‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 1 sur 139 · EUGÈNE, ERNEST, DUBOIS · texte numérisé non relu

EUGÈNE, ERNEST, DUBOIS

ERNEST

Quoi, mon frère ! tu viens me reconduire jusque dans ma chambre , pendant que tu as tout Paris dans ton salon, où le plus gros jeu commence? A quoi penses-tu donc ?

EUGÈNE

Je pense, mon frère, que je voudrais, dans certains moments, être aussi sage que toi, et pouvoir me coucher tranquillement comme tu vas le faire.

EUNEST.

Et qui t'empêche de m'imiter dans la vie simple et rangée que je mène ?

EUGÈNE

Oui m'en empêche? le train de vie que j'ai pris.

ERNEST

Apparemment que cette vie-là te plaît autant que je la déteste ; c'est une ivresse dont tu ne te tireras

jamais que par quelques revers d'infortune suivie qui t'ôterontles moyens de persévérer dans les dangereuses habitudes que tu te formes : lu ne deviendras sage que par les leçons trop sévères du malheur. Voilà ce qui me chagrine pour toi.

EUGÈNE

Mais comment veux-tu que je change de conduite maintenant ? cela est-il possible ?

ERNEST

Oui , très possible , en changeant de liaisons et en vivant comme je fais.

EUGÈNE

Oh, mon frère! tu m'avoueras que ta façon de vivre est d'une uniformité, d'une monotonie, d'une simplicité, d'un triste à faire périr d'ennui. ERNEST.

Dis plutôt que c'est la tienne qui est comme cela , à la simplicité près.

EUGÈNE

Quelle idée !

ERNEST

As-tu un moment de conversation à me donner? Je vais te le prouver.

EUGÈNE

Oui ; le jeu est commencé , et je veux laisser la partie s'échauffer avant que d'y paraître.

ERNEST

Tu n'y paraîtras peut-être que trop tôt. Assieds-toi.

A Dubois.

Allez, Dubois ; je vous sonnerai quand je voudrai më coucher.

Dubois sort.

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