CHAPITRE XXXII
Compassion.
Nous souspirons avec les affligés, compatissons à leur mal, ou pource que par un secret consentement nous participons au mal les uns des autres, ou bien que nous craignons en nousmesmes ce qui arrive aux autres.
* Mais cecy se faict doublement, dont y a double miséricorde ; l'une fort bonne, qui est de volonté, et par effect secourir les affligés sans se troubler ou affliger soy-mesme et sans se ramollir ou relascher de la justice ou de la dignité. C'est la vertu tant recommandée en la religion, qui se trouve aux saincts et aux sages ; l'autre est une passion d'aine foible, une sotte et féminine pitié qui vient de mollesse, trouble d'esprit, logée volontiers aux femmes, enfans, aux âmes cruelles et malicieuses ( qui sont par conséquent lasches et couardes, comme a esté dict en la cruauté ), qui ont pitié des meschans qui sont en peine, dont elle produict des effects injustes, ne regardant qu'à la fortune, estât et condition présente, et non au fonds et merke de la cause.
Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. III, chap. xxx.