ARIANE ET THÉSÉE
de lepée droite et d’un 1er recourbé, ajustés et soudés ensemble près de l'extrémité. Celte arme est précisément celte que décrit Achille Tatius1, et qui était portée à la main de Persée, dans un tableau de la délivrance d Andromède , consacré dans un temple de Pélusium. C’est la meme arme qui semble avoir été appropriée à Persée, dans les traditions de la poésie et de larl des Grecs, ainsi que nous en avons la preuve par de nombreux monuments2; la même enfin qui fut donnée a Saturne, comme son attribut particulier3 4, et qui fut connue sous le nom de harpe dans 1 antiquité *. Mais c’est la première fois, à ma connaissance, qu’une pareille arme est mise a la main de Thésée, prêt à combattre le Minotaure, sur un monument antique. Dans cette circonstance, qui forme le sujet de tant de représentations de fart grec, particulièrement de vases peints, recueillis de nos jours en si grand nombre5 *, le héros athénien est arme de la lance, de l 'épée ou de la massue \ qui sont les armes proprement grecques et héroïques. Jamais encore il ne nous avait apparu avec la harpe; et, comme il n’est pas possible d admettre quil ny ait pas eu, de la part de l’artiste, une intention particulière dans le choix de cette arme, la seule explication plausible qu’on puisse en donner, c’est que, dans un mythe de forme toute phénicienne, comme celui du Minotaure, elle était aussi une réminiscence orientale. Effectivement, les antiquaires, tels que Millin7 et Boettiger8, qui ont cherché à établir le caractère propre de cet instrument, porté à la main de Persée et de Saturne, et qui ont cherché, le second surtout, à en démontrer l’origine asiatique, ne pouvaient s’autoriser alors du témoignage des monuments de l’art, pour justifier cette origine. Mais aujourd hui que nous avons recueilli , par de nombreux cylindres babyloniens , la preuve péremptoire que la harpe, figurée comme nous la voyons sur les monuments grecs et romains, c’est-à-dire avec un fer droit muni d’un crochet vers son extrémité, est l’arme donnée le plus souvent au dieu suprême, dans sa lutte contre le principe malfaisant0, il ne peut plus rester douteux pour nous que cette arme n ait passé avec ce même caractère dans l’archéologie des Grecs et des Romains; d’où il suit irrésistiblement qu’en la voyant sur notre peinture à la main de Thésée, nous devons y reconnaître un trait de la même influence orientale si sensiblement imprimée dans toute la fable du Minotaure10.
1 Acliil. Tat. 1. III, vu : Ù-jvXic/lat Sè xai tt/v Set-iav Siipveï eriSrfpa els Spéiravov xai i-tpos èayjirp.évcç. . . èmevOev Sè dmppotyèv, tô fièv àÇvvETCu, tô S’ ètriaxdp.u:1sTat.
5 J’ai eu déjà occasion de citer la plupart de ces monuments, dans l’explication d’une de nos peintures qui représente Persée délivrant Andromède, et j’y renvoie mes lecteurs.
3 Les témoignages classiques sur la harpé, attribut de Saturne, ont été recueillis par Millin , qui y a joint aussi l’indication des monuments figurés, Monum. inéd. t. I, p. 219-221. On consultera aussi avec fruit les observations de Boettiger sur ce point d’antiquité, Ideen zur Kunsl-Mythologie , t. I, p. 228-229, &)•
4 J’ai déjà donné, sur ce point d’antiquité, des éclaircissements auxquels je n’ai rien maintenant à ajouter. Voy. l’explication de la peinture de Persée et d 'Andromède, p. 3 1 1 -3 1 3 .
5 Ces vases, particulièrement ceux d’ancien style, ont été ré-
cemment l’objet d’un travail spécial de la part d’un jeune et
savant antiquaire, M. Stéphani, Der Kampf zwischen Theseus and
Minotanros, eine kunstgeschichtliche Abhandlung (Leipzig, 18/12,
in-fol.), Taf. i-x. L’indication de ces vases a été complétée par M. Otto Jahn, dans ses Archiiolog. Beilrüge, Six, p. 286-269, 17)1 pour les vases de ce style, et pour ceux d’une époque plus récente, ibid. p. 264-265, 26).
° Voyez, sur ce point d’antiquité, les observations de M. Stéphani, Der Kampf, etc. p. 34, 16), 17); p. 35, 3); p. 54, 3); p. 69; p. 73, 1 1), et ailleurs.
7 Monum. inéd. I. I, p. 219.
8 Ideen zur Kunst-Mylhologie , t. I, 228-9, 8).
9 Voyez-en, comme exemple, le beau cylindre que j’ai publié dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien, pl. vu, n. 2, p. 1 27-8, et qui se trouve aussi dans le dernier recueil de Micali, Monum. ined. tav. 1, n. 2.
10 L’observation en a été faite par M. Otto Jahn, Archiiolog. Beitriige, p. 266-267, e* c est une idée dans laquelle je suis lieureux de me rencontrer avec cet antiquaire, dont les travaux ont déjà tant enrichi la science et semblent promettre à leur auteur un si brillant avenir.
Le lieu de la scène de noire peinture est un espace libre, en avant d un bâtiment qui s’élève sur la droite, el qui rencontre, à angle droit, un mur de peu de hauteur. Ce mur laisse apercevoir la campagne indiquée par quelques arbres; et le bâtiment ne montre que sa porte d’entrée dont les chambranles de marbre blanc et le linteau légèremenl cintré paraissent engagés dans une construction ordinaire. C’est ainsi que l’artiste de Pompéi a voulu produire l’image du labyrinthe, qui , dans les traditions de l’antiquité et sur les monuments de l’art, était représenté, tantôt comme une caverne, tantôt comme un édifice construit à la surface du sol1, et qui, sur les plus anciens monuments de l’art, sur ceux de la céramographie, n’était le plus souvent indiqué que par une colonne, ionique ou dorique 2.
Quant à ce qui concerne le caractère général de notre peinture, il me semble qu elle tient, plus que beaucoup de ces peintures de Pompéi, au goût d’une ancienne école grecque, probablement al tique. La simplicité et la noblesse de la composition, l’expression grave et sérieuse qui y règne, et la sobriété des détails, sont des indices d’un art attique, de celui qui avait créé les types imitatifs de l’histoire figurée de Thésée, et qui les propagea et les accrédita dans les autres écoles de la Grèce, et, sans doute aussi, dans la Campanie, dont la civilisation primitive était due aux colonies ioniennes de Cumes, de Naples et de Nola. C’est en effet sous l’influence de la poésie et de l’art attiques que les sujets relatifs à Thésée reçurent leur expression, telle quelle fut consacrée dans les monuments de l’antiquité. Quoicjue la fable des amours de Thésée et d 'Ariane fût entrée de bonne heure dans le domaine des traditions grecques, puisqu’elle figurait dans les vers cypriens3 et dans d’autres poésies populaires, qu’avait en vue Plutarque4, et d’après lesquelles le vieux Phéréeyde avait rédigé son récit5, où se trouve déjà l’emploi du peloton de fil donné comme moyen de salut au héros d’d thenes, ce n’est cependant que par le théâtre attique, surtout par le Thésée d’Euripide6, que cette fable dut recevoir sa forme complète, et, parla aussi, son expression graphique. A l’exception du récit de Phéréeyde, tous les autres témoignages qui nous restent sur cette particularité de l’histoire de Thésée sont postérieurs de beaucoup au drame d’Euripide7, et le peu de monuments qu’on pourrait y rattacher avec plus ou moins de probabilité, sont tous aussi
1 Le labyrinthe est décrit tantôt comme une caverne ouverte dans une montagne, âpos èr a èe/h aurfkaiov dvrpàSes, Etymol. M. Hesych. Suid. v. Aa&ûpit >6os; ci. Strabon, 1. VIII, p. 567; tantôt comme un édifice construit avec l’art de Dédale, Diodor. Sic. IV, lxxvii; Apollodor. I. III, 1, i5.
2 C’est par une colonne dorique qu’est indiqué le labyrinthe sur le vase publié par Maisonneuve, Introduction, pl. lxviii, Laborde, Vases de Lambcrg, t. I, pl. xxix. Sur le vase de ma collection que M. Otto Jabn a fait connaître, VasenbiU. Taf. n, la colonne est ionique. Quant aux manières diverses de représenter le labyrinthe sur les peintures d ' Herculanum et de Pompéi, et sur les autres monuments de l’art, vov. les observations de M. Stéphani, Der Kampf, etc. p. 77-78.
3 Procl. Chrestomath. p. 58a, A, ed. Firm. Didot.
Plutarch. in Thés. 8 xix : Éirei xaTéivXevuev els Kpihw, dis
pèv nsoXXoi rPA<I>OTSI xai ÀA0T2I, ssapà. t>?s kpidSvvs èpaa-
dsicnis r à Xlvov XaSwv , x. t. A. On remarquera que, dans ce
passage, il est fait allusion à des peintures aussi bien qu’à des
poésies, qui devaient être en grand nombre, et qui étaient certainement de travail attique.
5 Pherecyd. apud Schol. Homer. ad Odyss. xi, v. 3 20; cf. Pherecyd. Fragm. lviii, p. 197-199, ed. sec. Sturz. : ktpixopévov Sè aiiTov, èpanixâs tspos ctinov SioneOeicrot, i) t où Mlvosoe Srvyd- Tijp kpidSmj, SlSwcrtv dyaOiSa plXrov (leg. phov), x. t. A.
6 Sur le Thésée d’Euripide, dont les fragments ont été, en dernier lieu, classés par M. Wagner, Euripid. Fraqm. p. 196, sq., sur son sujet et sur sa composition, voy. le travail de M. Welcker, Griechisch. Tragœd. p. 733; cf. Hartung, Euripid. Rest. 1, 547, 1T., en y joignant les observations de M. Ott. Jabn, Arcliaol. Beitriiqe, p. 202-255.
7 Propert. u\,Eleg. i4, 7, ed. Lachm.; Ovid. Fast. ni, 462; Her. iv, 59, sq., x, 71, sq., io3, sq.; Met. vin, 172, sq.; Hygin. Fab. xlii; Senec. Hippol. 66i-65o; Plutarch. in Thés. S xix; Lucian. Hermol. S xlvii; Nonn. Dionys. xlvii, 368; Liban. Oper. t. II, p. 347, C; Serv. ad Virg. Georg. 1, 222; Eustalh. «d Homer. Odyss. xi, p. 1688, 35.
VBIANE ET THÉSÉE, d'une époque plus récente ; en sorte qu'il est permis de regarder la tragédie d’Euripide comme
soui ce où les poètes et les artistes avaient puisé les images relatives à Thésée et à Ariane qui nous sont parvenues.
Ces monuments sont, du reste, en bien plus petit nombre que ne pourrait le faire supposer un sujet en apparence si favorable à l'imitation. Ils se réduisent à quelq ues vases peints, dont on peut même douter que la véritable interprétation ait été donnée. Tel est celui que Winckelmann a publie , et quil regardait comme le seul monument connu de cette fable. On y voit un épliebe, la tête couronnée de myrte, appuyé de la main gauche sur un bâton noueux, et tenant de la main droite un objet rond qu’il paraît offrir à une jeune fille, debout devant lui, qui tient des deux mains une bandelette déployée. Mais cet objet rond, que Wmckelmann a pris sans difficulté pour le peloton de fil, paraît bien plutôt être une pomme, présent amoureux1 2, quon voit souvent à la main de jeunes gens des deux sexes, sur les vases peints; et la scène du vase, qui n’a rien d’héroïque dans le caractère et dans le costume des deux personnages, et qui semble n’offrir qu’une de ces images nuptiales si fréquentes sur les vases, rendrait parfaitement compte de l’emploi d’un pareil objet.
Je ne sais si 1 on ne doit pas expliquer de la même manière un autre vase du recueil de Tischbein3, ou Ion a vu4, dans deux scènes qui se suivent, Ariane qui présente le peloton de fil à Thésée, et Ariane qui a reçu le même objet de Thésée, sans que, du reste, rien, dans ces deux compositions, présente le moindre élément du caractère héroïque du sujet. Le groupe de Thesee et du Minotaure, qui décoré 1 intérieur delà coupe, peut très-bien n’avoir aucun rapport avec le motif des deux scènes extérieures, ainsi que nous en avons tant, d exemples; et, par là, l’explication de ces deux scènes, rapportées à Ariane et à Thésée, perdrait le seul appui tant soit peu réel quelle avait pu recevoir aux yeux des antiquaires. Pour moi, je ne puis voir, sur le vase en question, qu’une image nuptiale, reproduite deux fois avec les mêmes éléments, où la jeune fille tient la pomme, présent amoureux quelle vient d’obtenir, où l 'éph'ebe tient le strigile, instrument de la palestre, et où le second jeune homme, qui porte une branche de myrte, ajoute, par sa présence et par ce symbole, un motif de plus à cette représentation. Millin, toujours disposé à voir sur les vases peints des scènes mystiques, prenait ce jeune homme pour un initié, et se représentait la double composition de notre vase comme une pantomime jouée dans les mystères. Mais c’était là une pure illusion, qui ne saurait soutenir aujourd’hui le moindre examen.
1 Winckelmann, Monum. inecl. n. 99. C’est avec raison que M. Sléphani contestait l’exactitude de l’explication de Winckelmann, Der Kampf, etc. p. 5i.
2 J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de signaler cette inten-
tion de la pomme, comme symbole aphrodisiaque et comme pré-
sent amoureux; j’ai cité les principaux témoignages classiques qui établissent cette signification, et j’ai rapporté quelques-uns des monuments qui en offrent l’application; voy. plus haut, p. io4-io5, 4), et p. 112, 5). Je n’ai donc pas besoin d’ajouter ici de nouvelles explications sur un point qui me paraît suffisamment démontré; mais je suis bien aise de trouver cette occasion de dire que M. Otto Jahn s’explique comme moi le vase de
Winckelmann, où il reconnaît aussi la pomme, présent amoureux, aux mains de la jeune fille, et non le peloton de fil, à celles d’dn’ane, Arcliàol. Beitriige, p. 266, 11).
n Tischbein, Vas. d’Hamilton, t. I, pl. xxv. Bien que le groupe du Minotaure, représenté à l’intérieur de cette coupe, ait paru à M. Stéphani, Der Kampf, etc. p. 5i, offrir quelque appui à l’explication de Millin, je suis encore ici de l’avis de M. Otto Jalin, Arcliàol. Bcitrüge, p. 2 56, que ce rapprochement, peut-être tout fortuit, est en tout cas insuffisant. Inghirami, qui a reproduit ces peintures dans son recueil, avec l’explication de Millin, Vas.fittil. t. III, tav. ccxvi, p. 1 55-6, n’a ajouté aucune considération nouvelle.
4 Millin, Galer. mytli. pl. cxxxi, n. 492, p. 47.
Jusqu’ici, il n’existerait donc, à mon avis, aucune représentation de vase peint quon pût, avec quelque apparence de raison, expliquer par la fable des amours de Thésée et d Ariane. Toutefois, il existe, dans le recueil de Tischbein1, un vase, d’une composition très-curieuse, dont l’explication propoée par Italinski est tout à fait inadmissible, et dont il se pourrait bien que le véritable sujet se rapportât à Thésée et à Ariane. On y voit un jeune guerrier, couvert de l’armure grecque héroïque, et tenant de la main gauche un objet roncl, qui peut bien être le peloton de jil, se dirigeant, dans une action véhémente, vers un but qui reste caché au spectateur. Ce héros est suivi d’une jeune femme qui paraît prendre 1 intérêt le plus vif à son entreprise, et qui lui continue les conseils de sa tendresse et les instructions de sa prudence, au moment d’un danger suprême. Il serait impossible de représenter Thésée marchant vers le labyrinthe, guidé jusqu’au dernier pas par l’amour inquiet à Ariane, d’une manière plus claire et plus expressive , où l’attitude et le mouvement de chaque personnage répondissent mieux à son action ; et il est bien certain que l 'objet rond, porté à la main du guerrier, ne peut être ici une pomme; tandis que, si l’on y reconnaissait un peloton de fl, la question serait décidée, h' arbre desséché qui se voit dans le champ de la peinture, loin de former une difficulté dans cette explication, fournirait plutôt un motif à l’appui. Cet arbre dépouillé de verdure annonce l’approche du labyrinthe, séjour de destruction et de mort, d’une manière bien plus juste et bien plus expressive que la branche cïarbre qui se voit sur d’autres vases2, et où l’on a cru trouver une indication de ce genre.
Je puis citer encore, d’après le recueil manuscrit de Millin , qui se conserve dans notre Bibliothèque nationale, un vase, resté inédit jusqu’à ce jour, où l’on pourrait reconnaître le sujet qui nous occupe3. On y voit un héros debout, appuyé sur la massue, qui semble bien ne pouvoir être que Thésée, pour qui la massue était devenue, dans les traditions attiques4, le symbole propre à l’égaler à Hercule; il reçoit d 'Ariane, assise en face de lui, un peloton de fl, qui caractérise tout à fait le sujet. En arrière de ces deux personnages est une femme qui tient une chouette : sans doute, Minerve Archêgétis5 , la divinité tutélaire du héros
1 Tischbein, Pus. d’Hamillon, t. II, pl. xrv.
2 La branche de laurier qui sorl de terre, sur le vase agrigentin de ma collection publié par M. Otto Jahn, Vasenbild. Taf. n, n’indique pas les arbres qui croissent en dehors du labyrinthe, comme le croyait M. Stéphani, Der Kampf, etc. p. 74? c’est bien plutôt, le symbole de la victoire de Thésée, comme la patère, qui se voit à la main d 'Ariane, est le symbole du sacrifice d’actions de grâces qui suivra cette victoire.
3 Le vase en question s’y trouve sur le feuillet 883.
4 C’est ce qui résulte surtout du passage des Suppliantes d’Euripide, v. 5go; cf. ibul. 698 et 71 4- Voyez, sur ce point d’antiquité, Stéphani, Der Kampf, etc. p. 54, 3), et p. 73, 11).
5 C’est effectivement avec la chouette en main que le Scholiaste d’Aristophane décrit, la Minerve Archêgétis d’ Athènes , ad Av. v. 5 15 : T 77s Sè kpyyyéuêos AOrivi? âyaXp.ct yXxvxa, cTysv èv tjj j'eipé Le culte de cette Minerve ainsi qualifiée était très-ancien et très-populaire à Athènes, ainsi qu’on en peut juger par le témoignage de Plutarque, in Alcibiad. S 11; et il en existe encore un monument dans le portique dorique situé près de Y Agora, et dédié A0HNAI APXHrETIÀI, d’après l’inscription de la frise qui s'y lit, apud
Boeckli. Corp. inscript. 1 jr. n. 477- H nous reste des statuettes de Minerve avec la chouette portée à la main, qui la représentent certainement en cette qualité d 'Archêgétis. Une de ces figurines en bronze, citée par Winckelmann, Pierres de Stosch, p. 65, n. a 10, se trouvait au musée Kircher, à Rome, et elle y a été publiée, Mus. Kircher, t. II, tab. x. On en voit une autre, qui faisait partie de la collection de Borioni, dans les Collectan. antiq. Roman, tab. xix; et il en existe une dans notre musée du Louvre. Une statue de cette Minerve Archêgétis, conforme au type attique, c’est-à-dire avec la chouette sur la main droite et la lance dans la gauche, et avec Y égide placée en travers sur la poitrine, a été publiée par M. de Clarac, Mus. de sculpt. pl. 46a A, n. 888 B, d’après une collection d’Angleterre; mais il est vrai que cette statue peut avoir dû à la restauration moderne le symbole de la chouette; ce que je ne suis pas en état de décider. Il nous est parvenu aussi plus d’une réminiscence de la Minerve Archêgétis d’Athènes, sur des médailles (Y Athènes même et d’autres villes grecques. Plusieurs de ces médailles sont publiées dans les recueils de Pellerin, Peuples et villes, t. II, pl. xlvii, n. 73; Mélanges, 1. 1, pl. xiv, n. 8; d’autres sont citées par les interprètes
\RJANE ET THÉSÉE, attique, avec le symbole de la prudence qui devait présider à sa périlleuse entreprise; en sorte que tous les éléments de cette représentation s’expliquent de la manière la plus hem rense et la plus plausible d’après cette donnée. Je puis citer encore un vase peint, de style archaïque, où se voit, à côté du groupe de Thésée combattant le Mmotaure, Ariane debout , avec un long fil quelle déploie des deux mains; manière neuve de représenter cette circonstance du mythe; ce vase fait partie de la collection du Vatican'.
Si les deux vases peints que j’ai cités précédemment laissent encore quelque prise à l'incertitude, et si le dernier, dont je viens de faire mention, semble offrir aussi quelque difficulté, par la nouveauté même de l’image qu’il présente, on n’en apprendra qu’avec plus d intérêt qu’il a été trouvé à Pompéi, dans une des maisons récemment fouillées2, une peinture ou se montre, à côté de Thésée qui vient de se dépouiller de ses armes et de ses vêtements, pour combattre le Mmotaure avec ses seules forces3, Ariane debout, qui tient dune main un peloton de fl noir, quelle commence à dévider de l’autre main. Cette peinture donne évidemment la confirmation du motif représenté sur le vase du Vatican; et elle devient précieuse par cette circonstance, autant quelle l’est par elle-même, à cause de la rareté des monuments relatifs à ce trait de la mythologie. Effectivement, je ne pourrais citer, en fait de monuments antiques relatifs à Thésée et Ariane, que le compartiment de la mosaïque de Sakburg1', où se voit le groupe de Thésée recevant de la main d 'Ariane le peloton de Jil, et, en presence de cette rarele des monuments, on apprécie mieux encore la valeur de notre peinture, qui nous a sans doute conservé une réminiscence de quelque belle peinture de lecole attique, et qui, à ce titre seulement, autant que par son mérite et par sa conservation, aurait dû fixer davantage 1 attention des antiquaires napolitains.
du Mus. Chiaram. I. I, p. 38, 1 1 ) ; et j’y ajoute la pierre gravée décrite par Winckelmann, Pierres de Stosch, p. 65, n. 210. Voyez Journal des Savants, décembre i845, p. 762, 2),
1 Mus. Gregor. t. Il, tav. lvii.
2 Voy. ta Description des fouilles de cette maison, exécutées en i843, dans le Ballet, archeol. Napol. t. Il, p. 88.
3 Cette particularité, qui a été signalée par le savant anti-
quaire napolitain sur d’autres monuments, ibid. p. 88, et t. 1, p. 98, n’est pas non plus sans exemples sur les vases peints; témoins ceux du Mus. Gregor. I. 11, tav. vu, xn, xxxix, qu’a cités Avellino, Bnllet. archeol. Napol. t. Il, p. i53, 2).
’’ On sait que cette mosaïque, publiée sur une feuille volante, devenue très-rare, par M. Thiersch, a été reproduite par M. Creuzer, dans ses Abbildnng. z. Symbolik, Taf. lv, j. Voy. la courte explication qu’il en a donnée, ibid. p. 29-30.
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