SCÈNE IV
AUGUSTE endormi , LE ROI.
Le roi entre par la porte du côté droit des acteurs , il a plusieurs papiers à la main : i' regarde la pendule.
LE ROI , son Ion est brusque.
Je me suis reposé trop long-temps. . . Lisons vite ces lettres, il en ouvre une. Le prince de. . . Il a le temps
d'attendre. Il met la lettre dan* la poche gauche : il en ouvre
une autre. Le conseiller intime de... On ne me trompe pas deux fois. Il met cette lettre dans la poche gauche : il en
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ouvre udc autre. Fidèles sujets , les colons de. . . il lit. Ils obtiendront ce qu'ils demandent... L'activité et l'industrie peuvent toujours compter sur ma protection. . . Il met celte letlre dans la poche droite, et il en ouvre une autre. Les pauvres habitants de... Voilà les plus pressés : les malheureux ont tout perdu par le ravage des eaux. Ils auront tous les secours nécessaires, et seront exempts d'impôts pendant deux ans. Ii ouvre la dernière Ici Ire. Le commandeur de... Ah ! qu'il vienne, j'ai des torts à réparer... Il la met dans sa poche droite. Apercevant Auguste endormi , il .-.'approche de lui et le regarde un moment. 11 dort mieux que moi... Cet enfant m'intéresse... On l'accuse cependant... Mais je me souviens de son père... Quel est cet écrit? Voyons... j'y trouverai peut-être quelque éclaircissement. Le roi se met dans un fauteuil de l'autre côté et vis-à-vis d'Auguste, et il lit. « Cher » Auguste , seul appui de ta mère et de ta malheu- » relise famille. . . » Le roi élonné regard? Augusle avec intérêt. « La pension que le roi a daigné t'accorder vient en- » core de m'être payée. » Voilà donc , enfant généreux, l'usage que tu en fais... Et on t'accuse !.. Je verrai toujours par moi- même. L'erreur des rois coûte cher... n continue de lire. «Ce n'était pas assez » qu'une fraude impunie» d'une voix tcrribip, impunie! « engloutit le bien acquis par le sang de ton père... » la haine d'un magistrat puissant et oppresseur... » des frais pour payer notre perte... O mon fils!... » L'existence, l'honneur de ta mère , le chaume qui
» couvre une noble famille va lui être arraché avec » ignominie, iis'âUcndrît. Menacée du plus accablant » décret , poursuivie peut-être jusque dans la capi- » taie... j'y cours chercher des protecteurs à mes » enfants, et un ami, un seul ami qui se souvienne » de leur père. » Il essuie une larme de ses yeux . Qu'elle vienne à moi , je suis cet ami-là.
AUGUSTE, parlant en songe et tendant 'es bnis , dit à demivoix :
Cent ducats! pus haut cent ducats! 0 ma mère! le ciel nous les envoie. LE ROI, écoulant avtc intérêt et se levant avec précipitation.
Oui , il te les envoie , pauvre et noble enfant.
Il tire un rouleau de sa poche et le met dans celle d'Auguste.
Remettons-lui sa lettre ; mon or ne la lui paierait pas. . .
L'enfant se réveille, et le roi se Iiâle de s'éloigner, en feignant de
lire.
AUGUSTE
Le roi!... il se lève avec effroi* Ah! mon Dieu!... n est trembla ni et n'ose lever les yeux. Le roi , qui l'a entendu , se douianl i!e son embarras, se détourne encore davantage, Auguste se permet de regarder du coin de l"ie I . et voyant le roi qui lit , il se rassure un peu. Il ne m'a pas VU. Il voit la, lettre par terre, il la ramasse avec vivacité. Ah! ma lettre! Il It met sur son cœur.
LE ROI , sans quitter les yeux de dessus sa lettre.
Quelqu'un!... Auguste avance timidement. Qui a porté
cette nuit mes dépêches ?
AUGUSTE
Sire, c'est moi.
LE ROI , adoucissant son io:i naturel, qui cependant perce toujours.
Et pourquoi ne te laisse-t-on pas reposer ?
AUGUSTE
Quelle bonté !
LE ROI
Auguste , des soupçons s'élèvent ici contre toi. Augusie est altéré. Que fais-tu de ton argent ? AUGUSTE , avec e plus grand embarras.
Sire. . .
LE ROI
Te reproches-tu de l'avoir mal employé ?
AUGUSTE
Non , sire. Dieu m'en est témoin.
LE ROI
Pourquoi donc tant de mystère?
AUGUSTE
Sire... Votre majesté...
LE ROI, d'un air satisfait , â part.
Il n'avoue rien. Haut. Auguste, tu n'as plus de père. Il le regarde avec une exlrêine bonté.
AUGUSTE , Iransporté, avec une confiance respectueuse. Pardonnez-moi , sire.
LE ROI , avec la mêm» bonté.
Achève.
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AUGUSTE , < ii se précipitant aux pieds du roi.
Ne suis-je pas un des sujets de votre majesté?
LE ROI . après avoir fait relever Auguste. Que fait ta mère?
Sire , elle bénit son roi , et lui élève des serviteurs.
LE ROI, avec attendrissement, niais d'un ton ass z ferme. Auguste , je veux la voir, ta mère, n fait deux pas et
se retourne. Ellteilds-ttl ? Je VdlX la Voir. Le roi sort par li porte du fond, qu'il ouvre. Un grenadier est en sentinelle; il observe un instant et fort : la porte fe ferme. AUGUSTE , à genoux et Ses bras étendus vers le ciel , avec enthousiame.
O Dieu, qui lisez dans mon âme, accordez-moi
le bonheur de mon père Mourir pour un tel
maître...