‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 89 sur 110 · LACT · texte numérisé non relu

LACT

maintenir son autorité. Se pourrait-il trouver quelqu'un qui eût une patience si inébranlable , ou plutôt une stupidité si insensible? Mais, supposant qu'il est aisé de supporter le mépris , voyons ce que ce maître serait oblij^é de fiiire , si ses serviteurs se portaient à des crimes pncore plus atroces, tels que sont ceui qui ont éié décrits par Cicéraa, S'ils avaient tué les femmes et les enfans de leur maître et brûlé sa maison , et que le maître néglig^eât de les punir, serait-ce à lui un effet de douceur et de clémence, ou de cruauté et de barbarie? Que si c'est bai^ barie plutôt que douceur d'Oparfpier des crimes qui sont aussi atroces que sont CËUs-là, ce ne serait pas en Dieu IVFFet d'une vertu de ne point concevoir d'indigualion contre les injustices et les viulences. Le monde est sa maison, les hommes sont ses serviteurs: quelle serait donc la patience qu'il aurait de souffrirque ses serviteurs le méprisassent, qu'ils se moquassent de sa bonté, qu'ils déshonorassent son nom, et de ne concevoir aucune indignation , bien que ce soit le sentiment que conçoivent tous ceui à qui les désordres et les débordemens déplaisent? la colère estdoncuu e(TetdeIa raison, et c'est par lecrime que l'on réprime lalicenceetquel'on arrête le crime. Lesstoïciens n'ont point connu la différence qu'il y a entre le bien et le mal, ou entre la bonne et la mauvaise colère, et par ce qu'ils se trouvaient incapables de la régler , ils ont jugé qu'il Fallait la retrancher absolument. Les pérîpatéticiens se sont contentés de la modérer , mais nous avons combattu assez amplement leur opinion dans le siiième livredenos Institutions. Les définitions que Sénèque a rapportées de la colère , dans le livre qu'il a composé sur ce sujet , ne font que trop voir que les philosophes n'ont point connu la nature de cette passion. • I^ colère , dit-il , est un désir de se venger des injures que l'on a reçues.» Quelques autres, au rapport de Possidonius, ont dit que c'était un désir de punir ceui de qui l'on croit avoir été offensé contre la justice. D'autres la définissent de cette sorte: «La colère est un mouvement par lequel l'âme se porte 9 nuire i celui qui nous a offensés , ou qui a eu dessein de nous offenser, n La définition qu'Aristole en apporte, D'est pas beaucoup différente de la nôtre, car il dit que ■ la colère est un désir de faire sentir de la douleur à celui de la part duquel nous en

avons reçu.B C'est U parlé ci-devant, qui 1 et qui doit être répri qu'elle ne le porte ft ne peut être dans Dîi Être blessé ni souffri dans l'homme, parci sortes d'injures ; q lui cause de la doule la douleur eicite en I Où est donc la juste émus à la vue des qui n'est point un i qu'elle n'a été précé parle point maînten lois, contre lesqueh juge ne puisse entre aucune faute. Suppc droit qu'il a toujour tranquille, et que, (| il le fait sans troubl tre de la loi et non <i que le supposent ce cœur de l'homme tt parle prinapalemeni ncs qui sont en m conduite, comme m femmes et nos disci là font quelque hut de colère et portés i ble que le mal ne & bien, ni qu'il ne soi il le voit faire. Mail tes , non par un déi un zèle de justice, réprimer la licence mœurs. Celte colfere cessaire pour la péi trouve dans Dieu , < l'homme. Dieu n'a p ter les crimes, dont toute la terre, quel riger les fautes de < Or Dieu ne les sau touché de quelque i tous ceux qui ont i quand ils voient faïr nition qu'il fallait da est un mouTemetit d lespédiés.>Udéa

DE LA COLERE DE DIEU

porte, quand il dit que «la colère est ua désir de se venger, » n'est pas beaucoup différente des autres. Il y a une colère que Ton appelle fureur et rage , qui est toute vicieuse, et qui ne se doit pas même rencontrer dans les hommes. Mais celle qui ne tend qu'à réprimer les désordres et à arrêter le cours des vices ne doit point être ôté aux hommes , ni ne le peut être à Dieu , parce qu'elle est non-seulement utile, mais encore nécessaire.

XViU. La colère, disent quelques-uns, nest point du tout nécessaire, puisqu'on peut sans elle châtier les crimes. Au contraire , je soutiens qull n'est pas possible de voir commettre des crimes sans en sentir quelque émotion. Il est vrai qu'un juge peut demeurer dans une situation tranquille, parce que le crime n'est pas commis en sa présence, mais qu'il lui est rapporté comme un fait douteux et qui a besoin d'être prouvé. Jamais le crime n'est si manifeste qu'il ne reste à l'accusé quelque moyen de se défendre. Ainsi , un juge peut alors avec raison ne concevoir aucun sentiment d*indignation contre un accusé, qui par Tévénement sera peutêtre trouvé innocent. Quand la vérité est établie et que l'accusé est convaincu, c'est la loi plutôt que le juge qui prononce, et par cette raison il peut satisfaire à son devoir sans être ému de colère. Il n'ordonne rien proprement de soimême, il ne fait qu'exécuter ce que la rigueur de Tordonnance lui a prescrit. Mais pour nous, nous ne saurions voir commettre des fautes dans nos maisons sans en sentir de l'indignation, la vue seule des foutes étant quelque chose d'indigne et de fâcheux. Celui qui verrait sans émotion commettre des crimes , paraîtrait ainsi les approuver, ce qui serait honteuxet injuste,ou serait bien aise de se délivrer de la peine de les réprimer, pour conserver la tranquillité où demeure l'âme lorsqu'elle n'est point excitée par la colère. A l'égard de celui qui entre en colère et qui s^apaiscâ l'heure même, qui, ar une douceur indiscrète et hors de saison, pardonne ou toujours ou trop souvent, il corrompt ceux dont il entretient l'insolence, et se prépare à soi-même un supplice qui n'aura point de fin. C'est donc un défaut de réprimer en soi les mouvcmens de la colère, lorsqu'on devrait les suivre pour punir les crimes des autres. On loue Archylas de niroiilc d'avoir dit à son fennicr qui avait

laissé dépérir sa terre : t Malheureux que tu es! je te chargerais de coups si je n'étais en colère. » Plusieurs admirent dans cette parole et dans cette action un rare exemple de retenue. Mais la haute estime qu'ils avaient conçue de ce phi* losophe les empêche de reconnaître son extravagance, t Un homme sage, comme dit Platon, ne punit pas les coupables seulement à cause des crimes qu ils ont commis, mais afin que ni eux ni les autres n'en commettent plus.» Quand des valets savent que leur maître punit lorsqu'il n e>t pas en colère, et que lorsqu'il est en colère il pardonne, ils ne se contenteront pas de faire de légères fautes, de peur d'être battus, mais ils en feront de grandes, pour mettre leur maître dans une furieuse colère et pour éviter par là le châtiment. J'aurais loué la modération de ce philosophe s'il avait donné un peu de temps à sa colère pour s'apaiser et pour tempérer la rigueur du châtiment. La grandeur de la colère ne devait pas faire pardonner la faute, elledevait seulement en faire retarder la punition, de peur que, étant faite sur-lechamp, elle ne fût ou trop sévère par rapport au coupable, ou trop violente de la part du maître. De plus, la sagesse et l'équité permettent-elles de punir des fautes légères et de laisser en même temps des crimes atroces impunis? Enfin, pour peu que ce philosophe eût connu la nature des vertus ou des passions, il n'aurait jamais fait professîoa d'une si indiscrète modération, quand ce n aurait été que pour ne point donner lieu â de mauvais serviteurs de se réjouir d'avoir mis leur maître en colère. Comme Dieu a donné au corps divers sens pour la nécessité de ses fonctions, il a donné à l'âme plusieurs affections pour la conduite des mœurs. Il lui a donné l'amour du plaisir pour mettre des enfans au monde, et Fémotion de la colère pour arrêter le cours des crimes. Ceux qui ne savent rien de la' fin des choses, et qui n'ont point appris l'usage qu'ils doivent faire des dons de Dieu, abusent du plaisir en s'abandonnant à la débauche, et de la colère en procurant du mal à ceux de leurs supérieurs et de leurs égaux contre lesquels ils ont conçu de la haine. C'est de là que viennent les crimes les plus airoceset les tragédies les plus sanglantes. Archytas aurait mérité des louanges si, après s'être mis en colère contre quelqu'un de ses citoyens et de ses é{j;aux de qui il aurait reçu quelque injure, il

avait rclenu son ressentiment et étouffé dans son oviw le désir de la ven{çeancc. il y a de la f,U)ire ù se vaincre de la sorte, et à détourner ks maux que le débordement de la colère pourrait causer ; c'est une faute de dissimuler les fautes des enfans et des serviteurs; et en né- {Tiijveaiit de les châtier on leur donne lieu de devenir plus coupables. Alors, bien loin de mo* (iêrer sa colère, il la faut exciter si elle est trop lan(;uissante. Nous ne disons rien ici de Thomme t|uc nous ne le disions aussi de Dieu, qui a fait riiommeàson ximQe, Je ne parle point de la ti{;ure de Dieu, parce que les stoïciens nient qu il en ail aucune, et que si j'entreprenais de les réfuter je m>n[;a(;ernis dans une dispute qui me fournirait une irop ample matière. Je ne parle que de sa substance spirituelle, qui est une substance qui pense, qui entend, quiconnait, qui sait, qui prévoit. Et puisque toutes ces choses conviennent à Thommc, il est clair qu'en cela il est rimage de Dieu. Il est vrai que cette image se salit et se corrompt, parce que, ayant quelque chase de Timpuretéde la terre, elle ne peut conserver rinnoccnce qu'elle a reçue de son créateur, si ce n'est qu'il n'ait la bonté de l'instruire. Xl\. l/hommc est, comme je viens de le dire, romi)08c de corps et d'ûme. Dans l'un sont les vices et dans l'autre les vertus, et ces vertus et ces vices se font une guerre perpétuelle. Les vertus, qui sont les biens de l'âme et qui s'occupent à régler les passions, sont contraires au corps. Les biens du corps, qui sont les plaisirs qui flattent les sens, sont contraires ù Tàme. Mais lorsque l'âme résiste aux passions et qu'elle les réprime, elle est véritablement semblable à Dieu. D'où il parait que fàme, qui a quelque chose des vertus qui se trouvent en Dieu, n'est point sujette à la mort. Il faut cependant remarquer qu'il y a cette différence entre les biens du corps et de l'ûme que, la vertu étant pleine d'amertume, au lieu que le plaisir est comme environné de douceur, plusieurs se laissent prendre par ses charmes ; et ceux qui se sont rendus esclaves de leur corps et de leurs sens sont comme attachés à la terre et ne peuvent plus recevoir les présens du ciel : mais ceux qui, pour obéir à Dieu, auront réprimé les désirs de la chair, préféré la vertu à la volupié et observé la justice, seront reconnus de Dieu conmie sem- M.iMcb à lui. Kfant donc coiiMaiit qu'if a donné

LACTANCE

aux hommes une loi toute sainte, et que 9on intention est qu'ils vivent dans rinoocence et qu'ils ne fassent aucun mal, peut-H voir sans indignation qu'ils violent sa loi, qu^ils renoncent à la vertu et qu'ils recherchent la Toioptê. Puisqu'il prend soin du gouTemement dn monde, comme il doit sans doute le prendre, il ne peut négliger ce qu'il y a de pins important dans le monde. Puisqu'il pourvoit aai besoins des créatures, comme la créature le doit bire, il nous procure ce qui est nécessaire pour nous rendre la vie plus sûre, plus commode et plus heureuse. Puisqu'il est le pire commun ansri bien que le Dieu de tous les hommes, il est bien aise quand ils s^adonnent à la rerta , et Acfaé quand ils s'abandonnent au vice. Il a de Tanioar pour les gens de bien et de la haine pour les impies. « Il n'est pas besoin, disent quelques phîlosoplies, qu'il ait de la haine ; c'est assez qqll ait une fois ordonné des châtimens contre les impies et de^ récompenses pour les |;ens de bien. » Que s'il se trouvait quelqu'un qui oooservât dans ses actions quelque image d'ianocence et de justice, en ne faisant tort à personne et en évitant les vices les plus grossiers, et qu'il ne rendit pourtant aucun honneur à Dieu et ne songeât pas même à lui, comme Aristote, Tioioa et les autres philosophes, celui-lâ, pour avoir gardé en apparence la loi de Dieu, ne serat-il point châtié du mépris qu'il aurait Aût de sa puissance? Dieu peut donc se mettre en colère, quand ce ne serait que contre la ftioue eoofîance que celui dont nous parlons aurait mise dans sa probité prétendue. S'il se met en colère contre lui en haine de son oi^eU, pourquoi ne se mettrait-il pas en colère contre un autre qui aura méprisé sa loi et appréhendé la peine qu'on doit se donner pour la garder? Le juge n*a pas le pouvoir de faire grâce , parce qu*it n'est que le ministre de la volonté d'aulral; mais Dfeo a ce pouvoir, parce qu'il est juge et dispensateur de sa propre loi. En la faisant, il ne s*est pat Aie le pouvoir d'en relâcher quelque chose. II peut donc faire grâce quand il lui plaît; et comme il peut faire grâce et donner des preuves de sa clémence, il peut aussi faire justice et laisser des marques de sa colère.

XX. D'où vient donc, diraqudqu'un, qucceui (|ui conmif*ttent les plus grands crimes sont 1rs pliib heureux , et que ceux qui vivent selon ks

DE LA COLÈRE DE DIEU

règles de la piété sont souvent fort misérables ? C'est que des esclaves fugilifis et des enfans émancipés ont une licence effrénée , au lieu que ceux qui vivent sous la puissance de leur père ou de leur maître , sont tenus dans une exacte discipline. La vertu s'éprouve et s'affermit par des exercices pénibles et désagréables aux sens, au lieu que le vice est toujours comme plongé dans la volupté. Il ne faut pas, pour cela, que celui qui s'y abandonnese promette une impunité perpétuelle. Il n'y a point de prospérité qui dure toujours.

Il faut attendre le dernier jour , ainii que l'a dit un poëte ^i ne maoqoe pas d*élégance : et nul ne doit être appcK heurraz avant la Mn de ta vie.

C'est par la fin que l'on juge du bonheur, et aucun ne peut éviter le jugement de Dieu, ni pendant sa vie, ni â sa mort. Il précipite tes vivans dans Tabtme, et punit les morts d'un supplice éternel. Si Dieu entre en colère , dirat-on , il doit y entrer d'abord , et ch&tîer les crimes à l'heure même qu'ils sont commis. S'il les châtiait de la sorte, il exterminerait le genre humain. 11 n'y a point d'homme qui soit tout à fait innocent , et plusieurs choses nous portent au péché, comme Tàgc, la violence, la pauvreté , l'occasion , la récompense. I^ chair dont nous sommes revêtus est si fragile, que si Dieu n'usait envers nous de sa miséricorde, il ne resterait que peu de personnes sur la terre. Mais il est très-patient , et réprime les monvemens de sa colère; car comme il a une parfaite vertu, il a aussi une parfaite |ialiencc. Combien y a-l-il de personnes qui changent de conduite, et qui renoncent à la débauche pour faire profession de modération et de retenue .^Combien y en a-t-il qui , après avoir mené dans leur jeunesse une vie dcrégiéc et licencieuse qui les couvrait de honte et d'infamie , se réforment tout d'un coup, et méritent des éloges des bouches mêmes dont ils n'avaient autrefois reçu que des reproches? Cet heureux changement n'arriverait pas, si tous les péchés étaient punis sur-iezchamp. Il est vrai que les lois condamnent sur-le-champ les crimes publics. Mais combien y en a-t-ll qui ne sont commis qu'en secret? Combien y a-t-il de coupables qui arrêtent, soit ])ar amis ou par argent , les poursuites de leur dénonciateur, qui obtiennent par crédit et par faveur leur absolution , et éludent la justice? Si Dieu punissait tous ceux qui se dérobent ù la

justice des hommes, il ne resterait presque personne sur la terre. 11 n'y eut jamais de si juste sifjet d'exterminer le genre humain que le mépris qu'il a lait de la divine puissance , en rendant un souverain culte à de faibles ouvrages de l'art; au lieu que Dieu, en tournant aux hommes le visage vers le ciel , les avait excités â considérer les choses célestes , et ù rechercher la connaissance de sa divine nature. Ils ont mieux aimé se courber comme des bêtes, et se tourner vers la terre ; car c'est se courber vers la terre et adorer la terre, que Ion doit fouler aux pieds, que d'adorer des images faites de métaux et d'autres matières tirées de la terre. Lavantage qui se tire de la patience de Dieu , est que , au milieu d'une si horribte impiété et dune si générale corruption, les hommes condamnent leurs propres erreurs et reconnaissent la vérité. Plusieurs abandonnent les faux dieux , adorent le vrai Dieu, et embrassent la vertu. Mais quelque grande que la patience de Dieu soit eu ellemême, et quelque avantageuse qu'elle soit aux pécheurs, elle en punit quelques-uns, quoiquY'lIe les punisse lard; et quand elle voit qu ils ne sont plus capables de se corriger, elle les arrête, de peur qu'ils ne continuent dans leurs désordres. XXI. Il ne nous reste plus quunc question, qui est une des plus importantes. Gest que quelqu'un : dira que Dieu est si éloigné de se mettre en colère, qu'il défend même â Thomme de s'y mettre. Je pourrais dire qu il y a eu sujet de modérer la colère de l'homme, parce qu'elle est souvent injuste , et que ses mouvemens sont aussi déréglés que fréquens. Pour détourner les funestes malheurs que causent les petits , les médiocres et les grands, quand, ne se possédant plus, ils suivent les emportemens de cette furieuse passion , il a fallu nécessairement leur mettre des bornes. Mais pour ce qui est de Dieu, il ne se fâche point pour un temps, parce qu'il est éternel, et ne se fâche point sans sujet, parce qu'il a une perfection infinie. Cependant il nest pas vrai que Dieu défende aux hommes de se mettre en colère; et s'il le leur défendait absolument, il semblerait condamner lui-même son propre ouvrage, imisque en formant le foie, il a, en quelque sorte, auforisé cette émotion, dont on croit que le principe est contenu dans le fiel. Il n'a donc p:is absolument défendu le inouvcmont de !a culèir, qui cbi un itiouvvmt'nl

LACTAISCE.

nécessaire, mais il en a défendu la continuation et la suite. Aussi est-il bien juste que, puisque la vie des hommes est courte , leur colère ne soit pas longue. Si elle Tétait, lesliaines s'accroîtraient et s'aigriraient dételle sorte, qu'elles ne pourraient plus être terminées que par la ruine mutuelle des ennemis. De plus, quand Dieu commande d'entrer en colère , et qu'au même temps , il défend de commettre aucun péché , il n'arrache pas entièrement cette passion de notre cœur. Il en rehausse seulement ce qu'elle a de vicieux , afin qu'en châtiant les coupables, elle garde de la modération. Ainsi celui qui nous commande de nous mettre en colère s'y met lui-même. Celui qui nous ordonne de nous apaiser s'apaise, parce qu'il ne nous commande ni ne nous ordonne rien qui ne soit juste et qui ne tende à notre avantage. Bien que j'aie dit que Dieu ne se met pas en colère pour un temps, comme font les hommes qui ont souvent des émotions passagères, il ne faut pas croire pour cela que, comme il est éternel, sa colère le soit aussi. Ses perfections étant infinies, il a sa colère en sa puissance, et bien loin d'en être emporté, il la retient et s'en sert comme il lui plait. Et cela n'est point du tout contraire à ce que j'ai dit ci-dessus. Si la colère de Dieu avait été éternelle, l'homme n'aurait pu rentrer en grâce avec lui après l'avoir offensé, ni satisfaire à sa justice par la pénitence. Ainsi il ne se serait jamais réconcilié avec les hommes, lui qui leur a commandé de se réconcilier entre eux avant le coucher du soleil. Il est pourtant vrai que la colère de Dieu demeure toujours sur ceux qui pèchent toujours. Il ne s'apaise point pardel'encens,par des victimes, par desprésens,qui ne sont que des biens corruptibles ; mais il s'apaise par le changement de vie et par la réfbrmation des mœurs : quiconque cesse de pécher fait cesser la colère de Dieu. Et c'est pour cela qu'il ne punit pas tous les pécheurs sur-le-champ, afin qu'ils aient le temps de se reconnaître.

XXII. Voilà , mon cher Donat , ce que j'avais à vous dire touchant la colère de Dieu , afin que vous sussiez ce que vous aurez à répondre à ceux qui semblent lui ôter toute sorte de mouvemens. Après cela, il ne me reste plus rien à fuirc, si ce n'est de finir cet ouvrage de la même sorte «|uc (iicéron a fini ses livres des (Jif es fions li(.st:ti/uncs, cl de lircr dc^ diviueîjLcriturcbdcb

témoignages irréprochables pour convaincre ceux qui , s'imaginant faussenaent que Dieu ni exempt de colère, détruisent toute la religion, sans laquelle, comme je crois l'avoir fiiit voir, nous serions semblables aux bètes et nous ^ lerions en cruauté celles qui sont les plus farouches,et en ignorance celles quisoat les plus stupides. La sagesse ne consisteque danslardigioo, c'est-à-dire dans la connaissance de Dieu. Les prophètes, qui étaient des hommes tout remplis de son esprit , n'ont parlé que de la bonté qa*il a pour les gens de bien et de la colère qu'il conçoit contre les impies. Ces témoignages ne sont que trop suffisans à notre égand. Mais parce qu'ils sont rejetés par ceux qot n^oat poiot d'autre marque de la profession qu'ils font d'être sages que celle qu'ils tirent de la longueur de leurs cheveux et de la façon de leur habit, je suis obligé d y ajouter des preuves fondées sur le raisonnement. Je sais bien que cette méthode est contraire à celle que je devrais tenir, et que, au lieu d'appuyer la foi par des raisons, il fiadrait confirmer la raison par la foi. Mais je m'éloigne à dessein de cet ordre, de peur que, si je le suivais, la dispute ne fftt trop loogne et ne produisit aucun fruit. Apportons donc des témoignages que les philosophes poissent leo^ voir, ou qu'au moins ils ne paissent rqder. Beaucoup de célèbres écrivains ont dit qn*i j a eu plusieurs sibylles , comme Ariston de CUos et Apollodore d'Erythrée parmi les Grecs, Varna et Fenestella parmi les Latins. Us demenrat tous d'accord que la plus illustre tut œUe dTtrythrée , et Apollodore témmgne tenir i gaad honneur d'avoir été de son paja» FenestcHi conte que le sénat envoya des ambassadcon I Erythrée pour en rapporter les vers de cette sibylle, et pour les mettre (sons le eonanlat de Curion et d'Octave) dans le Gapitole, qnl avait été réparé par les soins deCatale. Vniri mmnrnf elle parle du souverain créatenr dn

ksfeiMai

Il est éternel , looomipliUe , de leun niérilct et réterre pour IM effet de M colère.

En parlant dans un antre endroil des actions

qui déplaisent à Dieu.

Fuyez, dit-eHe, les McriHot inpici, d ate ofllnB frt Tivant. Évitez radiiltère cl les coBjORCliopt l'unlrairef àla naiurc. Ayci loin de Boamr m di'z vous iHtMi de Ica luer ; e^r riinmorffll mire 1ère iiiiplatabli' cuiiirv cvuk qui nmiarUrnl

DE LA COLERE DE DIEU

\m\i une preuve très-ex|Mres8e de la colère que Dieu conçoit contre les méchans.

XXin. Puisque, au rapport dequdques grands hommes, il y a plusieurs sibylles, je ne dois pas me contenter d'avoir produit le témoignage d'une seule. Les livres de la sibylle de Gumes sont tenus fort secrets , à cause qu'ils contiennent la destinée du peuple romain. Mais les autres sont assez communs , et il n'y a point de loi qui défende aux particuliers de les avoir et de les lire. Il y en a un qui déclare en ces termes à toutes les nations que la colère de Dieu tombera sur elles pour châtier leurs crimes :

A la Ha dn tièGict U ooMre terrible de Dieu tombera Mir le monde coapalile.

Une autre attribue à la mèmecolère le déluge, qui, pour abolir le crime, détruisit le genre humain :

Lort, dit-elle, <iiie le Diea do dei ce mit en colère contre toi boomiet, il OQurriila nurftee de la terre dei étude la iser.

Elle décrit aussi l'embrasement qui abolira une seconde fois les crimes. Voici ses paroles:

Lonque la colère de Diea lera de telle sorte àllamée i|o'elle ne pourra pla« s'éteindre, die eitenninera le senre bomaln par le feu.

Ovide a dit sur le même sujet :

Qu'il derait arriver on temps où le dd, la terre, la mer et tout l'univers, seraient embrasés.

Ce temps-là arrivera lorsque le culte de Dieu sera tout à fait aboli. La même sibylle avoue pourtant qu'il se laisse fléchir, puisqu'elle exhorte les pécheurs à avoir recours à sa miséricorde , et qu'elle leur promet qu'il leur pardonnera s*ils embrassent la piété. Ces témoignages ne font que trop voir la faiblesse des argumens dont se servent les philosophes pour ôter à Dieu le mouvement de la colère, et la fausseté de l'opinion qui les porte à lui attribuer, comme un avantage , une insensibilité qui serait tout à fait contraire à sa grandeur. La majesté des royaumes et des empires de la terre ne peut être conservée que par la crainte des sujets. Un prince qui ne se mettrait point en colère ne trouverait point d'obéissance et ne maintiendrait point son autorité. Un simple particulier qui n'aurait que de la douceur serait dépouillé de son bien , outragé et moqué de tout le monde. Que si ceci est véritable, comment Dieu maintiendrait-il la grandeur et la gloire de son empire, si, étant exempt de colère, il n imprimaK aucune terreur dans le cœur des

hommes? Apollon de Milet, ayant été consulté sur le sujet de la religion des Juifs , fit la réponse qui suit :

nie honore le souverain roi d le tout-puissant créateur, en présence dmiud la mer et la lerre, le del , les enfers d les démons mêmes, tremblent de crainte.

Si Dieu était aussi immobile que ces philosophes le représentent , il ne ferait pas trembler ainsi toute la nature. Personne n'obéit que par contrainte. Pour bien commander, on est obligé d'imprimer de la terreur , et pour en imprimer il faut témoigner de la colère. Quiconque n'en témoignera point, commandera ce qu'il voudra, mais ses commandemens seront méprisés. Que chacun sonde son propre cœur et se consulte soimême, et il apprendra qu'on ne peut exercer aucun empire sans témoigner de la colère , ni sans ordonner des chàtimens. Puisque Dieu exerce un empire absolu sur l'univers , il faut qu'il entre quelquefois en colère. Que personne ne se laisse donc tromper par les vains discours des philosophes, et qu'il n'apprenne point dans leur école à mépriser Dieu , ce qui serait le plus grand de tous les crimes. Nous sommes tous obligés de l'aimer, puisqu'il est notre père; de le respecter, puisqu'il est notre maître; de l'honorer, puisqu'il nous comble de ses faveurs; de le craindre, puisquMl nous menace de ses chàtimens. U mé*rite nos respects par tous ces titres. Qui pourrait , sans tomber dans l'impiété, ne point aimer celui qui est le père de son àme? Qui pourrait mépriser impunément celui qui a une souveraine puissance sur toutes les créatures ? Si nous le considérons comme notre père , c'est lui qui nous a mis au monde et qui nous a donné la jouissance de la lumière et de la vie. Si nous le regardons commeDieu, c'est lui quinous fournit une diversité presque infinie de fruits et d'autres alimens qui nous nourrissent. Nous sommes dans sa maison et faisons une partie de sa fàmille. Bien que cette famille n'ait p^s un respect aussi profond , ni une dévotion aussi pure qu'elle le devrait avoir pour dignement reconnaître les grâces infinies qu'elle a reçues de la main libérale d'un si bon père et d'un si puissant maître, elle pourra espérer le pardon de sa négligencesi elle conserve la vérité du culte qu'elle lui doit et qu'elle renonce aux biens périssables pour aspirer aux biens éternels. Que si nous voulons réussir dans une entrepriseé[];«ilement sainte

et Décessairc, nous devons suivre Dieu et le recevoir comme le souverain principe de fout bien et comme le parfait modt^Ie de toute vertu. Y a-I-il une puissance plus absolue que la sienne? une raison plus sublime? une gloire plus «éclatante? Puisqu'il nous éclaire par la lumière de sa sagesse et qu'il nous conduit par la sainteté de ses commandemens , il ne nous est pas permis de rabandoiiner ni de renoncer à son culte pour recherclier des biens passagers et périssa- ])les. On ne parvient à la félicité ni en se plonfreatit dans des voluptés criminelles et empoisonnées, ni en amassant des richesses, qui ne portent qu'à la débauche, ni en recherchant des honneurs, qui n'ont rien de solide et dont l'âme ne peut être embarrassée qu'elle ne soit en même temps assujettie au corps et condamnée h la mort. Mais on y parvient en conservant l'innocence et en gardant la justice, dont la vraie récompense et le digne prix est l'immortalité queDieu a préparée dËs le commencement aux âmes saintes et pures qui ont heureusement évité la corruption du siècle. Ceux qui souillent leur conscience par des fraudes , par des fourberies, par des brigandages, et qui la noircissent de crimes qui sont comme des taches qui ne se peuvent eFFacer, seront privés de cette récompense. 11 fauldoncque tous ceux qui veulent

LACTANCE

passer non-seulement [ sonnables, méprisent i ce qu'il y a de fragile e s'unissent élroitemenl bannissent d'entre eux discordes qui troublei qui rompent l'union avec Dieu. 11 iiaut qi bienfaisans, et qu'ils e de bien non & cntretei mais à procurer le salu n'est pas moins sujett< k la délicatesse duquel La justice et la libéra exemples comme l'âm à Dieu en faisant de bo le, non dans des temple cœur ; car tout ce qui hommes peut aussi è temple, qui est sali m poussière, mais par li qui reluit non de la lu de l'éclat de la sagesse fois bien persuadés q qu'il voit les secrets d conduirons de telle soi effets de sa colère et a dance de ses grkces.

DE L'OUVRAGE DE Dl

DE LA FORMATION DE L'HOMl

A DEMETRIANUS, SON ÉLÈVE.

I. Vous ponrrea cotmattre, mon cher Démétrjanus, combien peuj'ai de repos, et même combien j'ai d'inquiétudes, si vous prenez la peine de lire ce petit livre, que j'ai écrit en termes fort simples, selon la médiocrité de mon esprit , pour vous Faire voir l'amour que j'ai pour l'étude, et pour d'acquitter encore envers vous du devoir de précepteur, en vous enseignant une doctrine plus honnête et plus solide que celle que je vous enseignais autrefois. Que si dans ce temps-U , où je ne vous parlais que des belles-lettres et des langues, vous ne laissiez pas de m'écouter avec

beaucoup d'attentîwi , porter maintenant plu soin pour comprendn que j'ai à vous dire, quelque dangereux qi vivons et quelque mau afPaires, je ne laisserai samment quelque choi i l'instruction de ceui notre doctrine. Je sais odieux et qu'ils nwt | comme des penonaes

DE L'OUVRAGE DE DIEU

dérèglement de leur vie le nom de Mges qa'ils s'attribuent , et qui ne s'en servent que pour couvrir des vices qu'ils devraient reprendre dans les autres et éviter eux-mêmes. Mais je ne refuserai aucun travail pour instruire et ceux de notre religion et les autres; et j'espère que, comme je n^oublierai rien de ce qui sera de mon devoir, vous n'omettrez rien non plus de ce qui sera du vôtre , et je le souhaite aussi de tout mon cœur. Car, bien que les aflàires publiques vous détournent de la contemplation de la vérité et de la pratique des bonnes œuvres , il ne se peut faire qu'une âme aussi belle et aussi pure que la vùlre ne tourne souvent ses pensées vers le ciel. Je me réjouis que vos desseins réussissent, et que vous ayez en abondance tout ce que le monde prend ordinairement pour des prospérités et pour des avantages , pourvu toutefois qu'ils ne changent rien dans votre conscience ni dans vos mœurs. Je vous avoue que j'appréhende un peu que la douceur trompeuse qui natt de la jouissance des biens de la terre ne se glisse insensiblement dans votre otBur. C'est pourquoi je vous avertis, autant que je le puis, de prendre garde à ne les pas regarder comme de véritables biens, mais de tenir pour certain qu'ils sont d'autant plus trompeurs qu'ils sont plus fragiles , et d'autant plus dangereux qu'ils sont plus agréables. Vous savez combien notre ennemi a d'adresse et de force, et nous ne réprouvons que trop en ce temps-ci. Il se sert des attraits des créatures comme d'autant de filets déliés et imperceptibles. Il fout donc marcher avec une singulière prudence pour éviter les pièges qui nous sont dressés de toutes parts. C'est pourquoi je vous exhorte à employer tout ce que vous avez de vertu pour mépriser, ou au moins pour ne point trop estimer la prospérité dont vous jouissez. Souvenez-vous de votre véritable père, de la ville dont vous êtes citoyen, de la société où vous avez été reçu. Vous entendez bien ce que je veux dire. Je n'ai pas dessein de vous accuser d'oi^ueil , dont il n'y a jamais eu le moindre sujet de vous soupçonner. Mon discours ne se rapporte qu'à l'âme, et non au corps, qui n'a été formé que pour elle. C'est comme un vase de terre où Tâme, qui est l'homme véritable, est renfermée. Ce vase n'a |)oint été fait par Prométhée, comme les poètes le disent, mais par le souverain créateur de I

l'univers , dont la providence ne peut être comprise par nos sens ni expliquée par nos paroles. Je ne laisserai pas de m'efforeer de dire quelque chose, autant que mon pen de suffisance le pourra permettre, et de la création de l'âme, et de la formation du corps. Et j'entreprends d'autant plus volontiers ce travail , que Gcéron, qui était un homme d'un excellent esprit, s'étant proposé le même sujet dans le quatrième livre de sa République, ne l'a traité que légèrement. Et de peur que nous ne doutassions de la raison qui l'avait porté à le traiter de la sorte, il déclare qu'il n'a manqué ni de désir de le traiter exactement, ni de diligence pour cet effet. Après en avoir parlé comme en passant dans les premiers livres des ijois, il renvoie â Scipion , qui en avait discouru plus au long. Il tâcha néanmoins depuis d'en parler un peu plus amplement dans le second livre de la Nature des Dieux; mais parce qu'en celui-là même il ne s'en est acquitté que très-impsrfoitement , je n'appréhenderai point de me charger d'un travail que le (dus grand orateur de Rome nous a laissé tout entier. Vous condamnerez peut-être la hardiesse que j'ai de proposer les pensées qui me sont venues sur cette matière si obscure et si difficile. Mais puisque ceux qui prennent la qualité de philosophes ont été assez téméraires pour vouloir pénétrer ce que Dieu a voulu qu'il y eût de plus caché dans la nature , et qu'ils ont osé discourir des cieux et des astres , qui sont si éloignés de nous et ne peuvent tomber sous nos sens, puisqu'ils prétendent même avoir des preuves solides et des démonstrations évidentes de ce qu'ils en disent, pourquoi m'aocnserait-on de prÂmmption d'avoir voulu examiner la manière dont notre corps est formé? 11 est certain qu'il n'est pas fort difficile d'en acquérir quelque connaissance, puisque la disposition des parties qui le composent et l'usage auquel elles sont propres nous découvrent l'intention que Dieu a eue en le formant.

II. Dieu , qui est potre créateur et notre père, nous a donné le sentiment et la raison , ce qui foit voir clairement que nous sommes son ouvrage, puisqu'il a le sentiment et qu'il est lui* même la raison et l'intelligence souveraine. Il n'a pas donné aux autres animaux le même avantage, mais il a pourtant pourvu à leur sûreté j car il les a couverts de peaux pour les

LACTAKCE.

iléFendrc «le la i-if;ueur tlii Froiil , de l'tria)niiiiiidité des pluies et des .lulres injures de l'uir. Il a donné à chaque eipèec les armes qui lui êlaient propres : aux unes la fiirce , pour attaquer et pour combattre ; aux autres la vitesse , pour fuir et pour éviter les périls; aux autres, l'industrie et l'adresse pour se faire des tanières et pour s'y retrancher. Les unes ont des ailes, à la faveur desquelles elles s'élèvent jusques au haut de l'air; les autres des i^riFfes pour p,rmpcr; les autres ont des cornes ou des dents pour se dépendre, el aucune ne manque de quelque moyen propre i se conserver. Que s'il y a quelque espèce qui serve d'ordinaire de proie à une plus forte, ou elle se retire en des contrites ofi elle est comme à couvert de cette violence , ou , si elle ne la peut éviter, elle est si ri^conde de son naturel qu'elle suffit et pour assouvir l'avidité des animaux de proie, et pour peupler encore suffisamment la terre de ce qu'elle dérobe à leur cruauté. Ci»nme Dieu a donné à l'homme la lumière de la raison, la vivacité des sens et l'usage de la parole, il ne faut pas s'étonner qu'il l'ait privé des avantages qu'il a accordés aux animaux, parce que, par le moyen de la raison , il lui est aisé de réparer celte perte. Il l'a laissé nu et sang armes, parce qu'il lui a donné un esprit capable d'inventer l'art de faire des armes et des vétemens. II n'eit pas aisé de bien exprimer combien ces avantages que les bètes ont sur l'homme contribuent à leur beauté réciproque. Si l'homme avait eu ou des dents , ou des cornes , ou des griffes , ou des on- );les, ou une queue, ou une peau de plusieurs couleurs , comme en ont les bétes , il aurait été extrêmement laid , au lieu que les bètes seraient laides si elles étaient dépouillées de toutes ces choses. Si on leur avait 6té ou la peau, qui est comme un vêtement dont la nature lésa parées, ou les dents et les ongles, qui sont comme des armes dont elles les a pourvues, il n'y aurait rien de si difforme ni de si faible. Ainsi, soit ()uc l'on considère, ou l'usage qu'ont ces parties, nu l'ornement qu'elles apportent, on avouera qu'un ne pouvait jamais rien désirer qui fût tout ensemble et si utile et si agréable. Quant k l'homme , comme Dieu l'a fait pour être éternel , il lui a donné des armes qui ne paraissent point au deliors, mais qui sont cachées au dedans, et qui dépendent non du corps, mais de l'esprit.

Après l'avoir si avant biens intérieurs, qui & plus solides et les pli inutile de lui en donn raient servi qu'à dimii naturelle de son coi accoutumé de trouver ciplesd'Ëpicure,qiii, de persuader que le va n'est point gouverné p mats qu'il a été formé de corps solides et in( de trouver à redire ai et à la structure de I silence ce quMs repre du monde par une eit m'arrêterai qu'à ce qn avec le sujet que j' mains.

III. Ces philosophe l'homme naît plus fail ne sont pas silAt sorti qu'ils commencent à s injures de l'air. L'hon nu et désarmé , comi la violence de la tem| vie. et exposé aux mil Il demeure étendu et où les flots l'ont poui porter l'activité des é nourriture. La natur égard une marAtre, a été libérale envers I vers lui si avare qa'dl extrême pauvreté et li sans appui et sans itt de jeter des cris et d sont comme un des li dont il sera accablé i Quelques-uns s'imagii parlent avec beaucon déclament de la sorte plusieurs, pour n'avt nient considéré les avi naissant , n'en ont pt prétends au contraire rien avancer avec si | j'examine avec soin toi naisqu'aucunen'adA,!

d'une autre manibv i

DE L'OUVRAGE DE DIEU

Je sais bien que la puissance de Dieu, souverainement sage et intelligente, n'a Fait en toutes choses que ce qui était le meilleur et le plus expédient. Je voudrais donc demander à ces censeurs téméraires des ouvrages de Dieu quel avantage ils croient qu'il manque à cet honune qui natt dans une faiblesse qu'ils déplorent avec des termes si tragiques. Cette foiblesse empèche-t-elle qu*il ne croisse et qu'il ne parvienne à un âge parfait ? Ce qui lui manque de force est compensé par la raison dont il est pourvu. Mais l*bomme , disent ces philosophes , ne peut être élevé qu'avec beaucoup de pemes. La condition des bètes est meilleure en ce point. Dès qu'elles ont iait leurs petits , elles n'ont plus aucun autre som que celui de les nourrir et de leur fournir le lait qu'ils recherchent et qu'ils prennent eux-mêmes sans aucun secours étranger. Les oiseaux n'ont-ils pas beaucoup de peine à élever leurs petits , et ne semblent-ils pas y apporter une prévoyance qui approche de celle des hommes ? Ils bâtissent des nids avec de la terre et des branches d'arbre. Ils demeurent sur leurs œufs plusieurs jours , pendant lesquels ils ne mangent presque point. Quand ils sont éclos, ils cherchent de quoi les nourrir, la nature ne leur ayant point fourni de lait pour cet effot , comme elle en a fourni aux animaux qui sont sur la terre. Après avoir volé de côté et d'autre tout le jour pour amasser de quoi nourrir leurs petits, ils demeurent auprès d'eux toute la nuit, les gardent et les échauffent. Que peuvent faire les hommes davantage , si ce n'est que , au lieu de chasser leurs enfans quand ils sont grands , ils demeurent unis à eux par le lien d'un amour indissoluble ? D'ailleurs les petits des oiseaux sont beaucoup plus faibles dans leurs commenccmens que ne le sont les enfans. Car, pour les mettre au monde , ils ne les font pas sortir de leur sein ; mais ils les échauffent , et en les échauffant les animent. Quand ils viennent d'éclore ils n'ont point de plumes, et sont si faibles qu'ils ne peuvent encore ni voler ni marcher. Ne serait-ce pas une impertinence de prétendre que la nature ait traité peu favorablement les oiseaux , sous prétexte qu'ils naissent en quelque sorte deux fois , et qu'après leur naissance ils ont besoin que leurs mères leur cherchent de quoi vivre? Ceux qui raisonnent de la sorte, et qui préfèrent la condition des bètes à celle

des hommes , proposent ce qu'elles ont de plus fort et cachent ce qu'elles ont de plus faible. Je leur demanderais volontiers , lequel ils prendraient, si Dieu leur en laissait le choix, ou la sagesse de l'homme avec sa faiblesse, ou la stupidité des bètes avec leur force. Ils n'ont paa assez peu d'esprit pour manquer de préférer la condition de l'homme , quand ella serait encore beaucoup plus faible Qu'elle ne Test , à celle des animaux , quand ils seraient encore beaucoup plus forts qu'ils ne le sont. Ces hommes fins et rusés voudraient sans doute avoir tout ensemble, et la raison de l'homme , et la force des animaux ; mais ce sont des biens tout à fait opposés et contraires , et que l'on ne peut réunir dans un même sujet. Il faut ou être éclairé et instruit par la raison , ou avoir la force et les autres avantages que la nature a donnés en partage aux animaux. Une créature qui est pourvue par la condition de sa naissance de tout ce qui peut la conserver et la défendre , n'a pas besoin de sa raison. Que pourrait-elle ou faire ou inventer pour employer sa raison , puisque la nature lui a fourni libéralement tout ce qui lui est néceasaire? Que si elle est pourvue de la raison , quel sujet aurait-elle de souhaiter ce qui peut défendre et fortifier le corps , puisque la raison supplée toute seule au défaut de toutes choses ? Elle est capable de parer et de munir de telle sorte le corps qu'il n'ait rien à désirer. Quelque petite que soit la stature de l'homme, quelque médiocres que soient ses forces , quelque peu assurée que soit sa santé , il surpasse en vigueur et en beauté tous les animaux, par le seul avantage de sa raison. Il nait d'une constitution tendre et délicate, et trouve moyen de se mettre en sûreté et de se garantir de la violence des bêtes les plus farouches. Ces bêtes, au contraire, qui ont de grandes forces pour résister aux injures des élémens, n'en ont point d'assez grandes pour éviter de tomber sous la puissance de l'homme. Ainsi la raison lui sert plus toute seuleque ne servent aux animaux tous les avantages que la nature leur a donnés en les formant. La masse de leur corps , la grandeur de leurs forces , n'empêchent point que nous ne les prenions et que nous ne les soumettions à notre puissance. Quelqu*un , voyant les bœufs attachés avec leurs vastes corps à notre service, peut-il se plaindre de ce que Dieu ne lui a

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