‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 112 sur 139 · VALBELLE, L'HOTESSE, ROSE · texte numérisé non relu

VALBELLE, L'HOTESSE, ROSE

Rose porte une couverture et un oreiller.

Pardon si on vous a fait attendre , monsieur.

VALBELLE

Ah! je ne suis pas trop pressé, a part. A présent sa figure me paraît sinistre.

l'hôtesse.

Oh ! oh ! des pistolets ! Est-ce qu'ils sont chargés ?

VALBELLE

Oui , trois balles dans chacun.

l'hôtesse.

Oh! ici c'est bien inutile... Cette maison... Jamais on n'a entendu parler...

VALBELLE

Je n'en doute pas , mais quand ou voyage on ne sait pas ce qui peut arriver,, et avec de bonnes armes et du courage je ne crains pas... quatre voleurs. l'hôtesse.

Quatre ! ah : ah ! ah !

VALBELLE , voulant voir Rose.

Mais , madame , asseyez-vous donc , je ne souffrirai pas que vous restiez debout; j'aime à causer quand je suis à table. Asseyez-vous, je vous en prie, je vous demanderai ce qui me sera nécessaire.

l'hôtesse.

C'est pour vous obéir.

Elle s'assied de manière à voir Rose.

VALBELLE , à part.

Ce n'est pas mon compte.

11 se sert du lait. L'HOTESSE , à Rose.

Avez-vous bientôt fini?

VALBELLE, voulant éloigner l'hôtesse.

Oh ! je n'ai pas de pain.

l'hôtesse.

Je vais vous en donner.

VALBELLE , espérant qu'elle va sortir.

Je n'en vois pas.

l'hôtesse.

Oh ! j'en trouverai dans ce buffet , et vous allez en avoir dans l'instant. Elle va chercha- dans la huche. En voilà.

Pendant ce temps, Rose a fait voir à Valbelle un rouleau de cordes qu'elle avait caché sens l'oreiller, et le lui montre d'une main; de l'autre lui indique, par un geste, la fenêtre par laquelle il faudra qu'il se sauve. Eile montre aussi la clef qui doit ouvrir la porte du jardin. Elle remet bien vite l'ortil er sur les cordes et la clef dans sa poche. Valbelle a l'air de s'occuper de son souper, mais il a tout vu.

VALBELLE

Je VOUS suis obligé. L'hôtesse remet le reste du pain dans le bas du buffet , et pendant ce temps Va beile dit à son aparté :

Comment reconnaître le service que Rose veut me rendre et l'instruire de mes vues?... Essayons. Haut. Votre mari est-il jeune , madame?

l'hôtesse.

Mais, entre deux âges.

Et l'avez-vous épousé par amour ?

L'HOTESSE , à part.

La singulière demande! Haut. L'amour? oh! ma foi , nous ne connaissons pas trop ça , nous autres. VALBELLE , regardant Rose.

Je n'en dis pas autant.

l'hôtesse.

Oh! les jeunes seigneurs comme vous ont toujours...

VALBELLE

Non ; et si vous connaissiez bien Valbelle, vous ne penseriez pas... Oui , madame, je suis libre et tout prêt à renoncer a ma liberté si je trouvais jamais une personne sensible , honnête , et dont la famille estimée. . . Rose lui montre une lettre ouverte qu'elle cache vite dans son sein. A part. Une lettre !

L'HOTESSE

Oui , un roman. Ah ! j'entends , cela ne se trouve guère.

VALBELLE , regardant Rose.

Et moi j'espère... que cela peut se rencontrer.

Rose lui montre encore la lettre.

VALBELLE , inquiet et curieux , à part. Comment pouvoir ?. .. I! jette exprès son couleau sous la

table. Haut. Ah! j'ai laissé tomber mon couteau.

L'HOTESSE

Restez , je vais le ramasser.

Pardon , madame.

OU l NE MIT DANS LA FORÊT. 97

L HOTESSE

OÙ esl-il donc ?. . . Valbclle fait signe à Rose de lui donner la lettre; celle-ci veut Rapprocher et lui teud la main, mais l'hôtesse re'ève vite sa tête ; Rose s'enfuit , Valbclle mange. Eh !

niais vous avez le pied dessus.

VALBELLE

Oh ! je ne m'en doutais pas.

Il se lève et pousse le coutiau avec son pied pour que l'hôtesse soit plus de temps à le trouver. Rose lui fait voir que la lettre est sous l'oreiller ; tous deux ont l'air de se promettre de ne point se quitter et d'implorer le ciel l'un pour l'aulre.

L'HOTESSE

Le voilà.

Valbelie s'tst rassis et a l'air de manger avec action. VALBELLE.

Je vous remercie.

Rose parait très occupée de finir le lit, l'hôtesse n'a aucun soupçon ; tout cela se fait très vite. Valbelle se lève de table.

L'HOTESSE

Je vois que monsieur a soupe ; Rose , tirez les rideaux du lit , emportez les assiettes et le linge ; moi , je me charge du reste; en deux voyages nous aurons tout débarrassé. Nous allons revenir.

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