PRONONCÉ DANS L'ACADÉMIE FRANÇOISE, LE LUNDI QUINZIÈME JUIN
PRÉFACE
Ceux qui, interroges sur le discours que je fis a l'Académie Françoise le jour que j'eus l'honneur d'y être reçu, ont dit sèchement que j'avois fait des Caractères, croyant le blâmer, en ont donné l'idée la plus avantageuse que je pouvois moi-même désirer; coy le public ayant approuvé ce genre d'écrire où je me suis appliqué depuis quelques années, c'étoit le prévenir en ma faveurque de faireune telle réponse. II ne restoit plus que de. savoir si je n'aurois pas dû renoncer aux Caractères dans le discours dont il s'agissoit ; et cette question s'évanouit dès qu'on sait que l'usage a prévalu qu'un nouvel académicien compose celui qu'il doit prononcer le jour de sa réception , de l'éloge du roi , de ceux du cardinal de Richelieu, du chancelier Séguier, de la personne à qui il succède , et de l'Académie Françoise. De ces cinq éloges, il y en a quatre de personnels: or je demande à mes censeurs qu'ils me posent si bien la différence qu'il y a des éloges personnels aux Caractères qui louent, que je la puisse sentir et avouer ma faute. Si, chargé de faire quelque autre harangue , je retombe encore dans des pein-
tures , c'est alors qu'on pourra écouter leur critique et peut être, me condamner ; je dis peut-être, puisque les Caractères, ou du moins les images des choses et des personnes, sont inévitables dans l'oraison , que tout écrivain est peintre, et tout excellent écrivain excellent peintre.
J'avoue que j'ai ajouté à ces tableaux, qui étoient décommande, les louanges de chacun des hommes illustres qui composent l'Académie Françoise \ et ils ont dû me le pardonner, s'ils ont fait attention qu'autant pour ménager leur pudeur que pour éviter les Caractères, je me suis abstenu de toucher à leurs personnes , pour ne parler que de leurs ouvrages , dont j'ai fait des éloges critiques plus ou moins étendus, selon que les sujets qu'ils y ont Iraités pouvoient l'exiger. J'ai loué des académiciens encore vivants , disent quelques-uns. 11 est vrai , mais je le ai loués tous : qui d'entre eux auroit une raison de se plaindre? C'est une conduite toute nouvelle , ajoutent-ils , et qui n'avoit point encore eu d'exemple. Je veux en convenir, et que j'ai pris soin de m'écarter des lieux communs et des phrases proverbiales usées depuis si longtemps , pour avoir servi à un nombre infini de pareils discours depuis