‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 62 sur 139 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

M. DE FLORIS, HÉLÈNE, ALBERT, JULES, VICTOR, RAOUL, CARAFFA, AUGUSTE, qui

survient dans le cours de la scène.

A l'asp'ct d« M. de Floris, Jules, Victor, Raoul et Ciraffa se lèvent, se regardent tout étonués et rougissent.

Ne vous dérangez pas, messieurs, je vous prie. Albert , fais asseoir tes amis.

ALRERT.

Remettez-vous donc, s'il vous plaît. Mon père ne vient point pour troubler nos plaisirs. Je vous disais bien que j'attendais un de mes bons amis. Je n'aurais qu'à lui dire un mot pour le faire jouer avec nous. N'cst-il pas vrai?

HÉLÈNE

Oh oui ! nous serions bien charmés de vous gagner votre bourse , qui vaut mieux que la nôtre. Je suis sûre que ces messieurs s'en feraient honneur et plaisir.

Vous savez qu'il n'est pas dans mon caractère de vous refuser. Mais, avant tout, que chacun reprenne

sa place. Les joueurs sont si troublés, qu'ils perdent toute contenance, et laissent éclater sur leur visage une profonde consternation. Ils veulent reprendre leur chapeau pour se retirer ; M. de Floris les relient.

Est-ce que vous craignez , messieurs , de jouer avec moi? J'ose vous répondre que je ne suis pas un

escroc. Ils s'asseoient enfin. A Caraffa. C'était à VOUS, monsieur, de donner les cartes lorsque je suis entré. Continuez , je vous prie. Riais voyons d'abord si le

jeu est complet. Caraffa veut laisser tomber les cartes, M. de

Fioris les saisit et les parcourt. Il est assez singulier que les figures se trouvent toutes ensemble. Hélène, pourquoi donner des cartes si ternes? Fais-moi passer celles qui sont là dans la boîte.

HÉLÈNE

Ce n'est pas ma faute, mon papa. Monsieur (en montrant caraffa) en avait apporté dans sa poche , et le jeu était commencé quand je suis revenue.

M. DE FLORIS , à Auguste qui s'avance.

Ah ! vous voilà , monsieur Auguste ; je suis enchanté de vous voir. Mais est-ce que vous ne jouez pas?

AUGUSTE

Non , monsieur ; permettez-moi de n'être que

simple speclateur. Vous savez que je n'ai rien à risquer.

vi. 10

M. DE FLORTS.

Je vous loue de votre prudence, a Car;iff.i. Tenez, monsieur, voici des caries plus propres. Caraffa tes j fcfi'd d'une main tremblante. A cpjoi jouez-Vous?

Au vingt et lin.

Et combien la fiche?

HÉLÈNE

Quatre sous. Voilà vingt fiches et dix jetons pour un louis.

Un louis? Y pensez-vous? Mais soit, pourvu que tout le monde ait de quoi payer. Allons, messieurs, voyons vos bourses. Monsieur Jules, vous êtes le plus près de moi ; commençons par vous. ( Jules pâlit. ) Ou'avez-vous donc, mon ami ? Est-ce que vous vous trouvez mal?

JULES, tremb'ant.

Ou-i, monsieur, per-mettez que je...

Ram' el Victor rougissent. Caraffa mord ?es lèvres et baisse les yeux.

Que vois-je? L'un pâlit et bégaie, les autres sont tout tremblants; et vous, monsieur (à Caraffa), vous semblez vous déconcerter.

ALBERT , surpris.

Que leur arrive-t-il donc à tous à la fois ?

Je vois qu'il est temps de te l'expliquer. Tu vois , mon fils, les effets d'une conscience criminelle. Heureusement qu'elle n'est pas encore assez dépravée pour se cacher sous un front d'airain et prendre les traits de l'innocence.

ALBERT

Que dites-vous , mon papa ? Vous vous trompez , je vous assure. C'est ma sœur et moi qui gagnons.

CARAFFA , qui reprend un peu courage.

Est-ce que nous ne vous avons pas tous honnêtement payé, à l'exception de M. Jules?

JULES

Oui , parce que vous m'avez gagné tout mon argent.

Je m'attendais bien qu'ils se démasqueraient euxmêmes. Rien de si lâche que les fourbes. Vois, mon fils, à quels amis tu allais te livrer.

ALBERT

Non, mon papa, jamais je ne pourrai croire...

Eh bien! parlez, monsieur Jules, vous me paraissez le moins endurci. N'y avait-il pas un complot entre vous pour tromper mes enfants ?

JULES

Oui , monsieur , il est vrai ; mais on m'y a fait entrer malgré moi. Je ne voulais que ravoir ce que

j'ai perdu. Oh! si vous saviez tout ce que ce maudit étranger m'a gagné !

St. DE FLORIS.

Vous avez mérité de le perdre en le risquant.

A Caraffa. Restez là , monsieur. A Jules et à Victor. Et

vous, messieurs , sortez de ma présence. Peutêtre qu'il est temps encore de vous arracher du vice. Je vais , dès ce soir, en instruire vos malheureux parents.

RAOUL ET VICTOR, tombant à genoux.

O monsieur ! pardonnez-nous pour cette fois, nous vousen conjurons. Nous ne remettrons jamaisles pieds dans votre maison.

C'est bien comme je l'entends. Mais il ne suffit pas que mes enfants soient à l'abri de votre société, je dois le même service à tous les pères. Quelle perversité ! A votre âge ! Je veux bien encore , par pitié pour votre jeunesse , et sur l'espoir d'une meilleure conduite , ne découvrir votre conduite qu'à vos parents ; mais s'il me revient que vous persistez dans ces honteuses habitudes, j'affiche votre infamie à toutes les maisons de la ville. Allez , hâtez-vous , et que je ne vous retrouve jamais devant moi, vous m'inspirez trop de mépris.

Raoul et Victor se retirent muets et confondus.

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