CHAPITRE XXXIX
Du manger et boire, abstinence et sobriété.
Les viandes sont pour la nourriture, pour soustenir et reparer l'infirmité du corps; l'usage modéré, naturel et plaisant l'entretient, le rend propre et habile instrument à l'esprit ; comme l'excès au contraire non naturel l'affoiblit, apporte de grandes et fascheuses maladies, qui sont les supplices naturels de l'intempérance : Simplex ex simplici causa valetudo ; multos morbos, supplicia luxuriœ, multa fercula fecerunt *. L'homme se plainct de son cerveau de ce qu'il luy envoyé tant de defluxions, fondique fi de toutes les maladies plus dangereuses : mais le cerveau lui respond bien : Desine fun~ dere, et ego desinam fîuere : sois sobre à avaller, et je serai chiche à couler. Mais quoy ! l'excès et apparat, la multitude, diversité et exquis appareil des viandes est venu à honneur ; nos gens, après une grande somptuosité et superfluité, prient encores de les excuser de n'avoir pas assez faict.
Combien est préjudiciable et à l'esprit et au corps la repletion des viandes, la diversité, curiosité, l'exquis et artificiel appareil, chascun le peut sentir en soy-mesme : la gourmandise et l'y vrongnerie sont vices lasches et grossiers ; ils se descrient assez eux-mesmes par les gestes et contenances de ceux qui en sont atteints :
(1) La volupté qui n'est retenue par aucun frein devient rapidement une douleur et produit aiubî des effets contraires à son but. Sén. Ép. XXIII.
i-2) Le domaine de la joie a le deuil pour limites. Proverbe, C. 14, v. 15.
(3) La volupté est la pourvoyeuse des maux. Plai'te , in Mercaiore, act. V, se. III, v. 2.
(4) Une nourriture très simple conserve et ranime Jasante. La multiplicité des mets produit une multiplicité de maladies, supplices de l'intempérance. Ses. Ep. XCV.
(5) [>e l'italien flmdico ot fimdacô, magasin,