SI LES HOMMES NE TE VOIENT PAS
À ces mots , il alla vers le plus beau poirier, secoua l’arbre , et porta à Fabien son chapeau rempli de poires. M. de La Ferrière voulut tirer de l’argent de sa bourse pour récompenser cet honnête vieillard ; mais il ne put jamais l’engager à céder à ses instances. «J’ai eu du plaisir, monsieur, à obliger votre enfant, et je n’en aurais plus si je m’en laissais payer ; il n’y a que Dieu qui paye ces choses-là. »
M. de La Ferrière lui tendit la main par-dessus la haie. Fabien le remercia aussi dans un assez joli compliment ; mais il lui témoignait sa reconnaissance d’une manière encore bien plus vive par l’air d’appétit dont il mordait dans les poires, dont l’eau ruisselait de tous côtés.
«Voilà un bien brave homme, dit Fabien à son papa, lorsqu’il eut fini la dernière, et qu’ils se furent éloignés du vieillard.
m. de la ferrière. Oui , mon ami; il l’est devenu sans doute pour avoir pénétré son cœur de celte grande vérité, que Dieu ne laisse jamais le bien sans récompense, et le mal sans châtiment.
fabien. Dieu m’aurait donc puni si j’avais pris les poires ?
M. de la ferrière. Le bon vieillard t’a dit ce qui te serait arrivé.
fabien. Mes pauvres jambes l’ont échappé belle.