SCÈNE VIII
L'HOTESSE , puis AUGUSTE.
AUGUSTE , l'air harassé et ses cheveux tout défaits.
Pardon , madame , n'est-ce pas vous qui êtes l'hôtesse de cette maison ?
l'hôtesse.
Oui , monsieur, c'est moi qui suis la maîtresse ; qu'y a-t-il pour votre service?
AUGUSTE
Voudriez-vous bien me dire si deux dames de la province sont arrivées dans cet hôtel ? l'hôtesse.
Une mère avec sa fille?
auguste.
Oui , madame , une mère avec sa fdle.
l'hôtesse.
D'hier au soir ; deux dames anglaises ?
auguste.
Non, madame; celles que j'attends viennent de Stettin. Le carrosse n'est donc pas encore arrivé ? l'hôtesse.
Il ne sera ici au plus tôt que dans une heure.
AUGUSTE
Ah! madame , je vous supplie, je vous en conjure, tenez-leur un petit appartement tout prêt;
ayez pour elles tous les soins , toutes les attentions; que rien ne leur manque , rien au monde ; entendezvous, madame? Vous pouvez compter sur mon exactitude et sur toute ma reconnaissance.
L'HOTESSE, S rai".
L'aimable enfant! lîauf. Soyez tranquille, monsieur le page ; j'aurai soin de ces dames comme de moi-même.
AUGUSTE
Vous êtes bien bonne : je n'ai reçu leur lettre qu'hier fort tard , et au même instant un ordre du roi m'a fait partir avec des dépêches ; j'ai couru toute la nuit.
l'hôtesse.
Toute la nuit par le temps affreux qu il a fait !
AUGUSTE
Ah! madame, j'y suis accoutumé. Bas. Mais ma pauvre mère! liant. Et à mon retour, ayant appris que Sa Majesté était sortie de la ville, j'ai saisi le premier moment pour voler ici.
L'HOTESSE, s'atlendrissanl peu h peu, à part.
Ce cher enfant! Haut. Exposé, toute la nuit, au \enl et à la pluie, à cet âge-là. Mon Dieu ! comme ces pauvres cheveux sont mouillés! Reposez vous donc , mon gentilhomme , reposez-vous un moment.
AUGUSTE
Cela n'est pas possible ; il faut que je m'en aille
bien vite , que je retourne au château : je n'ai pas une minute à perdre.
l'hôtesse.
Mais , c'est comme si vous y étiez; ma maison n'en est qu'à deux pas, et puis on voit par cette fenêtre tout ce qui se passe sur la grande place.
AUGUSTE, s"jvanraiit vers !a fenêtre et faUaut un cri
O ciel ! voilà le monde qui accourt : c'est le roi qui arrive. Adieu , madame. Dites à ma mère qu'Auguste. . . dites-lui que je reviendrai bientôt , le plus tôt que je pourrai, u court et revient. Ah!... Dites-lui aussi que sa lettre... H montre une lettre sous sa camisole. Voyez, elle ne quitte pas mon cœur; dites-lui bien , je vous en prie, n lui presse les main?. Ah! madame, je vous recommande la plus tendre , la meilleure des mères.
Il sort.
L'nûtesse est alt°ndrie jusqu'aux larmes, qu'elle essuie avec sou mouchoir. L'hôte parait dans ce moment : il est surpris de voir s'enfuir un page.