‹ Choix de moralistes françaisChapitre 251 sur 509 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Contre la compassion et miséricorde.

Il y a double miséricorde; l'une forte, bonne et vertueuse, qui est en Dieu et aux saincts, qui est par volonté et par effect, secourir aux affligés sans s'affliger soy-mesme, sans rien ravaller de la justice et dignité ; l'autre est une sotte et féminine pitié passionnée ; qui vient de mollesse et foiblesse d'ame, de laquelle a esté parlé aux passions cy-dessus. Contre icelle la sagesse apprend de secourir l'affligé, mais non pas de fléchir et compatir avec luy. Ainsi est dict Dieu miséricordieux. Comme le médecin à son patient, l'advocat à sa partie apportent toute diligence et industrie, mais ne se donnent au cueur de leurs maux et affaires ; ainsi le sage faict sans accepter la douleur et noircir son esprit de sa fumée. Dieu commande d'avoir soing et ayder aux povres, prendre leur cause en main ; ailleurs il deffend d'avoir pitié du povre en jugement.

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