LIVRE 111, CHÀP. XVI
imposent fardeaux insupportables, et qu'ils gouvernent mal.
Latroisiesme concerne toutl'Estat, quand il le veut changer, ruyncr, le voulant rendre d'électif héréditaire, ou bien d'aristocratique ou de démocratique le faire monarchique ou autrement. En ce cas il luy faut résister et l'empescher par voye de justice ou autrement -, car il n'est pas maistre de l'Estat, mais seulement gardien et dépositaire. Mais cest affaire n'appartient pas à tous, ains aux tuteurs de l'Estat, ou qui y ont interest, comme aux électeurs es Estats électifs, aux princes parens es Estats héréditaires, aux Estats généraux es Estats qui ont loix fondamentales; et c'est le seul cas auquel il est loysible de résister au tyran. Et tout cecy est dictdes subjects, auxquels n'est jamais permis d'attenter contre le prince souverain pour quelque cause que ce soit, et est coupable de mort celuy qui attente, qui donne conseil, qui le veut et le pense seulement, disent les loix : bien est - il permis à l'estranger, voire c'est chose très belle et magnifique à un prince de prendre les armes pour venger tout un peuple injustement opprimé, et le deslivrer de la tyrannie, comme fit Hercules, et depuis Dion1, Timoléon2 et Tamerlan prince desTartares, qui desfit Bajazet Turc assiégeant Constantinople.
Ce sont les debvoirsdes subjects envers leurs souverains vivans; mais c'est acte de justice après leur mort d'examiner leur vie. C'est une usance justs, très utile, qui apporte de grandes commodités aux nations où elle s'observe, et qui est désirable à tous bons princes qui ont à se plaindre de ce qu'on traicte la mémoire des meschans comme la leur. Les souverains sont compagnons, sinon maistres des loix ; ce que la justice n'a pu sur leurs testes, c'est raison qu'elle l'ait sur leur réputation et sur les biens de leurs successeurs. Nous debvôns la subjection et obeyssance également à tous rois, car elle regarde leur office ; mais l'estimation et affection, nous ne la debvons qu'à leur vertu. Souffrons-les patiemment tels et indignes qu'ils sont, selon leurs vices 5 car leur authorité et l'ordre politique où nous vivons a besoing de nostre commun appuy; mais après qu'ils s'en
(1) II deuvra la Sicile de la tyrannie deDenys.
(2) II tua sou frère Timophane <jui s'eiait assuj'elli Corint
sont allés, ce n'est pas raison de refuser à la justice et à nostre liberté l'expression de nos vrais ressentimens; voire c'est un très bon et utile exemple que nous donnons à la postérité, d'obeyr fidèlement à un maistre duquel les imperfections sont bien cognues. Ceux qui, pour quelque obligation privée, espousent la mémoire d'un prince meschant, font justice particulière aux despens de la publique. 0 la belle leçon pour le successeur, si cecy estoit bien observé !