M. DE FLORIS, HÉLÈNE
Écoute, ma chère fille , ne quitte pas un moment ton frère : il peut avoir besoin de tes conseils. HÉLÈNE.
Je crois que votre présence serait encore plus nécessaire que la mienne.
Comment donc ?
HÉLÈNE
Par quelques mots qui viennent d'échapper à 31. Auguste, je soupçonne que les coquins ont fait un complot pour escroquer l'argent du pauvre Albert. M. DE FLORIS.
Tant mieux s'il s'y trouve pris. Je laisserai venir ces filous, et je me cacherai derrière le berceau pour les observer. Mais toi, quand tu verrais clairement leurs friponneries, ne fais pas semblant de t'en apercevoir.
HÉLÈNE
J'aurai bien de la peine à me contenir. Combien je souffrirai de voir mon frère devenir l'objet de leurs risées , et la dupe de sa confiance !
11 faut qu'il en soit désabusé par lui-même. J'obtiendrai plus aisément de lui qu'il soit à l'avenir plus attentif sur ses liaisons , et je le guérirai peut-être pour la vie de la funeste passion du jeu , à laquelle il me paraît tout prêt à s'abandonner.
HÉLÈNE
Comment peut-il avoir seulement la pensée de toucher des cartes? Il devrait bien se connaître. Il est si crédule, qu'il ferait naître à tout le monde l'envie de le tromper ; et si bouillant , qu'il perdrait la tête au premier revers.
Voilà en effet son caractère. Je ne te croyais pas tant de talent pour observer les hommes.
HÉLÈNE
Il faut bien étudier ceux qu'on voudrait servir. M. DE FLORIS.
Je vois que ces messieurs ne veulent pas perdre un moment. Il me semble déjà les entendre à la porte du jardin.
HÉLÈNE
Oui , les voilà.
Je me sauve à travers la charmille, et je reviendrai par un détour derrière le berceau.