‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 1 sur 27 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les Amours des Dieux étaient devenus un des sujets favoris des arts d’imitation , à cette époque de l’antiquité où les vices inhérents au système religieux s’étaient développés avec les progrès de la vie sociale; c’est ce que nous apprennent les maisons de Pompéi, d’une manière plus éloquente, et surtout moins suspecte d’exagération ou de partialité, que les pages accusatrices des premiers docteurs de l’Église. Nous savions, par le témoignage de saint Clement d Alexandrie1, que les païens, ses contemporains, ne se faisaient point scrupule d etaler, dans leurs chambres a coucher, des images contraires à l’honnêteté, et pourtant puisées dans l’histoire des dieux; mais on pouvait croire, et l’on n’avait, pas manqué de dire, que ces torts de la civilisation païenne, dont l’art s’était rendu le complice, avaient pris, sous la plume de l’orateur chrétien, plus de gravité qu’ils n’en avaient réellement; et. il s était trouvé un critique - qui n’avait pas craint de se porter garant de l’innocence de la société antique, fût-ce meme aux dépens de la sienne. Il n’est plus possible aujourd’hui de conserver cette honnête illusion, en présence de ces murs d’une ville gréco-romaine, décorés, dans le premier siècle de notre ère, de peintures dont les amours des dieux ont fourni les principales compositions. Il y a plus : à une époque plus rapprochée de nous, où s exerçait déjà la salutaire influence du christianisme, au temps de Sidoine Apollinaire, le meme abus de lart régnait au sein d’une société renouvelée par l’Évangile3; tant était

S. Clem. Alex. Protrept. p. 52-53 , ed. Potter. T ai cité et tra- cet auteur, philologue habile, mais non antiquaire, est dépourvu duit ce passage dans mes Peintures antiques inédites, p. 267-268, de la connaissance de l’antiquité figurée, qui justifie si bien le en 1 accompagnant des réflexions que j’ai crues nécessaires pour témoignage du savant docteur d’Alexandrie. J’aurai lieu de réen faire apprécier l’importance et l’autorité. futer, à mon tour, ce qu’il y a de faux et d’inexact dans les idées

J’ai en vue 1 auteur d’un écrit intitulé : Appendice aux lettres de ce critique, en m’attachant uniquement aux faits, et sans dun antiquaire à un artiste, Paris, i837, in-8°, où le passage de répondre aux personnalités; ce que je ne ferai jamais, même saint Clément d’Alexandrie, cité plus haut , est traité de décla- quand on m’en aurait donné le droit et l’exemple, mation et taxé d’exagération , p. 62 ; ce qui montre à quel point 3 Sidon. Apollin. Epist. II , 11 : « Interior parietum faciès solo

grande et invétérée ia force de l’ancienne habitude. Il faut donc chercher, dans l’état de la société païenne, dans la nature des croyances religieuses et dans la direction des mœurs publiques, l’explication d’un fait qui ne saurait être considéré comme 1 effet d aberrations particulières et de fantaisies individuelles. Mais un sujet si grave ne saurait être traite incidemment, à l’occasion de quelques peintures prises dans cet ordre d’idées qui implique tout le système de la civilisation antique; et je me réserve de discuter à fond, dans un travail particulier1, tous les témoignages classiques qui s’y rapportent, en produisant à l’appui plusieurs des monuments de l’art qui ont été récemment acquis à la science. Bornonsnous donc, quant à présent, à constater, par quelques-unes de nos peintures de Pompéi, qui appartiennent, par leur exécution sans doute, mais non pas peut-être par leur invention, à la dernière période de l'art antique, ce trait si important de l’état moral de la société païenne, et voyons de quelle manière l’art de peindre, arrivé, chez les habitants de Pompéi et sous le règne de Titus, presque à l’extrême limite de son existence et de son domaine, avait représenté les amours des dieux, sujets des anciennes héragames, où la sévérité du style hiératique, jointe à l’imperfection de la forme imitative, tempérait du moins la crudité de l’image primitive".

lævigati cæmenti candore contenta est; non hic per NVDAM CORPORVM PVLCHRITVDINEM TVRPIS prostat HISTORIA; quæ sicut ornât artern, sic devenustat artificem. »

1 C’est dans la iv" de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs, qui sera adressée à M. F. Jacobs, et qui formera à elle seule, vu l’importance et l’étendue de la matière, la seconde partie de cet ouvrage, que je me propose de traiter, dune manière aussi complète et aussi approfondie que possible, toutes les questions qui ont rapport à ce que j’ai appelé et que j’appelle encore du nom de pornographie.

2 J’ai cité, dans mes Peintures antiques inédites, p. 2 5a, un trait qui m’était fourni par Pausanias, dans sa description du coffre de Cypsélus, V, xix, 2 , et qui m’a servi à montrer de quelle manière j’entendais la nature de ces travaux de l’art primitif, dont le sujet était à la fois licencieux et sacré; mais j’aurai occasion de développer cette idée , en l’appuyant de la connaissance d’un choix de peintures de vases, de style hiératique, que nous possédons maintenant en si grand nombre , ou la licence de la représentation est portée à un point incroyable, en même temps quelle s’y trouve jointe à toute l’imperfection d’un art primitif.

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