‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 26 sur 27 · ARIANE ET THÉSÉE · texte numérisé non relu

ARIANE ET THÉSÉE

Hauteur, o m. 64 cent. — Largeur, o m. 56 cent.

J ai déjà eu occasion de faire mention de cette peinture, en décrivant celle qui lui sert de pendant sur le mur oppose du tablinum de la maison dite de la Chasse, et que j’ai publiée dans ce recueil1. Celle que je présente maintenant formait le tableau principal de la muraille de gauche, en face de la peinture de Dédale et Pasiphaé 2, qui décorait la paroi de

1 Voy. pl. xxu, p. 169, suiv.

■ Je profiterai de cette occasion pour donner connaissance à mes lecteurs d’une peinture de Pasiphaé, découverte à Pompéi, depuis l'impression de mon travail. Elle se trouve dans une maison, dite de l’impératrice de Russie, qui fut fouillée le 1 6 mars 1846, et qui appartient à une ruelle ou vico, débouchant dans la grande rue de la Fortune. La peinture en question décore une des parois de la pièce située à gauche de l’entrée; elle avait pour pendant, sur la paroi opposée, une peinture représentant Thésée (jui abandonne Ariane pendant son sommeil, peinture laissée en place, sans doute à cause du grand nombre de répétitions de ce sujet, et aujourd’hui complètement effacée. La peinture de Pasiphaé, laissée aussi en place, était un peu mieux conservée, bien qu elle soit certainement menacée d’une destruction prochaine et qu elle méritât un meilleur sort.

On y voit Pasiphaé, assise sur un siège de pierre, la tête appuyée sur sa main gauche, dont le coude pose sur son genou, l’index de la main droite dirigé vers un taureau blanc, qui court

dans une direction opposée, en retournant la tête de son côté; et le regard de la reine de Crète indique bien la passion qui s’est déjà emparée d’elle. Derrière elle sont deux figures debout, dont la partie inférieure se trouve cachée par le siège : l’une de ces figures est celle d’une femme, sans doute la nourrice de Pasiphaé; l’autre , celle d’un homme dans l’attitude d’une méditation profonde, certainement Dédale, qui s’occupe déjà des moyens de servir la passion de la reine. La scène se passe en avant d’une grotte de rochers très-élevée, dont l’ouverture naturelle et irrégulière est fortifiée par un amas de pierres, et sur le haut de laquelle croissent des arbustes sauvages. Cette caverne représente certainement le labyrinthe, qui avait effectivement cette forme dans plusieurs traditions, Etymol. M. v. Aaëvptvdos; Hesych. et Suid. h. v. Mais ce quelle offre ici de plus curieux, c’est qu’on y voit dans le haut une figure vue à mi-corps de Pan, jouant de la syrinx. Cette peinture pourrait donner lieu à beaucoup de considérations, par les particularités neuves et curieuses quelle présente. Sans être d'un grand mérite d’art, elle est d’une exé-

TEMPS HÉROÏQUES, droite. Toutes les deux avaient été laissées en place; ce qui n’avait pas empêche quelles ne se maintinssent en un assez bon état de conservation, à l’époque où je les vis pour la première fois, peu de temps après la découverte de la maison de la Chasse, dont j ai donné, dans un de mes écrits, une description détaillée1; et elles se trouvaient encore dans le même état, quand je les revis, quelques années plus tard, en 1 8 4 4 - Toutes les deux étaient restées inédites2; ce que l’on a quelque peine à s’expliquer, d’après le mérite de ces peintures, et surtout d’après la rareté du sujet quelles représentent.

Rien de plus simple que la composition qui fait l’objet de notre peinture, et, en même temps, rien de mieux caractérisé dans tous ses éléments, de manière qu’il ne soit pas possible de se méprendre un instant sur le sujet : c’est bien Thésée qui reçoit d 'Ariane le peloton de fil destiné à le guider dans les détours du labyrinthe. Ce sujet est rendu de la manière la plus expressive, en même temps que la plus conforme aux traditions graves et sérieuses de l’art grec, dans l’attitude et dans la physionomie des deux personnages, tous les deux debout, l’un devant l’autre. Ariane est vêtue d’une tunique longue, qui est relevée et reployée vers le milieu du corps, sans cesser de descendre jusqu’aux pieds; mode d’ajustement qui rappelle indirectement le vêtement asiatique des nymphes de Diane et des hiérodules Amazones. Elle porte, en outre, un léger manteau qui lui couvre l’épaule gauche, et dont elle tient un bout de la main gauche. Ses cheveux, qui sont attachés sur le front par un simple lien, retombent en tresses sur son dos, avec une sorte de négligence3, qui est d’accord avec le costume, pour indiquer les combats livrés dans le cœur de l’héroïne entre l’amour et le devoir. La passion, qui a triomphé, se montre, d’ailleurs, par 1 e peloton de fil qu’elle tient de la main droite et quelle présente à Thésée, avec un regard où se peint la tendresse qu’elle

Thésée est entièrement nu, suivant l’usage héroïque, à la réserve d’un petit manteau, rejeté par derrière. 11 reçoit de la main droite le gage de salut que l’amour lui a préparé, et il lient de la main gauche l’arme qui doit lui servir à accomplir sa périlleuse entreprise. L’assurance de son attitude et de son regard exprime bien une résolution courageuse, où le héros est tout entier à faction qu’il va tenter, sans qu’il s’y mêle rien de l’émotion née de l’amour; et c’est bien le vainqueur du Minolaure qui se montre en lui, plutôt que l’amant d Ariane.

Mais ce que notre peinture offre de plus curieux dans la représentation du personnage de Thésée, c’est l’arme singulière qui lui est donnée, et qui est un instrument double, composé

cution remarquable par la franchise du pinceau; et j'ai peine à concevoir que les académiciens d’ Hercnlunum la laissent périr sur le mur où elle fut trouvée, au lieu de la recueillir dans le musée. Elle n’avait pourtant pas échappé «à l’attention d’Avellino, qui l’a décrite dans son Ballet. archeol. Napol. t. IV, p. 92-94.

1 Lettre à M. de Salvandy sur l’état actuel des fouilles de Pompéi (Paris, 1 84 1 , in-8°), p. 36, suiv.

2 Cette observation ne s’adresse qu’aux antiquaires napolitains; car la peinture a été publiée par M. W. Zahn, dans ses Oi'namcnt. ans Pompcï, II, 33.

3 Cette manière de laisser les cheveux flotter sur la nuque

tenait en effet à une négligence qui n’était pas dépourvue d’art, et plus d’un écrivain ancien en a fait la remarque, Claudian. De nupt. ITonor. v. io5-io6 : « Neglectam partem studiosa relinqnens: Plus error decuit. » Tertullian. De cuit, feminar. II, vu, : « Alice , nt vagi et volucres elabantur, non bona simplicilale. » Mais c’était aussi un signe de détresse convenable aux personnes affligées, Virgil. Æn. 1, 484, et ni, 65. De là, sans doute, la chevelure tombant sur le derrière du cou, donnée à la femme assise, sur une belle peinture d 'Herculanum, Pitture dErcolano, t. II, tav. xvn; et l’on comprend que l'Ariane de notre peinture de Pompéi ait pu être représentée avec les cheveux ainsi disposés.

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