‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 64 sur 102 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

MARCEL, GENEVIÈVE, LA TERREUR, FLUET, avec leurs armes et leur bagage.

la terreur. Salut et santé. La bonne mère, je vous amène des hôtes. Voici l’ordre. Trois hommes.

marcel. Femme , prends le billet. ( Geneviève met le billet sur le dessus de la porte.)

marcel. Messieurs, nous partagerions de bon cœur avec vous , si nous avions quelque chose ; mais nous sommes de pauvres gens. Voici toute noire habitation; cette grande chambre, et une autre petite pour faire notre cuisine et pour coucher.

la terreur. C’en est assez , vieux père. (// pose sur la table son sabre et son havresac.) Allons, monsieur le cadet, mettez-vous à votre aise.

fluet, d’un ton pleureur. Hu! hu! Je suis trempé de la tète aux pieds ; et j’ai froid à ne plus y tenir. Hu! hu! hu! [Il pose son bagage en grelotant .)

la terreur. Bon ! ce n’est rien encore. Lorsque vous aurez im glaçon pendu à chacun de vos cheveux, c’est alors que vous pourrez vous plaindre du froid.

fluet. Je n’y tiens plus. Je suis cadet; je n’irai

LE DÉSERTEUR

pas sacrifier ma vie à traverser des marais à pied , comme un soldat. Si nous marchons après-demain , et qu’il fasse le même temps, je prendrai, pour mon argent, un chariot, et je me ferai voiturer.

la terreur. Oui bien! on vous laissera faire. Croyez-vous être le seul qui ait de l’argent? Il y en a tant d’autres qui se feraient traîner, si cela était permis! Il ferait beau voir la moitié de l’armée empaquetée dans des chariots! Comment vous trouverez-vous donc , lorsque , tout mouillé comme vous l’êtes, il vous faudra encore monter la garde? Le tour revient souvent, quand on est en quartier.

fluet, pleurant encore en se regardant. Hu! hu! je n’ai pas un fil sur moi qui ne soit trempé.

la terreur. Fi donc! pleurer? Un soldat doit rire encore , tant qu’il n’a que la moitié de sa tête à bas.

fluet. Toute ma frisure qui est défaite! Hu!

hu ! hu !

la terreor. Ah ! voilà qui s’appelle un malheur. fluet. Il fait encore plus froid ici que dans les champs. {D’un ton dur , à Marcel.) Allons , vieux coquin , fais du feu.

la terreur. C’est un brave homme , monsieur le eadet. Il a plus de soin de votre santé que vous ne pensez. Si la chaleur vous prenait tout de suite , vous attraperiez un catarrhe.

fluet. Je croîs que vous voulez me faire crever.

Jé ne suis pas d’une race si dure que la vôtre. Vous êtes fils de roturiers ; et il y a dix-huit mois que nous sommes nobles de père en fils. {A Marcel.) Feras-tu du feu, maudit paysan?

la terreur. Allons , bon papa, allons, faites du feu; autrement le roi va perdre un soldat.

marcel. Messieurs , ce serait de bon cœur. Je meurs de froid comme vous; mais je n’ai pas un morceau de bois.

Geneviève. Écoute , mon homme , notre compère Thomas pourrait nous prêter quelques fagots pour l’amour de ces honnêtes gens. Ya le prier de nous rendre ce service. Ce jeune monsieur (en montrant Fluet) me fait peine au cœur. Dieu de bonté ! il. n’est pas encore accoutumé à souffrir. Ya, mon apii , il ne nous refusera pas.

marcel. Eh bien ! oui , j’y vais.

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