LA TERREUR, FLUET, MARCEL, GENEVIÈVE, GEORGE
george, en entrant. Allons, allons, vite à dîner.
marcel. Hélas! monsieur, nous n’avons rien de prêt encore.
george. A quoi diantre vous amusez-vous?
Geneviève, bas à La Terreur. Mon cher monsieur, parlez-lui, je vous en prie, pour qu’il ne se fâche pas.
marcel, à George. Ce n’est pas notre faute, je vous en assure. Demandez à votre camarade.
la terreur , bas à George. Finis ce badinage , et tire-les de peine. ( Haut à Geneviève.) Bonne mère , regardez-le bien.
george. Est -ce que vous ne me reconnaissez pas ? ( Marcel et Geneviève le considèrent attentivement.)
marcel. Ma femme , ne sens-tu rien dans ton cœur ?
Geneviève , dans une incertitude où perce la joie ,
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regarde tantôt Marcel , tantôt George. 0 mon Dieu ! serait-ce lui?
george. Oui , c’est moi , c’est moi , ma mère. Quel plaisir de vous revoir , mes chers parents !
marcel. Est-il possible , mon fils ? Oh ! sois le bienvenu mille fois !
Geneviève, l’embrassant. Je te revois donc avant de mourir. La joie ne me laisse pas respirer.
marcel. Comment as-tu donc fait pour vivre encore? Mon cher fils, il y en a fant qui sont morts! et toi tu es échappé.
george. On ne m’a pourtant jamais vu en arrière de mon devoir. C’est à vos prières sans doute que je suis redevable d’avoir été épargné par la mort. Mais comment avez-vous vécu, mes chers parents? Je suis chez vous en quartier. Vous n’êtes pas fâchés de ce logement, peut-être?
marcel. Peux-tu nous le demander? Depuis que tu nous a quittés , mon cher fils , nous n’avons jamais eu tant de joie.
Geneviève, à La Terreur. Vous m’aviez dit que c’était un caporal que vous attendiez.
la terreur. Et c’est bien vrai aussi.
marcel. Juste ciel! tu t’es avancé? comment cela s’esl-il fait? Tu ne savais pas lire.
george. Mon capitaine me l’a fait apprendre.
marcel. O ma femme, quel honnête homme cela doit être !
LE DÉSERTEUR
Geneviève. Qu’on vienne nous dire ensuite que les gens de guerre ne sont pas de braves gens.
la terreur. Il n’en restera pas là, je vous en réponds. ( A George. ) Mais pourquoi ne m’as-tu pas dit que nous coucherions aujourd’hui dans ton village?
george. Camarade, j’étais si plein de ina joie, que je ne pouvais parler.
Geneviève. Combien resteras-tu avec nous?
george. Trois jours, ma mère. Nous faisons halle
marcel. Oh ! c’est bon , mon cher lils. Nous aurons le temps de nous dire bien des choses.
fluet. Au diable ! personne ne veut donc allumer de feu? je pense qu’il en serait temps , depuis une heure.
Geneviève. Dans un moment , monsieur.
la terreur , à Geneviève. Restez auprès de votre lils, la bonne mère. Je vais battre le briquet, et faire la cuisine. ( A Fluet. ) Quand vous seriez à demi gelé , la joie de cette famille devrait vous réchauffer. Mais vous n’ètcs pas capable de la sentir. Venez avec moi , je vais vous conduire dans quelque maison du voisinage, jusqu’à ce que la chambre soit plus chaude. Sinon, prenez votre parti de vous-même.
Geneviève. Oui, je vous en prie, mon cher monsieur. Notre voisin, à main droite, a une
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grande cheminée où l’on peut se dégourdir à sbn aise.
fluet. Vraiment oui, j’irai encore m’exposer à l’air, pour arriver là plus transi !
la terreur. Il n’y aura pas ici de chaleur d’une bonne heure, et vous achèveriez de geler. Venez, venez.
fluet , en pleurant. Je crois qu’on l’a fait exprès de me donner le plus mauvais logement du village.
la terreur. Oui , pour ceux qui sont toujours restés assis dans leur fauteuil, les pieds sur la cendre. ( Ils sortent. )