CHAPITRE XLI
Plaisir charnel, chasteté, continence .
La continence est une chose très difficile et de très pénible garde2; il est bien malaysé de résister du tout à nature 5 or, c'est icy qu'elle est plus forte et ardente.
* Aussi est-ce la plus grande recommandation qu'elle aye que la difficulté, car au reste elle est sans action et sans fruict, c'est une privation, un non faire, peine sans proffit ; la stérilité est signifiée par la virginité. Je parle icy de la continence simple et seule en soy, qui est chose du tout stérile et inutile et à grande peine louable, non plus que le non gourmander, yvrongner, et non de la chrestienne qui a, pour estre vertu, deux choses, propos délibéré de tousjours la garder, et que ce soit pour Dieu : Non hoc in virginibus prœdicamus, quod sint virgines, sed guod Deo dicatœ 3, tesmoin les vestales et les cinq folles rebutées : parquoy c'est un erreur et vanité populaire d'appeler les filles et femmes continentes, femmes de bien et d'honneur, comme si c'estoit vertu, et qu'il fust deu honneur à ne faire mal et contre son debvoir. Pourquoy n'appelle-t-on de mesme les hommes continens hommes de bien et d'honneur ? Il y auroit encore plus de
(1) Ni d'une saleté affectée, ni d'une exquise propreté.
(2) C. 22 du liv. I.
* Variante. Aussi est-ce la plus grande recommandation qu'elle aye que la difficulté, car au reste c'est une vertu sans action et sans fruict, c'est une privation, un non faire, peine sans proffit; la stérilité est signifiée par la virginité, comme aussi l'incontinence simple et seule en soy.
(5) Quand nous honorons les vierges par des éloges, ce n'est pas de ce qu'elles sont vierges que nous les louons, mais de ce qu'elles ont consacré à Dieu leur virginité. S. August. De sancta Vlrtjinitatc, c. H , inilio.