CHAPITRE XXIV
Du bannissement et exil.
Exil est un changement de lieu qui n'apporte aucun mal , sinon par opinion , et est une plaincte et une affliction purement imaginaire ; car selon raison il n'y a aucun mal. Par-tout tout est de mesme, ce qui est comprins en deux mots, nature et vertu : Duo quœ pulcherrima sunl, quoeumque nos moverimus, sequentur, natura communis et propria virtus*.
Par-tout se trouve la mesme nature commune, mesme ciel, mesmes elemens. Par- tout le ciel et les estoilles nous paroissent en mesme grandeur, estendue, et c'est cela qui est principalement à considérer et non ce qui est dessoubs et foulons aux pieds. Aussi ne pouvonsnous voir de terre que dix ou douze lieues d'une vue : Angustus animus quem lerrena
(t) Si nous considérons que le monde lui-même est bien plus une prison que les lieux auxquels on donne ce nom, nous reconnaîtrons que, loin que nous entrions dans les prisons, lorsqu'on nous y renferme, c'est plutôt d'une prison que nous sortons. Car, dans le monde, nous trouvons des ténèbres bien plus profondes qui offusquent le cœur des hommes; le monde nous charge de chaines bien plus pesantes qui compriment les âmes elles-mêmes; il s'exhale des passions des hommes des vapeurs plus délétères; enfin la race humaine y offre un bien plus grand nombre de coupables. Tert. aux Martyrs.
(2) Dans une prison l'esprit gagne plus de vigueur que le corps n'en perd. Tert. aux Martyrs.
(5) En quelque lieu que nous nous transportions, deux choses, et deux très belles choses, nous suivront toujours: la nature et noire vertu. Sen. Consulat, aa' llelv. c. 8.