‹ Choix de moralistes françaisChapitre 482 sur 509 · DCIII · texte numérisé non relu

DCIII

Ce qui fait que nous préférons très justement l'esprit au savoir , est que celui-ci est mal nommé, et qu'il n'est ordinairement ni si utile

ni si étendu que ce que nous connoissons par expérience, ou que nous pouvons acquérir par réflexion. Nous regardons aussi l'esprit comme la cause du savoir, et nous estimons plus la cause que son effet; cela est raisonnable. Cependant celui qui n'ignoreroit rien auroit tout l'esprit qu'on peut avoir , le plus grand esprit du monde n'étant que science ou capacité d'en acquérir.

DCIV.

Les hommes ne s'approuvent pas assez pour s'attribuer les uns aux autres la capacité des grands emplois. C'est tout ce qu'ils peuvent, pour ceux qui les occupent avec succès, de les en estimer après leur mort. Mais proposez l'homme du monde qui a le plus d'esprit: Oui, dit-on, s'il avoit plus d'expérience, ou s'il étoit moins paresseux, ou s'il n'avoit pas de l'humeur, ou tout au contraire; car il n'y a point de prétexte qu'on ne prenne pour donner l'exclusion à l'aspirant , jusqu'à dire qu'il est trop honnête homme, supposé qu'on ne puisse rien lui reprocher de plus plausible ; tant cette maxime est peu vraie : « qu'il est plus aisé de paroître digne des grandes places que de les remplir. »

DCV.

Ceux qui méprisent l'homme ne sont pas de grands hommes.

DCVI.

Nous sommes bien plus appliqués à noter les contradictions, souvent imaginaires, et les autres fautes d'un auteur, qu'à profiter de ses vues, vraies ou fausses.

DCVIL

Pour décider qu'un auteur se contredit , il faut qu'il soit, impossible de le concilier.

Page 1