HÉLÈNE, AUGUSTE
Ah! vous voilà, monsieur Auguste! Vous êtes seul? 11 me semblait avoir vu mon frère s'entretenir avec vous.
AUGUSTE
Il vient de me quitter à l'instant même.
HÉLÈNE
Je voudrais bien , si sa société vous était agréable., qu'il ne vous quittât jamais. Je n'aurais plus d'inquiétude sur son compte.
AUGUSTE
Vous me faites trop d'honneur , mademoiselle. M. Albert est assez bien élevé pour qu'on n'ait rien à craindre de lui.
HÉLÈNE
Je n'en crains rien , tant qu'il ne verra que d'honnêtes gens. Mais voulez-vous que je vous parle avec franchise? Je n'ai pas entendu dire des choses trop flatteuses de ceux qui fréquentent M. Jules; et mon frère est bien ardent à se jeter dans leur société.
AUGUSTE
Je ne me suis pas encore aperçu qu'elle lui ait été pernicieuse.
HÉLÈNE
Je l'espère ; mais , avec de l'esprit , il est doux et crédule , il juge tout le monde d'après l'honnêteté de son cœur ; que deviendrait-il, si ceux qu'il croit ses amis étaient des méchants? J'ai bien vu que vousmême sembliez craindre leur commerce.
Vous savez que je ne suis pas riche ; ainsi je ne dois pas me lier avec des jeunes gens plus riches que moi. Je ne veux pas avoir à rougir.
HÉLÈNE
3Iais vous aimez M. Jules. Êtes-vous bien aise de lui voir former ces nouvelles liaisons?
AUGUSTE
S'il faut vous le dire, j'aimerais mieux qu'il s'en tînt à l'amitié de votre frère. Au reste , ils ont l'un et l'autre des parents éclairés qui veillent sur leur conduite.
HÉLÈNE
Le mal se remarque quelquefois un peu tard. On peut bien empêcher qu'il n'ait des suites plus fâcheuses, mais non réparer ses premiers effets.
AUGUSTE
Vous me paraissez , mademoiselle , aimer tendrement votre frère. Écoutez-moi ; mal que je ne sois
pas compromis. Jules vient de l'engager à l'aller joindre à la maison. Les jeunes gens que vous craignez doivent être de la partie. On y jouera sans doute; tâchez d'en détourner M. Albert. J'étais ici pour attendre sa réponse; mais je pense qu'il ne me convient pas de m'en charger. Il ne tardera peutêtre pas à revenir : trouvez bon , mademoiselle , que je me retire, et songez bien au conseil que j'ai cru devoir vous donner.