‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 55 sur 139 · HÉLÈNE, ALBERT · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, ALBERT

ALBERT

Les amis de mon père prennent bien leur temps pour venir le complimenter sur son arrivée. 11 ne m'a pas été possible de l'aborder.

HÉLÈNE

Il me semble que ces plaisirs doivent aller avant

les tiens. Tu as donc quelque chose de bien important à lui dire?

ALBERT

Très important pour moi , puisqu'il s'agit d'aller me divertir chez mes amis.

HÉLÈNE

Chez M, Jules, saus doute?

ALBERT

Oui , chez lui-même.

HÉLÈNE

J'en étais sûre. Je t'ai cependant fait sentir combien cette société me déplaisait.

ALBERT

Il est vraiment fort à plaindre de ne pas être dans tes bonnes grâces. Comment faut-il donc être fait pour avoir cet honneur ?

HÉLÈNE

Mais, comme toi, mon frère.

ALBERT

Tu penses te moquer !

HÉLÈNE

Je parle sérieusement , je t'assure. Tu es un fort aimable et fort brave garçon.

ALBERT

Que prétends-tu dire par là ?

HÉLÈNE, Je crois parler assez clairement. Faut-il expliquer les mots les plus simples à quelqu'un d'aussi péné-

trant? à un jeune homme bien né, sensible, honnête, et très poli envers tout le monde, excepté envers sa sœur?

ALBERT

Parce que sa sœur est une petite moqueuse , qu'elle fait quelquefois endêver son frère, et qu'elle se croit plus raisonnable et plus avisée que lui.

HÉLÈNE

Vraiment, j'avais oublié la modestie dans son

éloge.

Mais que veut dire tout ce babil? Je te demande pourquoi tu viens me faire des plaisanteries au sujet de 31. Jules? Le connais-tu assez pour en parler?

HÉLÈNE

Je cherche à le connaître par ses actions.

ALBERT

Est-ce qu'il t'appelle pour en être témoin?

HÉLÈNE

Je puis en juger par les personnes qu'il fréquente.

ALBERT

Ah! j'entends : il te déplaît, parce que je le fréquente , et que je suis de sa société.

HÉLÈNE

Voilà un petit trait d'humeur, mon frère. Il me semble qu'il a des liaisons plus anciennes et plus

étroites que la tienne; et voilà les personnes que j'ai entendu nommer plus d'une fois des vauriens.

ALBERT

Des vauriens ?

HÉLÈNE

Oui , qui jouent ensemble pour se gagner vilainement leur argent , et le manger plus vilainement encore.

Voyez la belle merveille , qu'ils s'amusent à jouer, lorsqu'ils sont réunis! Nous jouons bien aussi, nous a utres , à gagner ou à perdre , et nous dépensons notre argent comme il nous plaît. Et puis n'ai-je pas été de leurs parties! J'ai vu ce qu'ils jouent, et je les ai même gagnés quelquefois.

HÉLÈNE

Oui , tu leur as gagné leur monnaie , et ils le gagneront tes écus.

ALBERT

Que t'importe ? C'est moi qui les perdrai , non pas toi. Mais voilà bien ma sœur ! Elle serait désolée de ne pas troubler mes plaisirs , quand je ferais tout au inonde pour la rendre heureuse.

HÉLÈNE , lui prenant !a main.

Non , mon frère ; tes plaisirs sont les miens ; mais je ne me consolerais jamais, s'ils te faisaient perdre tes bonnes qualités et ton repos, et à moi la douceur de t'aimer.

ALBERT

Oui, je sais que tu m'aimes. Je t'aime bien aussi : mais tu m'affliges de croire que je ne suis pas en état de me conduire.

HÉLÈNE

Tu ne serais pas le premier qui aurait eu cette confiance, et qui cependant... Mais voici mon père.

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