CAROLINE, AUGUSTE, SA MÈRE
la mère.
C'est en vain que tu m'imposes silence; ton cœur généreux craint les témoins, et le mien les désire et s'en honore.
AUGUSTE
Vous vous abaissez , ma mère. Ah ! parlez-moi de
ce que je vous dois. Grand Dieu ! qui peut jamais payer une mère ?
Un fils comme Auguste !
CAROLINE
Un frère comme Auguste !
Ils se jettent encore une fois dans les bras l'un de l'autre, et il se fait uu moment de silence.
AUGUSTE
Ma mère ! ma sœur ! que nos cœurs s'ouvrent à l'espérance. Le roi... Ah ! si vous saviez. Il m'a parlé de vous, ma mère ; il m'a répété deux fois, avec une extrême bonté : «Je veux la voir, entends-tu? je veux la voir. » Il faut lui faire le récit de tous nos malheurs.
LA MÈRE
Oui , mon fils , il faut l'instruire de tout. Nous avons été persécutés , nous avons tout perdu ; mais nos cœurs, nos ennemis même, n'ont pas un seul reproche à nous faire.
AUGUSTE
Nos ennemis!... Qu'ils tremblent... Mais, ma mère , comme le regard du roi arrêterait peut-être les expressions sur vos lèvres , mettez-vous à cette table, écrivez sans apprêt : votre sensibilité... Voilà le style qu'il faut : parlez beaucoup de mon père , de vos enfants... Rien de moi.
LKS DEIX PAGKS. 55
LA MÈRE, l'intdToiiipant
Rien de loi , mon cher Auguste!
AUGUSTE
Oh! non, rien , je vous en conjure : nommez ma sœur, mes pauvres frères ; peignez-lui comme sous notre humble toit, nous entourions son image, comme de jeunes cœurs s'enflammaient à son grand nom... Tout cela, comme le vôtre vous l'inspirera. Le vôtre... entendez-vous , ma mère , et soyez sûre que chaque ligne, chaque mot, iront droit au cœur du monarque.
LA MÈRE
Ah ! mon fils, le sentiment qui comble l'âme peutil s'exprimer?
AUGUSTE
Tout est là , tout est prêt ; prenez cette plume et
écrivez , ma mère. I' lui donne fa piunie cl Itïi baise ta main. Le ciel guida toujours cette main maternelle. La mère s'assied et se met à écrire ; Auguste conduit doue menl sa KBur au coin de la scène , du côté oppo-é. Ma chère Caroline , suisje toujours ton cher Auguste?
CAROLINE
Ah ! toujours !
AUGUSTE
Que font mes frères? Pensiez- vous quelquefois à moi , comme je pensais à vous?
CAROLINE
Quand nous recevions de tes nouvelles , si tu avais
pu nous voir, nous nous rassemblions tous. Maman les lisait, nous écoutions , nous faisions vingt fois recommencer maman , et ce n'était jamais assez pour nous ni pour elle.
Je faisais de même en recevant vos lettres.
CAROLINE
Quel heureux temps que celui où nous ne nous quittions jamais !
AUGUSTE
Oui, ma chère Caroline. Te souvient-il de ces douces promenades du soir, autour de notre solitaire enclos?
TA MÈRE, les regardant (!e temp3 en lerons.
(les chers enfants!,., ils s'aiment comme ils m'aiment. . . Heureuse mère !