‹ Choix de moralistes françaisChapitre 22 sur 509 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Distinction première et generalle de l'homme,

L'homme, comme un animal prodigieux, est fait de pièces toutes contraires et ennemies. L'ame est comme un petit dieu, le corps comme une beste, un fumier. Toutesfois ces deux parties sont tellement accouplées, ont tel besoing l'une de l'autre pour faire leurs fonctions,

Allerius sic Altéra poscit opem rcs, et conjurât a.niice',

et. s'embrassent si bien Tune l'autre avec toutes leurs querelles, qu'elles ne peuvent demeurer sans guerre ny se séparer sans tourment et sans regret ; et comme tenant le loup par les oreilles, chascune peut dire à l'autre : Je ne puis avec toy ny sans toy vivre, nec tecum possum vivere nec sine te 2.

Mais pource que derechef en ceste ame il y

(I) Ainsi l'une requiert le secours (Je l'autre, et toutes Jeux concourent ensemble au ir.éine but. Uon. Art po(l. v. 410. $ MARTIAL, lib. XII, Lfiuv, -47,

a deux parties bien différentes* : la haute, pure, intellectuelle et divine, en laquelle la beste n'a aucune part \ et la basse, senshive et bestiale, qui tient du corps et de la matière, l'on peut, par une distinction plus morale et politique, remarquer trois parties et degrés en l'homme : l'esprit, l'ame, la chair, dont l'esprit et la chair tiennent les bouts et extrémités, comme le ciel et la terre 5 l'ame mitoyenne où se font les météores, le bruit et la tempeste. L'esprit la très haute et très héroïque partie, parcelle, scintille, image et de fluxion de la Divinité, est en l'homme comme un roy en la republique ; ne respire que le bien, et le ciel, où il tend tousjours : la chair, au contraire, comme la lie d'un peuple tumultuaire et insensé, le marc et la senline de l'homme, partie brutale, tend tousjours au mal et à la matière : l'ame au milieu, comme les principaux du populaire, est indifférente entre le bien et le mal, le mérite et le démérite ; est perpétuellement sollicitée de l'esprit et de la chair, et selon le party où elle se range, est spirituelle et bonne, ou charnelle et mauvaise. lcy sont logées toutes les affections naturelles qui ne sont vertueuses ny vicieuses , comme l'amour de ses parens et amis, crainte de honte, pitié des affligés, désir de bonne réputation.

Ceste distinction aidera beaucoup à cognoistre l'homme, et discerner ses actions pour ne s'y mescompter, comme l'on fait jugeant par l'escorce et apparence, pensant que ce soit de l'esprit ce qui est de l'ame, voire de la chair, et attribuant à la vertu ce qui est de la nature ou du vice. Combien de bonnes et de belles actions produites par passion ou bien par une inclination et complaisance naturelle : ut serm viant genio, et suo indulgeant animoi ?

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