CCCXVIII
La force ou la foiblesse de notre créance dépend plus de notre courage que de nos lumières. Tous ceux qui se moquent des augures n'ont pas toujours plus d'esprit que ceux qui y
croient.
Il est aisé de tromper les plus habiles, en leur proposant des choses qui passent leur esprit et qui intéressent leur cœur.
Il n'y a rien que la crainte et l'espérance ne persuadent aux hommes.
Qui s'étonnera des erreurs de l'antiquité, s'il considère qu'encore aujourd'hui, dans le plus philosophe de tous les siècles, bien des gens de beaucoup d'esprit n'oseroient se trouver à une table de treize couverts2.
(i) Var. Nous avons plus de foi a la coutume et la tradition de nos pères qu'à notre raison.
(2; Var. Quand je vois qu'un homme d'esprit, dans le plus
L'intrépidité d'un homme incrédule, mais mourant, ne peut le garantir de quelque trouble , s'il raisonne ainsi : « Je me suis trompé mille fois sur mes plus palpables intérêts, et j'ai pu me tromper encore sur la religion. Or, je n'ai plus le temps ni la force de l'approfondir, et je meurs. »
CCCXXIII
La foi est la consolation des misérables et la terreur des heureux.
La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs ni nous- consoler de ses peines.
Ceux (fui combattent les préjugés du peuple croient n'être pas peuple. Un homme qui avoit fait à Rome un argument contre les poulets sacrés se regardoit peut-être comme un philosophe.
Lorsqu'on rapporte sans partialité les raisons des sectes opposées , et qu'on ne s'attache à aucune, il semble qu'on s'élève en quelque sorte au-dessus de tous les partis. Demandez cependant à ces philosophes neutres qu'ils choisissent une opinion ou qu'ils établissent d'euxmêmes quelque chose ; vous verrez qu'ils n'y sons: pas moins embarrassés que tous les autres. Le monde est peuplé d'esprits froids qui , n'étant pas capables par eux-mêmes d'inventer , s'en consolent en rejetant toutes les inventions d'autrui, et qui, méprisant au dehors beaucoup de choses, croient se faire estimer.