LIVRE III, CHAI». XVII
ejus dignitatem et déçus sustincre*, avec authorité et une douce sévérité.
6° Puis, comme bon et loyal truchement et officier du prince, faire garder exactement sa volonté, c'est-à-dire la loy de laquelle il est exacteur, et est sa charge de la faire observer à tous, dont il est appelle la loy vive, la loy parlante.
7° Combien que le magistrat doive prudemment attremper la douceur avec la rigueur, si vaut-il mieux uo magistrat severe et rigoureux qu'un doux, facile et pitoyable ; et Dieu deffend d'avoir pitié en jugement. Le severe retient les subjects en l'obeyssance des loix; le doux et piteux fait mespriser les loix et les magistrats, et le prince qui a faict tous deux. Bref, pour bien s'acquitter de ceste charge, il faut deux choses, preud'hommie et courage. Le premier a besoing du second. Le premier gardera le magistrat net d'avarice, d'acception des personnes, des presens, qui est la peste et le bannissement de la vérité : Acceptatio munerum prœvaricatio est veritatis-; de corruption delà justice, que Platon appelle vierge sacrée, aussi des passions de hayne, d'amour et autres, toutes ennemyes de droicture et équité. Mais pour tenir bon contre les menaces des grands, les prières importunes des amys, les cris et pleurs des misérables, qui sont toutes choses violentes, toutesfois avec quelque couleur de raison et justice, et qui emportent souvent les plus asseurés, il faut du courage. C'est une principale qualité et vertu du magistrat que la constance ferme et inflexible, affindene craindre les grands et puissants, et ne s'amollir à la misère d'autruy, et encores que cela aye quelque espèce de bonté ; mais il est deflendu d'avoir pitié du povre en jugement.