FAIRFAX, CAPELL, KINGSTON, SURREY
CAPELL
Je ne puis vous donner, mylord, une marque plus sûre de confiance , qu'en venant dans votre tente accompagné d'un seul ami.
FAIRFAX
Puisque vous le jugez digne de ce titre , il peut assister à notre entrevue.
CAPELL
Je ne récuserais pas un ennemi pour témoin. Je suis prêt à vous entendre.
LE SIÈGE DE COLCHESTER. 5l
FAIRFAX
J'ai à vous proposer, au nom du parlement , tous les avantages qui peuvent répondre à la haute considération dont il est pénétré pour vos vertus.
CAPELL
Si elles méritent quelque prix , je ne dois le recevoir que de mon souverain , qui est aussi celui du parlement.
Que peut faire pour vous un prince sans États?
CAPELL
Je soutiendrais peut-être ses intérêts avec moins de zèle , si les miens pouvaient y être attachés. C'est lorsque mon ambition n'attend aucune récompense que je me sens plus fier de le servir.
FAIRFAX
Ce sentiment est d'une grande âme. Mais , vous le voyez , une révolution dans le gouvernement est inévitable. Est-il en votre pouvoir de l'arrêter? Que prétendez-vous opposer à un parti triomphant?
CAPELL
Mon devoir, qui me prescrit de demeurer fidèle à un prince malheureux.
FAIRFAX
Vous avez déjà fait tout ce qu'on peut attendre d'un homme d'honneur.
CAPELL
Non , pas tout encore , puisqu'il me reste à le soutenir.
FAIRFAX
Et par quels moyens vous en flattez-vous? Les murailles de votre place ne sont plus que des monceaux de ruines; vos soldats sont réduits à manquer des derniers aliments.
GAPELL.
Ils ont encore des munitions de guerre , et du courage pour les employer.
Le courage ne peut leur manquer sous vos ordres. Mais sans la force, à quoi leur servira-t-il? Colchester, quoique soutenu par votre bras , ne saurait tarder ci se rendre.
CAPELL
Vous en a-t-il parlé dans l'assaut de cette nuit?
FAIRFAX
Si ce n'est aujourd'hui , ce sera demain. Mais demain le parlement vous proscrira comme un ennemi de la république ; au lieu qu'il vous offre aujourd'hui, par mon organe , le titre de duc et le gouvernement d'une place de guerre. Gapell se détourne , et cache sa tète dans ses main. Pourquoi détournez-vous de moi votre visage ?
CAPELL
De peur que vous ne le voyiez rougir, et pour vous et pour ma nation.
FAIRFAX
Calmez-vous, mylord, et discutez ma proposition de sang-froid.
CAPELL
Doit-elle être l'unique objet de notre conférence?
FAIRFAX
Elle est assez importante , puisque votre salut en dépend.
CAPELL , faisant un mouvement pour se retirer. Adieu , mylord.
FAIRFAX , à part.
Pourquoi faut-il que je sois réduit à me contraindre ! Il fait un pas vers lui, et le retient parla main. Encore un instant , lord Capell. Croyez-moi , laissez là d'aveugles préjugés de servitude. Irez-vous leur sacrifier les honneurs prêts à rejaillir sur vous et sur votre famille?
CAPELL
O nobles Anglais , que vous êtes déchus de votre antique gloire ! Les honneurs se vendent sur le sein d'Albion au poids de l'ignominie.
FAIRFAX
C'est la patrie qui vous les offre.
CAPELL
La patrie ! étouffez ce nom dans votre bouche , si vous ne savez que le blasphémer.
FAiRFAX.
Osez-vous l'attester vous-même , vous qui servez sous son oppresseur? Votre bras est désormais Irop faible pour enchaîner la liberté victorieuse. Les fondements du trône chancellent. Un jour encore, et ils seront renversés.
CAPELL
Eh bien ! je m'ensevelirai sous leurs ruines.
FAIRFAX
Le parlement vous en arrachera tout vivant, pour vous condamner à une mort ignominieuse.
Est-ce m'en délivrer, que de me condamner à une vie infâme ?
FAIRFAX
Que sera-t-elle pour vous lorsque l'Angleterre, affranchie d'un joug honteux , ne prononcera votre nom qu'avec horreur ; quand vous entendrez votre épouse déshonorée maudire l'instant de votre union; quand votre fds, vous poursuivant jusque sur l'échafaud des cris du désespoir, vous reprochera des jours qu'il lui faudra traîner dans l'indigence et dans l'opprobre ?
CAPELL
O comble inouï d'audace ! Est-ce donc vous , su-
jet infidèle , qui voulez m'efiïayer par des flétrissures qui ne sont attachées qu'à votre rébellion ? Non , non, j'aurai pour moi les regrets de tous les gens de bien. Ma femme et mes enfants béniront ma mémoire. Le ciel sera l'époux de ma veuve , et le père de mon fils orphelin.
FAIRFAX
C'est trop, vil esclave du despotisme. Puisque l'in térêt de ta vie ne peut t'émouvoir, il est temps de trembler pour une tète plus chère, n appelle. Morgan !