‹ Choix de moralistes françaisChapitre 254 sur 509 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Contre la hayne.

Pour se deffendre contre la hayne, il faut tenir une reigle qui est vraye, que toutes choses ont deux anses par lesquelles l'on les peut prendre. Par l'une elles nous semblent griefves et poisantes, par l'autre aysées et légères. Prenons donc les choses par la bonne anse, et nous trouverons ce qu'il y a de bon et à aymer en tout ce que nous accusons et hayssons ; car il n'y a rien au monde qui ne soit pour le bien de l'homme. Et en celuy qui nous offense nous avons plus subject de le plaindre que de le hayr, car il est le premier offensé et en reçoit

(1) Tous Igs vices, lorsqu'ils se montrent à découvert', offrent moins de dangers; mais ils sont bien plus dangereux, lorsqu'ils existent cachés au fond d'une âme qui- n'en parait pas aucune, ses. Ep. lvi.

le plus grand dommage, pource qu'il perd en cela l'usage de la raison, la plus grande perte qui puisse estre. Tournons donc en tel accident la hayne en pitié et mettons peine de rendre dignes d'estre aymés ceux que nous voudrons hayr, ainsi que fit Lycurgue à celuy qui luy avoit crevé l'œil, lequel il rendit pour peine de l'injure un honneste, vertueux et modeste citoyen par sa bonne instruction1.

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