‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 63 sur 102 · GENEVIÈVE, MARCEL · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE, MARCEL

marcel , en entrant. Femme , voici des soldats qui nous viennent.

Geneviève, laissant tomber son fuseau. Eh! mon Dieu! comment faire? Nous n’avons plus nous-

LE DÉSERTEUR. 159

mômes de quoi vivre ; et voilà encore des soldats à nourrir!

marcel. Nous n’avons rien, ma femme : ainsi rien à donner.

gexeviève. Mais voudront-ils nous en croire? 11 y a tant de richards qui se font pauvres par avarice! Les soldats le savent. Comment vont-ils nous traiter?

marcel. Lorsqu’ils nous verront, il laudra bien qu’ils croient à notre misère. Je parie qu’ils auront plus de pitié de notre état que ceux qui pourraient l’adoucir.

Geneviève. Dieu le veuille, mon cher homme!

La douleur et la faim nous ont tant affaiblis ! de mauvais traitements nous auraient bientôt achevés.

marcel. Ya, les soldats ne sont pas aussi méchants qu’on se le ligure. Us ont plus de conscience et d’humanité qu’un bailli , qui frappe sur le pauvre comme sur une gerbe. Celui-ci s’endurcit au mal, à force d’en faire; mais un soldat pense à une autre vie , parce qu’il est tous les jours face à face de la mort.

Page 1