‹ Choix de moralistes françaisChapitre 298 sur 509 · LXI1I · texte numérisé non relu

LXI1I

Chaque chose est vraie en partie et fausse en partie. La vérité essentielle n'est pas ainsi : elle est toute pure et toute vraie. Ce mélange la déshonore et l'anéantit. Rien n'est vrai, en l'entendant du pur vrai. On dira que l'homicide est mauvais: oui; car nous connoissons bien le mal et le faux. Mais que dira-t-on qui soit bon? la chasteté? je dis que non: car le monde finiroit. Le mariage? non : la continence vaut mieux. De ne point tuer? non; car les désordres seroient horribles et les méchants tueroient tous les bons. De tuer? non; car cela détruit la nature. Nous n'avons ni vrai ni bien qu'en partie, et mêlé de mal et de faux.

Le mal est aisé, il y en a une infinité; le bien presque unique. Mais un certain genre de mal est aussi difficile a trouver que ce qu'on appelle bien; et souvent on fait passer à cette marque le mal particulier pour bien... Il faut même une grandeur d'âme extraordinaire pour y arriver comme au bien.

Les cordes qui attachent les respects des uns envers les autres sont, en général, des cordes de nécessité ; car il faut qu'il y ait différents degrés ; tous les hommes voulant dominer, et tous ne le pouvant pas, mais quelques-uns le pouvant. Mais les cordes qui attachent le respect à tel et tel en particulier sont des cordes d'imagination.

ISous sommes si malheureux que nous nu

pouvons prendre plaisir à une chose qu'à condition de nous fâcher si elle nous réussit mal, ce que mille choses peuvent faire et font c toute heure. Qui auroit trouvé le secret de sf réjouir du bien sans être touché du mal contraire auroit trouvé le point.

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