au nombre des dieux , et qu'il soii honoré comme tel par les Égyptiens, et qu'il prétendra que son autorité n'est pas plus grande que celle de Platon ou de Pythagore, j'apporterai un témoignage plus considérable. Un habitant de Polis , ayant consulté Apollon de Milet et lui ayant demandé si l'âme survivait au corps, ou si elle finissait avec lui, il répondit en ces termes :

PcDdant que Tâme est cnfiennée dans le corps , elle est sujette aui maladies cl à la mort ; mais dès qu'elle eu est délivrée et qu*elle est moulée au ciel , elle est exemple de la douleur et de toutes les incoBunodités de la terre.

Que dirons-nous des vers des sibylles? Ne publient-elles pas hautement la vérité que nous soutenons, quand elles déclarent que Dieu jugera les vivans et les morts. Ainsi, Démocrîte, Ëpicure et Dicéarque se trompent , quand ils assurent que l'âme est mortelle. Ils n'oseraient parler de la sorte en présence d'un magicien qui saurait l'art de tirer les âmes de l'enfer, de les rendre visibles, et de leur faire prédire l'avenir; et s'ils l'osaient, ils seraient convaincus de la fausseté de leurs sentimens par des effets trop sensibles. Mais parce qu'ils n'ont pu découvrir la nature de l'âme, qui est en effet si subtile qu'elle échappe aux plus pénétrans, ils ont eu la témérité d'avancer qu'elle est sii^ette à la mort. Quel jugement ferons-nous d'Aristoxène , qui a nié que le corps eût une âme lors même qu'il est plein de vie, et qui a soutenu que ce que nous appelons âme, n'est autre chose que la puissance de sentir, qui dépend de la vigueur du corpset deladispositicmdes organes, de la même sorte que l'harmonie dépend des cordes et de la disposition d'un instrument de musique, ce qui est la chose la plus extravagante qu'on puisse jamais avancer. Ce philosophe avait de bons yeux â la tête, et n'en avait point â l'esprit, puisqu'il ne voyait pas qu'il avait une âme. Mais il y a eu des philosophes qui ont vu qu'il n'y a rien au monde que ce que les yeux y peuvent voir , bien que les yeux de l'esprit soient beaucoup plus perçans que ceux du corps pour découvrir des objets qui se font bien sentir, quoiqu'ils ne se laissent point voir.

XIV. Après avoir établi i'immortaUté de l'âme, je crois devoir faire voir de quelle manière et en quel temps elle la reçoit, afin que ceux qui s'imaginent qu'elle a été donnée à des hommes par la volonté d'autres hommes , en reconnaissance de ce qu'ils auraient inventé l'art de cultiver la terre, ou quelque autre art utile à la société, ou de ce qu'ils auraient tué des bêtes farouches , reconnaissent l'extravagance, l'aveuglement et la corruption de leur erreur. J'ai déjà montré dans les livres précédens combien la récompense que ces services méritent est au-dessous de l'immortalité, et je le montrerai encore dans ceux ci, afin que tout le monde reconnaisse que la vie éternelle n'est due qu'à la vertu , et qu'il n'y a que Dieu qui la donne. Ceux que l'on se persuade avoir été mis au nombre des dieux , n'avaient

LÂCTANCE.

les organes , que les yeux s'obscurcissent , que la langue s'appesantit, que les oreilles s'endurcissent, ce sont des défauts , non de Tàme, mais du corps. La mémoire, dit-on, diminue aussi dans la vieillesse. Faut-il s'en étonner? Quel sujet y a-t-il de trouver étrange que l'àme soit accablée sous les matériaux de la maison qui tombe en ruines , puisqu'elle ne peut devenir céleste et divine qu'en sortant de sa prison, où elle est retenue comme captive.^ Mais elle est sujette à la douleur et à la tristesse , et elle perd la raison par l'excès du vin , ce qui fait voir qu'elle est fragile et mortelle. Gela fait plutôt voir qu'elle a besoin de sagesse et de vertu pour dissiper la tristesse qu'elle sent , quand elle voit ou qu'elle soutfre quelque indignité, et pour surmonter par l'abstinence le plaisir de boire et de jouir des autres objets qui flattent les sens. Que si cette vertu lui manque, et qu'elle s'abandonne à la volupté, elle s'amollira par la jouissance des plaisirs, et deviendra sujette à la mort , parce que la vertu promet l'immortalité, au lieu que le plaisir cause la mort, comme nous l'avons déjà remarqué. La mort que souffre l'àme ne la détruit pas entièrement; elle ne fait que la tourmenter par un supplice éternel ; car l'àme étant sortie de Dieu , qui est éternel , elle ne peut être réduite au néant.

Mais rflme, dit Lucrèce, participe amc maladies da corps; elle s'oublie en quelque sorte elle-même; elle languit, et puis elle reprend sa vigueur ordinaire.

C'est pour cela que la vertu est si nécessaire , parce qu'elle empêche l'âme de succomber sous la douleur qui accable le corps, et qu'elle ne s'oublie et ne se perde elle-même , comme l'esprit se perd quelquefois ; car comme l'esprit réside dans une certaine partie du corps, lorsque cette partie est blessée , l'esprit s*en retire et n'y retourne qu'après qu'elle a été guérie. Quand l'àme manque de vertu , elle participe aux maladies du corps, auquel elle est unie, et se ressent de ses faiblesses et des misères; mais dès qu'elle est séparée du corps, elle est exempte des défauto qu'il lui avait communiqués , et jouit de la vigueur qui lui est propre.

Comme Pœil , dit ce poêle , ne saurait voir quand il est arraché de sa place, ainsi Tàme ne sanr^iit sentir quaml elle est séparée du corps; ce qui donne sujet de croire qu'elle n'en est qu'une partie.

La comparaison n'est pas juste, ni l'induction

que l'on en tire véritable. Bien qae l'àme i dans le corps , elle n'en est pas pour cela i partie, de même que les liqueurs ne sont une partie du vase où elles sont renfermées les bommes une partie de la maison où ib gent. Il emploie un argument beaucoup f faible que ceux dont je viens de parier, qui il prétend prouver que l'àme est mortelle, pa qu'au lieu de se séparer tout d'un coup du cor elle ne s'en détache que peu à peu , en comm çant par les parties inférieures à mesure qiM chaleur les abandonne. Quand quelqu'un me par le fer, son àme sort en un instant de j corps ; mais quand quelqu'un est consumé maladie, son àme ne sort que peu à peu, e mesure que le sang se dissipe et qu'il est épa par l'ardeur de la fièvre, comme Thuile d'à lampe s'use par le feu. 11 ne fiiut pas s'imagii que l'àme perde le sentiment de la même soi que le corps le perd. Quand FAme se retire, corps se corrompt. Mais quand le corps €0 menée à se corrompre, l'àme n'en souffre rii et elle emporte avec elle le sentiment. Elle peut cesser de vivre et de sentir quand elle i séparée du corps, puisque c'était die qui faisait sentir et vivre. Quant à ce que LncrI dit , que :

Si rame était immortelle on ne Terrait JinuU en mourant, se plaignit de sa dissoIntiOD ; mit ceux qui meurent se r^oolraient de nUxmm la quitter leur corps, de la marne Mule qoKt les jouissent de quitter leur peau.

Je n'ai jamais vu personne qui, en UMNorant, plaignit de la dissolution de son corps. Ptat-è que Lucrèce avait vu quelque épicttrien qui mourant discourait sur ce sqjet. ComoMst pa on savoir si une personne en motamnC aart dissolution de son corps, on si die aeot laa<| ration de son corps et de son àme , pmaqa'il i a personne qui , en ce moment-là , ne aoit réd au silence? Pendant que l'cm conserve Je acm ment et l'usage de la parole , la dissolotisa ni pas encore faite ; dès qu'elle est frite, on i plus de parole pour s'en plaindre. PeM-tiieq l'on dira que la dissolution ne se Aut potal scH avant qu'elle arrive. Mais que répondn-t-a ce que Ton voit plusieurs personnes qui, bi loin de se plaindre en mourant de celle diM lution , témoignent par leurs gestes, ou déd rent même de vive voix, qu'elles sont bien aïs

Utartid

de sortir de leur prison, ou du lieu de leur eiil, pour retourner dans leur patrie. Ainsi, c'est plutôt une séparation à laquelle Tàme survit, qu'une dissolution qui i'an^ntisse. Les autres irgumens de ce poëte épicurien sont contraires à l'opinion où a été Pythagore : que les Âmes sortent des corps consumés par la vieillesse et les maladies, pour se joindre à de nouveaux, et pour renaître tantôt dans un homme, tantôt dans une bète, et tantôt dans un oiseau, et que c'est par ce changement qu'elles se rendent en quelque sorte immortelles. Cette imagination ridicule, et plus digne du théâtre que de Técole, ne mérite pas d'être réfutée sérieusement , parce qu'il semblerait que celui qui entreprendrait de la réfuter aurait appréhendé qu'elle ne trouvât créance dans quelques esprits. Je me contenterai donc d'avoir détruit ce que Ion oppose à la vérité, sans me mettre en peine de détruire ce que l'on oppose k Terreur.

XUI. J'ai fait voir, si je ne me trompe, que Tàme n'est SHJette à aucune dissolution. Il ne me rente plus rien à faire, si ce n'est de confirmer par autorité les raisons que j'en ai rapportées. Je n'emploierai point maintenant pour cet effet le témoignage des prophètes , dont tous les discours tendent à faire voir que l'homme est né pour servir Dieu, et pour mériter l!immortalité en le servant; mais je produirai des tuteurs que ceux qui rejettent la vérité n'oseraient récuser. Mercure Trismégiste, devinant la nature de l'iiomme , dit : a que Dieu le fit en partie mortel et en partie immortel, et qu'il le mit comme entre l'essence éternelle et immuable, et les essences sujettes au temps et au changement, afin qu'il pût tout voir et tout admirer. » Mais parce que quelqu'un le mettra peut-être au nombre des philosophes, bien qu'il ail été mis au nombre des dieux , et qu'il soit honoré comme tel par les Égyptiens, et qu'il prétendra que son autorité n'est pas plus grande que celle de Platon ou de Pythagore, j'apporterai un témoignage plus considérable. Un habitant de Polis , ayant consulté Apollon de Milet et lui ayant demandé si l'âme survivait au corps, ou si elle finissait avec lui, il répondit en ces termes :

FcDdant que Tâme est enfermée dans le corps , elle est sujette aux maladies cl à la mort ; mais dâs qu'elle en est délivrée et qu^elle est montée au ciel , elle est exempte de la douleur et de toutes les incommodités de la terre.

Que dirons-nous des vers des sibylles ? Ne publient-elles pas hautement la vérité que nous soutenons, quand elles déclarent que Dieu jugera les vivans et les morts. Ainsi, Dénaocrîte, Ëpicure et Dicéarque se trompent , quand ils assurent que l'âme est mortelle. Ils n'oseraient parler de la sorte en présence d'un magicien qui saurait l'art de tirer les âmes de l'enfer, de les rendre visibles, et de leur faire prédire l'avenir; et s'ils l'osaient, ils seraient convaincus de la fausseté de leurs sentimens par des effets trop sensibles. Mais parce qu'ils n'ont pu découvrir la nature de l'âme, qui est en effet si subtile qu'elle échappe aux plus pénétrans, ils ont eu la témérité d'avancer qu'elle est sii^ette à la mort. Quel jugement ferons-nous d'Aristoxène , qui a nié que le corps eût une âme lors même qu'il est plein dévie, et qui a soutenu que ce que nous appelons âme, n'est autre chose que la puissance de sentir, qui dépend de la vigueur du corpset deladispositi(mdesorganes,de la même sorte que l'harmonie dépend des cordes et de la disposition d'un instrument de musique, ce qui est la chose la plus extravagante qu'on puisse jamais avancer. Ce philosophe avait de bons yeux â la tête, et n'en avait point â l'esprit, puisqu'il ne voyait pas qu'il avait une âme. Mais il y a eu des philosophes qui ont vu qu'il n'y a rien au monde que ce que les yeux y peuvent voir , bien que les yeux de l'esprit soient beaucoup plus perçans que ceux du corps pour découvrir des objets qui se font bien sentir, quoiqu'ils ne se laissent point voir.

XIV. Après avoir établi i'ImmortaUté de l'âme, je crois devoir faire voir de quelle manière et en quel temps elle la reçoit, afin que ceux qui s'imaginent qu'elle a été donnée à des hommes par la volonté d'autres hommes , en reconnaissance de ce qu'ils auraient inventé l'art de cultiver la terre, ou quelque autre art utile à la société, ou de ce qu'ils auraient tué des bêtes farouches , reconnaissent l'extravagance, l'aveuglement et la corruption de leur erreur. J'ai déjà montré dans les livres précédens combien la récompense que ces services méritent est au-dessous de l'inuuortalité, et je le montrerai encore dans ceux ci, afin que tout le monde reconnaisse que la vie éternelle n'est due qu'à la vertu , et qu'il n'y a que Dieu qui la donne. Ceux que l'on se persuade avoir été mis au nombre des dieux, n'avaient

LACTANCE

garde de la mériter, puisqu'ils n'avaient point de vertu véritable, et que, bien loin de faire de belles actions qui les aient rendus dignes d'aucune récompense, ils ont commis des crimes horribles qui les ont rendus dignes d'un éternel supplice, qu'ils souffrent avec ceux-là même par lesquels ils ont été adorés comme des dieux. Je parlerai ici de ce jugement où la vertu doit être récompensée et le crime châtié. Platon, et plusieurs autres philosophes , ayant ignoré le temps de la création de l'univers, se sont imaginés que plusieurs millions d'années s'étaient écoulées depuis son commencement jusqu'à leur siècle. Les Ghaldéens ont fait à peu près la même chose ; car, 'comme Gicéron le témoigne dans le premier livre de la Divination, ils assurent qu'ils ont dans leurs archives une histoire de quatre mille soixante-dix années , en quoi ils ont menti d'autant plus hardiment qu'ils étaient persuadés qu'on ne pouvait les convaincre de mensonge. Mais nous qui avons . puisé la vérité dans la source de l'Écriture, nous savons quel a été le commencement du monde et quelle en sera la fin. Je décrirai celle-ci dans le reste de cet ouvrage, parce que j'ai traité de l'autre assez au long dans le second livre. Que les philosophes qui comptent plusieurs millions d'années depuis le commencement du monde , saciieut qu'il n'y en a pas encore six mille , et que dès que ces six mille seront écoulées, l'univers finira et l'état des choses changera de face. Pour donner quelque jour à ce sujet, il est nécessaire de le reprendre de plus haut. Dieu a achevé en six jours ce merveilleux ouvrage de Tunivers , comme l'Écriture le témoigne, et s'étant reposé le septième^ il l'a sanctifié, et c'est ce jour que les Juifs appellent le jour du sabbat, qui signifie le nombre de sept, qui est un nombre plein. Il y a sept jours dont la révolution continuelle fbrme le cours des années; il y a sept étoiles qui ne se couchent jamais; il y a sept planètes qui forment toutes les saisons par l'égalitéde leur mouvement. Or, comme tous cesouvrages de Dieu ont été achevés en six jours, il faut nécessairement qu'ils durent six siècles ou six mille ans. Le grand jour est de mille ans, selon les paroles du prophète: «Seigneur, mille ans ne sont devant vous que comme un jour. )> Comme Dieu a travaillé six jours pour aclicscr tout cet ouvrage, ainbi la

religion et la vérité travailleront six mille ans pendant lesquels Tinjustice r^^nera ; et comme il s'est reposé le septième jour et qu'il l'a béni, il faudra qu'à la fin des six mille ans linjustice soit abolie , que la justice règne mille ans sur la terre, et que Tunivers jouisse d'une parfaite tranquillité. J'expliquerai en détail , et par ordre , la manière dont cela doit arriver. J'ai déjà dit plus d'une fois que les moindres choses sont souvent des figures et des imag» des plus grandes. Notre jour ordinaire, qui ti. terminé par le lever et par le coucher du soleil, est une figure et une image du g^nd jour qai est renfermé dans le cercle des six mille ans. La formation de l'homme terrestre est aussi une figure et une image de la fbrmatkm de l'homme céleste. Gomme Dieu , après avoir créé toutes les choses qui étaient nécessura pour l'usage de l'homme , l'a fait le dernier, le sixième jour , et Ta placé dans le monde eonne dans un palais bien meublé ; ainsi le Verbe fix^ mera un saint peuple par ses principes et pv sa doctrine , au grand jour qui sera le dernier des six milleans; et comme Dieu n*a fiûtaaeommencementdu monde qu'un homme mortel cl imparfait , afin qu'il vécût milleans aor la Icne, ainsi il fera à la fin un homme parfait , afla qu'ayant une nouvelle vie , il règne aor la miae terre durant mille ans. Quiconque On avec soin les livres sacrés, y an)rendln de qndk manière arrivera la fin du monde. Les hoînel du siècle qui se sont mêlés de prédire Fannir, se sont accordés avec les prophètes jniii dan les descriptions qu'ils ont ftites de la décadeiffi et de la vieillesse, qui doit prendre danspca de temps le débris de Tunivers. Je neneilkFH tout ce que les peuples ont dit des cktenstances qui arriveront avant la mine dn monde. XV. 11 est rapporté dans rhistoire sainte que le premier de la nation des Jnih fhl obligé, par une stérilité, une disette de blé,de se réfugier en Ëgypte-avecsa famille et sa parenté. Seadesoendans s'y étant fort multipliés par h suite des temps , ils y furent réduits sous le jopg pesant d'une servitude insupportable, en haine de qasi Dieu frappa l'Egypte d'une plaie incaraUe, délivra son peuple, etsépartlescauxdela mer pour lui ouvrir un passage an miliett de œt élément Le roi d'fgypte ayant entrepris de les povsuivre , fut enseveli sous les flots qui reprirent

leur place naturelle. Bien qa'iin si rare événe- i ment fût une éclatante preuve de la puissance que Dieu employait contre les ennemis de son peuple , il ne laissait pas d'être le signe et la figure d'un miracle plus surprenant , qu'il accomplira à la fin des siècles lorsqu'il délivrera ses élus de la servitude du monde. L'Egypte fut seule frappée en ce temps-là, parce qu'il n'y avait qu'un peuple de Dieu dans les fers de cette nation. Mais comme à la fin du monde le peuple de Dieu sera répandu sur toutes les parties de la terre , et qu'il n'y en aura aucune où il ne gémisse sous l'oppression, il n'y en aura aussi aucune qui ne sente les coups par laquelle la justice divine leur rendra la liberté. Comme la désolation de l'Egypte fut alors prédite par des présages extraordinaires , la ruine du monde sera marquée par des signes prodigieux qui paraîtront dans tous les élémens. Lorsque la fin de l'univers approchera, la hce des choses sera tellement défigurée, et leur état tombera, par le prodigieux accroissement de la malice dans une telle extrémité de débordemens et d'excès , que notre temps, qui semble être moulé au plus haut point de la malice, peut passer en comparaison de celui-là pour un temps fort doux et pour un siècle d'or. L'honneur et la vertu seront si rares, le crime, l'impiété, l'avarice , l'intempérance si communs , que le peu qui restera de gens de bien seront la proie des méchans , exposés aux plus cruelles persécutions , accablés d'outrages , et que les méchans seront dans l'abondance de toute sorte de biens. Les lois seront universellement violées. Nul ne possédera que ce qu'il aura usurpé ou conservé par la violence. Il n'y aura plus parmi les hommes ni bonne foi, ni humanité, ni sincérité , ni honneur, ni paix ; et par une suite nécessaire, il uy aura ni sûreté, ni police, ni repos. Toute la terre sera remplie de tumulte ; tous les pays seront ébranlés par le bruit des armes ; toutes les nations seront aux mains les unes contre les autres. Les villes voisines se feront la guerre , et l'Egypte sera inondée comme d'un fleuve de sang, et portera la première le juste châtiment de ses extravagantes superstitions. La désolation fera le tour du monde et abattra tout, comme les blés au temps de la moisson. La cause de cette désolation sera que l'empire romain qui s'étend maintenant sur toute la

terre , que cet empire si puissant (je ne le saurais dire sans horreur, mais je le dirai pourtant puisque cela doit arriver), sera détruit, que l'Occident sera réduit à la servitude et que rOrient aura l'autorité de commander. Il ne faut pas s'étonner qu'un État qui parait si solidement établi, qui a été élevé à un si haut point de grandeur pendant une longue suite d'années et par les exploits héroïques de tant d'illustres personnages et qu'ils ont soutenu par de si impenses richesses, ne tombe enfin en ruine* Gequi peut être élevé par la puissance des hommes, peut être détruit par la même puissance. Ils ne peuvent rien fairequi ne soitsujet au tempsetà la destruction , puisqu'ils y sont sujets eux-mêmes. Les autres empires qui avaient subsisté plus longtemps ont enfin été détruits. Les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Assyriens ont autrefois étendu leur domination sur l'univers , et leur puissance s'étant évanouie, les Romains sont enfin devenus maîtres du monde. Mais plus leur élévation a été prodigieuse , plus leur chute sera funeste. Sénèque a donné élégamment des âges à la ville de Rome ; il a dit quelle avait été comme dans l'enfance sous le ré^e de Romulus, son fondateur; dans la jeunesse sous les autres rois, qui ont pris le soin de l'agrandir et de Tinstruire; qu'étant presque parvenue à un âge parfait sous Tarquin , elle avait secoué le joug de ^n insolente domination et avait mieux aimé être gouvernée par la sage disposition des lois que par la volonté des princes. Il sgoute que cette ville s'étant trouvée comme à la fin de sa jeunesse avant la guerre d'Afrique , elle avait augmenté en force , et qu'ayant ruiné Garthage qui lui avait disputé si longtemps l'empire , elle avait étendu ses bras de tous côtés sur mer et sur terre, jusqu'à ce qu'ayant dompté tous les rois et subjugué tous les peuples , et comme épuisé, par leur défaite, la matière de ses conquêtes , elle avait tourné ses armes contre ellemême. Le temps de la guerre civile, auquel elle a déchiré ses propres entrailles, a été comme le commencement de sa vieillesse, d'où elle est retombée dans le gouvernement monarchique comme dans une seconde enfance ; car ayant alors perdu la liberté qu'elle avait autrefois acquise par les conseils et par le courage de ces vertus, elle tomba dans une si pitoyable faiblesse , qu'il semblait qu'elle ne se pouvait

LACTANCE

plus conduire que par le secours des empereurs. Tout ce discours étant véritable, de quoi la vieillesse peut-elle être suivie , si ce n'est de la mort? Et cette mort doit bientôt arriver, selon que les prophètes l'ont prédit , en termes obscurs et embarrassés pour n'être pas entendus. Les sibylles déclarent ouvertement que Rome périra par un juste effet de la colère de Dieu , dont elle a haï le nom et persécuté les serviteurs. Hidaspe , ancien roi des Mèdes,qui a donné son nom à un fleuve, qui le retient encore aujourd'hui , a prédit, avant la fondation de Troie, sous le nom d'un jeune enfant, que le nom et l'empire des Romains seraient détruits. XVI. J'expliquerai de quelle manière cela doit arriver, de peur que cela ne paraisse incroyable : premièrement , l'autorité souveraine sera partagée entre plusieurs , et affaiblie par ce partage. Les semences des guerres civiles prendront racine, et il n'y aura ni paix, ni trêve jusqu'à ce qu il y ait dix rois qui partageront entre eux tout le monde , non pour le gouverner, mais pour le détruire. Ils lèveront de puissantes armées , abandonneront le soin de cultiver la terre, ce qui est la source de toute calamité et de toute désolation, et dissiperont et détruiront toutes choses. Un très-puissant ennemi s'élèvera tout d'un coup contre eux des extrémités du nord, et en ayant défait trois de ceux qui commanderont en Asie,il s'associera avec les autres et sera choisi par eux pour être leur chef. Il exercera une tyrannie insupportable sur l'univers, violera les lois divines et humaines, concevra d'exécrables desseins pour établir sa domination , abolira les anciennes ordonnances, et en inventera de nouvelles, souillera les choses «aintes ^ enlèvera le bien des peuples, dé[)Ouillera et massacrera les innocens. Enfin, ayant changé de nom et transféré le siège de son empire, il fera de l'univers un théâtre de désordre et de confusion. Alors le temps sera si malheureux , qu'il n'y aura plus d'homme sur la terre à qui la vie ne soit ennuyeuse. Les villes seront dépeuplées et détruites non-seulement par le fer et par le feu , mais airtçsi par les tremblemens de terre, par les inondations, par les maladies contagieuses et par la famine. L'air sera corrompu par des exhalaisons dangereuses et rendu nuisible par Texcès, tantôt de rhumidité ou de la sécheresse, et taniot du

froid et delà chaleur. La terre sera réduite inné triste stérilité, et ne produira plus ni herbes ni graines; les arbres ne porteront plus de fruits. L'espérance que leur fleur aura donoée sera une espérance trompeuse. Les fontaines et les fleuves tariront de telle sorte, que Ton sera pressé par la soif, et l'eau sera changée en sang ou en amertume, et fera mourir également les bêtes , les poissons et les oiseaux. Les esprits seront troublés par les prodiges extraordinaires qui paraîtront au de1,par robscurcissementdo soleil , par la pâleur de la lune et par la chute des astres. Ces prodiges arriveront d^une manière surprenante et imprévue. Le soleil sera couvert d'un nuage si épais, qu'il n*y aura pins de différence entre le jour et la nuit. La lune sera teinte de sang et souffrira une éclipse, non passagère et de peu d'heures, mais perpétuelle; elle aura un mouvement irrégulier qui confondra toutes les saisons. Les années, les mois et les jours seront raccourcis. Plusieurs étoiles tomberont, tellement que le ciel demeurera sans lumière. Les plus hautes montagnes s'abaisseront si bas qu'elles deviendront égales aui plaines. La mer ne seni plus navigable, et pour comble de malheur, on entendra une trompette, selon le témoignage de la sibylle, qui retentira du haut du ciel. Il n'y aura point de cœur où ce triste son ne jette l'épouvante et le tremblement. Alors le fer, le feu , la famine et la maladie servant comme de ministres à la colère de Dien ,se déchargeront sur les hommes qui n*auront point connu sa justice. Mais Tappréhenuon dont ils seront agités les tourmentera plus cruellement qu'aucun autre mal. Ils imploreront la miséricorde , et ne seront point exaucés ; ils invoqueront la mort , et ne recevront point son secours; ils ne trouveront aucun repos ; dans la nuit , le sommeil n'approchera point de leurs yeux ; ils seront affligés par Tinsommie et par l'Inquiétude du corps; de sorte qu'ils fondront en pleurs , jetteront des cris , grinceront les deols, déploreront la condition des vivat» et envleraot celle des morts. La multitude de ces tnsiix et de plusieurs autres, défigurera et désolera la tare, comme la sibylle l'a prédit, quand die a dit que:

Ia! monde serait tans bcaalé et llminiie mm conaotatioa.

Le genre humain, sera si fort diminué de cetie sorte, qu'à peine en reslera-t-il la diiièmc partie. Les deux tiers des seniteurs de Dieu

seront enlevés , et il ne restera que l'autre tiers, composé de ceux qui auront été éprouvés.

XVII. Je crois devoir expliquer en détail la manière dont ces choses arriverrat. Lorsque la 6n des siècles sera proche, Dieu enverra un grand prophète pour attirer les hommes à sa connaissance, et lui communiquera le pouvoir de faire des miracles. Dans les pays où sa doctrine sera rejetée, il fermera le ciel, arrêtera la pluie, changera Teau en sang, tourmentera les désobéissans et les rebelles par la solF et par la faim, et fera sortir de sa bouche un feu qui dévorera ceux qui seront assez insolens pour entreprendre de le blesser. Il convertira par ses miracles un grand nombre de personnes au culte de Dieu. Lorsqu'il aura obéi à sa volonté et exécuté ses ordres, il s'élèvera en Syrie un autre roi, produit par le mauvais esprit, qui sera le destructeur et l'exterminateur du genre humain, et qui s'étant joint à d'autres méchans princes dont j'ai parlé, dissipera avec lui le reste de ceux qui auront échappé à ses premières cruautés. Ce dernier fera la guerre au prophète de Dieu, le vaincra, le fera mourir et le laissera sans sépulture. Mais ce prophète ressuscitera le troisième jour, et sera enlevé au ciel en présence et au grand élonnement de tout le monde. Ce roi sera très-méchant, et, de plus, fiiux prophète, se fera appeler Dieu, et commandera qu'on l'adore comme le Fils de Dieu , et il aura le pouvoir de foire des prodiges par lesquels il trompera tellement les hommes qu'ils l'adoreront. 11 commandera que le feu descende du ciel , que le soleil s'arrête dans sa course, que des images parlent ; et ces prodiges, qu'il fera par sa seule parole, attireront à sa suite une foule de savans. Il s'efforcera de renverser le temple de Dieu ; il persécutera le peuple innocent , et l'affliction sera plus violente qu'elle n'avait été depuis le commencement du monde, il marquera comme des bêtes ceux qui s'approcheront de lui et qui croiront en lui, et ceux qui refuseront de recevoir sa marque, s'enfuiront sur les montagnes; ou s'ils se laissent prendre, ils souffriront des tourmens exquis, et mourront par de cruels genres de mort. U fera envelopper les gens de bien dans les livres des prophètes, et les fera brûler de la .sor(e. Il aura la permission de ravager la terre l'espace de quarante-deux mois, pendant les-

quels la vertu sera rejetée, Tinnooence odieuse, et les gens de bien serviront comme de proie aux méchans : il n'y aura plus d'ordre, de règle et de discipline; nul ne respectera les cheveux gris des vieillards; nul n'aura pitié de Ii faiblesse ou du sexe des femmes, ou de l'âge des enfans. Tous les droits seront violés, et la terre sera comme exposée à un brigandage général et abandonnée au pillage. Alors les défenseurs de la vérité se sépareront des méchans et s'enfuiront dans les solitudes. Le roi impie, transporté de colère au premier bruit de cette nouvelle, pressera son armée, investira la montagne où les saints se seront retirés. Quand ils se verront entourés et poussés de toute part , ils élèveront leurs voix et imploreront le secours de Dieu, et il les exaucera, et enverra du haut du ciel un puissant roi qui les délivrera et qui défera les impies par le fer et par le feu.

XVIII. Les prophètes remplis de l'esprit de Dieu , et les devins, animés par le démon, ont également prédit que tout ce que je viens de raconter arriverait. Hydaspe, dont j'ai déjà parlé, après avoir déjoué Tinjustlce et la misère de ces derniers temps, dit :que les fidèles te sépareront alors des impies, élèveront les mains au ciel et imploreront le secours de Jupiter ; que Jupiter jettera les yeux sur la terre, qu'il écoutera les cris des fidèles et exterminera les impies. Tout ce qu'il avance en ces eudroits-là est fort vrai, à la réserve qu'il attribue à Jupiter ce qui n'appartient qu'à Dieu. CTest aussi par un mauvais artifice des démons que l'on a comprimé , que le Fils de Dieu sera envoyé par son père , pour exterminer les méchans et pour mettre les bons en liberté; ce que Mercure Trismégiste n'a point dissimulé; car dans un livre mi\iu\é Discours parfait après avoir fait un long dénombrement des malheurs que j'ai touchés, il ajoute ce qui suit : «Quand cela sera arrivé de cette sorte, mon cher Asclépius, le Seigneur, le Dieu, et le père et le créateur du premier et du seul Dieu , jetant les yeux sur la terre , opposant Tordre de sa volonté au dérèglement des hommes , et les rappelant de leur égarement, les nettoiera de leurs vices. Soit qu'il les lave par les déluges, ou qu'il les consume par le feu, ou qu'il les afflige par les maladies, il rendra au monde sa première face et son ancienne beauté, p Les sibylles en ont parlé

coc

LACTANCE

de la même sorte, et ont Icmoîjpié que le Fils de Dieu descendra par l'ordre deson pèresurla terre, pour délivrerdela servitude les personnessaintes et religieuses, et pour exterminer leurs persécuteurs. Une d'entre elles en parle de cette sorte :

Un puisMDt roi enToyé du cieï reconilniira 1m murailles et les fortifieatioQft det villcft les plus florissantes , et domptera rorgUL'il des prmces.

Une autre sibylle dit :

Que Dieu enverra du ciel un autre roi , qui mettra tin à la guerre.

Une autre sibylle ajoute :

Ce roi délivrera les peuples du joug de la servitude , et les affranchira des lois injustes qui leur auront été imposées.

XIX. Lorsque l'univers gémira sous Toppression, et qu'il n'aura plus aucune force pour secouer le joug des tyrans, dont la fureur et la violence seront soutenues par de puissantes armées de voleurs, il aura besoin de l'assistance et de la protection du ciel. Alors Dieu, touché par Textrémité du péril où seront exposés les gens de bien, et par les accens lamentables de leurs plaintes, leur enverra un libérateur. Alors le ciel s'ouvrira au milieu d'une nuit obscure, et Dieu en descendra avec une lumière aussi vive et aussi éclatante que celle des éclairs, comme la sybille Ta prédit en ces termes :

Il paraîtra comme un feu au milieu de l'obscarité.

C'est de là que vient la coutume que nous avons de passer une nuit en prières, en attendant notre roi. Nous avons deux raisons d'observer cette cérémonie : Tune que c'est en cette nuit-là qu'il ressuscitera et sortira vivantdu tombeau et l'autre que c'est aussi dans la nuitqu'il reprendra l'empire de l'univers; car il est tout ensemble notre libérateur, notre juge, notre vengeur, notre roi, notre Dieu, que nous appelons cJwisL Avant que de descendre, il laissera tomber du haut du ciel une épée, pour faire connaître aux personnes de piété que celui qui descendra sera le chef d'une sainte milice. Il descendra au milieu de la terre, am)mpagné d'une incroyable multitude d'anges; il sera précédé d'un feu, dont l'ardeur ne pourra être éteinte. Les anges livreront aux innocens et aux justes l'armée qui aura assiégé la montagne, et celte armée sera taillée en piècrs depuis la troisième heure jusqu'au soir, et 011 verra couler un torrent de sang. L'impie se sauvera seul après la défaite de ses troupes, ft perdra toute sa force. C'est celui-là même que

l'on appelle l'Antéchrist. Il se fera appe'er choisi, et combattra contre le choisi véritab'p; et ayant été vaincu, il prendra la fuite, et recommencera plusieurs fois la guerre, et sera plusieurs fois vaincu, jusqu'à ce que tous les impies ayant été tués dans un quatrième combat, et leur chef ayant été pris, il recevra le juste châtiment de ses crimes. Les autres tyrans qui auront ravagé le monde, seront amenés liés avec lui au roi, qui leur reprochera leurs crimes, les condamnera, et les enverra au supplice. Lorsque le cours de l'impiété aura été arrêté de cette sorte, l'univers, qui aura été assujetti pendant plusieurs siècles à la tyrannie de l'erreur et de l'injustice, commencera à jouir de la liberté et à goûter les douceurs de la paix. Les dieux faits de la main des hommes ne recevront plus aucun culte. Leurs idoles seront ôlées des temples et jetées au feu, avec tous lesornemens dont elles seront parées, selon que la sibylle l'a prédit, en quoi elle s'accorde avec les prophètes:

lis briseront, disent-ils tons deax, les idoict d finlcral aux pieds les richesses et Torgneil dn

La sibylle Erythrée affirme aussi que :

Les Imanies des dieux seront jetées au fta et rtdoHei ca

cendres.

XX. Les tombeaux seront ensuite ouverts et les morts en sortiront pour être jugés par le roi et par le Dieu à qui le père a donné le pouvoir de juger et de régner. Voici ce que la sibylle firythrée a prédit de son jugement et de son règ;ne :

Dieu jugera les bommet à U Sa da monde cl élaMn iv eux sa puissance.

Une autre affirme :

Qu'alors la terre ourrira M» leia . et que kt nii mrmI conduits devant le trône de Dieu pour être Joglt :

Et en un autre endroit, le^^droonstaiioes terribles de ce jugement sont plus expressémeot marquées, et il y est dit que le ciel sera ouvert, que les morts seront tirés de leurs tombeaux, et que les justes et les impies seront également jngéi. Il est vrai pourtant que tous les hommes ne seront pas alors jugés, mais oeux*IA seulement qui auront fait profession de la véritable religion. Il ne sera point nécessaire de juger ceux qui n'ont point connu Dieu, puisqu'ils ne sauraient recevoir aucune sentence favorable, selon le témoignage de l'Écriture, qai nous assure que les impies ne ressusciteront point pour paraître au jugement. Iln^yaura

ue ceux qui auront connu Dieu qui seront et dont les bonnes et les mauvaises acleront mises dans la balance, afin que si mes sont en plus grand nombre que uvaises, ils soient récompensés par la nce de la vie étemelle, et que si, au coules mauvaises l'emportentsur les bonnes, nt condamnés au supplice. Peut-être que *un demandera en cet endroit, comment *ut faire que Tàme que nous supposons telle soit condamnée au supplice et en éprouve la rigueur; car si elle reçoit iment dû à ses crimes, elle en souffrira iouleur, et cette douleur lui causera la Que si elle n'est pas sujette à la mort , l'est pas non plus à la douleur. Voici de manière il f4ut répondre à cette diffi- ]ue proposent les stoïciens. Les âmes eut toujours et ne peuvent être réduites mt ; mais celles des gens de bien étant impassibles et bienheureuses, elles rent au ciel comme au lieu de leur origine, 1 elles sont enlevées dans un pays heuà elles jouissent des plus cfaarmans plaiais celles des impies qui se sont souillées s désirs impurs, sont d'une condition qui 3mme le milieu entre la mort et Fimmorelles sont sujettes à la faiblesse comme à iladie contagieuse, où elles sont tombées abitude (rop étroite qu'elles ont entreteec leurs corps ; en se soumettant aux paselles ont contracté des taches qui ne se it effacer, ce qui est cause que si, d'un Iles ne sont point si:ûettes à la mort, qu'elles sont originaires de Dieu, elles le te l'autre aux supplices et aux tourmens, que leurs péchés leur ont laissé des im- »ns qui les rendent sensibles à la douleur, poète a exprimé cette pensée par ces pâme n'est pas délirré de tous ses maax , qnand il est e la Tie ; il y a des peines qui le suivent encore après et lors ménie qu*il n'est plus sur la terre, il subit le Il dû aux crimes qu'il a commis.

rôles semblent assez conformes à la vérité; en que Tâme disparaisse comme une va- :t qu'elle s'évanouisse comme un songe, . notre égard elle soit invisible et impalelle n'échappe pas pour cela aux mains jstice éternelle.

. La puissance de Dieu est si grande qu'il

se saisit sans peine des purs esprits, et les chAlie comme il lui platt. Les anges et les démons l'appréhendent , parce qu'il sait les punir d'une manière que nul discours ne peut expliquer. Il ne faut donc pas trouver étrange que les âmes, quoique immortelles, soient capables de souffrir les supplices auxquels la justice les condamne. Il est vrai que, n'ayant rien de solide ni de palpable , elles ne peuvent aussi rien souffi^ir de la part des corps qui sont palpables et solides. Elles sont spirituelles , mais elles n'en dépendent pas moins absolument de Dieu , dont la nature et la puissance est un pur esprit. L'Écriture nous enseigne la manière dont les impies seront punis ;car,comme leurs Ames se sont souillées par les péchés qu'elles ont commis avec leurs corps, elles seront réunies à ces corps pour être punies. Les corps que Dieu leur donnera alors ne seront pas semblables à ceux que nous avons maintenant, et seront des corps d'un tempérament inaltérable et d'une condition indissoluble , qui ne seront point consumés par Tactivité d'un fieu étemel. Ce feu-là sera fort différent de celui que nous employons à divers usages. Le nôtre s'éteint si nous manquons de lui fournir incessamment de la matière pour l'entretenir; mais le feu que Dieu allumera pour châtier les im* pies sera un feu qui n'aura besoin d'aucun aliment, qui n*aura point de fumée, et qui aura la pureté et la fluidité de l'eau.ll n'est pas porté en haut par une force étrangère, comme le nôtre, que les parties terrestres et les vapeurs grossières dont il est mêlé contraignent de s'élever vers le ciel par un mouvement déréglé et inégal. Ce feu divin aura le pouvoir et de brûler les impies et de les conserver; car, se servant à soi-même d'aliment, il sera comme une image de ta fable du vautour dont les poètes ont feint que Titye était rongé sans être consumé. Il brûlera et tourmentera les corps sans les détruire. Le Sauveur jugera les justes et les fera passer par le feu. Ceux dont les péchés l'emporteront sur les vertus , ou par le poids ou par le nombre , seront légèrement touchés par la flamme. Mais ceux dont la venu sera parfaite n'en sentiront aucune atteinte, parce qu'ils ont eu eux une force secrète qui les garantira. Ce feu, qui a reçu de Dieu le pouvoir de tourmenter les coupables , respectera les innocens. Que personne cependant ne s'imagine que les Ames

LACTAiNCE,

soient ju{;ées incontinent après leur mort ; elles seront toutes gardées dans une vaste prison jusqu'à ce que le souverain juf^e vienne les examiner. Il donnera alors l'immortalité en récompense à ceux dont Tinnocence aura été reconnue ; et pour celles qui auront été convaincues de leurs crimes, il les privera de ta résurrection, et les jettera dans une région obscure où elles souffriront les supplices qu'elles méritent.

XXII. Quelques-uns, qui ne savent pas d'où les poètes ont pris ce que je viens de dire, jugent que l'exécution en est impossible, et prennent ces récits pour des contes faits à plaisir. Il y a d'autant moins de sujet de s'étonner de leur sentiment, que les poètes, qui ont traité cette matière, l'ont fort déguisée et en ont altéré la vérité; car, bien qu'ils aient été plus anciens que les historiens, que les orateurs et que les autres écrivains, néanmoins parce qu'ils n'étaient pas instruits des mystères de Dieu , et qu'ils n'avaient qu'une idée fort grossière et fort confuse de la résurrection , ils en ont parlé d'une manière fort imparfaite, et comme d'une imagination fabuleuse ; ilsont même témoigné qu'ils n en avaient point de preuve certaine , et qu'ils ne suivaient qu'un bruit vague et qu'une opinion douteuse. C'est ainsi que Virgile, voulant comme s'excuser de ce qu'il en avançait, a demandé permission de raconter ce qu'il avait appris par le rapport d'autrui. Ainsi, bien qu'ils aient en quelque sorte altéré la vérité, ce qu'ils ont avancé ne laisse pas d'y être d autant plus conforme dans le fond, que cela s'accorde avec les \ prédictions des prophètes, ce qui nous suffit pour former une preuve invincible. Il faut pourtant avouer que leur erreur n'est pas sans fondement; car, comme les prophètes publiaient sans cesse que le Fils de Dieu jugerait les hommes après leur mort, les poètes, qui ne connaissaient point d'autre souverain seigneur du ciel que Jupiter, ont dit que son fils jugerait dans les enfers. Ils n'ont pas néanmois attribué ce pouvoir-là à Apollon, à Bacchus ou à Mercure, qui passent pour des dieux du ciel, mais ils l'ont attribué ou à Minos, ou à Éaque, ou à Radamantc. Us ont corrompu par une licence poétique ce qu'ils avaient appris; et ces bruits vagues et confus qui ont couru parmi le peuple, ont altéré la vérité. Us se sont trompés , quand . ils ont dit que les morts ressusciteront après j

qu'ils auront passé mille ans dans les enfers. Voici comment Virgile en parle :

Lorsque les âmet ont puié mille tnt dans 1m enfers , HIn sont coQdoiles au fleuve de rOubli » afln qu'elles soieot cuntentes de retourner sur la terre et de rentrer dans des nrpi.

Leur méprise est, en ce qu'ils ont dit, que les morts ressusciteront aiille ans après leur mort, au lieu qu'ils ressusciteront pour régner mille ans avec Dieu, qui desceodn pour purifier le monde, pour donner une nouvelle vie aux âmes des justes, pour réparer leurs corps et pour les mettre en possessioo d'une félicité éternelle. Tout ce quMIs ont débité est véritable, à la réserve du fleuve de l'Oubli, qu'ils n'ont inventé que pour qu'on ne leur demandât pas pourquoi les âmes ne se souviennent plus dans les enfers de la vie qu'elles ont menée sur la terre , des emplois qu^elles y ont eus, et des actions qu'elles y ont feiles. Cependant cette doctrine parait incroyable, et on sMmagine que c'est une fable inventée par une licence poétique. Quant à nous, lorsque nous expliquons le mystère de la résurrection, et que nous assurons qae les âmes n'oublient point en l'autre vie ce qu'elles ont fait en celle-ci, et qu'elles oonsenreront un souvenir de ce sentiment, on nous fiiitniM autre objection, qui est que : depuis tant de siècles personne n'est encore ressuscité pour eonfirmer notre doctrine par un exemple. Mais il est aisé de leur répondre: que la résurrection ne peut arriver pendant un siècle uù riqjuHice règne encore ; où les meurtres sont comnis en trahison par le poison, par le fer et par le fca; où là vertu est noircie pas les médisancer, dishonorée par les injures, chargée de cbatnes et condamnée aux plus rigoureux supplices ; où l'îiinocence est si odieuse que tous ceux qui veulent suivre Dieu , non-seulement devi«inent Tobjct de la haine publique , mais sont encore chargés de toutes sortes d'outrages, tourmentés par de nouveaux genres de supplices , et C0DtninlS| par la plus barbare de toutes les cruautés, à rendre un culte religieux à des dieux fàils par la main des hommes , sans qu'on puisse trouver aucun prétexte de raison pour couvrir cette violence. Faut-il ressusciter, pour souffrir tant iTindignes traitemens , et reprendre une vie oft Pon ne peut trouver de sûreté ! Puisque les justes sont si fort méprisés en ce monde, et qu'ils en sont si souvent enlevés par les mécbansi que pourraient

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE Vil.

attendre ceox qai aortiralent delmrt tombean pour y revenir? Ils seraient sans donte exterminés i l'heure œêine, de penr que leur présence et leurs discoars ne ruinassent ta superstition païenne et n'attirassent toutes les nations an culte d'un seul Dieu. La résorrection ne doit donc arriver que quand le crime aura été dé- , truit, et quand rien ne pourra empfaher que ceus qui ressusciteront ne mènent une vie parfoitement heureuse. Il n'y a eu que les misères de cette vie qui aient donné occasion aux poètes d'inventer le fleuve de l'Oubli, de peur que les Ames ne rerusassent de retourner sur la terre, quand elles se souviendraient de tout ce qu'elles y auraient souffert. Voilà pourquoi Virgile a demandé :

S'il nt poHiUe qu'il y lil dct ImM qui TnlIteDl Mm ranlKT dln» dM corpt 3|>rèi CD «Ire une Toit lariiet , el d'tM) kar Tient an k «rmsc dteir d« jouir encare de U ils.

Gomme ils ne savaient de quelle manitre cela devait arriver, ils ont cru que les Ames renaîtraient, et retourneraient comme à une seconde enFancc. Cest par la même occasion que Platon, discourant sur la nainre de l'ime, a dit : que , jiar la Facilité et par la vitesse avec lesquelles les enFans apprennent , il est aisé de reconnaître que l'âme est immortelle et divine ; de sorte qu'ils semblent renouveler plutôt d'anciennes idées qu'en acquérir de nouvelles; en quoi ce savant homme est tombé d'une manière fort ridicule dans les imaginations des poètes.

XXIll. Les Amesue renaîtront point, parce qu'il est impossiUequ'elleB renaissent; mais elles ressusciteront, seront revêtues de leurs corps par un eFFët de la puissance de Dieu, conserveront le souvenir de leurs actions , et , jouissant d'une abondance incroyable de biens célestes, rendront grâces à Dieu de ce qu'il aura éloigné d'elles tous les maux, et de ce qu'il les aura appelées à une vie et à un empire qui n'auront point de bornes, non plus que l'éternité. Les phikMophes ont entrepris de parler de la résurrection; mais ta doctrine qu'ils ont eue sur ce sujet n'a pas été moins corrompue que celle des poètes. Pythagorsa prétendu que les âmes passent en de nouveau! corps; mais 11 rst ioeicusable en ce qu'il les Fait passer dans des corps de bètes d'abord, et en des corps d'hommes ensuite, et en ce qu'il assurait que la sienne

avait Bulrelbis animé le corps d'Euphorbe, Chrysippe, que Cicéron dit être comme mie colonne qui soutient la gqlerîe des stoïciens, en a jugé plut raisonnablement lorsque, parlant du renoDvelIement du monde dans le livre qu'il a composé tftf la Providence , il a écrit ce qui soit : iLes choses étant telles que je viens de les représenter, il est clair qu'il n'est pas impossible que, quand nous serons morts, nous retournions après un certain cercle d'années h l'état oA nous sommes aujourd'hui.» Mais laissons-là l'autorité des hommes pour écouter celle de Dieu. Voici ce que dît la sibylle :

D D'r ■ poinl de fOi nuialenaat panai lei hammei ; nui* lonqoï Dira le* Jus^ra, el qu'il diitribocra aux bout el aax nijchani ]t* rtoKnpenm et lei cbAlimeDi qu'ib inront mftiUt, la mtchaat xambeioat dam le fFa el recoanatironi la Juiltcc ds leur couilamiialioii ; Ici gtai de bien, su coalrairr, dcmeureronl encore tur la terre et ; jouirout dêrboniteur et de U gloire.

Puisque les prophètes, lesdevins,les poètes et les philosophes, conviennent delarésurrrclion des Dwrts, que personne ne nous demande de quelle manière elle se pourra Faire. On ue saurait rendre raison des ouvrages de Dien. II faut croire qu'ayant bien su créer l'homme, il saura bien le réparer.

XXIV. J'ajouterai maintenant ce qui suit: Le Fils du Dieu suprême viendra juger les vivans et les morts , selon le témoignage de la sibylle qui dit :

Lorsqu'il aura exterminé l'injustice, qu'il aura jugétousIe8hommes,etqu'ilaurarc$suscitéceux qui auront été justes dès le commencement, il demeurera pendant mille ans parmi les hommes qu'il gouvernera avec une parfaite équité. Cest ce que la sibylle, transportée d'une sainte Ferveur, a exprimé de cette sorte :

Ceux qui seront en ce temps- ta en vie ne mourront point ; mais ils mettront au monde pendant mille ans une multitude Infime d'cn- Fans, qui seront saints et agréables i Dieu. Ceux qui auront été ressuscites présideront en qualité de juges à ceux qui seront demeurés en vie. Tontes tes nations ne seront pas absoIuDKOt détruites : quelques-unes seront

LACTANCE

réservées pour servir de matière aux victoires que Dieu accordera aux justes et d'ornement à leur triomphe, et pour être réduites à une éternelle servitude. Le prince des démons et l'auteur de tous les maux sera chargé déchaînes et gardé dans les prisons de l'empire céleste, durant les mille ans pendant lesquels la justice régnera sur la terre, afin qu'il ne puisse nuire aux personnes de piété. Lorsque le Fils de Dieu sera arrivé, les gens de bien seront assemblés de toutes les parties de Tunivers, et lorsque le jugement sera achevé, leur ville sainte sera fondée au milieu de la terre, où le Seigneur qui Taura fondée demeurera lui-même avec les gens de bien. La sibylle décrit cette ville, en disant :

Qtic Dieu Ta lul-métne fondée , et qu'il Ta rendue plus éclatante que le loleil ni la lune , et lei autres astres.

Les ténèbres dont le ciel était couvert seront dissipées, et le soleil et la lune recevront une lumière , qui ne souffrira plus de diminution, I^ splendeur du soleil sera sept fois plus éclatante quelle n'est maintenant. La terre produira une abondance incroyable de fruits, sans que personne ait la peine de la cultiver. Le miel sortira des plus durs rochers; on verra couler des ruisseaux de vin et des fleuves de lait; enfin Tunivers, délivré de la domination de Ter» rcur et de Timpiété, sera comme tran.sporté de joi(\ Les bêtes les plus féroces ne se nourriront plus de sang. Les oiseaux ne fondront plus sur leur proie ; tous les animaux seront doux cl paisibles ; les lions demeureront dans Tétable avec les troupeaux ; lesloups n'enlèveront plus les brebis; les chiens nïront plus à la chasse; les épervicrs ni les aigles ne nuiront plus; les cnfàns jouci*ont avec les serpens; enfin on verra en ce temps-lù une Adèle image de tout ce que les poêles ont feint être arrivé au siècle d'or, sous le règne de Saturne. La façon de parler figurée des prophètes qui expriment les choses à venir comme si elles étaient déjà passées, a été cause que les poètes se sont trompés. Les prophètes étaient inspirés de Dieu et voyaient les choses qu'il leur révélait , comme si elles eussent été présentes. liOrsque leurs prédictions ont été publiées, ceux qui n'avaient point de connaissance des secrets de Dieu ont cru qu elles avaient été accomplies aux siècles passés, bien qu'il soit vrai

qu'elles ne peuvent être accomplies pendant que Tautorité absolue et le pouvoir de commander est entre les mains des hommes. &lais quand \rs religions profanes auront été abolies, que les crimes seront bannis, et que la terre sera soumise à l'obéissance de Dien :

Les pilotes abandonneront les Yiisacraz, d W maiTfaandi renonceront au oommeroe. Il n*f aura point de terroir qui ne porte de lui-mtaw toutes sortes de fruits , sans que In hommes aient en b peine de le cnithrer. Les moissons niAriront dans les campagnes , les raisins pendront aux fanissoni, et le mld coulera des diénes. On ne tcfindra plus les laiiii-s, et la toison prendra sur le dos des breUs toufes sortes de couleurs. Les cfaèrres retourneront à la bergieric pleines de lait, et les troupeaux n'apprâienderoot plus la rencontre dn lions.

II semble que Virgile ait eu dessein en cet endroit d'imiter la sibylle de Cumes. Void ce que celle d'Erythrée a dit snr le oième sujet :

Alors les loups pâliront aree les brebis sur kt montafan; les lynx avec les cberraux , les ours arec Ict bonfis ; ks lions mangeront la paille dans rétdile ; les entena érraurpil ki

serpens.

En un autre endroit, elle représente en cti termes l'abondance dont Dieu favorisera ki hommes :

Dieu , dit-elle, comblera les bommes de Jofie. La tcm portara toutes sortes d*arbrps , et ces arlires porteront nni leuse diversité de toutes sortes de fhilts. On vcria comme des Heures de tin , de miel et de lail.

Une autre en a parlé de celle sorte :

n n*7 aura que la terre babitée par les gêna de bkn, aura une si beureose Arrlililé , et oA l'on Tcrra oonlcr k du creux des rocbers.

Les hommes vivront en ce temps-4A dans me profonde paix et dans Tabondanee de tontes clioses. Ils régneront avec Dieu, et les priners des nations les plus éloignées viendroot adonr le grand roi , dont le nom sera vénérable 1 tooC l'univers , et lui feront des présens.

XXV. Voilà ce qui a été prédit par les prophètes. Je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire de rapporter leurs paroles; et d'aillenrs j'aoraisété engagé à un travail presque înBni , et j'aoraii trop augmenté mon ouvrage, en amuMint quantité de passages conformes les uns an autres, et dont la répéti^on aurait été fiort ennuyeuse. J'ai de plus été persuadé que ce serait un avantage considérable à la cause que je défends , d'employer plutôt le témoignage des étrangers que celui des auteurs de notre

parti , et de faire Toir que nos ennemis ont entre leurs mains des preaves de la vérité qu'ils refusent de reconnaître. Si quelqu'un veut s'instruire solidement , qu'il aille à la source de ces auteurs sacrés, et qu'il puise dans leurs ouvrages une doctrine plus ample et plus merveilleuse que celle que j'ai renfermée dans cduid. On demandera peut-être, quand toutes ces choses que j'ai racontées arriveront J'ai déjà fait voir qu'il est absolument nécessaire qu'à la fin des six mille ans l'état du monde soit changé, et qu'il parait par les signes qui , selon les prédictions des prophètes, précéderont ce changement , que le temps en est fort proche. Ceux qui ont écrit sur la chronologie, et qui ont supputé, tant selon l'autorité de l'Écriture que selon celle des historiens profanes, les années qui se sont écoulées depuis le commencement du monde , ont apporté des preuves très-solides de ce que j'avance. Quoiqu'il y ait quelque dif- Krence dans la manière de compter de ces auteurs, il semble pourtant que la fin des siècles ne peut être éloignée de plus de deux cents ans. U parait aussi visiblement que le monde est menacé d'une ruine prochaine ; et la seule circonstance qui peut diminuer notre crainte est que la ville de Rome subsiste encore dans un état florissant. Mais quand cette capitale de l'univers aura été renversée, et qu'elle ne sera plus qu'un amas de ruines, il ne restera plus aucune raison de douter que la fin des siècles ne soit arrivée. Celte seule ville soutient et conserve tout. C'est pourquoi, si les ordres et les décrets de Dieu peuvent être différés , nous le devons prier que l'abominable tyran qui doit commettre tant de crimes et éteindre cette lumière , dont l'absence sera suivie de la ruine de l'univers, ne vienne pas sitôt. Continuons la description de ce qui doit arriver ensuite.

XXVL J'ai déjà dit que le prince des démons sera lié, au commencement du règne des saints; mais il sera délié et mis en liberté à la fin des mille ans de ce r^e , et des sept mille du monde. Mais il soulèvera les peuples et les excitera à prendre les armes contre les saints , et à mettre le siège devant leur ville avec des troupes innombrables. Ce sera pour lors que les derniers effets de la colère de Dieu sur les peuples éclateront , et qu'il exterminera jusqu'au dernier d'entre eux. Il ébranlera la terre avec une si horrible vio-

lence, qne les montagnes de Syrie en seront bri« sées , que les collines demeureront comme suspendues , et que les murailles et toutes les villes tomberont à terre. Dieu arrêtera le soleil dans l'espace de trois jours, et augmentera de telle sortes a dialeur, que les impies et les rebelles en seront brûlés. Il fera tomber sur eux une pluie de soufre , une grêle de pierres enflammées et des gouttes de feu; leurs forces seront comme fondues par l'excès de la chaleur ; leurs corps seront brisés par la grêle ; ils se tueront les uns les autres par l'épée , de sorte que les montagnes seront remplies de corps morts, et les campagnes couvertes d'os. Le peuple fidèle sera caché dans les cavernes pendant ces trois jours, jusqu'à ce que la colère de Dieu contre les nations éclate dans le dernier jugement. Quand les justes sortiront de leurs retraites, ils trouveront une quantité d'ossemens et de cadavres. La trace des impies sera eflàcée , et il ne restera plus sur la terre d'autre nation que celle qui sera soumise à Dieu. Sept ans se passeront sans que Ton coupe les arbres, et au lieu de brûler du bois, on brûlera les armes des nations vaincues ; la guerre sera suivie d'une paix étemelle. Lorsque les mille ans seront accomplis, Dieu répa-> rera le monde , pliera le ciel , changera la terre , donnera aux hommes la forme des anges, les rendra blancs comme la neige, et recevra pendant toute Tétemité leur culte et leurs sacrifices. Ce sera en ce temps-là qu'arrivera la seconde et la générale résurrection où les impies seront tirés de leurs tombeaux , pour être condamnés à un supplice étemel. Ces impies sont ceux qui ont adoré des idoles faites par la main des hommes , et qui n'ont point connu le Seigneur et le créateur du monde , ou qui l'ont renoncé. Leur prince sera pris avec ses ministres, et condamné au feu éternel avec toute la foule des impies , en présence des anges et des saints.

Voilà la doctrine des prophètes que les chrétiens suivent; voilà notre sagesse, qui passe pour folie et pour vanité dans l'esprit de ceux qui rendent un souverain culte à des créatures qui ne sont que faiblesse , et qui sont encore attachés à la fausse philosophie du siècle. Ce qui augmente leur hardiesse, est que nous n'avons pas accoutumé de défendre publiquement nos sentimens, et que nous obéissons au commandement qut

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LACTANCE

Dieu nous Fait de respecter ses mystères dans le i de Tunivers vous a choisi entre tous les autres

. mm . ^ . .* «Il a. lîi»l l? *. J ■ !• •

silence , de les conserver dans le secret de notre conscience, et de n'entrer jamais endisputeavec ces profanes qui ont Tinsoience d'attaquer Dieu et sa religion, non pour s'instruire , mais pour insulter et pour faire des railleries outrageuses et sanglantes. Les mystères doivent être cachés avec une grande tidélité, et principalement par ceux qui ont, comme nous , le nom de fidèles. Cependant , les impies prenant notre silence pour Feffet d'une mauvaise conscience, inventent d'horribles calomnies contre les personnes les plus innocentes et les plus lionnétes, et ajoutent volontiers foi à ces calomnies qu'ils ont inventées. Mais ces faux bruits sont entièrement dissipés, très-saint empereur, depuis que le souverain Seigneur du monde vous a suscité pour rétablir la justice et pour conserver le genre humain. Maintenant que vous gouvernez Tempire romain avec une si haute sagesse et une si parfaite équité , les serviteurs de Dieu ne sont pUis traités comme des scélérats et des impies. Slainlenant que la vérité est découverte, et quelle parait avec éclat, on n'accuse plus d'in* justice ceux qui s'efforcent de garder la justice avec toute l'exactitude qui leur est possible, on ne nous reproche plus le nom de Dieu, et on ne dit plus que nous n avons point de religion , nous qui sommes seuls dans la religion véritable, parce que nous méprisons les ima{j^8 des morts et que nous adorons un Dieu vivant. La souveraine providence vous a élevé au comble de la grandeur humaine, parce que vous êtes capable de réparer, par votre piété, les foules des autres princes, et de pourvoir à la conservation de vos sujets avec une bonté paternelle, de chasser loin de Tempire les méchans que Dieu vous a livrés entre les mains pour faire voir à tout le monde en quoi la véritable majesté consiste. Ceux qui ont voulu abolir le culte de Dieu pour maintenir Timpiéte et la superstition, ont été exterminés, au lieu que vous qui aimez smcèrement Dieu et qui soutenez généreusement ses intérêts, vous trouvez la prospérité et le bonheur, la réputation et la gloire à la suite de toutes vos entreprises. Us ont porté et portent encore le châtiment dû à leurs crimes, au lieu que vous êtes garanti de toute sorte de périls, par la toute-puissante main de Dieu , et que vous jouissez sans trouble

pour travailler à rétablissement de la religioD, parce que vous les surpassez par rémineoce de votre vertu. Les impies dont je parle ont eu peut* être quelque apparence d'innocence; car ils n'en pouvaient avoir la réalité poitqu'ils ne connaissaient point Dieu qui en est l'unique principe, au lieu que rinclinatioa qui vous porte naturellement au bien, soutenue par la foi et par la piété chrétienne , vous ont donné une justice et une sainteté aGOompiie. Vous êtes sans doute fort propre i servir de ministre à Dieu , dans le desseûi qu^îl avait de reformer les abus des hommes. C'est pourquoi nous le prions sans cesse *de vous conserve, vous qui conservez l'État , et qui inspirez le désir d'aimer toujours son nom, ce qui sera ne source de bonheur pour vous, et de repos pour les peuples.

XXVU. Puisque j'ai achevé les sept livres qie j'avais entrepris, et que je suis heureosemai arrivé h la fin de mon ouvrage , il ne me rate plus rien que d'exhorter tout le monde i enbrasser la véritable religion , et en même Ica^i la sagesse , dont l'effet est Texerdoe est de niipriser les biens de la terre, de fuir les aUiaili des plaisirs, et de renoncer aux erraus poor obtenir le trésor incorruptible dos rfriwmifs ses éternelles. CTest un bonheur f of if iuiiMt iTÇi tre délivré des misères de la vie prfiintf^ tf d'aller à ce juge d'une équité souvieraiM, et I ce père d'une bonté infinie, qui mus doonink repos au lieu du travail, la vieau lien de la nart,li clarté au lieu des ténèbres , les bienadodddau léternité au lieu de ceux de la terre et da et enfin une récompense à laquelle les que nous trouvons ici-bas dans la pèaliipe da vertus chrétiennes, n'ont aname CTest pourquoi , si nous souhailona plus haut point delà s^gesseetda hoohiui^ devons nous résoudre à supporter les travaux dont parle Téreaoe, ceux de moudre au moulin, d'èlre baUn, Savoir les fers aux pieds, mais eodonr ks prisons, les fers, les supplices, les '^^w^ cc k mort même, dans rassuranoeot noua aamno que, oHnme iln'y a pomt de plaiair aur h tan qui ne soit accompagné de quelque .peine , il n'y a point aussi de vertu qui ne soit suivie de sa

de raulorité souveraine. I.e souverain Seigneur I récomi>cnsc.Totttlemonde.doîldoiicttclierde

prendre le bon chemin , de pratiquer généreusement les vertus^ de supporter avec patience les peines de la vie présente , dans l'espérance de recevoir un jour du soulagement. Notre père et notre Seigneur, qui a créé le del el V^ posé sur des fondemens inébranlables, qui y a attaché le soleil et les autres astres, qui a suspendu la terresur son propre poids, et Ta comme fortifiée par les montagnes et entourée de la mer, qui a tiré du néant tout ce qu'il y a dans le monde, ayant reconnu les erreurs et les égarenoeas des hommes , leur a envoyé un chef et an oonducteur pour leur montrer le chemin de la Tenu. Soivons-le et obéissons-lui, parce que conM&e a dit Locrfece :

Il a pargé nos esprits des eirears par la Térité de ses discours ; il a arrêté IHoooottaiioe de nos désirs et la Tanilé de nos craiutt's ; il doos a découvert le sooverain bien où nous devons tendre , et le cbcmio par oA nous y deroDS aniTer.

11 ne s>st pas contenté de nous mœtrer le chemin; il Fa tenu le premier, et a marché devant nous , de peur que ks difficakés qui «'y rencontrent ne nous frappassent d'effiroi. Abandonnons, s'il est possible, le chemin qui nous trompe et qui nous perd, et où la nsort se €«ebe sous les attraits de la vohipté. Plus nous sommes avancés en âge et plus le jour auquel Aoiis partirons de ce monde , nous parait proche y plus nous devons nous préparer à parahre SMS tache et sans péché devant notre juge , bien loîo dlmiter Taveaglement de ceux qui , quand ils se sentent menacés d'une mort prochaîne, par les incommodités de la vieillesse et parla di- ■linltm de leurs forces, prennent cette menace peur un avmissement de se hâter de jouir des fim doux et des plus agréables plaisirs. Que dmcmi se retire de ce bourbier pendant qu'il en a le moyen , et qu'il se tourne de tout son cœur vers DÎea, afin qu'il puisse attendre en assurance le jour auquel le souverain Seigneur de Tonivers jugera des actions et des pensées de tous les hommes. Que non-seulement il méprise, mais encore qu'il foie tout ce que Ton re-

cherche ici- bas, et qu'il préfère son salut à tous les biens dont la possession est incertaine, passagère et trompeuse. Ils passent et changent sans cesse , et s'échappent d'entre nos mâns plos vite qu'ils n'y sont tombés. Quand nous les retiendrions durant toute notre vie, il faudrait les quitter au moins à la noort : nous ne saurions emporter que l'innocence et la vertu. Celui-là paraîtra fort richedevantDieu,qui paraîtra avec la continence , avec la miséricorde, avec la patience, avec la charité, avec la foi : c*est une succession qui ne peut nous être ôtée, ni donnée à un autre à notre préjudice. Qui est-ce qui veut la posséder ? Que ceux qui ont faim s'approchent, et ils seront rassasiés d'un aliment céleste qui contentera leur appétit. Que ceux qui ont soif s'approchent, et qu'ils puisent de l'eau du salut dans une source qui ne tarit jamais. Cet aliment et cette eau du ciel rendent la vue aux aveugles', l'onle aux sourds , la voix aux muets, l'usage des pieds et des jambes aux boileux , la sagesse aux insensés , la santé aux malades , h vie aux morts. Notre souverain et équitable juge tirera de l'obscurité du tombeau oeux qui auront eu le courage de fouler aux pieds les corruptions de la terre. Que personne ne mette sa confiance dans les richesses , dans les dignités , ni même dans l'autorité souveraine : tous ces avantages du siècle ne sauraient nous procurer l'immortalité ; car celui qui aura renoncé aux privilèges delà condition humaine, et qui en s'attachant aux biens présens se sera roulé sur la terre, sera châtié comme un déserteur de son seigneur et de son père. Travaillons donc sérieusement à acquérir l'innocence qui nous accompagnera jusqu'au tr6ne de Dieu. Combattons cependant sous ses enseignes et pour son service, tant que notre âme animera notre corps. Veillons et demeurons en sentinelle. Résistons généreusement contre les ennemis qui nous sont connus , afin que les ayant vaincus , nous recevions de la main de Dieu la récompense qu'il nous a promise.

LACTANCE

Dieu nous fait de respecter ses mystères dans le i de Tunivers vous a choisi entre tous les antra

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silence , de les conserver dans le secret de notre conscience , et de n entrer jamais en dispute avec ces profanes qui ont Tinsoicnce d attaquer Dieu et sa religion, non pour s'instruire , mais pour insuUer et pour faire des railleries outrageuses et sanglantes. Les mystères doivent être cachés avec une grande fidélité, et principalement par ceux qui ont, comme nous , le nom de fidèles. Cependant , les impies prenant notre silence pour Teffet d'une mauvaise conscience, inventent d'horribles calomnies contre les personnes les plus innocentes et les plus lionnétes, et ajoutent volontiers foi à ces calomnies qu'ils ont inventées. Mais ces faux bruits sont entièrement dissipés, très-saint empereur, depuis que le souverain Seigneur du monde vous a suscité pour rétablir la justice et pour conserver le g<'nre humain. Maintenant que vous gouvernez l'empire romain avec une si haute sagesse et une si parfaite équité , les serviteurs de Dieu ne sont plus traités comme des scélérats et des impies. Slaintenant que la vérité est découverte, et qu'elle parait avec éclat, on n'accuse plus d'injustice ceux qui s'efforcent de garder la justice avec toute l'exactitude qui leur est possible, on ne nous reproche plus le nom de Dieu, et on ne dit plus que nous n avons point de religion , nous qui sommes seuls dans la religion véritable, parce que nous méprisons les îina[];es des morts et que nous adorons un Dieu vivant. La souveraine providence vous a élevé au comble de la grandeur humaine, parce que vous êtes capable de réparer, par votre piété, les fautes des autres [irinces, et de pourvoir à la conservation de vos sujets avec une bonté paternelle, de chasser loin de Icmpire les méchans que Dieu vous a livrés entre les mains pour faire voir à tout le monde en quoi la véritable maûesté consiste. Ceux qui ont voulu abolir le culte de Dieu pour maintenir Timpiéte et la superstition , ont été exterminés, au lieu que vous qui aimez sincèrement Dieu et qui soutenez généreusement ses intérêts, vous trouvez la prospérité et le bonheur, la réputation et la gloire à la suite de toutes vos entreprises. Ils ont porté et portent encore le châtiment dû à leurs crimes, au lieu que vous êtes garanti de toute sorte de périls, par la toute-puissante main de Dieu , et que vous jouissez sans trouble

pour travailler à rétablissement de la religion, parce que vous les surpassez par réminence de votre vertu. Les impies dont je parle ont eu peut* être quelque apparence d'innocence:

car ils n'en pouvaient avoir la réalité poi»qu'ils ne connaissaient point Dieu qui en e»t Tunique principe, au lieu que rindinalion qui vous porte naturellement au bien, soutenue par la foi et par la piété chrétienne , vous oat donné une justice et une sainteté accomplie. Vous êtes sans doute fort propre k servir de ministre à Dieu , dans le dessein qu'il avait de réformer les abus des hommes. G*est pourquoi nous le prions sans cesse *de vous conserver, vous qui conservez l'Ëtat, et qui inspirez le désir d'aimer toujours son nom, ce qui sera me source de bonheur pour vous , et de repos pour les peuples.

3Û^VIL Puisque j'ai achevé les sept livres qie j'avais entrepris, et que je suis heureuicniait arrivé A la fin de mon ouvrage , il ne ne retfe plus rien que d'exhorter tout le monde i OBbrasser la véritable religion , et en même lcai|ii la sagesse , dont l'effet est l'exerdoe est de nipriser tes biens de la terre, de fiiir les atlrsils des plaisirs , et de renoncer aus crrenn poor obtenir le trésor incorruptible des rfrimya ses éternelles. Cest ub bonheur inr itluisMi d"! tre délivré des misères de la vie |Mfw(f^ rt d'aller à ce juge d'une équité sonveniac, CI I ce père d'une bonté infinie, qui noua doBBBak repos au lieu du travail, la vieau lieu de la nart|li clarté au lieu des ténèbres , les bieoadudddafs Téternité au lieu de ceux de h terre et 4ii et enfin une récompense à laqueUa les que nous trouvons id-bas dans la pèatkpe da vertus chrétiennes, n'ont aucune Cest pourquoi, si nous soubsitons

plus haut point de la sagessect dn bOBhav. devons nous résoudreà si

les travaux dont parle Térenoe, ceux de moudre an moulin, d'être battoSy Savoir les fiers aux pieds, mais endmcr Im prisons, les fers, les supplices, les Aigi^i^py £t i^ mort même, dans l'assurance ot noua sommes que, comme iln'y a point de plaisir aw la tcnrc qui ne soit accompagné de quelque peine , il n'j a point aussi de vertu qui ne soit suivie de sa

de l'autorité souveraine. Le souverain Seigneur I récompense. Tout le monde doit donc j^^ de

prendre le bon chemin , de pratiquer généreusement les vertus, de supporter avec patience les peines de la vie présente , dans Tespérance de recevoir un jour du soulagement. Notre père et notre Seigneur , qui a créé le del el V^ posé sur des fondemens inébranlables, qui y a attaché le soleil et les autres astres, qui a suspendu la terresur son propre poids, et Ta comme fortifiée par les montagnes et entourée delà mer, qui a tiré du néant tout ce qu'il y a dans le monde, ayant reconnu les erreurs et les égaremens des hommes , leur a envoyé un chef et un conducteur pour leur montrer le chemin de la vertu. Soivons-le et obétseons-lui , parce que ooHHDe a dit Lucrèce :

Il a pargé nos esprits des errears par la Térité de ses discours ; il a arrêté lioooBftaooe de nos désirs et la Tanilé de DOS craiutes ; il doos a découvert le sonverain bien où nous devons tendre , et le cbemio par oA nous y deroDS aniver.

Il ne s'est pas contenté de nous mœtrer le chemin; il Ta tenu le premier, et a marché devant nous , de peur que ks difficultés qui n'y rencontrent ne nous frappassent d^eflroi. Abandonnons, s'il est possible, le chemin qui nous trompe et qui nous perd, et où la nsortse cache sous les attraits de la vohipté. Plus nous aommes avancés en âge et plus le jour auquel sous partirons de ce monde, nous parait proche y plus nous devons nous préparer à paraître •Ms tache et sans péché devant notre juge , bien loin d'imiter Taveuglenent de ceux qui , quand ils ae sentent menacés d'une mort prochaine, par les incommodités de la vieillesse et par la dîminltm de leurs ibrces, prennent cette menace pour un avertissement de se hâter de jouir des ftes doux et des plus agréables plaisirs. Que ehacmi se retire de ce bourbier pendant qu'il en a le moyen , et qu'il se tourne de tout son cœur vers DÎea, afin qu'il puisse attendre en assurance le jour auquel le souverain Seigneur de Foiivers jugera des actions et des pensées de toos les hommes. Que non-seulement il méivise, mais encore qu'il fîiie tout ce que Ton re-

cherche ici- bas, et qu'il préfère son salut à tous les biens dont la possession est incertaine, passagère et trompeuse. Ils passent et changent sans cesse , et s'échappent d'entre nos mûns plos vite qulis n'y sont tombés. Quand nous les retiendrions durant toute notre vie, il faudrait les quitter au moins à la mort : nous ne saurions emporter que l'innocence et la vertu. Celui-là paraîtra fort richedevant Dieu,qui paraîtra avec la continence, avec la miséricorde, avec la patience, avec la charité, avec la toi : c'est une succession qui ne peut nous être 6tée, ni donnée à un autre à notre préjudice. Qui est-ce qui veut la posséder ? Que ceux qui ont faim s'approchent, et ils seront rassasiés d'un aliment céleste qui contentera leur appétit. Que ceux qui ont soif s'approchent, et qu'ils puisent de l'eau du sahit dans une source qui ne tarit jamais. Cet aliment et cette eau du ciel rendent la vue aux aveugles', Tonle aux sourds , la voix aux muets, l'usage des pieds et des jambes aux boiteux , la sagesse aux insensés , la santé aux malades , h vie aux morts. Notre souverain et équitable juge tirera de l'obscurité du tombeau oeux qui auront eu le courage de fouler aux pieds les corruptions de la terre. Que personne ne mette sa confiance dans les richesses , dans les dignités , ni même dans l'autorité souveraine : tous ces avantages du siècle ne saturaient nous procurer l'immortalité ; car celui qui aura renoncé aux privilèges delà condition humaine, et qui en s'attachant aux biens présens se sera roulé sur la terre , sera châtié comme un déserteur de son seigneur et de son père. Travaillons donc sérieusement à acquérir l'innocence qui nous accompagnera jusqu'au tr6ne de Dieu. Combattons cependant sous ses enseignes et pour son service, tant que notre âme animera notre corps. Veillons et demeurons en sentinelle. Résistons généreusement contre les ennemis qui nous sont connus , afin que les ayant vaincus , nous recevions de la main de Dieu la récompense qu'il nous a promise.

LACTANCE

Dieu nous Fait de respecter ses mystères dans le silence , de les conserver dans le secret de notre conscience , et de n'entrer jamais en dispute avec ces profanes qui ont Tinsolence d attaquer Dieu et sa religion, non pour s'instruire, mais pour insulter et pour faire des railleries outrageuses et sanglantes. Les mystères doivent être cachés avec une grande fidélité, et principalement par ceux qui ont, comme nous , le nom de fidèles. Cependant , les impies prenant notre silence pour Teffet d'une mauvaise conscience, inventent d'horribles calomnies contre les personnes les plus innocentes et les plus lionnétes, et ajoutent volontiers foi à ces calomnies qu'ils ont inventées. Mais ces faux bruits sont entièrement dissi()é.s, très-saint empereur, depuis que le souverain Seigneur du monde vous a suscité pour rétablir la justice et pour conserver le grnre humain. Maintenant que vous gouvernez l'empire romain avec une si haute sagesse et une si parfaite équité , les serviteurs de Dieu ne sont plus traités comme des scélérats et des impies. Slaintenant que la vérité est découverte, et qu'elle parait avec éclat, on n'accuse plus d'injustice ceux qui s'effurcent de garder la justice avec toute l'exactitude qui leur est possible, on ne nous re|)roclie plus le nom de Dieu, et on ne dit plus que nous n'avons point de religion, nous qui sommes seuls dans la religion véritable, parce que nous méprisons les ima(j;cs des morts et que nous adorons un Dieu vivant. La souveraine providence vous a élevé au comble de la grandeur humaine, parce que vous êtes capable de réparer, par votre piété, les foules des autres f)rinces,et de pourvoira la consen'ation de vos sujets avec une bonté paternelle, de chasser loin de Tempire les méchans que Dieu vous a livrés entre les mains pour faire voir à tout le monde en quoi la véritable majesté consiste. Ceux qui ont voulu abolir le culte de Dieu pour maintenir Timpiéte et la su|)erstition, ont été exterminés, au lieu que vous qui aimez sincèrement Dieu et qui soutenez généreusement ses intérêts, vous trouvez la prospérité et le bonheur, la réputation et la gloire à la suite de toutes vos entreprises. Ils ont porté et portent encore le châtiment dû à leurs crimes, au lieu que vous êtes garanti de toute sorte de périls, par la toute-puissante main de Dieu , et que vous jouissez sans trouble

de l'univers vous a choisi entre tous les autres pour travailler à rétablissement de la religion, parce que vous les surpassez par rëoiinence de votre vertu. Les impies dont je parle ont eu peut* être quelque apparence d'innocence:

car ils n'en pouvaient avoir la réalité pni»qu'ils ne connaissaient point Dieu qui en eu. l'unique principe, au lieu que rindinalion qai vous porte naturellement au bien, soutenue par la foi et par la piété chrétienne , vous ost donné une justice et une sainteté accomplie. Vous êtes sans doute fort propre à servir de ministre à Dieu , dans le dessein qu'il avait de réformer les abus des hommes. G*est pourquoi nous le prions sans cesse'de vous conserver. vous qui conservez l'Ëtat, et qui inspirez kàésir d'aimer toujours son nom, ce qui sera me source de bonheur pour vous , et de repos pour les peuples.

3Û^ VIL Puisque j'ai achevé les sept livres qie j'avais entrepris , et que je suis heurensemoit arrivé A la fin de mon ouvrage , il ne ne retfe plus rien que d'exhorter tout le monde i OBbrasser la véritable religion , et en même lcai|ii la sagesse , dont l'effet est rexerdoe est de bbCpriser les biens de la terre, de fiiir les attraits des plaisirs , et de renoncer aus crrom poor obtenir le trésor incorruptible des rfrimyi ses éternelles. GTest un bonheur inrsf imaUf fÇ tre délivré des misères de la vie prHmVr, cC d'aller à ce juge d'une équité sonvcraioc, cl I ce père d'une bonté infinie , qui nou donmii k repos aulieu du travail, la vieau Heu delà nart|li clarté au lieu des ténèbres , les bieoadudddau Téternité au lieu de ceux de la terre et du et enfin une récompense à laqueUa les que nous trouvons id-bas dans la pvatkpe da vertus chrétiennes, n'ont aucune C'est pourquoi , si nous souhaitons

plus haut point de la sagessect dn bOBhtVi devons nous résoudre à si

les travaux dont parle Térenoe, ceux de moudre an moulin, d*èlre battoSy Avoir les fers aux pieds, mais endmcr 1m prisons, les fers, les supplices, les ^iwf'qnt et la mort même, dans rassuranoeot noua aornoMS que, comme iln'y a point de plaisir war la Icnrc qui ne soit accompagné de quelque peine , il n'j a point aussi de vertu qui ne soit suivie de sa

de Tautorité souveraine. Le souverain Seigneur I récompense. Tout le monde doit donc lidier de

prendre le bon chemin , de pratiquer généreusement les vertus, de supporter avec patience les peines de la vie présente , dans Tespérance de recevoir un jour du soulagement. Notre père et notre Seigneur, qui a créé le del el V^ posé sur des fondemens inébranlables, qui y a attaché le soleil et tes autres astres , qui a suspendu la terre sur son propre poids, et Ta comme fortifiée par les montagnes et entourée delà mer, qui a tiré du néant tout ce qu'il y a dans le monde, ayant reconnu les erreurs et les égaremens des hommes , knr a envoyé un chef et an cofiducteur pour leur montrer le chemin de la vertu. Soivons-le et obéissons-lui, parce que ooHHDe a dit Locrfece :

Il a pargé nos cspriU des errears par la Térité de let discours ; il a arrâlé IHoooaslMioe de nos désirs et la Tanilé de DOS craiutes ; il doos a découvert le sooTerain biea où boos devons tendre , et le cbemin par oA nous y derons arriver.

U ne s'est pas contenté de nous mœtrer le chemin; il Ta tenu le premier, et a Biarcbé devant nous , de peur que ks difficultés qui s'y rencontrent ne nous frappassent d'effiroi. Abandonnons , s'il est possible , le chemin qui nous trompe et qui nous perd, et où la nsortse cache sous les attraits de la vohipté. Plus nous aommes avancés en âge et plus le jour auquel fioiis partirons de ce monde, nous parait proche I plus nous devons nous préparer à parahre •Ms tacbe et sans péché devant notre juge , bien loin d'imiter Tavenglenent de ceux qui , quand ils se sentent menacés d'une mort prochaine, par les incommodités de la vieillesse et par la dîmmÊÊômx de leurs forces, prennent cette menace pour un avertissement de se hâter de jouir des ftes doux et des plus agréables plaisirs. Que chacon se retire de ce bourbier pendant qu'il en ' a le moyen , et qu'il se tourne de tout son cœur ' vers DÎea, afin qu'il puisse attendre en assn- ^ ranoe le jour auquel le souverain Seigneur de ' rmîvers jugera des actions et des pensées de * toos les hommes. Que non-seulement il mé- ' ivise, mais encore qu'il foie tout ceque Ton re-

cherche ici- bas, et qu'il préfère son salut à tous les biens dont la possession est incertaine, passagère et trompeuse. Ils passent et changent sans cesse , et s'échappent d'entre nos mâns pins vite qulla n'y sont tombés. Quand nous les retiendrions durant toute notre vie, il faudrait les quitter au moins à la mort : nous ne saurions emporter que l'innocence et la vertu. Celui-là paraîtra fort richedevantDieu,qui paraîtra avec la continence , avec la miséricorde, avec la patience, avec la charité, avec la Ibi : c'est une succession qui ne peut nous être 6tée, ni donnée à un autre à notre pr^udice. Qui est-ce qui veut la posséder ? Que ceux qui ont faim s'approchent, et ils seront rassasiés d'un aliment céleste qui contentera leur appétit. Que ceux qui ont soif s'approchent, et qu'ils puisent de l'eau du salut dans une source qui ne tarit jamais. Cet aKment et cette eau du ciel rendent la vue aux aveugles', l'ouïe aux sourds , la voix aux muets, l'usage des pieds et des jambes aux boiteux , la sagesse aux insensés , la santé aux malades , h vie aux morts. Notre souverain et éipûtable juge tirera de l'obscurité du tombeau oenx qui auront eu le courage de fouler aux pieds les corruptions de la terre. Que personne ne mette sa confiance dans les richesses , dans les dignités , ni même dans l'autorité souveraine : tous ces avantages du siècle ne sauraient nous procurer l'immortalité ; car celui qui aura renoncé aux privilèges de la condition humaine, et qui en s'attachant aux biens présens se sera roulé sur la terre , sera châtié comme im déserteur de son seigneur et de son père. Travaillons donc sérieusement à acquérir l'innocence qui nous accompagnera jusqu'au trône de Dieu. Combattons cependant sous ses enseignes et pour son service, tant que notre âme anhnera notre corps. Veillons et demeurons en sentinelle. Résistons généreusement contre les ennemis qui nous sont connus , afin que les ayant vaincus , nous recevions de la main de Dieu la récompense qu'il nous a promise.

LACTANCE

DE LA COLERE DE DIEU

I. J aî souvent remarqué, mon cher Donat, qu'il y a plusieurs personnes, et même des philosophes, qui croient que Dieu n'enlre jamais en colère. La raison de leur sentiment est /ou que Dieu ne fait que du bien, et qu'il ne convient point à une puissance aussi grande et aussi excellente que la sienne de faire du mal; ou qu*il n*a aucun soin des choses d1ci-bas, et, par une suite nécessaire, aucune inclination à nous faire ni du mal ni du bien. Gomme cette erreur est très-dangereuse et qu'elle ne tend à rien moins qu*à renverser tout Tordre de la vie humaine, j'ai cru la devoir réfuter, de peur qu'elle ne vous surprenne et que le nom de ceux qui se vantent d'être fort savans ne vous engage à la suivre. Ce n'est pas que j'aie la présomption d'avoir compris la vérité par la force de mon esprit ; mais c est que je fais profession de suivre la doctrine que Dieu , qui seul sait tout et qui révèle ses secrets comme il lui platt, a eu la bonlé de nous enseigner. Les philosophes , qui n'avaient rien appris de celte doctrine, ont cru qu^iis pouvaient découvrir d'eux-mêmes ce qu'il y avait de plus caché dans la nature ; ce qu'il est pourtant certain qu'ils ne pouvaient faire , parce que, tant que l'âme est enfermée dans le corps comme dans une prison , elle n'a qu'une connaissance fort imparfaite; et qu'une des principales différences qu'il y ait entre Dieu et l'homme, c'est que, au lieu que Dieu a une science parfaite , Thomme n'a que l'ignorance en partage. Ainsi, pendant que nous vivons dans un corps mortel, nous avons besoin d'une lumière pour dissiper les ténèbres qui nous environnent, et cette lumière-là est Dieu même. Quiconque l'aura reçue dans son cœur pénétrera le secret de la vérité. Mais dans l'éloignement de Dieu et de sa doctrine céleste, il n'y a qu'ignorance et qu'erreur. C'est pourquoi Socrate, qui était le plus savant des philosophes, voulant confondre la présomption des autres qui croyaient

savoir quelque chose, disait qu^il ne savait rieD. si ce n'est : qu'il ne savait rien. Il avait recooDo que toute la philosophie n^avait rien de ccrtaiii ni de véritable. Et ce n'était pas par le seuld^ sein d*abaisser les autres qu^il en jugeait deb sorte, mais c'est qu'en effet il avait comme ah trevu la vérité. Cest pourquoi, lorsqu'il fvt accusé et réduit à la nécessité de se définidrf . il déclara, selon le rapport de Platon, qu'il nj avait point de sagesse parmi les hommes, raiJh. méprisa et rejeta toute la doctrine d'où les philosophes tiraient vanité, et protesta qoe, pov lui, il faisait profession de ne rien savoir. Qoe s'il n'y a point de sagesse ni de science pani la hommes, comme Socrate renseigne et coouk Platon le témoigne, il est clair qu'il n'y en a qoe dans Dieu. Il fiiut donc tâcher de le connaître cc de trouver la vérité en le trouvant 11 est le oàteur de l'univers , qui ne peut £tre vu pir lo yeux du corps et qui ne peut être dtoovcrt qu'à peine par ceux de Tesprit. La rcUgion ot attaquée de plusieurs manières par cen qa n'ont pas pu parvenir à la sagesse ni conpradre les saints mystères.

II. Il y a plusieurs degrés par oA Too palais de la vérité ; mais il n'est pas aisé de i ter jusqu'au haut, parce que plusieurs, Bàm de l'éclat qui l'environne, chancdlent d lonM à la renverse. Le premier degré est de nooonaître la fausseté de la superstition pdSBM, et de rejeter l'impiété du culte que foa rend à des dieux faits de la main de rbonune. Le seooad est de savoir qu'il n'y a qu'un Dieu, y qui a créé le monde et qui le gouverne. Le Iraisifane ot de connaître l'ambassadeur et le ministre qsl a envoyé sur la terre pour nous délivrer de va erreurs et pour nous instruire de la vérité il est aisé, comme je viens de le dire , de lombfr sur ces degrés, à moinsque Ton ne prenne gank de s'y tenir ferme. Crâx qui reconnaisKot h fausseté de la religion des pdem et qui mé|in*

DE LA COLERE DE DIEU

sent les idoles faites de terre et d'autres matières fragiles , et qui , au lieu de se tourner vers Dieu, qu'ils ne connaissent point , se tournent vers les éiémens, qu'ils admirent; ceux qui adorent le ciel, la terre, la mer, le soleil, la lune et les étoiles, tombent dans le premier defjpré. J'ai réfuté l'ignorance de ces premiers dans le second livre desDmnes institutions. Ceux qui avouent qu il n'y a qu'un Dieu, et qui , trompés par les faux raisonnemens des philosophes, ont des sentimens indignes de sa grandeur, et nient qu'il ait ou aucune figure ou aucune affection, tombent dans le second degré. Enfin, ceux qui connaissent l'envoyé de Dieu et qui savent qu'il a élevé un temple immortel et divin , et qui cependant ou ne le reçoivent point, ou le reçoivent d'une autre manière que la foi ne veut qu'on le reçoive, sont ceux qui tombent dans le troisième degré. J*ai déjà réfuté ces derniers dans le quatrième livre du même ouvrage et les réfuterai encore plus au long lorsque je répondrai aux objections de toutes les sectes qui par la vanité de leurs disputes se sont éloignées de la vérité. Je ne parlerai en cet endroit que de ceux qui tombent dans le second degré par les mauvais sentimens où ils sont touchant la nature divine, n y en a parmi eux qui croient que Dieu ne fait du bien à personne et qu'il n'entre point en colère, mais qu'il goûte la douceur d'un profond repos et d'une parfaite sûreté dans la possession d'une félicité immuable et étemelle. D'autres lui Atent les mouvemens de la colère et lui laissent 1 inclination à faire du bien , parce qu'ils croient qu'il n'y a rien de si conforme à sa nature que d'aider et de secourir, ni de si contraire à la même nature que de nuire. Ainsi tous les philosophes demeurent d*accord que Dieu n'entre point en colère, mais ils ne demeurent pas tous daccord qu'il n'ait pas rinclination de faire du bien. Pour mettre quelque ordre dans celte matière, il faut dire : que le désir de la vengeance et le désir de faire du bien étant deux désirs contraires, ou il faut laisser à Dieu le désir de la vengeance et lui ôler le désir de faire du bien, ou lui ôter l'un et l'autre; ou bien il faut lui ôter le désir de la vengeance et lui donner le désir de faire du bien , ou bien il ne lui faut ôter ni Ton ni l'autre de ces deux désirs. Il n'y a point de milieu, et il faut nécessairement que la vérité quenouscherchons se rencontre dans ((uclqu'unc

de ces propositions. Examinons-les donc en particulier afin que la suite de notre discours nous conduise à la vérité.

III. Pour ce qui est de la première partie de la divbion que nous avons faite, personne n'a jamaisdit queDieu soit capable d'entrer en colère et de venger les injures qu'on lui feit , mais qu'il n'est point sensible aux honneurs qu'on lui rend et qu'il n'en donne point de récompense. Ea effet il n'y a rien de si contraire à la nature de Dieu que d'avoir le pouvoir de nuire et de n'avoir pas celui de secourir. Aussi , quel moyen , ou même quelle espérance resterait-il aux hommes d'être sauvés , si Dieu ne pouvait faire que du mal? Cette majesté si vénérable perdrait l'autorité que les juges ont de pardonner et d'absoudre, et serait réduite à la condition d'un exécuteur dont l'unique fonction est 'de punir. Puisque nous voyons qu'il n'y a pas seulement du mal dans le monde, mais qu'il y a aussi du bien, il faut que, si Dieu n'en est pas l'auteur, il y ait quelque autre qui le soit. S'il y en a quelqu'un, qui est-il? Gomment est-ce qu'il s'appelle? Et pourquoi celui qui nous fait du mal nous est-il plus connu que celui qui nous fait du bien? Mais, s'il ne peut y avoir d'autre principe .que Dieu , c'est une extravagance ridicule d'avancer que sa puissance , dont la bonté est égale à la grandeur, nuise toujours et ne serve jamais. Aussi cette extravagance a-t-elle paru si insoutenable qu'elle n'est jamais entrée ni dans la bouche, ni dans la pensée de personne. Ce point étant décidé, passons aux autres, et continuons à chercher la vérité.

IV. Le point qui suit contient une maxime de l'école d'Épicure, qui est: que comme Dieu n'entre point en colère contre les crimes des hommes, aussi n'est-il point totiché de leurs devoirs ni de leurs services. Ëpicure ayant jugé que c'était une chose indigne de la nature de Dieu défaire du mal, parce que le mal provient, pour l'ordinaire, d'un mouvement de colère et d'un désir de vengeance, il lui a ûté aussi l'inclination de faire du bien. Il a bien vu qu'on ne pouvait laisser à Dieu l'émotion de la colère et le désir de punir, sans lui laisser aussi quelque sentiment pour les bonnes actions et la volonté de leur donner la rccomiiense qu'elles méritent. Ainsi, pour lui ôter un défaut, il lui a oté une perfection. «CVîil pour cela, dit ce philo-

LACTANCE

sophe, que Dieu est heureux, cpi'il est incor- | ne peut aussi être apaisé. Que s'il est exempt ruplible et immuable; car ne se souciant de de ces deux mouvemens, il Test aussi de la rien et n'ayant aucune peine, il n'en fait aussi à crainte, de la joie, de la tri

personne. » Mais, si Dieu n'a point de mouvement comme en ont tous les êtres qui ont la vie, s'il n'a pas un pouvoir plus étendu que celui des hommes, s'il n'a ni volonté, ni action, ni fonction, il n'est pas Dieu. Quelle plus di- (rne fonction lui pourrait-on attribuer que celle de gouverner le monde, que celle de prendre soin des créatures qui ont te sentiment de la vie, et principalement des hommes, desquels dépend tout ce qu'il y a sur la terre? De quelle béatitude pourrait jouir un Dieu qui serait toujours dans un immobile repos et dans un stupide engourdissement, qui est sourd pour ceux qui le prient et aveugle pour ceux qui l'honorent? Qu'y a<t-il qui soitsi digne de Dieu, qu*y a-t-il qui lui soit si propre que d'à-

tristesse et de la compassion, l'agitation d'aucun de ces mouvemeDs ne convenant non plus à Dieu que celle des autres. Que s'il n'y a point d'affection dans Dieu, parce qu'il n'y a point d'afiectkm sans quelque sorte de faiblesse, il n'y a point non plus de providence. Voilà jusqu'où ce savant homme porte son raisonnement, car îl a supprimé les autres oonséquencea qui ae tirent nécessairement de ses principes, aavoir : que Dieu ne se soucie de rien et qu'il n'est rien. Il s'est comme arrêté sur ce dernier d^ré, parce qu'il voyait que, s'il descendait dTarantage, il tomberait dans un précipice. Mais de quoi loi a servi ou son silence ou sa fuite, puisqu'il est tombé, malgré qu'il en eût, jusqu'au fond de l'abîme, puisqu'il a dit ce qu'il ne Youbit pas

voir une providence qui s'étende sur toutes j dire, et puisqu'il a été emporté, par la soitc choses ? S'il ne se soucie de rien, et qu'il n'ait nécessaire de son raisonnement, ofl II ne ¥oa-

soin de rien, il n'a rien de la nature divine. Ge philosophe, qui lui ôte toute sa puissance et toute sa fonction, ne détruit-il pas son être? C'est pour cela que Gicéron rapporte que Possidonius disait qu'Épicure avait cru qu'il n'y avait point de dieux, et qu'il n'en avait parlé que pour éviter la haine publique, et qu'ainsi il reconnaît de bouche les dieux, mais qu'en effet il n'en reconnaît point, puisquil ne leur laisse ni fonction ni mouvement. Si cela est ainsi, qu'y avait-il de si peu sincère, et même de si captieux ? ce qui est fort indigne d'un homme grave et d'un homme sage. S'il a parlé autrement qu'il ne pensait, n'était-ce pas un dissimulé, un fourbe et un fou? MaisÉpicure n'était pas si fin et si rusé que de parler de la sorte à dessein de tromper. Il parlait selon sa pensée et écrivait pour laisser à la postérité un monument éternel de ses sentimens ; mais il est tombé dans l'erreur, car, ayant été trompé par une fausse proposition qui lui semblait vraie, il admit les conséquences qui en étaient tirées selon les règles du raisonnement. Cette proposition est : que la colère ne convient point à Dieu. Comme elle lui paraissait certaine et indubitable, il ne pouvait refuser d'en recevoir aussi les suites, et après avoir 6té à Dieu une affection, il était obligé de lui ôter toutes les autres. Quiconque ne peut cire mis en colère

lait point aller? Voilà jusquesoù conduit l'apinion de ceux qui tiennent que Dieu n'est pu capable d'entrer en colère. Mais die n'est presque plus soutenue de personne ; elle ne l'est qae par un petit nombre de scélérats, qui a'iui^ nent en vain que par là ils se procureront l'inpunité. Que s'il est faux qae Dieu ne puiM ai entrer en colère ni être apaisé, pasaooi à la troisième proportion que noua «foni annoncée.

V. On croit que le sentiment que Ica iMciens ont de Dieu est un peu plna anpportaUe quand ils disent que Dieu est propice aax hommes, mais qu'il n'entre point contre eux et colère. Il faut avouer que l'on est farorabkment écouté du peuple quand onaontient qne Dieu n'est pas capable de cette hiblctse, de croire avoir été offensé, d'en être émn, fcnèdc troublé et d'en entrer en fureur. En cfliet, si la colère ne convient pas à un bomma grvrt m à un homme sage, puisqu'elle est tempête qui agite Fàme et qui tronMe quillité, qu'elle met Tardear dana lea yem, le tremblement dans la bouche, le bégaycaMUt dans la langue, la confosioo, la rougeur et ta pâleur sur le visage, elle conrienl moins à Dieu. Que si un prince qui a sance de quelque étendue dit dlnrribleadéaordi*es, quand il s'abandonne i b caMre, s'il

DE LA GOLËRE DE DIEU

répand le sang, s'il rase les villes, s'il extermine les peuples et désole les provinces. Dieu, qui dispose de Tempire de l'univers, ne le détruirat-il pas absolument, sll est capable d'entrer en colère P U faut donc éloigner de lui un mal si pernicieux et si funeste. Que s il est exempt d'un mouvement si peu réglé et si peu honnête, et qu'il ne fosse mal à personne, que reste-t-il, sinon qu'il est doux, tranquille, propice et bienfaisant ?Crest ainsi qu'il sera le père commun de tousies hommes, etquePon pourra dire véritablement d'une nature aussi excellente que la sienne, que sa bonté sera égale à sa grandeur. En effet, si parmi les hoounes on loue ceux qui servent plutôt que ceux qui nuisent, ceux qui sauvent la vie plutôt que ceux qui Pôtent, si on les chérit, si on les oomUe de bénédictioDS et si on les regarde comme des dieux, n'est-il pas juste de croire que Dieu, qui a toutes les perfections sans aucun défaut, répand continuellement ses grices et ses faveurs sur les hommes ? Il faut avouer qne ce discours est spécieux et propre à s'insinuerdans l'esprit du peuple. U est vrai aussi que cenx qui y ajoutait créance approchent de plus près que les antres de la vérité ; mais ils ne laissent pas de se tromper en quelque point, pour n'avoir point fait assez d'attention sur ce styet. Car, si Dieu n'entre point en colère contre les impies, il n'aime point les gens de bien. Ainsi ceux qui lui ôtent Tînclination de faire grâce, de même que le mouvement de ta colère, parlent plus conséquemment en soutenant leur erreur, puisqu'il estoertain que, dans les rencontres des objets opposés et contraires , il fout ou se porter vers tous les deux, on ne se porter ni vers l'un ni vers l'autre. U faut, par exemple, que celui qui aime les gens de bien haïsse les méchans, et que celui qui ne hait point les méchans, n'aime point les gens de bien, parce que l'amour qne l'on a pour les gens de bien vient de la haine qne Ton a pour les méchans, et la haine que l'on a pour les méchans vient de famour que l'on a pour les gens de bien. Personne n'aime la vie qui ne craigne la mort, personne ne cherche la lumière qui ne fuie les ténèbres. Ces choses ont ensemble une Raison si étroite qu'elles ne se peuvent séparer. Si un maître a deux serviteurs dont l'un soit bon et l'autre mauvais, il n'a pas pour tous les deux les mêmes sentnnens et ne |

les traite pas tous deux de la même sorte, et, s'il le foisait,il serait extravagant et injuste. U parle au bon avec douceur; îl lui confie la conduite de sa maison. U châtie l'autre de parole et d'action, le met dans les fers et lui foit souffrir la nudité, la foim et la soif, et en use ainsi afin que le châtiment de celui-ci détourne les autres de faire du mal et que l'exemple de ceiui-lâ les porte à foire du bien. Quiconque donc a de l'amour a aussi de la haine, et quiconque a de la haine a aussi de l'amour, parce qu'il y a des personnes qui méritent d'être aimées et qu'il y en a d'autres qui méritent d'être haïes. Or, comme celui qui a de l'amour foit du bien à ceux qu'il aime, aussi celui qui a de la haine foit du mal à cenx qu'il hait. Gel argument est convaincant et ne souffre aucune réponse. L'opinion de ceux qui laissent â Dieu le mouvement de l'amour et qui lui ôtent celui de la haine est donc une opinion vaine, et aussi fousse que celle qui le prive de l'un et de l'autre de ces mouvemens. Mais il y a un point où les premiers ne se trompent pas, comme nous l'avons déjà dit, qui est celui par lequel ils laissent à Dieu l'indination de foire du bien. Les seconds, ayant admis un foux prmcipe, en tirent une fousse conséquence et tombent dans l'erreur. Ils ne devaient pas raisonner comme ils font, ni dire : puisque Dieu n'entre pomt en colère, il ne se laisse point apaiser ; mais ils devaient raisonner ainsi : puisque Dieu se laisse apaiser, il fout qu'il entre en colère. Car si le premier point, savoir que Dieu n'entre point en colère, était certain, il faudrait examiner le second. Mais, le premier étant douteux, le second est presque certain; or c'est une prétention extravagante de vouloir renverser nne maxime certaine par une qui n'est que douteuse, au lien qu'il fout appuyer celles qui sont douteuses par celles qui sont certaines.

VI. Voilà tout ce que les philosophes ont pensé au sujet de la divinité, aucun d'eux n'ayant rien dit davantage. Que si tout ce qu'ils ont avancé est convaincu de fousseté, il fout que la vérité se trouve dans une proposition qu' ils n'ont jamais avancée ni défendue, savoir : que comme Dieu entre en colère, aussi se laisse-t-il apaiser. Cest ce que nous avons à prouver et â soutenir, comme un des principaux points de notre religion. Car il ne fondrait rendre aucun honneur à Dieu s'il n'en

LACTANCE

donnait point de récompense, ni appréhender de TofFenser s'il n'entrait point en colère contre ceux qui Toffensent.

Yll. Bien que les philosophes se soient souvent éloignés de la vérité, et qu'ils soient tombés par ignorance dans une infinité d'erreurs, comme des voyageurs qui, ne sachant pas le chemin, et ayant honte de le demander, ne laissent pas de marcher toujours, et qui, plus ils marchent et plus ils s'égarent, il ne s'en est pourtant trouvé aucun parmi eux qui n^ait point mis de différence entre l'homme et les bètcs,et qui ait égalé une créature pourvue de raison aux animaux qui en sont privés. C'est cependant ce que font certains ignorans, qui étant semblables aux bétes, et qui, ne cherchant non plus qu'elles que le plaisir de leur ventre, disent qu'ils n'ont point été mis au monde d'une autre sorte que les autres créatures qui respirent l'air, ce qu'il n'est pas sans doute permis à ces hommes d'avancer, car qui est-ce qui est assez ignorant pour ne pas savoir, ou assez stupide pour ne pas sentir qu'il a dans soi-même quelque chose de divin ? Je ne parle pas encore ici des avantages de l'âme ni de l'esprit , par lesquels l'homme a une union étroite avec Dieu, car la seule disposition de notre corps et la seule figure de notre visage suffisent pour faire voir que nous ne sommes point semblables aux bétes. Elles sont toujours baissées vers la terre d'où elles tirent leur nourriture, et n'ont aucun rapport avec le ciel, qu'elles ne regardent jamais. Il n'y a que l'homme qui , ayant la taille droite et le visage élevé, est né pour contempler le ciel, pour chercher Dieu et pourle connaître. Aussi n'y a-t-il point d'autre animal que Thomme, comme dit Gicéron, qui ait quelque connaissance de Dieu. 11 n^ a que lui qui ait reçu la lumière de la sagesse et qui puisse arriver à la connaissance de la religion, et c'est la principale ou l'unique différence qu'il y ail entre eux et les bétes. Car, bien qu'il y ait d'autres avantages qui semblent lui être propres, il est vrai pourtant que les bêtes n'en sont pas absolument dépourvues. Il a, par exemple, l'avantage de la parole que les bêtes n'ont point ; mais elles ont quelque usage de la voix, par où elles se connaissent et par où elles semblent donner des marques, tantôt de tolère et tantôt de joie. Il est vrai que leur voix

nous parait inarticulée ; peut-être aussi que la nôtre leur parait telle, peut-être que les voix des bêtes sont articulées pour elles puisqu'elles les entendent. Enfin, elles ont des sons différens quand elles sont émues de différentes passions, et par ces sons elles expriment la disposition où elles se trouvent. Le rire est aussi propre à l'homme, et cependant on remarque dans les autres animaux quelque chose de semblable. On y voit des signes de joie quand ils se jouent, qu'ils flattent et qu'ils s^adoudsscot Il n'y a rien de si propre à l'homme que la raison et la prévoyance deravenir. Ilya pourtant des animaux qui préparent plusieurs issues dans les lieux où ils se retirent, aflo que, s'ils étaient assiégés par un côté, ils se passent sauver par un autre, ce qu'ils ne feraient pas s% n'avaient de la connaissance. Il y en a qui fiim des provisions, comme les fbormis, qai amassent des grains de blé pour les nourrir dount l'hiver ; comme les abeilles, qui oomuisseot le lieu où elles sont nées et où eUes demeurent, et qui travaillent pendant l'été pour avoir de quoi se nourrir pendant l'hiver. Je serais trop long si je voulais rapporter tontes les mamirei par lesquelles les animaux semblent imiter kiuin et l'industrie des hommes. Mais, s*ils i'imilCDt en plusieurs choses, il est certain qa*ils ne Th mitent point en ce qui estde la religion, duot on ne peut seulement s'imaginer qn^ii j ait parmi eux la moindre trace. La rdigioa a comme pour sa marque particulifere la joitioe à laquelle nul animal n'a de part Car il n*y a que l'homme qui commande en maître, et lô animaux sont comme des esclaves achetés i prix d'argent. La justice exdte à la religion etoUige à rendre à Dieu le culte qui lui est dIL Quiconque ne lui rend point ce culte iTeat dépooillé des sentimens de l'humanité et mène one vie de bête sous l'apparence d'un homme: PAiiqiie la principale, ou même roniqae diiWrcncie qall y ait entre nous et iesanimaoK fimiaistr cnce que nous avonssenls la eonnaisaanee de Hea, iln'yapoint d'apparence que no» nons tranptons en ce point et qne les bêCea aient h ratson de leur côté, puisque <fest parla niioB et par la sagesse que l'homme est fleré de tous les êtres qui ont de la vie et dn ment. Que si la connaissance que l'hommea de Dieu le met au-dessus des antres ■nimanj. il ni

DE LA COLERE DE DIEU

clair qae la religion, par bqaelle il Thonore, doit subsister.

Vin. Or cette religion est détruite s'il est vrai , comme dit Ëpicure, qoe «les dieux étant immortels de leur nature et jouissant d'une parhite tranquillité, loin du bruit et du tumulte qui trouble notre repos, sans douleur et sans crainte, dans Tabondance de leurs propres biens et dans Tindépendance des nôtres, ils ne sont ni rendus propices par nos présens et par nos respects, ni irrités de notre négligence ou de nos mépris. » Âssure-t-il par ces paroles qu'il fiiille rendre quelque culte à Dieu, ou s'il le nie, et qu'en le niant il ruine toute sorte de religion ? Car, si Dieu ne (ait du bien à per^ sonne et qu'il ne récompense jamais les services qu'on lui rend, qu'y a-t-il de si inutile, de si ridicule et de si extravagant que de bâtir des temples, d'offrir des sacrifices et d'employer son bien en des dépenses dont on ne peut tirer aucun fruit. Mais on doit rendre de l'honneur, dira-t-on, à une nature si excellente. Quel honneur doit-on à un Dieu qui ne s'en soucie point du tout et qui n'en témoigne aucun ressentiment ? Quelle obligation pouvons-nous avoir de respecter un Dieu avec qui nous n'avons aucune habitude ? c Si Dieu, dit Gicéron, est fait de telle façon qu'il n'ait pour nous ni tendresse, ni inclination de (nous faire du bien, qu'il soit à notre égard tel qu'il lui plaira. Car pourquoi souhaiterait-on qu'il nous fût favorable, puisqu'il ne le peut-être à personne.» Pouvait-on parler de Dieu avec un plus grand mépris? Car, dire de lui qu'il soit à notre égard tel qu'il lui plaira, c'est dire qu'il se retire et qu'il s'éloigne de nous, puisqu'il ne nous peut servir de rien. Que si Dieu ne se met en peine de rien, et s'il ne fait jamais de bien à personne, pourquoi ne nous abandonnerons-nous pas à toutes sortes de crimes, lorsque nous les pourrons dérober à la connaissance des hommes et à la rigueur des lois. S'il n'y a que la justice humaine à craindre, faisons nos afEaiires quand nous les pourrons ftire secrètement, enrichissons-nous du bien d'autrui et n'épargnons pour cet effet ni son sang ni sa vie. Épicure renverse entièrement la religion par cette doctrine, et en la renversant remplit le monde de confusion et de désordre. Que si nous devons retenir parmi nous la religion, parce qu'en l'y rete-

nant nous y retenons et la sagesse, par laquelle nous sommes au-dessus des bètes, et la justice, par laquelle nous sonunes conservés en sûreté, comment pourrons-nous soutenir la religion, si ce n'est par le moyen de la crainte ? Car quand on n'a point de crainte on n'a point de respect, et quand on n'a point de respect on ne rend aucun honneur. Ainsi l'honneur et le respect ne se conservent que par la crainte. Or on n'a jamais de crainte à moins qu'il n'y ait quelqu'un qui en puisse donner, en fïiisant sentir les effets de sa colère. Soit donc que l'on n'ôte à Dieu que l'inclination de faire du bien ou que celle de faire du mal, soit qu'on les lui ôte toutes deux, on ruine la religion, sans laquelle toute la vie n'est qu'une vie pleine d'extravagance, de désordre et de cruauté. Car il est certain qu'il n'y a rien de si capable d'arrêter le dérèglement de nos passions et de nous détourner des crimes que d'être persuadés que Dieu est témoin de notre amduite, et que non-seulement il r^rde nos actions , mais qu'il écoute nos discours et qu'il découvre nos plus secrètes pensées. Quelques-uns croient que cette maxime n'est pas véritable et qu'il est néanmoins expédient de la recevoir comme telle, parce que les lois ne sauraient punir les crimes secrets, et qu'il n'y a que la crainte que la consdence en conçoit qui en puisse arrêter le cours. Si cela était vrai, il n'y aurait ni religion ni divinité. Ce ne seraient que de vains noms inventés par les politiques pour conserver dans la société civile quelques images d'honnêteté et d'innocence. Cette question est très-importante, et bien qu'elle soit un peu éloignée de mon sujet, je n'ai pu m'empêcher de la toucher en passant , puisqu'elle s'est comme présentée d'ellemême.

IX. Tous les anciens philosophes s'étant accordésàreconnattreuneprovidence,etaucunn'ayant jamais douté que Dieu ne gouvernât le monde par la même sagesse par laquelle il l'avait créé, Protagoras fut le |)remier qui , au temps de Socrate , dit qu'il ne savait pas certainement s'il y avait un Dieu ou s'il n'y en avait point. Cette doctrine parut si impie aux Athéniens , si contraire à la vérité et à la religion , qu'ils chassèrent ce philosophe de leurs États et qu'ils brûlèrent publiquement les livres où elle était contenue. Il n'est pas besoin d'examiner ce sen-

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tîment de Protagoras, puisqu'Q n^avançait rien comme certain.

Socrate , Platon 8on disciple , les stoïciens et les péripatéliciens , qui sont sortis de Técole de Platon , ont été dans le même sentiment où avaient été les anciens. Épicure , qui est venu depuis , a dit qu'il y avait un Dieu parce qu'il est nécessaire qu'il y ait dans le monde un être excellent , souverain et heureux ; mais il n'a pas reconnu pour cela la Providence. Ainsi , au lieu de croire que le monde fût un ouvrage de Fart ou de la raison , il s'est imaginé qu'il n'avait été formé que par la rencontre fortuite d'atomes. II me semble que Ton ne saurait avancer de plus manifeste contradiction. Car, s'il y a un Dieu, il y a aussi une providence, puisqu'il est impossible que ce Dieu ne se souvienne pas du passé , qu'il ne connaisse pas le présent et qu'il ne prévoie pas l'avenir. Épicure n'a donc pu nier qu'il y eût une providence , sans nier aussi qu'il y eût un Dieu, ni reconnaître un Dieu sans reconnaître une providence. On ne saurait concevoir l'un sans l'autre. Dans les derniers temps , où la philosophie avait perdu une grande partie de sa force et de sa réputation , il se trouva dans Athènes un homme nommé Diagoras, qui nia quil y eût des dieux, et qui pour cela fot surnommé o/A^. Théodore de Gyrène se joignit à lui ; et , ne pouvant rien ajouter tous deux à ce qui avait été inventé par ceux qui les avaient précédés, ils s'avisèrent de nier une vérité qui avait toiigours été généralement reconnue. Voilà les premiers qui se déclarèrent contre la Providence , qui avait été reçue par tous les siècles précédens et soutenue par tous les philosophes. Que forons-nous en cette occasion ? Emploierons-nous ou la raison ou l'autorité pour réfuter ces faibles et méprisables adversaires, ou plutôt les emploierons-nous toutes deux ? Si nous le faisons, nous le ferons en peu de paroles.

X. Ceux qui ne veulent pas avouer que le monde soit louvrage de la divine providence , disent ou qu'il a été formé par le concours fortuit de certains corps, ou qu'il a été produit tout d'un coup par la seule force de la nature. Ils disent , comme Straton, que cette nature a d'ellemême la forée de produire et de détruire toutes choses, bien qu'ils soutiennent d'ailleurs qu'elle n'a ni figure ni sentiment, ce qui est la même chose que s'ils disaient que le monde s'est foit

tout seul et qu'il n'a point eu d'auteur. Ces deux propositions sont également vaines et éloignées de la vérité. Mais il arrive toi^ours que ceux qui l'ignorent disent toale autre chose que ce que la raison les obligerait à dire. Je demande premièrement où sont cea petits corps par la rencontre fortuite desquels le naonde a été formé, et d'où ils viennent? qui les a jamais vus P qui les a sentis? qui en a entenda parler? N'y a-t-il eu que Leudppe qui ait ea des yeux et de l'esprit? Ou plutôt n'a-t-îl pas été seul sans esprit et sans yeux , puisqu'il a avancé des choses plus ridicules et plus incroyablea que les rêveries ni les songes P Tous les andena philosophes avaient cru que le monde était comporf de quatre élémens. Lenqîppe n'a pas trouvé à propos de le croire , de peur qu'il ne semblât marcher sur les vestiges de ceux qui l'avaient précédé. U a donc soutenu que les éiémeos ordinaires avaient des principes qui ne pouvaient être ni vus, ni touchés, ni être découverts par quelque sens que ce soit. Il les a figurée si menus que la pointe de l'aiguille la plus déliée ns les saurait diviser , et c'est pour cela qull laor a donné le nom iLOÊomes, Mais cooune il prévoyait fort bien que, s'ils étaient tous faits de la même sorte, ils ne pourraient fiomcr aoe aussi merveilleuse diversité d'onvragea que celle qui se remarque dans l'univers, il s'est avisé de dire qu'il y en avait quelques-uns qui élaint polis , d'autres qui étaient raboteui , qn*il y eu avait de ronds et d'autres pointus , et qui ressemblaient à des crochets. Ne valait-U |iaa mienx se taire que de faire un si manvais nasge de la parole P J'appréhende même que l'eu ne juge qu'il n'y a pas moins d'extravagance i réfuter ces imaginations qu'il y en a i les avanoer. Je ne laisserai pourtant pas de les réfuter de la même sorte que si elles avaîoit quelque choae de raisonnable. Si ces petits corps sont polis ec raudSi ils ne se peuvent unir ensemble poqr famer un composé. Des grains de millet i étant polis comme ils le sont , ne peuvent se lier pour fiwis une masse. Mais il y en a, diHMi, qui sant raboteux et faits en forme de triani^ea et de crochets. S'ils sont en forme d'aoglea et de crh chets , il y a des points et des partieaqui afafrcent et qui se peuvent diviser, qui peuveat être vus et touchés. Ils volent, dit-on y eC incessamment dans l'air comnie la

DE LA COLERE DE DIEU

(NUTAtt lorsqu'un rayon du soleil passe par Fouverture d'une fenêtre. Cest de ces petits corps que naissent les arbres» les herbes et les plantes; c*e8t de là que naissent les aniouuix ; c'est de quoi le feu , Teau et les autres êtres sont compoM^s et en quoi ils se résolyent. Gela serait supportable si ou ne faisait entrer ces faibles |irinci[>es que dans la composition des petits corps ; mais prétendre que le monde entier en soit composé est l'effet de la dernière extravaf^auce. Épicure a néanmoins trouvé moyen d'enchérir encore là-dessus en soutenant qu il n'y a point de vide , mais qu'il y a des espaces infinis et une infinité de mondes. Quelle est donc la force de ces atomes pour pouvoir former toutes ces vastes et prodigieuses machines? Premièrement je demande quelle est la source de ces principes ; car, si c'est d'eux que toutes choses procèdent , d'où procèdent-ils eux-mêmes? et comment la nature a-t-elie pu en fournir une quantité suffisante pour faire des mondes innombrables ? Mais pardonnons lui cette extravagance par laquelle il s'est vainement imaginé CCS mondes sans nombre , et ne parlons que de celui que nous habitons. Il dit donc : que ce qui est dans le monde est composé de corps indivisibles. Si cela était , aucune espèce n'aurait besoin d'une semence particulière pour sa conservation; les œuh ne seraient point nécessaires pour faire éclore les oiseaux, ni les oiseaux pour pondre les œufs; les animaux paraîtraient sans avoir été produits par la voie ordinaire de la génération ; et les plantes et les arbres croîtraient sans les semences que nous semons chaque jour. Pourquoi donc est-ce que les grains produisent des blés et que les blés portent d'autres grains ? Enfin , si c'était le concours et Tassemblage des atomes qui composât tous les corps, il y aurait de ces corps-là qui se formeraient dans l'air, puisqu'il est tout rempli d'atomes. Pourquoi ces atomes -là ne produisent-ils pas sans terre , sans humidité , sans racines , des arbres , des herbes et des plantes P 11 est clair que rien n'est composé d'atomes , puisque chaque chose a sa nature particulière, une semence qui lui est propre, et une manière singulière de prendre son commencement et sa naissance. C'est pourquoi Lucrèce voulant réfuter ceux qui disaient que toutes choses avaient été tirées du néant , oublia les

atomes qu'il soutenait et dit que , s'il était pos* siblede tirer quelque diose du néant, les semences seraient inutiles , et que chaque espèce pourrait naître de chaque chose. Il lyoute que, puisque les semences sont nécessaires pour la production des êtres , ils ne peuvent être tirés du néant. Il n'y a personne qui ne vole qu'il parlait contre le bon sens et qu'il se contredisait quand il parlait de la sorte. Car, puisque chaque chose naît d'une semence particulière, il est clair que rien n'est formé par la rencontre ni par l'assemblage des atomes. Groîriona-nous donc que ces atomes contribuent à former l'eau et le feu P Ne voyons-nous pas sortir le feu lorsque des corps fort durs , comme le fer et les cailloux, se touchent avec violence? Ya-t-il des atomes dans ces cor pft-làP Gomment y ont-ils été enformis?S'ils y sont,pourquoi n'ensortent-ils pasd'eux-mêmes? Gomment les principes du feu se conservent-ils dans des corpsaussi froids que les eaillouxP Mais, pour ne plus parler ni des cailloux , ni du fer, en exposant au soleil un vase de verre plein d'eau, on fait du feu, même durant la plus grande rigueur de l'hiver ; croira-t-on qu'il y ait du feu dans l'eau , puisqu'il n'y en a pas même dans le soleil , et que les rayons de cet astre n'en font pas en été P Quand l'haleine s'approche de la cire , qu'une vapeur touche un marbre poli ou une lame, il s'y amasse peu à peu une légère rosée. Les nuées se forment des exhalaisons de la mer et de la terre , et se dissipent aussitôt et mouillent les corps où elles se répandent , ou bien elles s'épaississent et fournissent ensuite la matière des pluies. Où dironanous que ces vapeurs se soient forméesP Dironsnous qu'elles se soient formées dans une vapeur, dans l'haleine , dans le vent P 11 est certain que rien ne peut demeurer dans ce que l'on ne peut ni voir ni toucher. Est-il besoin de parler des animaux , dont la structure est si merveilleuse, ({u'il n'y a aucune partie qui n'ait sa place, son usage et sa beauté P Pour peu d'attention que l'on apporte à les considérer , on reconnaîtra qu'ils ne peuvent être l'ouvrage du hasard. Mais quand nous demeurerions d'accord que les membres, les os , les nerfis , le sang et les humeurs sont faits d'atomes, de quoi dirions-nous que sont faits les sens, la mémoire, la pensée, le jugement et l'esprit. Pour les faire, il faut sans doute d'autres principes plus grands , et

LACTANCE

si ces principes sont grands . ils ne sont pas indivisibles. De plus , si toutes les choses que nous voyons sont composées de choses que nous ne saurions voir , d'où vient que nous ne les saurions voir? Mais qui est - ce qui ne voit pas que tout ce qui est dans l'homme , soit qu'il puisse être aperçu par les yeux ou qu'il tombe sous les autres sens, est toujours fait des mêmes principes? D'ailleurs comment des atomes qui s'amassent et s'unissent par un effet du hasard peuvent-ils former un ouvrage rempli de raison. Nous voyons qu'il n'y a rien dans le monde qui n'ait été fait avec une raison admirable , et , par ce que cette raison est au-dessus de Tesprit de Thomme, à quoi la pouvons-nous attribuer plus sagement qu'à la divine providence? Dirons-nous que Tîmage de Fhomme est un ouvrage de Fart, et que Thomme même n'est qu'un effet du hasard et qu'un assemblage formé par le concours fortuit de ses parties? Quel rapport y a-t-il entre un ouvrage de sculpture, qui représente un homme , et un homme véritable ? L'art ne peut imiter que les dehors et les traits extérieurs.

La suffisance de l'ouvrier ne va pas jusqu'à donner le mouvement et le sentiment à son ouvrage. Il ne parle point de la vue , de Pouîe , de l'odorat ni de l'usage merveilleux , soit des parties qui paraissent ou de celles qui sont cachées et internes ; mais je demande : qui est lartisan qui a pu former le cœur de l'homme , qui a pu lui donner l'usage de la parole et lui inspirer la sagesse? Y a-t-il donc quelqu'un qui , pour peu qu'il ait de sens, croie que l'assemblage des atomes puisse faire ce que Thomme ue saurait faire avec toute sa sagesse ? Voilà les rêveries où ces philosophes sont tombés en refusant de laisser à Dieu la gloire d'avoir fait le monde et le soin de le gouverner. Mais, quand nous leur accorderions que tous les corps terrestres sont composés d'atomes , s'ensuivrait-il pour cela que les êtres célestes le fussent aussi? lis en exceptent les dieux, et avouent qu'ils sont incorruptibles, éternels et bienheureux. lis ont raison de les excepter, car, s'ils les avaient soumisà cette loi comme le reste de la nature, ils les auraient assujettis à la mort , qui leur serait arrivée par la dissipation de ces parties indivisibles. Mais s'il y a quelque chose qui n'ait point été fait d'atomes, pourquoi ne di-

rons-nous pas que le reste n'en a point tté non plus? De plus, je demande pourquoi, avant que le monde eût été fait de ces faiUes prîndpes , les dieux ne bâtissaient point un pakii pour l'habiter. Si ces parties imperceptibles ne s'étaient assemblées pour former le ciel, les dieux n'auraient point encore de demeure et seraient comme suspendus dans un vaste vide. Par le moyen de quel conseil et de quelle sagesse est-ce donc que les atomes se sont amassés pour affermir la terre , pour étendre le ciel audessus et pour y attacher les astres , dont b variété foit le plus agréable ornement de la nature. Y a-t-il quelqu'un qui , amaidéraot ces merveilleux chefs-d'œuvre , puisse croire qu'ils ont été faits sans raison, sans sagesse et sau providence , et qu'ils *ne sont rien antre chose qu'un amas de parties imperceptibles et indi* visibles? N'est-ce pas une espèce de mirade, qu'il se soit trouvé un bomme qol ût osé le dire , et d'autres qui aient bien voulu le anoîre, comme Démocrite , et depuis Épîcure , qui a reçu toutes les vaines opinions de Lencippe? D'autres disent que le monde a été fiiit p« h force de la nature, qui n'a ni figure ni sentiment. Cette opinion est encore plus insoutenable que celle de Lieudppe, car si la nature a lidt le monde , il faut que, pour le hire, elle ait osé de conseil et de raison ; car, pour Caire qwlqae chose, il faut avoir de la sdenoe et b tolaîcé de la feire. Si la nature n'a ni figure ni sentiment, comment a-t-elle pu former des êtres qui ont une figure si admirable et un sentiment ■ vif? Y a-t-il quelqu'un qui veuille dire qoe k nature a pu faire , sans oonnaissanee,sans art, sans adresse , et par un pur effet dn hasard, oa les corps des animaux , dont la stmetnre est ■ subtile et si merveilleuse , ou le dd , dont la disposition est si sagement tempérée ponr les besoins des hommes ? S'il y a quelque chese , dit Ghrysippe , qui puisse foire ce qoe HioniBe ne saurait foire avec toute sa raison , Il faat que cette chose-là soit plus grande , plna forte et plus sage que Thomme. Lliooune n^ pu foire le ciel ni les astres. II fout done qne criai qui tes a foits surpasse Phomme en adresse, en invention, en prudence et en pouvoir. Or eriai-là ne peut être autre que Dieu. Si la nature, qne quelques philosophes prennent pour la mbre de toutes choses, n*a ni connaissance ni sentimcni,

DE LA COLKRE DE DIEU

elle ne saurait jamais rien faire, car où il n'y a ni connaissance ni pensée, il n'y a non plus ni mouvement ni action. Mais si la nature apporte de la prudence pour commencer ses ouvrages, si elle se sert de la raison pour les ranf|;er et les mettre en ordre, si elle foit voir son pouvoir en les achevant et en les conservant, pourquoi , au lieu de l'appeler nature , ne Tappelle-t-on point Dieu ? Si Tassemblage des atomes , ou la nature , qui est un principe qui agit sans connaissance , ont pu f^ire toutes les choses visibles , je demande pourquoi ils ont pu faire le ciel , et qu'ils n'ont pu faire une ville ou une maison ? pourquoi ils ont pu foire des montagnes , des marbres , et n'ont pu fiire ou les colonnes ou des statues? Les atomes ont sans ' doute pu faire ces ouvrages, puisqu'il n'y a : point de manière en laquelle ils ne se placent ; r car pour la nature, il ne se faut pas étonner - qu'elle n'en ait jamais fait , puisque ce n'est : qu'une aveugle qui n'a ni lumière ni intelligence. Que dirons-nous donc ? Lorsque Dieu I commença à travailler à la structure de l'univers , dont la beauté est égale à la grandeur , et qu'il mit chaque partie dans sa place et la des- I tina à l'usage auquel elle était propre , il fit toutes les choses que l'homme n'avait pu foire, et parmi ces choses-là il fit l'homme même. En le créant , il lui communiqua une portion de sa sagesse , et lui inspira la raison autant qu'une nature aussi foible que la sienne en était capable , et il la lui inspira afin qu'il s'en servit pour se procurer les commodités qui lui seraient nécessaires. Si dans la république de ce monde ( il est permis de parler ainsi) il n'y a point de Dieu dont la providence le gouverne , et si la nature est privée de connaissance et de sentiment, d'où croirons-nous que procède l'homme , cette nature si intelligente et si éclairée ? Si le corps vient de la terre, d'où il tire son nom aussi bien que son origine , par qui l'âme , qui le conduit et qui l'anime , qui ne peut être vue ni touchée, y aura-t-elle été envoyée , si ce n'est par une nature très-intelligente et très-sage? Il fout sans doute que Dieu gouverne le monde , de la même sorte que l'âme gouverne le corps. Car quelle apparence qu'une nature aussi petite et ^ aussi basse que le corps de l'homme soit gouvernée par une intelligeuce , et qu'une machine aussi vaste et aussi excellente que l'univers ne I

le soit par aucune ? C'est pourquoi Gicéron dit dans les Questions tusculanes et dans le livre de la Consolation, que l'on ne saurait trouver sur la terre le principe d'où l'âme procède. • Il n'y a point, dit-il, dans elle de mélange ni de composition; il n'y a rien qui puisse être formé de la terre ni de l'humidité de l'eau , ni qui tienne de la nature de l'air ou du feu. Car on ne trouve rien dans tous ces corps qui contienne la mémoire , la pensée, et l'esprit qui rappelle le passé, qui connaît le présent et qui prévoit l'avenir , ce qu'il ne pourrait faire s'il n'avait quelque chose de divin. D'où lui viendrait cette intelligence, si elle ne lui venait de Dieu même?» Puisque , à la réserve de deux ou de trois philosophes, qui se sont en vain éloignés de la vérité , tous les autres conviennent que le monde est gouverné par la providence du seul Dieu par la puissance de qui il a été tiré du néant, puisqu'il n'y a plus personne qui préfère ou les imaginations de Diagoras et de Théo dore, ou les songes de Leucippe, qu la témérité de Démocrjte et d'Épicure, à l'autorité des sept anciens qui ont mérité le nom de sages , ni à celle ou de Pythagore , ou de Socrate», ou de Platon , ou des autres grands personnages qui ont reconnu une providence , il n'y a rien de si foux que la pensée de ceux qui croient que la religion n'a été inventée que par les politiques, à dessein d'imprimer de la terreur au peuple, et d'empêcher par ce moyen que les ignorans ne s'abandonnassent à toutes sortes de crimes. Si cela était, les anciens sages nous auraient trompés. Que s'ils avaient eu intention de nous tromper et qu'ils n'eussent inventé la religion que pour engager le genre humain dans l'erreur , ils n'auraient pas été sages , parce que la sagesse ne saurait s'accorder avec l'imposture. Mais supposons qu'ils aient été sages, comment ont-ils pu débiter leurs mensonges avec assez d'adresse et avec assez de succès, pour surprendre non-seulement les ignorans , mais Platon , Pythagore , Zenon , Aristote , et pour imposer â des hommes aussi éclairés qu'ont été ces chefo célèbres des sectes principales ? Il fout donc demeurer d'accord avec ces grands hommes : qu'il y a une providence quia tiré du néant tout ce que nous voyons , et qui le gouverne. Des corps si vastes dans leur grandeur, rangés dans un si bel ordre, si justes dans leurs mouvemens

LACTANCE

et si stables dans leur durée, n'auraient pu être faits sans l'industrie d'un ouvrier très-habile , ne pourraient être conservés sans le soin d'un gardien très-vigilant , ni gouvernés sans la sagesse d'un souverain très-édairé. Cette vérité est évidente ; car tout ce qui a de la raison ne peut procéder que d'un principe qui en ait aussi. Or la raison ne peut convenir qu'à une nature qui a du sentiment et de la sagesse, et cette nature-là ne peut être autre que Dieu. Que si le monde a été créé avec raison , et si c'est encore par la raison qu'il est gouverné, c'est une preuve certaine qu'il n'y a que Dieu qui en puisse avoir été l'auteur. Que si Dieu est l'auteur et le gouverneur du monde, il n'y a rien de si justement établi que la religion , puisqu'il n'y a rien qui soit tant dû que l'honneur et le respect que l'on rend au Créateur et au père commun de tous les êtres.

XI. Après avoir établi la vérité de la Providence, ce que nous avons maintenant à examiner, est si elle appartient à un seul ou à plusieurs. Je crois avoir fait voir très-clairement dans mes Institutions , qu'il ne peut y avoir plusieurs dieux , parce que le pouvoir, qui serait partagé et comnie divisé entre eux , serait affoibli et ruiné par ce partage. Que s'il ne peut être ruiné et affaibli , il ne peut être partagé. II n'y a donc qu'un seul Dieu , qui a une puissance parfaite et incapable de recevoir ni diminution, ni accroissement. S'il y avait plusieurs dieux, ils partageraient entre eux la souveraine puissance; et, chacun gardant sa part, aucun ne la posséderait tout entière. 11 est donc impossible qu'il y ait plusieurs gouverneurs dans l'univers, plusieurs maîtres dans une famille, plusieurs pilotes dans un navire , plusieurs conducteurs dans un troupeau , plusieurs rois dans un essaim d'abeilles, plusieurs soleils dans le ciel, plusieurs âmes dans un corps, tant il est vrai que toute la nature doit conserver l'unité en chaque ordre. Que s'il n'y a , comme dit le poète , qu'un esprit répandu dans le vaste corps de l'univers, et si cet esprit imprime seul le mouvement à toutes ses parties , il n*y a, selon ce témoignage, qu'un Dieu qui gouverne le monde, comme il n'y a qu'une âme qui anime le corps. La puissance divine est donc renfermée tout entière dans un seul , qui gouverne tout Tunivers par le moindre signe de sa volonté, et dont la grandeur ne peut

être ni conçue par notre esprit, ni exprimée par nos discours. D où est donc née la fouâse opioioB dont les hommes ont été prévenus: qu'il y a plusieurs dieux ? Ceux qui sont maintenant adorés comme des dieux ont été des hommes. Ils étaient autrefois de puissans rois , et leur mémoire a été honorée après leur mort, et leur nom a reçu na culte religieux , en reconnaissance, ou des avantages qu'ils avaient procurés à leurs peuples, ou des arts qu'ils avaient inventés pour le bica de la société civile. Il y a eu non-seulement du hommes, mais aussi des femmes, qui ont reçacit honneur, comme les plus anciens écrivaiDS de la Grèce, que l'on appelle théologi&u^ et oommc les Romains , qui sont venus depuis eux et qui les ont imités, en demeurent d*aooord. Les principaux sont Ëvhémère et Ennius, qui ont décrit leur naissance, leur mariage, leur postérilét leur règne, leur vie, leur mort, et qui out parié des statues que l'on a érigées en leur booDcnr. Cicéron, qui est venu depuis eui, a renvené, dans le troisième livre de la Nature dei dieux^ toutes les religions qui étaient reçues de soi temps; mais il n'a pu établir la véritable i dont il n'avait point de connaissance, et nul aaticae l'a pu faire non plus que lui. Aussi a-t-il témoigné qu'il découvrait bien la fausseté du piganisme, mais qu'il ne pouvait découvrir h vérité, f Je voudrais bien , dit-il , qull me ttt anu aisé d'embrasser la vérité qu'il m^est aisé de r^ jeter le mensonge, a Ce n'est point par artifltt qu'il a parlé de la sorte, ni comme un wt$éb» cien qui voulait dissimuler œ qu'il avait dsai l'esprit. Il a parlé sincèrement et selon sa pcmée; et parce que la vérité ne peut être, en effet, découverte par la force de Tesprit bomaio, ils foit ce qui se peut faire , qui est de réfuter la fausseté. Il est aisé de renverser tout ce qui srt inventé à plaisir et avancé sans fondement. U faut donc avouer que Dieu est Tunique principe et Tunique auteur de toutes GhoseS| CDouiie Platon Ta reconnu dans son limée; et aa BMiJerté est si grande qu'elle ne peut être ni compriK par l'esprit, ni exprimée par le diacom. Hermès, qui, selon que Cicéron le rapporte, a éii mis par les Égyptiens, au nombre des dîeax, qui a mérité, par sa doctrine et par aa vcria, d'être surnommé TrismégUie^ e'est-Mire trais fois grand , et qui est plus anden non-seaie* ment que Platon , mais aussi que Pytlu^poiecC

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que les sept sages, demeure â*acoord de la même c)mse. Socratedit , dans Xé&opbon, qu'il ne but point cbcfcber quelle est la figure de Dieu. PiatoQ dit, dans les livres des Lois , qu'il ne faut en aucune sorte se mettre en peine de savoir ce que c'est que Dieu , parce que Ton ne peut le découvrir ni Texprimer. Pytbagore reconnaît qu'il n'y a qu'un dieu, qui, étant un pur esprit, se répand dans toutes les parties de la nature , et communique aux animaux le sentiment. Antisthène, dans le livre qu'il a fait de la Nature, dit qu'il n'y a qu*uo dieu, bien que les villes et les nations aient des dieux particuliers. Aristote, avec lespéripaléticiens qui l'ont suivi, et Zenon, avec les stoïciens ses disciples, disent à peu près la même cbose. Je serais trop long si je voulais faire le dénombrement des opinions des autres pbilosophesqui, bien qu'ils n'aient pas tous tenu le même langage , se sont pourtant tous accordés, en ce qu'ils ont reconnu une souveraine puissance qui prend le soin du gouvernement de l'univers. Cependant , quoique les philosophes, les poètes, et ceux mêmes qui adorent les idoles, reconnaissent souvent qu^il n'y a qu'un Dieu , aucun d'eux n'a jamais pensé au culte qu'ils devaient lui rendre ; ce qui a sans doute procédé de la créance où ils étaient qu'il est bienfaisant, qu'il n'entre en colère contre personne, et qu'il n'a besoin de rien. Tant il est vrai qu'il ne peut y avoir de religion où ii n'y a point de crainte !

Xil. Après avoir répondu à la prudence impie, ou plutôt à l'aveuglement détestable de quelques-uns, retournons à notre sujet. Nous avons feit voir qu'en ôtant la religion, onôte aussi la sagesse et la justice, parce que la connaissance de Dieu ne se trouve que dans l'homme, qu'elle est au-dessus des bêtes, et que si Dieu, qui ne peut être trompé, n'arrête l'impétuosité de nos passions, elles nous emportent dans le crime. Il n'est donc pas seulement utile pour le bien de la société civile , de croire que Dieu considère toutes nos actions, mais cela est trèsvéritable. En effet, si la religion et la justice étaient ôtées d'entre nous, nous tomberions dans un état plus rempli d'aveuglement et de cruauté que n'est celui des bêtes; car au lieu qu'elles épargnent leur propre espèce , si rhomme était délivré de l'appréhension d'une souveraine puissance, il n'épargnerait plus rien, |

et seraitplus farouche et plus cruel que les bêtes^ dans les oocaaions où il pourrait se dérober à la justice des lois et à la rigueur des chàtimens. Il n'y a donc que la crainte de Dieu qui maintienne la société civile et la vie humaine. Cette crainte serait ùtée , si l'homme était une fois persuadé que Dieu n'entre jamais en colère. Ainsi non-seulement il est utile de croire qu'il y entre toutes les fois qu'il voit commettre des injustices , mais cela est parfaitement conforme à la vérité et à la raison. Retournons maintenant à notre sujet; et après avoir vu que Dieu a fait le monde , voyons pourquoi il l'a fait.

XllL Quiconque considérera avec attention la disposition de l'univers, reconnaîtra sans peine que les stoïciens ont eu raison de croire qu'il a été fait en feveur de l'homme. En effet , toutesles parties qui le composent et toutes les productions qui en naissent, sont propres à notre usage, et contribuent à notre service. Le fou nous fournit la lumière qui nous éclaire et qui nous conduit durant la nuit, et la chaleur qui nous échauffe, qui cuit nos alimens, et qui fbrge le fer et les métaux. L'eau des fontaines nous fournit de quoi boire et de quoi nous laver. Les fleuves servent à arroser les campagnes et à séparer les États. La terre nous produit une merveilleuse diversité de fruits. Les collines portent les vignobles. Les montagnes sont couvertes de forêts, et les plaines de moissons et de pâturages. La mer ne nous sert pas seulement à entretenir le commerce et à transporter les marchandises étrangères, elle nous donne des poissons de toutes espèces. Que si l'homme tire tant de commodités des élémens dont il est si proche, il ne faut pas douter qu'il n'en tire aussi beaucoup du ciel , puisque le ciel contribue notablement à la fertilité de la terre, qui lui donne tout ce qui lui est nécessaire pour entretenir sa vie. Le soleil tourne chaque année dans des espaces inégaux par un mouvement continuel ; en se levant, il fait naître le jour, qui est destiné au travail, et en se couchant, il amène la nuit,qui est destinée au repos; en s'approchant tantôt du midi, tantôt du septentrion, il produit la diversité des saisons, à la feveur de laquelle la lerre est engraissée par les pluies et par les neiges durant l'hiver, et les fruits sont mûris par la chaleur et adoucis durant l'été. La lune , qui préside à la nuit, ef qui en dissipe l'obscurité par sa présence, qui

LACTANCE

prend chaque mois diverses faces, favorise les voya{];es et les travaux que Ton ne pourrait faire sans de grandes incommodités, pendant Tardeur du jour; car il est certain que le temps de la nuit est plus propre, comme a dit le poète:

Pour couper let moitioiu, pour foucber kt prêt et pour faire plusieurs ouvrages dans les maisons.

Les autres astres sont aussi d*un grand usage : ils servent à conduire les vaisseaux sur la vaste étendue des mers, et montrent au pilote le chemin par où il peut arriver au port Les vents attirent les nuées , d*où sortent les pluies qui arrosent les campagnes et qui produisent Tabondancc. Toutes ces choses arrivent en dif « fércntes saisons et par un ordre réglé et conti« nuel , afin que les hommes ne manquent jamais de ce qui leur est nécessaire pour la conservation de leur vie. Il est vrai que la terre nourrit les animaux aussi bien que les hommes, ce qui donne lieu de demander si, quand Dieu a travaiiié à la création du monde, il a eu Tintention (|u'il servit à leur usage. 11 n*a point eu intention qu'il leur servit , puisqu'ils n'ont point de raison, et qu'il les a faits eux-mêmes pour le service de l'homme , pour le nourrir, pour le v<Hir et pour le soulager dans son travail. Ainsi, il est clair que la divine providence a pris nn soiiiiout particulier de fournir à Thomme , en aijondance, tout ce qui pouvait contribuer à sa cunimodilé , et que c'est pour cet effet qu'elle a rempli Pair d'oiseaux , la mer de poissons, et la terre d'animaux de toutes sortes d'espèces. Ix)rsque les académiciens disputent contre les sloiciens, ils ont accoutumé de demander pourquoi , s'il est vrai que Dieu ait tout fait en faveur de l'homme, il a permis qu'il y eût tant de choses sur la mer et sur la terre qui lui sont nuisibles et pernicieuses. A quoi les stoïciens ont fort mal répondu, pour n'avoir pas eu assez de soin d'examiner la vérité. Ils ont répondu: qui! y a dans les animaux plusieurs utilités secrètes, qui ne se découvrent que par le temps, et qui ne se reconnaissent que par l'expérience. Mais quelle utilité y a-t-il dans les rats, dans les vers , dans les serpens, qui ne sont propres qu*à nuire à l'homme? Y a-t-il dans ces animaux-là quelques remèdes cachés? et qu'était-il besoin de chercher ces remèdes-là contre le mal qu'ils font , puisque c'est de ce mal qu'on a sujet de se plaindre ? On dit qu'une vipère brûlée et réduite

en cendres guérit les morsares qa^elk t fi Mais n'aurait-il pas été pins expédient qtfi eût jamais eu de vipère, qui pût ni bkâse ses morsures, ni en guérir. Ils ponyaient feire une autre réponse, et plus courte d véritable, en disant: que Diea ayant créé IIm à sa ressemblance, comme le principal d ouvrages, il lui Inspira à lui seul la sagesti qu'il commandât au reste des créatures, et se servit de tout ce qu*il trouvorait dans I vers. Il lui proposa en même temps le bien mal, afin qu'il le discernât par la lumière sagesse qu'il avait reçue. C'est en quoi en l'usage de cette sagesse; car on ne saurait naître le bien et Tembrasser, qu'on nesachc connaître le mal et le rqeter. Ce sont des traires qui sont comme inséparables. Qoai les propose à l'homme , s'il choisit le bi s'il rejette le mal , il Mt un bon usage i raison. Ciomme le bien lui a été donné afln en jouit, le mal lui a aussi été proposé aflu l'évitât. Si Thomme n'avait point de mal l< dre ni de péril à éviter, il n'aurait point d1 sion de faire paraître sa sagesse, ni mes besoin d'en avoir. Si on ne lui propoasitji que du bira, à quoi lui servirait requit , tendement, la raison et la sdenoe? U nepn rien choisir qui ne lui fftt propre etccBfCi Si qudqu'un apprêtait un grand fiestlnàde fans , chacun d'eux prendrait les Tlandsiisn

et aucun ne prendrait rien qui ne fftt agrti son goût et utileà sa santé. La MbkSKdc disoememrat dans leur bas âge ne iaor sf terait aucun préjudice. Mais si , panri la 4 site des mets dont la table serait e&umU en mêlait d'amers, de dangereux, dtepsl nés , alors ils seraient trompés par le déki discernement nécessaire pour choWrfcs et pour Isûsser les mauvau. Il est donc dah le discernement et la sagesse sont bCssm pour éviter le mal, et que si! uTjr avait poh de mal dans le monde, nous n'anriaBS poh besoin de la sagesse. Voilà une faisan M lide, que les stoïciens n'ont point cubbk. Quant à rargument des épicuriens, f aisé de le détruire. Ils le proposant de i sorte : ou Dieu veut ôter le mal et ne k | ou le peut et ne le veut, ou Une le vont ni peut , ou le veut et le peac S'il lo vont ali

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peut, c'est une faiUesse qui ne convient point à un Dieu. S'il le peut et ne le veut pas, c'est une jalousie qui ne convient non plus à Dieu que la faiblesse. S'il ne le vent et ne le peut, €*est et foiblesse et jalousie tout ensemble. S'il le veut et le peut , pourquoi ne Tôle-t-il pas , et d'où vient qull y a tant de maux dans le monde? Je sais qu'il y a plusieurs philosophes qui se laissent embarrasser de cet argument, et qui, en étant poussés, avouent, comme malgré qu'ils en aient, que Dieu ne prend aucun soin, qui est ce que prétend Êpicure. Mais il ne nous est que trop aisé, à nous qui connaissons la vérité , de répondre à ce raisonnement captieux. Nous disons donc que Dieu veut tout ce qu'il lui platt, et qu'il est également incapable et de fiaiblesse et de jalousie. Il peut ôter le mal et ne le veut pas, et n'a point pourtant de jalousie. Il laisse le mal dans le monde; mais en le laissant, il donne à l'homme la sagesse, qui lui est plus avantageuse que le mal ne lui saurait être dommageable. La sagesse nous donne la connaissance de Dieu , et cette connaissance nous conduit à l'immortalité , qui est le souverain bien. Nous n'aurions pas cette connaissance -là du bien , si nous n'avions celle du mal. Épicure , ni aucun autre philosophe, n'a pu découvrir ce aecret, ni reconnaître qu'en ôtant le mal, on ôterait la sagesse, et on ne laisserait pas à l'homme le moindre reste de vertu , puisque la vertu consiste uniquement à surmonter ti à vaincre le mal. Ainsi ces philosophes, qui nous veulent délivrer du mal , nous privent de l'avantage incomparable de la sagesse. Il faut donc demeurer d'accord que Dieu a également proposé et le bien et le mal à l'homme.

XIV. Après avoir vu les raisons pour lesquelles Dieu a fait le monde, voyons celles pour lesquelles il a fait l'homme. Gomme il a fait le inonde pour l'homme , il a fiait l'homme pour soi , et Ta créé pour être le gardien et le prêtre de son temple, le témoin de ses ouvrages, l'admirateur de ses merveilles. Il n'y a que lui qui soit éclairé de la raison, et qui puisse, à la faveur de cette lumière , connaître Dieu , et admirer la diversité de ses ouvrages et la grandeur de sa pm'ssance. Cest pour cela qu'il a seul été pourvu d'entendement, de connaissance, de raison et de sagesse. Cest pour cela qu'il a seul le visage tourné vers le ciel , par où il semble

être averti de regarder son créateur. Cest pour cela qu'il a seul une langue capable d'exprimer ses pensées, et l'usage de la parole pour publier les louanges de son souverain. Enfin c'est pour cela qu'il a reçu le pouvoir de commander à toutes les créatures, afin qu'il obéit lui-même à son créateur. Puisque Dieu a donné à l'homme l'empire du monde, il est bien juste qu'il reconnaisse la majesté de celui de qui il l'a reçu , et qu'il chérisse les autres hommes , qui partagent avec lui le même honneur. Quiconque fait profession de connaître Dieu et de l'honorer, ne peut , sans crime , en ofFènser un autre qui fait la mène profession. Gela fait voir clairement, si je ne me trompe , que l'iiomme a été créé pour s'acquitter des devoirs de la religion et de la justice. Gicéron même l'a reconnu dans les livres des Lois, où il parle de cette sorte : « Parmi tout ce que les savans peuvent dire à l'avantage de notre nature, il n'y a rien de si excellent que de reconnaltrequenous avons été mis au monde pour y observer la justice. » Que si cette vérité ne peut être révoquée en doute, Dieu veut que tous les hommes gardent la justice , c'est-à-dire qu'ils rendent à Dieu et aux hommes ce qu'ils leur doivent, qu'ils honorent Dieu comme leur père, et qu'ils aiment les hommes comme leurs frères. C'est en ces deux devoirs que consiste toute la justice. Quiconque donc ne connaît point Dieu, ou quiconque offense un autre honune, est injuste, agit contre sa propre nature, et viole la loi divine.

XV. Peut-être que quelqu'un demandera par quel endroit le péché s'est insinué dans le cœur de l'honune , comment l'ouvrage des mains de Dieu a été corrompu, et comment il se peut faire qu'une créature, qui n'a été mise au monde que pour observer la justice, la viole si souvent par tant de crimes. J'ai déjà dit que Dieu avait proposé à l'iiomme le bien afin qu'il le choisit , et le mal afin qu'il le rejetât. II a permis le mal pour rendre le bien plus recommandable ; car , comme je l'ai déjà expliqué en plusieurs endroits, ce sont deux contraires qui ne peuvent être l'un sans l'autre. Le monde est composé du feu et de l'eau , qui sont deux élémens qui se font une guerre continuelle. La lumière ne pourrait être s'il n'y avait point de ténèbres. Il n'y aurait point d'orient s'il n'y avait point d'occident , ni de chaud s'il n'y avait point de froid*

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prend chaque mois diverses faces, favorise les voya{];es et les travaux que Ton ne pourrait faire sans de grandes incommodités, pendant Tardeur du jour; car il est certain que le temps de la nuit est plus propre, comme a dit le poète:

Pour couper Ict moiscont, pour fiiucber les prêt et pour faire plusieurs ouvrages dans les maisoiis.

Les autres astres sont aussi d'un grand usage : ils servent à conduire les vaisseaux sur la vaste étendue des mers, et montrent au pilotf le chemin par où il peut arriver au port. Les vents attirent les nuées , d*où sortent les pluies qui arrosent les campagnes et qui produisent Tabondance. Toutes ces choses arrivent en dif « férentes saisons et par un ordre réglé et continuel, afin que les hommes ne manquent jamais de ce qui leur est nécessaire pour la conservation de leur vie. Il est vrai que la terre nourrit les aniinaux aussi bien que les hommes, ce qui donne lieu de demander si, quand Dieu a travaillé à la création du monde, il a eu TintentioD c|u*il servit à leur usage. Il n'a point eu intention qu'il leur servit, puisqu'ils n'ont point de raison, et qu'il les a faits eux-mêmes pour le service de l'homme , pour le nourrir, pour le viHir et [)our le soulager dans son travail. Ainsi, il est clair que la divine providence a pris nn soin tout particulier de fournir à Thomme , en abondance, tout ce qui pouvait contribuer à st cunimodité , et que c'est pour cet effet qu'elle a rempli Pair d'oiseaux , la mer de poissons, et la terre d'animaux de toutes sortes d'espèces. Lorsque les académiciens disputent contre les stoïciens, ils ont accoutumé de demander pourquoi , s'il est vrai que Dieu ait tout fait en faveur de l'homme, il a permis qu'il y eût tant de choses sur la mer et sur la terre qui lui sont nuisibles et pernicieuses. A quoi les stoïciens ont fort mal répondu, pour n'avoir pas eu assez de soin d'examiner la vérité. Us ont répondu: qu'il y a dans les animaux plusieurs utilités secrètes, qui ne se découvrent que par le temps, et qui ne se reconnaissent que par l'expérience. Mais quelle utilité y a-t-il dans les rats, dans les vers , dans les serpens, qui ne sont propres qu'à nuire à l'homme? Y a-t-il dans ces animaux-là quelques remèdes cachés? et qu'était-il besoin de chercher ces remèdes-là contre le mal qu'ils font , puisque c'est de ce mal qu'on a sujet de se plaindre ? On dit qu'une vipère brûlée et réduite

en cendres guérit les monures qtfelk t faita Mais n'aurait-il pas été pins expédient qu'il n'f eût jamais eu de vipère, qui pût ni blesser pr ses morsures, ni en guérir. Ils pcovaient donc feire une autre réponse, et plus courte et phi véritable, en disant: queDieu ajrantcréérhoBoe à sa ressemblance, comme le principal de sa ouvrages, il lui Inspira à lui seul la sagesse, ifli qu'il commandât au reste des créatnres, et qal se servit de tout ce qull trouverait dans ronivers. Il lui proposa en même temps le bien et le mal, afin qu'il le discernât par la lumièrf de h sagesse qu'il avait reçue. (Test en quoi oointe l'usage de cette sagesse; car on ne saurait oonnattre le bien et l'embraser, qu'on nesacheasa connaître le mal et le rqeter. Ce sont des cqbtraires qui sont comme inséparables. Qaandci les propose à l'homme , s'il cboisit le bien et s'il rejette le mal, il fait an bon usage de u raison. Ciomme le bien lui a été donné afin qa'fl en jouit , le mal lui a aussi été proposé afin qil l'évitât. Si l'homme n'avait point de mal Icnifr dre ni de péril à éviter, il n'aurait point dViotision de faire paraître sa sagesse , oi miae de besoin d'en avoir. Si on ne lui proposait jaarii que du bien, à qnoi lui servirait Fcqirit, tatendement, la raison et la sdenoe? U nepoamit rien choisir qui ne lui fftt propre et confguaMt Si qudqu'un apprêtait on grand festin àdes c» fans , chacun d'eux prendrait les viandes ven toquelles soninclinationoalehasard leportentet, et aucun ne prendrait rien qui ne fttt afiéaHci son goût et utile à sa santé. La fcibfcsicdclar discememrat dans leur bas âge ne lenr appsr terait aucun préjudice. Mais si, parmi la dho^ site des mets dont la table serait oomcrte, ss en mêlait d'amers, de dangeren, d'cmpoinanés, alors lisseraient trompés par le détat di discernement nécessaire pour choisir les baas et pour laisser les mauvais. D est done clair qsf le discernement et la sagesse sont nCeeHairei pour éviter le mal , et que sll n'y avait poinl sa de mal dans le monde ^ nous n*i besoin de la sagesse. Voilà une nii lide, que les stoïciens n'ont point

Quant à l'argument des épianrkas , il est aisé de le détruire. Ils le proposent de tMt sorte : ou Dieu veut ôter le mai et ae le pcM, ou le peut et ne le veut, on 0 oe le vMt ni nek peut , ou le veut et le penC S'il le iwt et ne k

DE LA COLERE DE DIEU

peut, c'est une faiblesse qui ne convient point à un Dieu. S'il le peut et ne le veut pas, c'est une jalousie qui ne convient non plus à Dieu que la faiblesse. S'il ne le veut et ne le peut, c'est et foiblesse et jalousie tout ensemble. S'il le vent et le peut , pourquoi ne l'ôle-t-U pas , et d'où vient qull y a tant de maux dans le monde? Je sais qu'il y a plusieurs philosophes qui se laissent embarrasser de cet argument, et qui, en étant poussés, avouent, comme malgré qu'ils en aient, que Dieu ne prend aucun soin, qui est ce que prétrad Êpicure. Mais il ne nous est que trop aisé, à nous qui connaissons la vérité , de répondre à ce raisonnement captieux. Nous disons donc que Dieu veut tout ce qu'il lui plaît, et qu'il est également incapable et de faiblesse et de jalousie. Il peut 6ter le mal et ne le veut pas, et n'a point pourtant de jalousie. Il laisse le mal dans le monde; mais en le laissant, il donne à l'homme la sagesse , qui lui est plus avantageuse que le mal ne lui saurait être dommageable. La sagesse nous donne la connaissance de Dieu, et cette connaissance nous conduit à l'immortalité, qui est le souverain bien. Nous n'aurions pas cette connaissance -là du bien , si nous n'avions celle du mal. Épicure , ni aucun autre philosophe, n'a pu découvrir ce secret, ni reomnattre qu'en ôtant le mal, on ôterait la sagesse, et on ne laisserait pas à l'homme le moindre reste de vertu , puisque la vertu consiste uniquement à surmonter ef à vaincre le mal. Ainsi ces philosophes, qui nous veulent délivrer du mal , nous privent de l'avantage incomparable de la sagesse. Il faut donc demeurer d'accord que Dieu a également proposé et le bien et le mal à l'homme.

XIV. Après avoir vu les raisons pour lesquelles Dieu a fait le monde, voyons celles pour lesquelles il a fait l'homme. Gomme il a fait le monde pour l'homme , il a fiait l'homme pour soi , et l'a créé pour être le gardien et le prêtre de son temple, le témoin de ses ouvrages, l'admirateur de ses merveilles. 11 n'y a que lui qui soit éclairé de la raison, et qui puisse, à la faveur de cette lumière , connaître Dieu , et admirer la diversité de ses ouvrages et la grandeur de sa puissance. Cest pour cela qu'il a seul été pourvu d'entendement, de connaissance, de raison et de sagesse. Cest pour cela qu'il a seul le visage tourné vers le ciel, par où il semble

être averti de regarder son créateur. Cest pour cela qu'il a seul une langue capable d*exprimer ses pensées, et l'usage de la parole pour publier les louanges de son souverain. Enfin c'est pour cela qu'il a reçu le pouvoir de commander à toutes les créatures, afin qu'il obéit lui-même à son créateur. Puisque Dieu a donné à l'homme l'empire du monde, il est bien juste qu'il reconnaisse la majesté de celui de qui il l'a reçu , et qu'il chérisse les autres hommes, qui partagent avec lui le même honneur. Quiconque fait profession de connaître Dieu et de l'honorer, ne peut , sans crime , en offenser un autre qui fait la mène profession. Gela fait voir clairement, si je ne me trompe , que l'iiomme a été créé pour s'acquitter des devoirs de la religion et de la justice. Qcéron même l'a reconnu dans les livres des Lais, où il parle de cette sorte : « Parmi tout ce que les savans peuvent dire à l'avantage de notre nature, il n'y a rien de si excellent que de reconnaître que nous avons été mis au monde pour y observer la justice. » Que si cette vérité ne peut être révoquée en doute, Dieu veut que tous les honunes gardent la justice , c'est-à-dire qu'ils rendent à Dieu et aux hommes ce qu'ils leur doivent , qu'ils honorent Dieu comme leur père, et qu'ils aiment les hommes comme leurs frères. C'est en ces deux devoirs que consiste toute la justice. Quiconque donc ne connaît point Dieu, ou quiconque offense un autre homme, est injuste, agit contre sa propre nature, et viole la loi divine.

XV. Peut-être que quelqu'un demandera par quel endroit le péché s'est insinué dans le cœur de l'homme , comment l'ouvrage des mains de Dieu a été corrompu , et comment il se peut faire qu'une créature, qui n'a été mise au monde que pour observer la justice, la viole si souvent par tant de crimes. J'ai déjà dit que Dieu avait proposé à l'homme le bien afin qu'il le choisit , et le mal afin qu'il le rejetât. Il a permis le mal pour rendre le bien plus recommandable ; car , comme je l'ai déjà expliqué en plusieurs endroits, ce sont deux contraires qui ne peuvent être l'un sans l'autre. Le monde est composé du feu et de l'eau , qui sont deux élémens qui se font une guerre continuelle. La lumière ne pourrait être s'il n'y avait point de ténèbres. Il n'y aurait point d'orient s'il n'y avait point d'occident , ni de chaud s'il n'y avait point de froid.

Nous sommes composés , de la même sorte , de corps et d'àme , qui sont denx parties opposées. L/âme est comparée au ciel , parce qu'elle est subtile et invisible , et le corps est comparé h la terre, parce qu'il est grossier et palpable. L'âme est stable et immortelle, le corps est fragile et mortel. On attribue à Tâme le bien , la lumière, la vie , la justice ; et au corps le mal, les ténèbres , la mort et le péché. Voilà d'où est Tenue la corruption de la nature et la nécessité d'établir des lois qui défendissent le mal et qui commandassent la vertu. Puisqu'il y a du bien et du mal dans les actions des hommes , il Aiut qu^il y ait différens mouvemens dans le cœur de Dieu , et qu'il se porte et à récompenser l'un et à punir l'autre.

- Épicure , qui n'est pas de ce sentiment , pro* pose en cet endroit une difficulté. Si Dieu avait de la joie quand il voit faire le bien et qu'il le veut récompenser , ou s'il entrait en colère quand il voit faire le mal et qu'il le punit , il serait aussi sujet à la crainte , au désir et aux autres mouvemens qui sont des effets et des marques de la faiblesse de Thomme. Il n'est pas nécessaire que celui qui peut ooitrer en coMre puisse être saisi de crainte, ni que celui qui peut être louché de joie puisse être aussi serré de tristesse. Au contraire , ceux qui ont les plus grands mouvemens de colère sont pour l'ordinaire les moins capables de peur, et ceux qui sont fort gais de leur naturel ne sont pas fort sensibles à la tristesse. Mais il n^est pas besoin de discourir des passions auxquelles notre faiblesse nous rend sujets. Nous n'avons ((u^à considérer, je ne dirai pas la nature divine , parce que ce terme de nature ne pent être propre pour exprimer un être qui n'a point de naissauce ni de commencement, mais je dirai Dieo , et , à le voir tel qu'il est ; Ihomme n'a que trop de sujets de craindre, Dieu n'en pent avoir. L'homme, étant exposé à une infinité d'accidens et de périls, appréhende les violences qa*on lui peut faire en le frappant, en le dépouillant et lui ôtant le bien et la vie; Dieu , qui est audessus des atteintes de la pauvreté, de la douleur et de la mort , ne peut rien appréhender. On doit juger de la même sorte de l'amour du plaisir ; car« comme Thomme est sujet à la mort , il a été nécessaire qu'il y eût deux sexes , par l'union desquels l'esi)èce f6t conservée; Dieu au

LACTANCE

contraire n'a pas besoifl de sueeicsecms , pme qu'il est immortel, ni de fanme, parce qÂie met point d'enfana an diôiide. Le désir et b jalousie , dont il n'y a que trop de matière te la vie de l'homme, ne se reneontrentitNiint te Dieu par les mêmea raisons. On te dek p» dkt la même chose de Tiiielination de hire do bia, de la compassion ni delà colère, fiaree que Din est capaMe de ces moovemeiis, et qo'il les cbploie avec nn sovveraitt pouvoir pont h bia et pour la conservation de PiÉtfivers.

XVI. Quelqu'un deoufidefti pent-CIfe qudb sont les oceaaîoiia eè Dieif donné des manin soit de sa colère oo de éa dotaeeor. PftnArement les hommes ont aocoatomé d'fftair mn à lui quand ils sont dana raffliefiont ,et, dnli créance qu'il a le pouvoir de les défincr dei maux qui les pressent , i|a loi «dreasett Ion prières. Alors Dieu a oompaasioa deâ boM». sa tendresse ne lut permettant pM de oépriRr leurs demandes ni de leo^ refkfsef atf proleififla. D'ailleurs plusieura, 4ri aont peranidéBqB Dieu aime la vertu et q|ii'i!eac le pèteeC toin- Terain de tons les hommes, pdbBteC le gfiilnr de son nom, lui offrent A» aâeHfieea , Mbr cent d'attirer ses gràeea pkt de BdttMi ëairo et lui donnent lieu d'ettiter at dCtoéttÉL Ck, s'il n'y a rien qui coflvieiitie al tbtt lDlaÉi|K de iaire du bien, ni rtenqd aoiC ai dtodlMltfi sa nature que de ne point feuHMtftttt ItHÊtUtt \ qu'on lui rend, il firat tfaTil iêomttÈm k bonne volonté et lea efibrta dea gMa ia Ma pour n^être ppiiit sonptoinié de nékMMkÉhMR, qui est un criineque les Iwuftttt/titWiaftit parmi eut tout à Mt iitrtciMMe H )r tf traire des scélérats, qui en tottt learBMf dl II passent, laissent de hotitenaes tnêèa ée kan débaudies , qui tiotent leor M pàtéet pi^ jures , qui joignent la ?ioleiictf I la IhMdfef fmr enlever le bien d'antmi, qui tipuaéÈiÊî le iam sans épargner leors ploa proches ^jM li featvc les obligeait de respecter, et qd MHk qie da mépris pour la sainteté dba kM cf JNlÉlJf fe aajesté de Dieu mène. Ce sont Ui dé dVMél eljtls

de la colère da souverain ownrè dé' HÉfuti, car il ne lai est pas ponBle dé MlP dèl dénrdres sans les Tookrir tépritaief , fil ÉOVlfe fteadreà châtier les coapaMéH éfi tateaitfto innocens. Ymb camwmt Dieil*iiéil AtfMH gner et sa colère et aa Anitttar. Vf à dMtde h

DE LA COLERE DE DIEU

faiblesse et de la vanité dans les argumens de | ceux qui, faisant difficulté de demeurer d'accord qtie Dieu entre jamais en colère , ne laissent pas d'avouer qu'il donne souvent des marques de sa douceur et de sa clémence ; car il ne pourrait dimncr des marques de clémence s*ii ne pouvait f ntrer en colère. Les argumens de ceux qui lui ôtcnt absolument toutes sortes de mouvcmens ne sont pas moins faibles. Sous prétexte quil y a des mouvemens dont Dieu n'est point capable, comme sont ceux du plaisir , de la crainte , de i Ta varice , de la tristesse, de la jalousie , ils ne f lui en laissent aucun autre. 11 est vrai que Dieu

* n'a point ces mouvemens-là, parce qu'ils ne sont « point sans délàut. Mais il y en a d'autres qui ne

procèdent que de la vertu , comme sont ceux de r la colère contre les méchans , de la tendresse f pour les gens de bien , de la compassion pour •' les misérables ; et ceux-là se trouvent véritable- \ ment en Dieu, parce qu'ils n'ont rien qui ne soit j digne de sa puissance et de sa justice. Si Dieu c n'avait ces mouvemens-Iâ , l'univers ne serait

* qu'un théâtre de confusion où les lois seraient i impunément violées , où le vice régnerait avec I la dernière insolence , et où la vertu , n'ayant t point d'appui, n'aurait point non plus de sûreté, r et où toute la terre serait réduite à une funeste

désolation. Mais en l'état où sont les choses, les ' méchans appréhendent le châtiment , les gens de bien attendent des récompenses et les affligés espèrent de la protection ; la vertu est autorisée et le vice réprimé. Je sais bien que Ton nous objecte que les méchans sont souvent les plus heureux sur la terre , que les gens de bien sont les plus misérables, et que souvent ils sont persécutés et tourmentés impunément. Mous verrons dans la suite de ce petit ouvrage les raisons pour lesquelles Dieu permet que cela arrive. Examinons cependant si Dieu prend soin de ce monde et s'il entre quelquefois en colère. XML Dieu , dit Ëpicure , n'a soin de rien. II n'a donc aucun pouvoir, car quiconque a quelque pouvoir prend aussi quelque soin. Que s'il a du pouvoir et qu'il ne s'en serve point , quelle raison a-t-il de négliger de la sorte non-seulement le genre humain, mais tout l'univers? Cest, dit ce philosophe, qu'il jouit d'un profond repos qui fait sa béatitude et sou immortalité. A qui est-c'edonc qu'appartient le gouvernement de ce monde où nous voyons un si bel ordre? Ou

comment Dieu peut-il jouir d^on si profond re pos, lui qui a la vie et le sentiment? Le repo6 n*appartient qu'au sommeil et à la mort. Le sommeil même n'est pas un parfait repos , puisqu'il n'y a que le corps qui se repose durant le sommeil, et que Tâme, se représentant diverses images, est dans une agitation continuelle pendant que le corps répare ses forces, il n'y a donc que la mort où se trouve le repos éternel. Or , comme la mort n'approche point de Dieu , le repos ne lui peut non plus convenir en aucune sorte. Que s'il agit , que peut-il faire qui soit si digne de sa grandeur que de gouverner le monde ? S'il gouverne le monde , il a soin des hommes , considère les actions de chacun d'eux en particulier, et souhaite qu'ils aient tous de la sagesse et de la vertu. Cest ce qu'il veut et ce qu'il commande. Quiconque suit sa volonté et ses commandemens est l'objet de son amour ; ceux , au contraire , qui les méprisent et qui les violent sont l'objet de sa haine.

Si Dieu nuisait à quelqu'un, disent les Épicuriens, il n'aurait point de bonté. Ceux qui accusent de rigueur et de cruauté la justice de Dieu ou celle des hommes, et qui croient que ce soit nuire et faire du mal, que de réprimer les crimes et de punir les coupables , sont dans une erreur grossière et pernicieuse. Les lois qui ordonnent des peines seront des lois dangereuses , et les juges auront tort de condamner au dernier supplice ceux qui auront commis les crimes les plus atroces. Que si la loi est juste quand elle ordonne des peines contre ceux qui les méritent , et si le juge fait le devoir d'un homme de bien quand il punit les coupables à desseinde protéger et de conserver les innocens, Dieu ne nuit à personne quand il arrête l'insolence des pécheurs. Car nuire est faire du mal à un innocent et épargner les méchans, et en les épargnant leur donner la licence de persécuter les gens de bien. Je voudrais bien demander à ces philosophes , qui fout un Dieu oisif et immobile, si un maître qui aurait du bien, une grande puissance et une nombreuse famille , et qui aurait aussi des serviteurs qui , abusant de sa douceur et de sa bonté , s'empareraient de sa maison , mangeraient son bien , le mépriseraient et se moqueraient de lui; je voudrais bien, dis-je, demander si ce maître ferait sagement de souffrir l'insolence de ses domestiques et de ne point

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