CCXLVIII
La magnanimité méprise tout pour avoir tout.
Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix, dans les yeux et dans l'air de la personne, que dans? le choix des paroles5.
La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à ne dire que ce qu'il faut.
Il y a des personnes à qui les défauts siéent hien, et d'autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités.
Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations.
L'intérêt met en œuvre toutes sortes de vertus et de vices4.
(1) Var. La générosité est un industrieux emploi du désintéressement, pour aller plus tôt à un plus grand intérêt (1605 — n. 268).
(2) Var. La fidélité est une invention rare de l'amour-propre par laquelle l'homme, s'érigeant en dépositaire des choses précieuses, se rend lui-même infiniment précieux; de tous les trafics de l'amour-propre, c'est celui où il fait le moins d'avances et de plus grands profits; c'est un raffinement de sa politique avec lequel il engage les hommes par leurs biens, par leur honneur, par leur liberté et par leur vie, qu'ils sont forcés de confier en quelques occasions, à élever l'homme fidèle au-dessus de tout le monde (1065 — ri. 209).
(5) Var. Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles (1005— n. 272). — Il y a une éloquence dans les yeux et dans l'air de la personne, qui ne persuadé pas moins que celle de la parole (1(1. — n. 27-î).
(i) Var. L'intérêt donne toutes sortes de vertus et de vice» (,1005 — II. 207).
SENTENCES ET MAXIMES
L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres. C'est un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'élever; et bien qu'il se transforme en mille manières, il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité1.
Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines qui leur sont propres; et ce rapport, bon ou mauvais, agréable ou désagréable, est ce qui fait que les personnes plaisent ou déplaisent-.
Dans toutes les professions, chacun affecte une mine et un extérieur pour paroître ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on peut dire que le monde n'est composé que de mines3.
La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les défauts de l'esprit.
Le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit.
(1) Var. L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde ; c'est un mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'élever sur eux ; c'est un déguisement et son premier stratagème ; mais quoique ses changements soient presque infinis, et qu'il soit admirable sous toutes sortes de figures, il faut avouer néanmoins qu'il n'est jamais si rare ni si extraordinaire que lorsqu'il se cache sous la4brme et sous l'habit de l'humilité: car alors on le voit les yeux baissés, dans une contenance modeste et reposée; toutes ses paroles sont douces et respectueuses, pleines d'estime pour les autres et de dédain pour lui-même. Si on l'en veut croire, il est indigne de tous les honneurs, il n'est capable d'aucun emploi, il ne reçoit les charges où on l'élève que comme un effet de la bonté des hommes et de la faveur aveugle de la fortune. C'est l'orgueil qui joue lous les personnages que l'on prend pour l'humilité (1605 — n. 277).
(•2) Var. Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, un geste-et des mines qui leur sont propres ; ce rapport, bon ou mauvais, fait les bons ou les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent (1GG5 — n. 278).
(5) Var. Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun se fait une mine et un extérieur qu'il mot en la place de la chose dont il veut avoir le mérite; de sorte que tout le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que bous travaillons à y trouver rien de réel fiG«kri — n. 279).
Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne.
La civilité est un désir d'en recevoir et d'être estimé poli.
L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire.
Il n'y a point de passion où l'amour de soimême règne si puissamment que cjans l'amour ; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre le sien.
Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons1.