SI LES HOMMES NE TE VOIENT PAS, ETC
Fabien. Oh! il n’y est pas sûrement, et il n’y a personne qui puisse nous voir.
m. de la ferrière. Tu te trompes, mon enfant; il y a quelqu’un qui nous voit, et qui nous punirait avec justice, parce qu’il y aurait du mal à faire ce que tu me proposes.
fabiex. El qui serait-ce donc, mon papa?
m. de la ferrière. Celui qui est présent partout, qui ne nous perd jamais un instant de vue , et qui voit jusque dans le fond de nos pensées : Dieu.
Fabien. Ah! vous avez raison. Je n’y songeais plus.*
Au même instant il se leva de derrière la haie un homme qu’ils n’avaient pu voir, parce qu’il était étendu sur un banc de gazon. C’était un vieillard à qui appartenait le jardin, et qui parla de cette manière à Fabien :
« Remercie Dieu , mon enfant , de ce que ton père t’a empêché de te glisser dans mon jardin , et d’y venir prendre une chose qui ne t’appartenait pas. Apprends qu’au pied de ces arbres , on a tendu des pièges pour surprendre les voleurs ; tu t’v serais cassé les jambes, et tu serais resté boiteux pour toujours. Mais puisqu’au premier mot de la sage leçon que t’a faite ton père, tu as témoigné de la crainte de Dieu, et que tu n’as pas insisté plus longtemps sur le vol que tu méditais , je vais te donner avec plaisir des fruits que tu désires. »