‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 102 sur 102 · SUR I.’II.K ROYALE · texte numérisé non relu

SUR I.’II.K ROYALE

vers notre feu. Ils nous accompagnèrent on silence,* ot s’assirent auprès de nous. L’un d’eux, qui parlait un français coi'rompn, nous pria, dans cette langue, de l’informer d’où nous venions, et quel hasard nous avait amenés en cet endroit. Je me hâtai de lui rendre un compte aussi succinct qu’il me fut possible des infortunes et des souffrances que nous avions éprouvées. Comme il me parut assez vivement touché de mon récit, je lui demandai s’il pourrait nous fournir quelques provisions. Il me répondit que oui; mais voyant notre feu prêt à s’éteindre , il se leva brusquement et saisit notre hache, qu’il fut un moment à considérer, en souriant, j’imagine, du mauvais état où elle se trouvait. Il la rejeta d’un air de mépris, pour prendre celle qui était à son côté. En un clin d’œil il eut abattu une grande quantité de branches, qu’il jeta sur notre feu : puis il ramassa son fusil; et, sans dire un seul mot, il s’en alla avec son compagnon.

Une retraite si soudaine aurait pu donner de l’inquiétude à ceux qui ne connaissent pas l’humeur des Indiens ; mais je savais que ces peuples parlent rarement, lorsqu’ils n’y voient pas une nécessité absolue. Ainsi je ne doutai point qu’ils ne fussent allés nous chercher des provisions; et j’assurai ma troupe alarmée que nous ne tarderions guère à les revoir. Malgré le besoin que nous devions avoir de nourriture, la faim n’était pas, du moins pour

moi, le plus pressant. Le bon feu que nous avaient fait les sauvages remplissait , en ce moment , tous mes désirs, ayant passé tant de jours à souffrir d’un froid rigoureux, auprès de la flamme languissante de notre misérable foyer.

Trois hëures s’étaient écoulées depuis le départ des Indiens, et mes compagnons désolés commençaient à perdre l’espérance de les revoir, lorsque enfin nous les aperçûmes au détour d’une pointe de terre avancée, qui ramaient vers nous dans un canot d’écorce. Bientôt ils descendirent sur le rivage, chargés d’une grosse pièce de venaison fumée , et d’une vessie pleine d’huile de poisson. Ils firent bouillir la viande dans notre pot de fer avec de la neige fondue; et lorsqu’elle fut cuite, ils eurent l’attention de ne nous en donner qu’en très-petite quantité , avec un peu d’huile , pour prévenir les suites dangereuses qu’aurait pu avoir notre voracité, dans l’état de faiblesse où notre estomac se trouvait réduit.

Ce léger repas étant fini, ils me firent embarquer avec deux de mes compagnons dans leur pirogue trop petite pour nous emmener tous à la fois. Leur habitation n’était éloignée que de cinq milles. Nous fûmes reçus, en débarquant, par trois Indiens et une douzaine de femmes ou enfants qui nous attendaient sur le bord de la mer. Tandis que ceix de la pirogue retournaient chercher le reste de

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notre troupe, les autres nous conduisirent vers leurs cabanes, ou wigwams, qui s’élevaient au nombre de trois, pour le même nombre de familles, à l’entrée de la forêt. Nous fûmes traités par ces bonnes gens avec la plus douce hospitalité. Ils nous firent avaler d’une espèce de bouillon, mais sans vouloir nous permettre, malgré nos prières, de manger de la viande, ou de prendre aucun aliment trop substantiel.

Je ressentis une joie bien vive lorsque la pirogue revint et nous ramena nos trois compagnons. Nous goûtions à nous trouver réunis parmi ces sauvages, même après une séparation si courte, les sentiments qu’éprouvent des amis d’enfance , qui , après avoir longtemps gémi éloignés l’un de l’autre se retrouvent au sein de leur patrie. Cette hutte nous paraissait un lieu de délices. Les transports que nous faisions éclater intéressèrent en notre faveur une femme très-âgée, qui témoigna beaucoup de curiosité d’apprendre nos aventures. Je fis un détail plus circonstancié que le premier à l’Indien qui pouvait entendre le français. Il le rendit aux autres dans son langage. Pendant le cours de son récit, j’eus occasion d’observer que les femmes en étaient vivement affectées; et je fondai sur cette impression l’espoir d’un traitement favorable pendant notre séjour.

Après avoir satisfait aux premiers besoins, nos pensées se tournèrent vers les malheureux que

nous avions laissés à l'endroit de notre naufrage. La détresse sous laquelle nous avions été près de succomber me faisait craindre pour eux un sort plus funeste. Cependant quand un seul d’entre eux aurait survécu , j’étais résolu de n’omettre aucune tentative pour son salut. Je tâchai de bien désigner aux sauvages le quartier de Me où nous avions été jetés, et je leur demandai s’il ne serait pas possible d’y porter des secours.

Sur la description que je leur fis du cours de la rivière la plus voisine, et d’une petite île que l’on découvrait à peu de distance de son embouchure, ils répondirent qu’ils connaissaient à merveille cette place, qu’elle était éloignée d’environ cent milles, par des routes très-difficiles dans les bois; qu’il y avait des rivières et des montagnes à franchir pour y pénétrer, et que s’ils entreprenaient le voyage, ils devaient s’attendre à quelque récompense pour leurs fatigues. Il n’était pas raisonnable d’exiger qu’ils suspendissent leur chasse, le seul moyen qu’ils ont de faire subsister leurs femmes et leurs enfants, pour entreprendre une course pénible par un pur motif de bienveillance envers des inconnus. Quant à ce qu’ils disaient de la distance , elle ne me paraissait pas exagérée , puisque j’estimais, palmes propres calculs, que nos courses le long des rivages n’avaient guère été au-dessous de cent cinquante milles. Je leur dis alors , ce dont il ne m’é-

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tait pas encore venu dans l’esprit de leur parler, que j’avais de l’argent , et que s’il était de quelque prix à leurs yeux , j’en emploierais une partie à les payer de leur peine. Us semblèrent fort contents de cette proposition , et me demandèrent à voir ma bourse. Je la pris des mains de mon domestique pour leur montrer les cent quatre-vingts guinées qu’elle contenait. J’observai sur leurs traits, à la vue de cet or, des sentiments que j’étais bien loin d’attendre d’un peuple sauvage. Les femmes surtout le regardaient avec une extrême avidité; et lorsque je leur eus fait présent d’une guinée à chacune , je les vis pousser un grand éclat de l ire ; ce qui est le signe par lequel les Indiens expriment les mouvements extraordinaires de leur joie.

Quelque exorbitantes que pussent être leurs prétentions, je n’avais rien à ménager pour sauver mes compatriotes, s’il en restait quelqu’un en vie. Nous conclûmes un accord, par lequel ils s’engageaient à se mettre en route dès le jour suivant, et moi à leur donner vingt-cinq guinées à leur départ, et la même somme à leur retour. Ils s’occupèrent aussitôt à faire des souliers propres à marcher sur la neige, soit pour nos matelots qu’ils devaient ramener, soit pour eux-mêmes; et le lendemain de bonne heure ils partirent , après avoir reçu l’argent dont nous étions convenus.

Dès le moment où les sauvages eurent vu de

l’or dans mes mains, ma situation perdit tous les charmes qu’elle devait à leur hospitalité. Ils devinrent aussi avides qu’ils avaient été jusqu’alors généreux, exigeant dix fois la valeur des moindres choses qu’ils nous fournissaient à mes compagnons ou à moi. Je tremblais d’ailleurs que celte passion excessive pour l’argent, qu’ils avaient prise dans leur commerce avec les Européens, les portât à nous dépouiller et à nous laisser dans la déplorable situation dont nous étions sortis par leurs secours. Le seul motif sur lequel je fondais l’espérance d’un traitement plus humain, était la religion qu’ils avaient embrassée, ayant été convertis au christianisme par les jésuites français, avant que cette île nous fût cédée avec le Canada. Ils témoignaient l’attachement le plus vif pour leur foi nouvelle ; et souvent ils nous étourdissaient dans la soirée par leur triste psalmodie. C’était sur mon domestique qu’ils avaient réuni toutes leurs affections , parce qu’il était catholique irlandais , et qu’il se joignait à leurs prières , quoiqu’il n’en entendit pas un seul mot. Je doute fort qu’ils fussent en état de s’entendre eux-mêmes; car leurs chants, ou leurs hurlements pour mieux dire , étaient dans un jargon confus, mêlé de mauvais français et de leur idiome sauvage, avec quelques bouts de phrases latines qu’ils avaient retenues de la bouche de leurs missionnaires.

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Ces insulaires ont dans la figure et dans les mœurs des traits généraux de ressemblance avec les sauvages du continent de l’Amérique. Cependant leur langage est très - différent de celui de toutes les nations ou tribus que j’ai connues. Ils en diffèrent aussi dans l’usage de laisser croître leur chevelure ; ce qui est particulier aux femmes seules parmi les Indiens du continent. Ils ont d’ailleurs pour les liqueurs spiritueuses ce goût violent, si universel parmi les sauvages.

Nous passâmes bien des jours encore avant de recouvrer nos forces , et de pouvoir digérer quelque nourriture substantielle. La seule que les Indiens fussent en état de nous procurer, était de la chair d’orignal, et de l’huile de veau marin, dont ils vivent uniquement pendant la saison de la chasse. Quoique le souvenu* de tant de misères passées dût nous faire bénir le changement de notre situation, et prêter des agréments à notre séjour parmi les sauvages, je me sentais fort empressé de les quitter, à cause des dépêches que l’on m’avait confiées, et qui pouvaient être de la plus grande importance pour le service de l’État; d’autant plus que je ne pouvais ignorer que le duplicata s’était perdu dans le naufrage de la goélette. Cependant j’étais encore dans une telle langueur, qu’il me fut impossible, pendant quelque temps, de faire le moindre exercice; et j’éprouvai, ainsi

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que les compagnons de mes disgrâces , combien une atteinte si rude ù la constitution était difficile * à réparer.

Après une absence d’environ quinze jours, les Indiens revinrent avec trois de nos gens, les seuls que la mort eût épargnés parmi les huit personnes que j’avais laissées dans la cabane. Ils nous apprirent qu’après avoir consommé toutes les provisions, ils avaient subsisté, pendant quelques jours, de la peau d’orignal que nous avions dédaigné de partager avec eux; que cette dernière ressource étant épuisée , trois étaient morts de faim , et que les autres avaient été dans l’horrible nécessité de se nourrir de leurs cadavres, jusqu’à l’arrivée des Indiens ; que l’un des cinq qui restaient s’était livré avec tant d’imprudence à sa voracité, qu’il était mort au bout de quelques heures en des tourments inexprimables ; enfin qu’un autre s’était tué par accident , en maniant les armes d’un sauvage. Ainsi notre troupe, composée d’abord de dix-neuf personnes, se trouvait alors réduite à neuf; et j’admire , toutes les fois que j’y pense , qu’une seule en eût pu réchapper, après avoir eu à combattre , durant l’espace de trois mois, toutes les misères combinées du froid, de la fatigue et de la faim.

Le délabrement de nos forces nous retint en ce triste lieu quinze jours encore, pendant lesquels je fus contraint, comme auparavant, de payer le prix

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le plus excessif pour notre nourriture et pour nos moindres besoins. Au bout de ce temps , ma santé se trouvant un peu rétablie , et ma bourse presque épuisée, je me crus obligé de sacrifier mes convenances personnelles au devoir de mon service; et je résolus de porter mes dépêches au général Clinton , avec toute la diligence dont j’étais capable , quoique ce fût la saison de l’année la moins propre à voyager. En conséquence, j’engageai deux Indiens à me conduire dans Halifax , moyennant quarante guinées que je leur payerais en y arrivant. Je me chargeais de plus de leur fournir sur la route toutes les provisions et tous les rafraîchissements convenables dans chaque partie habitée où nous pourrions passer. D’autres Indiens de- ' vaient conduire le reste de notre troupe à lin établissement sur la rivière Espagnole, où Us resteraient jusqu’au printemps, pour attendre une-occasion de gagner par mer Halifax. Je fournis au capitaine tout l’argent nécessaire à sa subsistance et à celle de ses matelots, pour une lettre de change qu’il me donna sur son armateur à New-York. Celui-ci ne rougit point dans la suite de m’en refuser le payement, sous prétexte que le navire étant* perdu, ni le capitaine, ni l’équipage n’avaient plus rien à prétendre.

Je partis le 2 avril, accompagné de deux Indiens, de mon domestique et de .M. Wiuslow ,

jeune passager de notre vaisseau, l’un des trois qui avaient survécu dans la cabane. Nous emportions chacun quatre paires de souliers indiens, une paire de souliers à neige, et des provisions pour quinze jours. Nous arrivâmes le soir dans un endroit que les Anglais nomment Broad-Oar, où une chute orageuse de neige nous retint tout le jour suivant. Nous repartîmes le 4; et, après une marche d’environ quinze milles, nous parvînmes sur les bords d’un très-beau lac salé, nommé le lac Saint-Pierre, dont l’extrémité va communiquer en pointe avec la mer. En cet endroit nous fîmes la rencontre de deux familles indiennes qui allaient à la chasse. Je leur achetai pour quatre guinées un canot d’écorce , mes guides m’ayant prévenu qu’il nous serait souvent nécessaire pour traverser quelques parties du lac qui ne gèlent jamais. Comme nous devions en d’autres parties voyager sur la glace , je fus obligé d’acheter aussi deux traîneaux pour y placer le canot , et le tirer après nous.

Après avoir goûté deux jours de repos et nous être munis de nouvelles provisions, nous reprîmes notre marche le 7, en la dirigeant pendant quelques milles le long des bords du lac; mais la glace étant mauvaise, il nous fallut quitter cette route pour en prendre une dans les bois. La neige s’y trouvait élevée de six pieds. Un dégel mêlé de pluie, qui survint le lendemain , la rendit si molle,

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qu’il nous fut impossible de marcher plus longtemps sur sa surface. Nous fûmes donc obligés de nous arrêter. Un grand feu , un wigwam commode et des provisions abondantes nous aidèrent à supporter ce contre-temps fâcheux, sans dissiper toutefois nos inquiétudes. L’hiver était trop avancé pour espérer de voyager longtemps sur la neige sans le retour fortuit de la gelée; et, si elle ne devait plus revenir, le seul parti qui nous restait était d’attendre que le lac fût entièrement débarrassé de ses glaçons; ce qui pouvait nous retenir encore quinze jours ou trois semaines. Notre situation, dans ce cas, devenait aussi malheureuse que celle où nous avions été réduits par notre naufrage , excepté que la saison était moins rade , que nous étions un peu mieux fournis de munitions, et que nous avions au moins des armes pour les renouveler.

Heureusement la gelée revint le 12, et nous crûmes devoir profiter de cette faveur dès le lendemain. Notre marche fut, ce jour-là, de six lieues, • tantôt sur les glaces flottantes, tantôt dans notre pirogue. Le 14, nos provisions étant presque toutes consommées, je proposai d’aller à la poursuite du gibier, qui me paraissait abonder dans ce canton. Les sauvages, en général , ne songent guère qu’aux besoins du jour, sans se mettre en peine de ceux du lendemain. Cette prévoyance pouvait cependant

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être bien essentielle, puisqu’une fonte soudaine de la neige nous eût empêchés de sortir. J’allai dans les bois avec un de mes guides, et nous fûmes bientôt sur la trace d’un orignal , que mon Indien atteignit au bout d’une heure de chasse. Il l’ouvrit avec beaucoup d’adresse , recueillit le sang dans la vessie, et dépeça le corps en grands quartiers dont une partie fut portée sur nos épaules jusqu’à la pirogue. Nous envoyâmes chercher le reste par l’autre Indien, mon domestique et M. Winslow. Cette expédition nous valut un renfort de provisions assez considérable pour n’avoir plus la crainte d’en manquer dans le cas où un dégel subit nous eût empêchés de continuer notre route sur le lac ou dans les bois. Le 15 au matin nous partîmes de très-bonne heure et nous fîmes six lieues dans la journée, ce qui abattit tellement nos forces, déjà épuisées par de longues souffrances, qu’il nous fut impossible de nous remettre en marche le lendemain. La fatigue nous retint encore jusqu’au 18, où nous reprîmes notre voyage de la môme manière, c’est-à-dire partie sur les glaces flottantes, et partie sur la pirogue, dans les endroits où le lac. n’était pas gelé. J’eus alors l’ occasion d’observer les beautés de ce lac , l’un des plus beaux que j’aie vus en Amérique, quoique cette saison de l’année ne fût pas propre à le faire paraître avec tous ses avantages. Il est couvert d’un

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nombre infini de petites îles répandues cà et là sur sa surface, qui lui donnent un air de ressemblance avec le célèbre lac de Killarney et d’autres lacs d’eau douce en Irlande. On n’a jamais formé d’établissements sur ces îles. Cependant le sol en paraît très-fertile et leur séjour devrait être délicieux en été si l’on pouvait se procurer de l’eau douce, dont elles manquent absolument, ce qui est sans doute la raison pour laquelle elles ne sont pas habitées. Si les glaces du lac eussent été continues et plus solides , nous aurions pu nous épargner bien du temps et des peines en marchant directement d’une pointe à une pointe et d’une île à l’autre , au lieu que , presque à chaque baie , nous étions obligés de nous enfoncer en de longs détours.

Le 20, nous arrivâmes à un endroit appelé Saint- Pierre, où se trouve un établissement de quelques familles anglaises et françaises. Je dois à la reconnaissance de faire mention de M. Cavanaugh, négociant anglais, dont nous fûmes reçus avec toutes sortes de politesses , et qui , sur le récit de mes malheurs, eut la confiance de m’avancer deux cents livres sterling pour une lettre de change que je lui donnai sur mon père, quoique notre nom lui fût entièrement étranger.

J’aurais pris à Saint-Pierre un bâtiment de pêcheur pour me rendre à Halifax , sans la crainte üe

tomber entre les mains des corsaires américains dont ces parages étaient alors infestés. Le lac , en cet endroit, n’étant séparé de la mer que par une forêt d’environ un mille de largeur, il ne fut question que de traîner notre pirogue à travers cet espace pour gagner le rivage et nous embarquer. Après nous être arrêtés les jours suivants en divers endroits peu remarquables, nous arrivâmes le 25 à Narrashoc , où nous fûmes accueillis avec la même hospitalité qu’à Saint-Pierre. Nous en partîmes le 26, dans notre pirogue, pour nous rendre à l’île Madame, située presque au milieu du passage du Canseau, par lequel l’île du Cap-Breton est séparée de l’Acadie ou Nouvelle-Écosse.

Mais , à la pointe de cette île , nous découvrîmes une si grande quantité* de glaces flottantes, qu’il eût été de la< dernière' imprudence d’v hasarder notre fragile nacelle; Nous retournâmes donc à Narrashoc, ^oq, je frétai un. bâtiment plus capable de leur résister. Je fis. mettre à bord la pirogue, et, le 27, ^‘4’aide du vent le plus favorable, nous franchîmes Vyf trois heures le passage et nous débarquâmes au'‘Glffcseau , qui lui donne son nom. Ensuite, après une navigation de dix jours le long des côtes , notre pirogue nous porta jusque dans le port d’Halifax.

Les Indiens ayant reçu le prix dont nous étions convenus et les présents par lesquels je crus devoir

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satisfaire ma reconnaissance envers ceux à qui j’étais redevable du salut de ma vie, nous quittèrent au bout de quelques jours pour s’en retourner dans leur île. Comme il me fallut attendre longtemps encore l’occasion d’un vaisseau, j’eus la satisfaction, pendant cet intervalle, de voir arriver

mes compagnons d’infortune, que les autres Indiens s’étaient chargés de conduire par la rivière Espagnole. Enfin, après deux mois d’attente, je m’embarquai sur le vaisseau nommé k Chêne Royal, et j’arrivai à New -York, où je remis au général Clinton mes dépêches tardives dans l’état le plus délabré.

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