‹ Choix de moralistes françaisChapitre 104 sur 509 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Des estais et degrés des hommes en particulier, suyvanl ceste précédente table. — Du commander et obéir.

Advertissement. Icy est parlé en particulier des pièces de ceste table et distinction de puissances et subjections (commençant par les privées et domestiques), c'est-à-dire de chasque estât et profession des hommes, pour les cognoistre: c'est icy le livre de la cognoissance de l'homme ; car les debvoirs d'un chascun seront au troisiesme livre en la vertu de justice, où de mesme ordre tous ces estats et chapitres se reprendront. Or, avant y entrer, faut sommairement parler du commander et obéir, deux fondemens et causes principales de ces diversités d'estats et charges.

Ce sont, comme a esté dict, deux fondemens de toute société humaine, et de la diversité des estats et professions. Ces deux sont relatifs, se regardent, requièrent, engendrent et conservent mutuellement l'un l'autre, et sont pareillement requis en toute assemblée et communauté, mais qui sont obligés à une naturelle envie, contestations et mesdisance ou plaincte perpétuelle. La populaire rend le souverain de pire condition qu'un charretier ; la monarchique le met au-dessus de Dieu. Au commander est la dignité, la difficulté ( ces deux vont ordinairement ensemble), la bonté, la suffisance, toutes qualités de grandeur. Le commander, c'est à-dire la suffisance, le courage, Pauthorité est du ciel et de Dieu : imperium non nisi divino fato datur : omnis poteslas à Deo est , : dont dict Platon que Dieu n'establit point des hommes, c'est-à-dire de la commune sorte et suffisance, et purement humaine par dessus les autres ; mais ceux qui, d'une touche divine, et par quelque singulière vertu et don du ciel, surpassent les autres, dont ils sont appelles heroes. En l'obéir est l'utilité, l'aisance, la neces-

(i) L'empire n'est donné que par la rrovidence divine, toute puissance vient de Dieu.

sité,tellement que, pour la conservation du public, il est encores plus requis que le bien commander ; et est beaucoup plus dangereux le desny d'obéir ou le mal obéir que le mal commander. Tout ainsi qu'au mariage, bien que le mary et la femme soient également obligés à la loyauté et fidélité, et Payent tous deux promis par mesmes mots, mesmes cérémonies et solemnités, si est-ce que les inconveniens sortent sans comparaison plus grands de la faute et adultère de la femme que du mary ; aussi bien que le commander et obéir soient pareillement requis en tout estât et compagnie, si est-ce que les inconveniens sont bien plus dangereux de la désobéissance des subjects que de la faute des commandans. Plusieurs estats ont longuement roulé et assez heureusement duré soubsde très meschans princes et magistrats , les subjects s'y accommodans et obeissans -, dont un sage, interrogé pourquoy la republique de Sparte estoit si florissante, si c'estoit pource que les roys commandoient bien : Mais plustost, dict-il, pource que les citoyens obéissent bien1. Mais si les subjects refusent d'obéir et secouent le joug, il faut que Testât donne du nez à terre.

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