‹ Choix de moralistes françaisChapitre 29 sur 509 · LIVRE I, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VI

ne faut alléguer que c'est pour cacher les parties honteuses, et contre le froid ( ce sont les deux raisons prétendues-, contre le chaud, il n'y a point d'apparence), car nature ne nous a point apprins y avoir des parties honteuses, c'est nous-mesmes qui par nostre faute nous nous le disons. Quis indicavit libi quod nudus esses, nisi quod ex ligno quod prœceperam libi ne comederes comedisli1 ? et nature les a desja assez cachées, mises loin des yeux et à couvert ; et au pis aller ne faudroit couvrir que ces parties là seulement, comme font aucuns en ces pays où ils vont tous nuds, où d'ordinaire ils nelescouvrent pas. Et qu'est cela que l'homme n'osant se montrer nud au monde, Iuy qui fait le maistre, se cache soubs la despouille d'autruy, voire s'en pare? Quant au froid et autres nécessités particulières et locales, nous sçavons que sous mesme air, mesme ciel, on va nud et habillé, et nous avons bien la plus délicate partie de nous toute descouverte ; dont un gueux interrogé comme il pouvoit aller ainsi nud en hy ver, respondit que nous portons bien la face nue, que luy estoit toute face; et plusieurs grands alloient tousjours teste nue, Massinissa, César, Annibal, Severus; et y a plusieurs nations qui vont à la guerre et combattent tous nuds. Le conseil de Platon pour la santé est de ne couvrir la teste ny les pieds. Et Yarron dict que quand il fut ordonné de descouvrir la teste en la présence des dieux et du magistrat, ce fut plus pour la santé et s'endurcir aux injures du temps que pour la révérence. Au reste l'invention des couverts et maisons contre les injures du ciel et des hommes est bien plus ancienne, plus naturelle et universelle que des vestemens et commune avec plusieurs bestes; mais la recherche des alimens marche bien encores devant. De l'usage des vestemens comme des alimens, cy-après2.

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