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SUR QUELQUES OUVRAGES DE VOLTAIRE

Après avoir parlé de Rousseau et des plus

(1) Boileau a cependant dit lui-même, dans la préface de la dernière édition de ses OEuvres, que, dans le temps où il écrivit contre Quinault, tous deux étaient fort jeunes, et Quinault n'avait pas fait alors beaucoup d'ouvrages qui lui ont acquis dans la suite une juste réputation. Ce sont les expressions dont il se sert. F.

'•2) Cet article a été imprimé pour la première fois dansl'é-

REFLEXIONS CRITIQUES

grands poètes du siècle passé, je crois que ce peut être ici la place de dire quelque chose des ouvrages d'un homme qui honore notre siècle, et qui n'est ni moins grand ni moins célèbre que tous ceux qui l'ont précédé, quoique sa gloire, plusprès de nos yeux, soit plus exposée à l'envie.

Il ne m'appartient pas de faire une critique raisonnée de tous ses écrits, qui passent de bien loin mes connoissances et la foible étendue de mes lumières ; ce soin me convient d'autant moins qu'une infinité d'hommes plus instruits que moi ont déjà fixé les idées qu'on doit en avoir. Ainsi je ne parlerai pas de la Henriade, qui, malgré les défauts qu'on lui impute et ceux qui y sont en effet, passe néanmoins, sans contestation, pour le plus grand ouvrage de ce siècle, et le seul poème en ce genre de notre nation.

Je dirai peu de chose encore de ses tragédies : comme il n'y en a aucune qu'on ne joue au moins une fois chaque année, tous ceux qui ont quelque étincelle de bon goût peuvent y remarquer d'eux-mêmes le caractère original de l'auteur, les grandes pensées qui y régnent, les morceaux éclatants de poésie qui les embellissent, la manière forte dont les passions y sont ordinairement traitées, et les traits hardis et sublimes dont elles sont pleines.

Je ne m'arrêterai donc pas à faire remarquer dans Mahomet cette expression grande et tragique du genre terrible, qu'on croyoit épuisée par l'auteur d'Electre1, Je ne parlerai pas de la tendresse répandue dans Zaïre, ni du caractère théâtral des passions violentes d'Hérode2, ni de la singulière et noble nouveauté d'Alzire, ni des éloquentes harangues qu'on voit dans la Mort de César, ni enfin de tant d'autres pièces, toutes différentes, qui font admirer le génie et la fécondité de leur auteur.

Mais parce que la tragédie de Mérope me paroît encore mieux écrite, plus touchante et plus naturelle que les autres, je n'hésiterai pas à lui donner la préférence. J'admire les grands caractères qui y sont décrits, le vrai qui règne dans les sentiments et les expressions, la simplicité sublime et tout-à-fait nouvelle sur notre

dition de 1800. Il est tiré des manuscrits de l'auteur, mort plus de trente ans avant Voltaire. F.

(1) Il faut bien se garder de confondre cette tragédie avec YÊlectre de Crébillon; il s'agit de Y Electre de Voltaire, imprimée sous le nom d'Oresle. B.

(2) Dans la tragédie de Mariamne B.

Moral.

théâtre du rôle d'Égisthe; la tendresse impétueuse de Mérope ; ses discours coupés, véhéments, et tantôt remplis de violence, tantôt de hauteur. Je ne suis pas assez tranquille à une pièce qui produit de si grands mouvements pour examiner si les règles et les vraisemblances sévères n'y sont pas blessées. La pièce me serre le cœur dès le commencement, et me mène jusqu'à la catastrophe sans me laisser la liberté de respirer.

S'il y a donc quelqu'un qui prétende que la conduite de l'ouvrage est peu régulière, et qui pense qu'en général M. de Voltaire n'est pas heureux dans la fiction ou dans le tissu de ses pièces, sans entrer dans cette question, trop longue à discuter, je me contenterai de lui répondre : que ce même défaut dont on accuse M. de Voltaire a été reproché très justement à plusieurs pièces excellentes, sans leur faire tort. Les dénouements de Molière sont peu estimés, et le Misanthrope, qui est le chef-d'œuvre de la comédie, est une comédie sans action. Mais c'est le privilège des hommes comme Molière et M. de Voltaire d'être admirables malgré leurs défauts, et souvent dans leurs défauts mêmes.

La manière dont quelques personnes, d'ailleurs éclairées, parlent aujourd'hui delà poésie, me surprend beaucoup. Ce n'est pas, disent-ils, la beauté des vers et des images qui caractérise le poète, ce sont les pensées mâles et hardies ; ce n'est pas l'expression du sentiment et de l'harmonie, c'est l'invention. Par là on prouveroit que Bossuet et Newton ont été les plus grands poètes de leur siècle ; car assurément l'invention, la hardiesse et des pensées mâles ne leur manquoient point.

Reprenons Mérope. Ce que j'admire encore dans cette tragédie, c'est que les personnages y disent toujours ce qu'ils doivent dire et sont grands sans affectation. Il faut lire la seconde scène du second acte pour comprendre ce que je dis. Qu'on me permette d'en citer la fin. quoiqu'on pût trouver dans la même pièce de plus beaux endroits.

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