CHAPITRE XXVI
Hayne.
Hayne est une estrange passion qui nous trouble estrangement et sans raison : qu'y at-il au monde qui nous tourmente plus que cela? Par ceste passion nous mettons en la puissance de ce que nous hayssons de nous affliger et vexer ; la veue nous en esmeut les sens, la souvenance nous en agite l'esprit, et veillant et dormant. Nous nous le représentons avec un despit et grincement de dents, qui nous met hors de nous et nous deschire le cueur, et par ce moyen recevons en nous-mesmes la peine du mal que nous voulons à autruy : celuy qui hayt est patient ; le hay est agent, au rebours du son des mots : le hayneur est en tourment, le hay est à son aise. Mais que hayssons-nous? les hommes, les affaires? Certes, nous ne hayssons rien de ce que nous debvons ; car s'il y a quelque chose à hayr en ce monde, c'est la hayne mesme, et semblables passions contraires à ce qui doit commander en nous : il n'y a au monde que cela de mal pour nous.
Advis particuliers contre ce mal sont liv. III, chap. xxxii.