‹ Choix de moralistes françaisChapitre 291 sur 509 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

Raisons de quelques opinions du peuple.

J'écrirai ici mes pensées sans ordre , et non pas peut-être dans une confusion sans dessein ; c'est le véritable ordre, et qui marquera toujours mon objet par le désordre même.

Nous allons voir que toutes les opinions du peuple sont très saines ; que le peuple n'est pas si vain qu'on le dit ; et ainsi l'opinion qui détruisoit celle du peuple sera elle-même détruite.

Il est vrai, en un sens, de dire que tout le monde est dans l'illusion ; car encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête, parce qu'il croit que la vérité est où elle n'est pas. La vérité est bien dans leurs opinions, mais non pas au point où ils se le figurent.

Le peuple honore les personnes de grande naissance; les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent , non par la pensée du peuple , mais par une pensée plus relevée. Certains zélés, qui n'ont pas grande connoissance , les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles , parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi vont les opinions.se succédant du pour au contre selon qu'on a de lumière.

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