‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 10 sur 102 · MARIANNE , DOROTHÉE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

MARIANNE , DOROTHÉE, FRÉDÉRIC

Marianne, l’embrassant. Ah! mon cher cousin !

dorothée. Il mérite bien ces caresses pour les chagrins qu’il nous cause !

Marianne , lui tendant la main. Je le vois ; tout est oublié.

Frédéric. Ma chère cousine, je te trouve donc toujours la même ? Tu n’as jamais été si sévère pour moi que ma sœur.

dorothée. Si je l’étais autant que notre oncle, va....

Frédéric. Avant toutes choses , que dit-il ? Est-il donc vrai qu’il soit si fort en colère contre moi?

dorothée. S’il savait que nous le cachons ici, nous n’aurions rien de mieux à faire que de vider la maison , et de courir les champs.

Marianne. Oh ! oui ; garde-toi bien de te présenter sitôt à ses yeux : il serait homme à te fouler peut-être sous ses pieds dans sa première fureur.

Frédéric. Que peut donc lui avoir écrit le préfet?

dorothée. Un beau panégyrique sur tes fredaines.

Marianne. Mon frère en avait déjà touché quelque chose par la poste d’hier.

Frédéric. Quoi ! Rodolphe a écrit? Je n’ai donc plus besoin de justification. Il sait aussi bien que moi comment les choses se sont passées. Je lui ai tout confié.

Marianne. 11 n’y aurait qu’à te juger sur sa lettre !

Frédéric. Je veux être un coquin si je ne suis pas innocent.

dorothée. Ce n’est rien dire. Il faut bien être l’un ou l’autre.

Frédéric. Et vous avez pu me croire coupable? Quel est donc mon crime ? d’avoir vendu ma montre ?

dorothée. N’est-ce rien que cela? et qui sait encore si tes chemises , tes habits....

Frédéric. Il est vrai. J’aurais tout vendu si j’avais eu besoin de plus d’argent.

dorothée. Voilà une belle manière de te défendre ! Et passer les nuits hors de ta pension?

Frédéric. Une nuit, ma sœur.

dorothée. Et te révolter contre un juste châtiment ?

Frédéric. Dis contre un outrage que je n’avais pas mérité. Quand je m’y serais soumis, j’aurais

toujours conservé dans l’esprit de mon oncle la tache d'une faute. Et si l’on m’avait chassé , je n’aurais jamais reparu devant vous.

Marianne. Mais , mon ami , que peux-tu dire pour ta défense? 11 faut bien que nous en soyons instruites , pour te blanchir aux yeux de mon papa.

Frédéric. Le voici. Il y a quelques jours qu’on nous parla d’tinc foire dans le prochain village. Le préfet nous donna la permission d’y aller pour nous divertir, et pour voir les curiosités qu’on y montre.

dorothée. Ah ! c’est donc en oranges et en pralines que tu as mangé ta montre et ton Exercice du chrétien ? ou bien à voir les singes et les marmottes ?

Frédéric. 11 faut que ma sœur ait bien du goût pour toutes ces choses, pour croire qu’on puisse y dépenser son argent. Non , ce n’est pas cela. J’avais soif, et j’entrai dans une auberge, où l’on vendait de la bière.

dorothée. Mais, c’est encore pis.

Frédéric. En vérité , ma sœur , lu es bien cruelle. Laisse-moi donc achever. Tandis que j’étais assis....

Marianne , prêtant l'oreille à la porte. Nous sommes perdus ! Mon papa! Je l’entends.,

dorothée. Sauve-toi ! sauve-toi !

Frédéric. Non, je veux attendre mon oncle pour me jeter à ses pieds.

Marianne. Eli non , mon ami ! il n’est pas en état de t’entendre. Par pitié pour moi....

Frédéric. Tu le veux ?

Marianne. Oui , oui , laisse-moi gouverner tes affaires. ( Elle le pousse par les épaules vers la porte de l'escalier dérobé , la ferme sur lui , et revient.)

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