‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 69 sur 102 · LA TERREUR, FLUET, MARCEL, GENEVIÈVE, GEORGE · texte numérisé non relu

LA TERREUR, FLUET, MARCEL, GENEVIÈVE, GEORGE

george, en entrant. Allons, allons, vite à dîner.

marcel. Hélas! monsieur, nous n’avons rien de prêt encore.

george. A quoi diantre vous amusez-vous?

Geneviève, bas à La Terreur. Mon cher monsieur, parlez-lui, je vous en prie, pour qu’il ne se fâche pas.

marcel, à George. Ce n’est pas notre faute, je vous en assure. Demandez à votre camarade.

la terreur , bas à George. Finis ce badinage , et tire-les de peine. ( Haut à Geneviève.) Bonne mère , regardez-le bien.

george. Est -ce que vous ne me reconnaissez pas ? ( Marcel et Geneviève le considèrent attentivement.)

marcel. Ma femme , ne sens-tu rien dans ton cœur ?

Geneviève , dans une incertitude où perce la joie ,

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regarde tantôt Marcel , tantôt George. 0 mon Dieu ! serait-ce lui?

george. Oui , c’est moi , c’est moi , ma mère. Quel plaisir de vous revoir , mes chers parents !

marcel. Est-il possible , mon fils ? Oh ! sois le bienvenu mille fois !

Geneviève, l’embrassant. Je te revois donc avant de mourir. La joie ne me laisse pas respirer.

marcel. Comment as-tu donc fait pour vivre encore? Mon cher fils, il y en a fant qui sont morts! et toi tu es échappé.

george. On ne m’a pourtant jamais vu en arrière de mon devoir. C’est à vos prières sans doute que je suis redevable d’avoir été épargné par la mort. Mais comment avez-vous vécu, mes chers parents? Je suis chez vous en quartier. Vous n’êtes pas fâchés de ce logement, peut-être?

marcel. Peux-tu nous le demander? Depuis que tu nous a quittés , mon cher fils , nous n’avons jamais eu tant de joie.

Geneviève, à La Terreur. Vous m’aviez dit que c’était un caporal que vous attendiez.

la terreur. Et c’est bien vrai aussi.

marcel. Juste ciel! tu t’es avancé? comment cela s’esl-il fait? Tu ne savais pas lire.

george. Mon capitaine me l’a fait apprendre.

marcel. O ma femme, quel honnête homme cela doit être !

LE DÉSERTEUR

Geneviève. Qu’on vienne nous dire ensuite que les gens de guerre ne sont pas de braves gens.

la terreur. Il n’en restera pas là, je vous en réponds. ( A George. ) Mais pourquoi ne m’as-tu pas dit que nous coucherions aujourd’hui dans ton village?

george. Camarade, j’étais si plein de ina joie, que je ne pouvais parler.

Geneviève. Combien resteras-tu avec nous?

george. Trois jours, ma mère. Nous faisons halle

marcel. Oh ! c’est bon , mon cher lils. Nous aurons le temps de nous dire bien des choses.

fluet. Au diable ! personne ne veut donc allumer de feu? je pense qu’il en serait temps , depuis une heure.

Geneviève. Dans un moment , monsieur.

la terreur , à Geneviève. Restez auprès de votre lils, la bonne mère. Je vais battre le briquet, et faire la cuisine. ( A Fluet. ) Quand vous seriez à demi gelé , la joie de cette famille devrait vous réchauffer. Mais vous n’ètcs pas capable de la sentir. Venez avec moi , je vais vous conduire dans quelque maison du voisinage, jusqu’à ce que la chambre soit plus chaude. Sinon, prenez votre parti de vous-même.

Geneviève. Oui, je vous en prie, mon cher monsieur. Notre voisin, à main droite, a une

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grande cheminée où l’on peut se dégourdir à sbn aise.

fluet. Vraiment oui, j’irai encore m’exposer à l’air, pour arriver là plus transi !

la terreur. Il n’y aura pas ici de chaleur d’une bonne heure, et vous achèveriez de geler. Venez, venez.

fluet , en pleurant. Je crois qu’on l’a fait exprès de me donner le plus mauvais logement du village.

la terreur. Oui , pour ceux qui sont toujours restés assis dans leur fauteuil, les pieds sur la cendre. ( Ils sortent. )

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