‹ Choix de moralistes françaisChapitre 453 sur 509 · CCXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXVIII

Qu'on tempère comme on voudra la souveraineté dans un État, nulle loi n'est capable d'empêcher un tyran d'abuser de l'autorité de son emploi.

On est forcé de respecter les dons de la nature, que l'étude ni la fortune ne peuvent donner.

La plupart des hommes sont si resserrés dans la sphère de leur condition qu'ils n'ont pas même le courage d'en sortir par leurs idées; et ai on en voit quelques-uns que la spéculation des grandes choses rend en quelque sorte incapables des petites, on en trouve encore davantage à qui la pratique des petites a ôté jusqu'au sentiment des grandes.

Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause des succès extraordinaires.

Les sujets font leur cour avec bien plus de goût que les princes ne la reçoivent. Il est toujours plus sensible d'acquérir que de jouir.

CCXXXIII. Nous croyons négliger la gloire par pure pa-

resse, tandis que nous prenons des peines infinies pour le plus petit intérêt.

Nous aimons quelquefois jusqu'aux louanges que nous ne croyons pas sincères1.

Il faut de grandes ressources dans l'esprit et dans le cœur pour goûter la sincérité lorsqu'elle blesse ou pour la pratiquer sans qu'elle offense. Peu de gens ont assez de fonds pour souffrir la vérité et pour la dire.

Il y a des hommes qui , sans y penser, se forment une idée de leur figure, qu'ils empruntent du sentiment qui les domine ; et c'est peut-être par cette raison qu'un fat se croit toujours beau2.

CCXXXVII

Ceux qui n'ont que de l'esprit ont du goût pour les grandes choses, et de la passion pour les petites.

CCXXXVIII

La plupart des hommes vieillissent dans un petit cercle d'idées qu'ils n'ont pas tirées de leur fonds ; il y a peut-être moins d'esprits faux que de stériles.

Tout ce qui distingue les hommes paroît peu de chose. Qu'est-ce qui fait la beauté ou la laideur, la santé ou l'infirmité, l'esprit ou la stupidité? une légère différence des organes, un peu plus ou un peu moins de bile, etc. Cependant ce plus ou ce moins est d'une importance infinie pour les hommes ; et lorsqu'ils en jugent autrement, ils sont dans l'erreur3.

Deux choses peuvent à peine remplacer, dans

(1) Var. Les hommes sont si sensibles à la flatterie, que. lors même qu'ils pensent que c'est flatterie, ils ne laissent pas d'en être les dupes.

(2) Var. Nous nous formons, sans y penser, une idée de notre ligure sur l'idée que nous avons de notre esprit ou sur le sentiment qui nous domine; et c'est pour cela qu'un fat se croit toujours si bien fait.

(a) Var. Le plue bu le moins d'esprit est peu de chose ; mais ce peu, quelle différence ne met-il pas entre les hommes.' Qu'est-ce qui fait la beauté ou la laideur, la santé ou l'inlirmité? n'est-ce pas ou un peu plus ou un peu inoins de bile, et quelque différence imperceptible des organes?

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

la vieillesse, les talents et les agréments : la réputation ou les richesses.

Nous n'aimons pas les zélés qui font profession de mépriser tout ce dont nous nous piquons, pendant qu'ils se piquent eux-mêmes de choses encore plus méprisables1.

Quelque vanité qu'on nous reproche, nous avons besoin quelquefois qu'on nous assure de

notre mérite.

Nous nous consolons rarement des grandes humiliations ; nous les oublions.

Moins on est puissant dans le monde, plus on peut commettre de fautes impunément ou avoir inutilement un vrai mérite.

Lorsque la fortune veut humilier les sages, elle les surprend dans ces petites occasions où l'on est ordinairement sans précaution et sans défense. Le plus habile homme du monde ne peut empêcher que de légères fautes n'entraînent quelquefois d'horribles malheurs-, et il perd sa réputation ou sa fortune par une petite imprudence, comme un autre se casse la jambe en se promenant dans sa chambre.

Soit vivacité, soit hauteur, soit avarice, il n'y a point d'homme qui ne porte dans son caractère une occasion continuelle de faire des fautes; et si elles sont sans conséquence, c'est à la fortune qu'il le doit.

Nous sommes consternés de nos rechutes, et de voir que nos malheurs mêmes n'ont pu nous corriger de nos défauts.

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