CCLXXXVI
Je n'admire point un sophiste qui réclame contre la gloire et contre l'esprit des grands hommes. En ouvrant mes yeux sur le foible des plus beaux génies, il m'apprend à l'apprécier lui-même ce qu'il peut valoir. Il est le premier que je raye du tableau des hommes illustres.
CCLXXXVII
Nous avons grand tort de penser que quelque défaut que ce soit puisse exclure toute vertu, ou de regarder l'alliance du bien et du mal comme un monstre ou comme une énigme. C'est faute de pénétration que nous concilions si peu de choses.
CCLXXXYIII.
Les faux philosophes s'efforcent d'attirer l'attention des hommes en faisant remarquer dans notre esprit des contrariétés et des difficultés qu'ils forment eux-mêmes; comme d'autres amusent les enfants par des tours de cartes qui confondent leur jugement , quoique naturels et sans magie. Ceux qui nouent ainsi les choses, pour avoir le mérite de les dénouer, sont des charlatans de morale.
CCLXXXiX.
Il n'y a point de contradictions dans la nature.
Est-il contre la raison ou la justice de s'aimer soi-même? Et pourquoi voulons-nous que l'amour-propre soit toujours un vice?
Moral.
S'il y a un amour de nous-mêmes naturellement officieux et compatissant, et un autre amour-propre sans humanité, sans équité, sans bornes, sans raison, faut-il les confondre?
Quand il seroit vrai que les hommes ne seroient vertueux que par raison, que s'ensuivroit-il? Pourquoi, si on nous loue avec justice de nos sentiments, ne nous loueroit-on pas encore de notre raison? Est-elle moins nôtre que la volonté?
On suppose que ceux qui servent la vertu par réflexion la trahiroient pour le vice utile. Oui, si le vice pouvoitêtre tel aux yeux d'un esprit raisonnable.
Il y a des semences de bonté et de justice dans le cœur de l'homme, si l'intérêt propre y domine. J'ose dire que cela est non-seulement selon la nature, mais aussi selon la justice, pourvu que personne ne souffre de cet amour-propre ou que la société y perde moins qu'elle n'y gagne.
Celui qui recherche la gloire par la vertu ne demande que ce qu'il mérite.
J'ai toujours trouvé ridicule que les philosophes aient fait une vertu incompatible avec la nature de l'homme , et qu'après l'avoir ainsi feinte, ils aient prononcé froidement qu'il n'y avoit aucune vertu. Qu'ils parlent du fantôme de leur imagination ; ils peuvent à leur gré l'abandonner ou le détruire, puisqu'ils l'ont créé; mais la véritable vertu, celle qu'ils ne veulent pas nommer de ce nom, parce qu'elle n'est pas conforme à leurs définitions, celle qui est l'ouvrage de la nature, non le leur, et qui consiste principalement dans la bonté et la vigueur de l'âme, celle-ci n'est point dépendante de leur fantaisie et subsistera à jamais avec des caractères ineffaçables.
Le corps a ses grâces, l'esprit ses talents. Le cœur n'auroit-il que des vices? et l'homme capable de raison scroit-il incapable de vertu?
VAUVENAIUHJES.