LA TERREUR, FLUET, GENEVIÈVE
Geneviève , à La Terreur. Tenez , mon Cher monsieur , voici de la viande. Voilà encore des légumes que le jardinier du château m’a donnés. Je suis bien aise d’avoir quelque chose à vous rendre. A qui faut-il le remettre ?
la terreur. Gardez-le, ma bonne mère, ce sera
LE DÉSERTEUR. 169
pour boire. Est-ce que vous ne prenez pas de vin?
Geneviève. Il y a dix ans que je n’en ai bu, hélas ! depuis que mon fils est parti.
la terreur. Eh bien ! cela vous donnera des forces.
Geneviève. Mon fils est soldat comme vous.
la terreur. Soldat? Et dans quel régiment?
Geneviève. Bourbonnais.
la terreur , avec vivacité. Et comment s’appelle-t-il ?
Geneviève. George Marcel. Dieu sait s’il vit encore. Il y a quatre ans que nous n’avons reçu de ses nouvelles.
la terreur. Tranquillisez-vous, bonne femme, il est encore vivant.
Geneviève. Est-ce que vous le connaissez, mon cher monsieur ?
la terreur , embarrassé. Je ne sais guère ; mais il doit être plein de vie , puisqu’il a de si honnêtes parents.
Geneviève. Ah ! ce n’est pas une raison. Les braves gens sont ceux que le bon Dieu éprouve les premiers. Et cependant , notre fils est le seul , bien que nous eussions au monde.
fluet. Oui vraiment , un soldat vous servirait de beaucoup !
la terreur. Et qu’en savez-vous , pour le dire?
LE DÉSERTEUR
Vous ignorez tout ce qu’un homme peut faire avec un bon cœur. Allez , bonne mère , posez tout cela. Quand votre mari apportera du bois, nous mettrons le pot-au-feu. ( Bas à Geneviève.) Le troisième soldat que nous attendons est un peu dur. Si on le faisait attendre , il pourrait nous quereller.
Geneviève. Mon cher monsieur, je ne puis rien faire que mon homme ne soit de retour. Je me repose sur vous. Vous trouverez de bonnes paroles pour nous excuser.
la terreur. Oh ! il ne se laisse pas mener par des paroles. Et puis il est caporal : c’est mon supérieur. Je ne lui parle pas comme je voudrais.