‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 139 sur 139 · FRANÇOIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS

Comment elle va, maître? vous disiez de la largeur de votre main, c'est de la largeur de mes épaules qu'il fallait dire. La pauvre bête n'est pas en état de faire un pas. Et puis, je l'ai promise à votre compère Biaise, pour voiturer sa femme au marché.

SDIOX.

Ah ! mon voisin, je suis bien fâché que les choses tournent de cette manière. J'aurais donné tout au monde pour vous prêter ma jument. Mais je ne peux pas désobliger le compère Biaise ; je lui dois des journées de cheval. Vous m'en voyez au désespoir pour ce qui vous regarde , mon cher Mathieu.

MATHIEU

J'en suis aussi désespéré pour vous, mon cher Simon. Vous saurez que je viens de recevoir un billet de l'intendant de monseigneur pour l'aller trouver sur-le-champ. Nous faisons quelques affaires à nous deux. Il m'avertit que si j'arrive à midi, il peut me faire adjuger la coupe d'une partie de la forêt. C'est à peu près cent louis que je gagnerai dans cette affaire, et quinze à vingt qu'il y aurait eu à gagner pour vous : car je pensais à vous employer pour l'exploitation. Mais....

15a LE SERVICE INTERESSE.

SIMON

Comment! quinze à vingt louis, dites-vous?

MATHIEU

Oui, peut-être davantage. Cependant, comme votre jument n'est pas en état d'aller, je vais voir pour le cheval de l'autre charpentier du village.

SIMON

Vous m'offensez; ma jument est tout à votre service. Eh , François ! François ! va dire au compère Biaise que sa femme n'aura pas d'aujourd'hui ma jument, que le voisin Mathieu en a besoin, et que je ne veux pas refuser mon meilleur ami.

MATHIEU

Mais comment ferez-vous pour la farine ?

SIMON

Oh ! ma femme peut s'en passer encore pendant quinze jours.

MATHIEU

Et votre selle qui est en lambeaux ?

SIMON

C'est de la vieille que je parlais. J'en ai une toute neuve comme la bride. Je serai ravi que vous en ayez l'étrenne.

MATHIEU

Je ferai donc ferrer la jument à la ville ?

SIMON

Vraiment, j'avais oublié que le voisin l'avait ferrée l'autre jour pour essayer. Il faut lui rendre justice, il s'en est tiré fort bien.

MATHIEU

Mais la pauvre bête a une plaie si large sur le dos comme dit François.

SIMON

Oh ! je connais le drôle. Il se plaît toujours à grossir le mal. Je parie qu'il n'y en a pas de la largeur du petit doigt.

MATHIEU

Il faudrait donc qu'il la pansât un peu ; car, depuis quinze jours. . . .

SLMON.

La panser? je voudrais bien voir qu'il y manquât un seul jour de la semaine!

MATHIEU

Qu'il aille au moins lui donner quelque chose. N'avez-vous pas dit qu'elle avait refusé la paille ?

SIMON

C'est qu'elle s'était rassassiée de foin. Ne craignez pas, elle vous portera comme un oiseau. Le chemin est sec , nous n'avons point de brouillard. Je vous souhaite un bon voyage et de bonnes affaires. Venez, venez monter ; ne perdons pas un moment. Je vous tiendrai l'étrier.

FLN DE LA DEUXIÈME PARTIE des Petites Pièces Morales.

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